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[] CODEX
DIPLOMATICUS RUBENIANUS


[] CODEX DIPLOMATICUS RUBENIANUS
DOCUMENTS
RELATIFS
A LA VIE ET AUX OEUVRES
DE
RUBENS
PUBLIÉS SOUS LE PATRONAGE DE
L'ADMINISTRATION COMMUNALE DE LA VILLE D'ANVERS
TOME QUATRIÈME
IMPRIMERIE J.-E. BUSCHMANN, ANVERS.


[] CORRESPONDANCE
DE
RUBENS
ET
DOCUMENTS ÉPISTOLAIRES
CONCERNANT SA VIE ET SES OEUVRES
PUBLIÉS, TRADUITS, ANNOTÉS
PAR
MAX ROOSES
CONSERVATEUR DU MUSÉE PLANTIN-MORETUS A ANVERS
ET FEU
CH. RUELENS
CONSERVATEUR DES MANUSCRITS A LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE DE BELGIQUE, A BRUXELLES
TOME QUATRIÈME
DU 29 OCTOBRE 1626 AU 10 AOUT 1628
ANVERS
J.-E. BUSCHMANN, Éditeur, 15, Rempart de la Porte du Rhin
1904


[]

[1] CCCCXV
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto illustmo Sigr suo Osserdmo.

Ho letto con più attentione quel poema della galeria Medicea, della cui bonta toccante gli versi non appartiene a me il giudicio ma a persone di quella professione. La vena mi par generosa e fluente et ha le parolle et le frasi in pronto per esplicar il suo concetto. L'autor deve esser figluolo ò parente di un maistre de requestes (1), se non minganno che ho visto a Pariggi. Solo mi dispiacce che sicome in generale gli concetti delle pitture sono ben acertati, così in alcune parti non ha penetrato il vero senso, come per essempio nella quarta tabula dice: Mariam commendat Lucina Rheae, in vece di Fiorenza, quae tanquam nutrix ulnis excipit suam alumnam, y questo error viene dalla somiglianza della effigie della citta, che si pinge turrita come Rhea ò Cibele, onde è causato ancora l'errore quasi il medesimo nella tabula IX dove similmente piglia la citta di Lyon, nella quale si consumò il matrimonio per Cibele perchè e turrita et ha leoni nel carro. Ma per tornar alla tavola IV quelli che lui chiama Cupidini e Zephiri sono le hore felici della nascità della Regina, che si cognosce delle ale de papilioni e che sono femmine ma quel giovane che porta [2] il cornucopia ripieno di scettri e corone e il genio buono della regina et in cima è l' ascendente del' oroscopo il sagittario. Queste cose mi paiono piu proprie e significanti ma questo sia detto tra noi per passatempo che del resto io non mi trovo interessato di un minimo punto, purcosi di mano in mano si trovarebbero ancora delle cose assai chi volesse osservarle tutte, ma veramente il Poema e breve, ne si pò dir ogni cosa in poche parolle; ma non serve alla brevita dire una cosa per un altra.

In questo punto ricevo la sua gratissima del 22 insieme con quella del sigr suo fratello, che mi rallegro con tutto cuore che habbia ricuperata la sua salute, che prego il sigr Idio gli conservi longamente. Io non gli rispondo a parte per non dargli occasione dusarmi la cortesia duna sovercia (1) risposta.

Delle nove habbiamo pochissime. Eccetto che si travaglia gagliardate al canale già avisato con bellissimo ordine, facendo il conte Henrico di Berghes col suo essercito spalla agli lavoranti (2). Che la zuffa sia stata di qualche consideratione serve per indicio manifesto il numero di prigionieri (3), gli standardi presi y gran quantità di cavalli che si vende per tutto e una parte degli piu regalati sono arrivati sino in Brusseles. E vero che si e publicata in stampa in Ollanda la cosa tutto al rovescio, et che il conte Henrico sia stato battuto, ma questi sono scherzi di un stato populare, per mantener la plebe in buon humore. Questa corte però (credami V. S.), è assai moderata, che proviene della moderatione della Serenissima Infante y della prudenza del marchese Spinola, li quali abhorriscono di queste vanità e ben si guardara un capitano di dargli un aviso falso potendo lui saper la verita, che ci metterebbe tutto il suo credito per l'avenire.

Le nove si confirmano da tutte le bande che il Tilly sia penetrato col suo essercito vicino a Bremmen, et che faccia conto d'invernare nell’ assedio di quella città. Il Turco ha rotto col imperatore et si e accompagnato col Gabor Bethlem ma pare, come scrivono da Vienna, che gli Hungari abbandonnassero il Gabor, et si ponessero neutrali, senza voler combattere e onde egli correva un gran pericolo; ma di [3] questo inconveniente nasceva occasione di qualche trattato del quale non si ha certezza alcuna. Questo imperatore che non s'arma mai, deve aver il cielo molto propicio, poi chè nelle sue maggior calamita y parendo d' esser ridotto a desperatione appare quasi Deus aliquis e machina, che lo rimette in cima della ruota. Io confesso d' haverlo sentenziato più volte per un principe ruinato, che col suo zelo importuno si buttava a perdere. Mi meraviglio del Turco che in quella età et in si cattiva dispositione intestina del suo regno, con tal contumacia di Giannizzari y ricevendo continuoi affronti del Persiano et essendo mal servito y quasi da nessun ubedito si metta in questa congiuntura a rompere con cristiani. Quella monarchia mi pare che al gran passo vadi in ruina et che manchi solo un capo per dargli l'ultimo crollo. Ringracio V. S. delle sue nove di Francia et mi rallegro che l' edificio della regina si vada adornando. Il sig. abbate di St-Ambrosio deve esser ben infacendato perchè non mi scrive più non ostante chegli habbia occasione di farlo. Ne avendo altro bacio a V. S. et al sig. suo fratello con tutto il cuore le mani e mi racomando nella lor buona gracia.

D'Anversa il 29 d’ottobre 1626.Di V. S. molto illre
Servitor affo

Pietro Pauolo Rubens.


Si è fatta ogni diligenza possibile per haver Questionem politicam ma quì non e cognosciuta ne veduta d' alcuno sin adesso.


La lettre se trouvait à la Bibliothèque nationale de Paris en 1838, lorsque Gachard en fit la copie que Gachet publia en 1840. Elle fut dérobée par Libri et se trouve actuellement dans la collection de M. Alfred Morrison à Londres, qui nous permit de collationner sur l'autographe en sa possession le texte imprimé.

Publié par E. Gachet, op. cit., p. 65 et par Ad. Rosenberg, op. cit., p. 110.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

J'ai lu avec plus d'attention le poème sur la galerie de Médicis. Il ne m'appartient pas de juger de la bonté des vers, je laisse cela aux personnes [4] compétentes. La veine m'en a paru généreuse et abondante, et les expressions ainsi que les phrases m'ont semblé rendre toujours clairement la pensée de l'auteur. Si je ne me trompe, il doit être fils ou parent d'un maistre des requestes (1) que j'ai vu à Paris. Je regrette seulement que l'exactitude avec laquelle il a expliqué en général les sujets des peintures ne se retrouve pas dans certaines parties où le véritable sens lui a échappé. Dans le quatrième tableau, par exemple, il dit: Mariam commendat Lucina Rheae, au lieu de Florence, quae tanquam nutrix ulnis excipit suam alumnam, et cette erreur provient de l'analogie qu'il y a entre la manière dont on représente une ville en la couronnant de tours, et celle dont on a coutume de peindre Rhée ou Cybèle. La même cause a produit la même erreur au neuvième tableau, où l'auteur prend également pour Cybèle la ville de Lyon, où fut consommé le mariage de la reine. Il a été trompé par la couronne de tours et par les lions attelés à son char. Mais pour revenir au quatrième tableau, les figures auxquelles il donne le nom de zéphirs et de cupidons, sont les heures fortunées de la naissance de la reine. Les ailes de papillons le montraient assez, et puis ce sont des femmes. Quant au jeune homme qui porte la corne d'abondance toute remplie de sceptres et de couronnes, c'est le bon génie de la reine, et au-dessus se trouve l'ascendant de l'horoscope, le sagittaire: tout cela m'a semblé plus propre et plus expressif. Mais ces explications doivent rester entre nous et dites en manière de passe-temps, car au demeurant je n'y suis pas intéressé le moins du monde. Ainsi l'on pourrait par-ci par-là relever beaucoup d'autres passages, si l'on voulait tout examiner. En définitive le poème est court et il était impossible de dire tout en aussi peu de mots. Mais que sert à la brièveté de dire une chose au lieu d'une autre?

Je reçois à l'instant même votre aimable lettre du 22, ainsi que celle de M. votre frère. Je me réjouis de tout mon coeur qu'il ait recouvré la santé, et je prie Dieu qu'il la lui conserve longtemps. Je ne lui réponds point séparément pour lui épargner la peine de me faire la politesse d'une lettre superflue. Nous avons fort peu de nouvelles, sinon que l'on travaille sans relâche au canal que vous savez et en très bon ordre (2). Le comte Henri de Berghes, à la tête de son armée, protège les travailleurs, et l'indice le plus sur qu'il y a eu des combats de quelque importance, c'est le nombre des prisonniers (3), ce sont les étendards et la grande quantité de chevaux tombés [5] en notre pouvoir et que l'on vend de tous côtés; une partie de ceux qui ont été le mieux partagés sont arrivés à Bruxelles. Il est vrai que les Hollandais ont imprimé tout le contraire, disant que le comte Henri a été battu; mais ce sont là les petites malices d'un état populaire, pour conserver le vulgaire en bonne humeur. Notre Cour, croyez-moi, monsieur, est trop sage, grâce à la modération de la Sérénissime Infante et à la prudence du marquis Spinola, pour ne pas s'opposer à une semblable vanité, et un capitaine ne s'aviserait pas de faire un faux rapport, quand il aurait les moyens de connaître la vérité. Son crédit pour l'avenir en souffrirait beaucoup trop.

De toutes parts nous recevons la confirmation des nouvelles que Tilly a pénétré avec son armée jusqu'aux environs de Brême, et qu'il a l'intention de passer l'hiver au siège de cette ville. Le Turc a rompu avec l'empereur et il est secondé par Gabor Bethlen. Mais il semble, d'après les lettres de Vienne, que les Hongrois auraient abandonné ce dernier et qu'ils se seraient déclarés neutres, étant résolus à ne plus combattre, ce qui mettait Gabor dans un péril éminent; mais toutes ces difficultés avaient fait naître l'occasion d'un traité, dont on ne sait au reste rien de positif. Cet empereur, qui ne s'arme jamais, doit être protégé par le ciel, puisqu'au milieu de ses calamités les plus grandes, lorsqu'il semble réduit au désespoir, il survient quasi Deus aliquis e machina, qui le replace au sommet de la roue; et je confesse que, plus d'une fois, je l'ai condamné comme un prince ruiné qui par son zèle inopportun courait à sa perte. Ce qui m'étonne de la part du Turc, c'est qu'il rompe avec les chrétiens clans ce moment, lorsque ses États sont déchirés par les dissensions intestines, en présence de l'opiniâtreté des Janissaires et des affronts continuels de la Perse, lorsqu'enfin il est mal servi par tout le monde ou plutôt qu'il n'est obéi par personne. Je crois que cette monarchie-là marche à sa ruine à grands pas, et qu'il ne manque plus qu'un homme pour lui donner le coup de grâce.

Je vous remercie, Monsieur, des nouvelles de France que vous m'envoyez, et je me réjouis d'apprendre que le palais de la reine continue à s'embellir. M. l'abbé de St.-Ambroise doit être bien affairé, puisqu'il ne m'écrit plus, nonobstant toutes les occasions qu'il a de le faire. N'ayant rien d'autre à vous écrire, je vous salue vous et votre frêre de tout coeur et me recommande dans vos bonnes grâces.

Anvers, le 29 octobre 1626. Votre affectionné serviteur

Pierre-Paul Rubens.


On a fait toutes les diligences imaginables pour se procurer Quaestionem politicam, mais jusqu'à présent personne ici n'en a eu connaissance et ne l'a vu.


[6] COMMENTAIRE.

Le poème sur la galerie de Médicis. Le poème latin sur la galerie de Médicis fait par Morisot fut communiqué en manuscrit par l'auteur à Rubens; il parut en 1628 sous le titre Porticus Medicaea. Ad illustrissimum Cardinalem Richelieuum. Parisiis, Carmen Morisoti. Apud Franciscum Targa, ad priorem majoris Aulae Palatii Columnam, MDCXXVIII. Il renferme une dédicace au cardinal Richelieu et 11 pages petit in-quarto de texte. Il compte 295 vers hexamètres et donne une description succincte des divers tableaux de la galerie. Dans le texte imprimé, les erreurs que Rubens signale dans la présente lettre ont été corrigées. La Bibliothèque nationale de Paris possède un exemplaire de ce poème où, à la suite de la dédicace au cardinal de Richelieu, se trouve un autographe probablement de la main de Morisot à Rubens, datée du 13 septembre 1628. On le trouvera à cette date dans la correspondance de Rubens.

Les auteurs de la Bibliothèque historique de la France citent (n° 31660) une seconde édition: Porticus Medicaea, versibus latinis descripta, a Claudio Bartholomeo Morisot, Divionensi (Dijon, 1629, in-4°); ils ajoutent: «Cette description de la galerie du palais du Luxembourg à Paris est aussi imprimée avec les lettres de Morisot (Centurie I, p. 130 et suiv.).» On trouve dans les Epistolarum Centuriae I et II (Dijon 1656, in-4°) les lettres écrites par Morisot à Rubens en 1628. Morisot tint note de l'observation faite par Rubens dans sa lettre à Dupuy du 22 octobre 1626 au sujet de l'omission de son nom. On conserve à la Bibliothèque nationale de Paris un exemplaire du Porticus avec une dédicace à Rubens, écrite de la main de l'auteur et débutant ainsi: «Mitto ad te correctius poema de tuo nomine etiam illustratum.» A la suite de la dédicace en prose, on trouve quelques vers latins en l'honneur du génie du peintre. Rubens se montra satisfait de cette amende honorable; le 20 janvier 1628, il écrivit à Dupuy que les vers de Morisot sont dignes d'admiration.

Le traité entre le Turc et Gabor ne fut conclu que le 20 décembre 1626.

Le Turc. La Turquie traversa à cette époque des années critiques où le prestige et la force de l'empire reçurent de rudes atteintes et dont date le commencement de sa décadence. Des sultans déposés par la milice, de jeunes enfants élevés sur le trône, la lutte des Spahis et des Janissaires ensanglantèrent l'empire et affaiblirent le pouvoir. Rubens avait le coup d'oeil juste en prédisant que la monarchie, immense encore par son étendue, marchait à sa perte. Deux siècles et demi se sont écoulés depuis lors et l'agonie de l'homme malade se prolonge toujours. Mustapha l'idiot succéda, en 1617, à son frère Ahmed premier; il fut déposé l'année suivante, après [7] un règne de trois mois. Osman II, âgé de quatorze ans, lui succéda; il fut déposé et tué par les Janissaires, et Mustapha l'idiot fut remis sur le trône. Pendant les quinze mois de son second règne (1622-1623), les désordres des Spahis et des Janissaires s'accrurent encore. La soldatesque, maîtresse du pouvoir et du Sultan, traitait Constantinople en ville conquise. Le grand vizir fit déposer le souverain idiot et proclama à sa place Mourad IV, âgé de douze ans. Le jeune monarque ne prit le pouvoir en main qu'en 1632 et en fit le plus terrible usage, domptant les Janissaires, rétablissant quelque peu l'éclat du sultanat, mais ne régnant que par la terreur du glaive et semant la mort à tout propos et sans nécessité aucune. La Turquie était en guerre contre la Perse qui, sous le règne du Shah Abbas le Grand, avait conquis plusieurs provinces du pays ennemi. Ce ne fut qu'après la mort d'Abbas (1628) et sous la conduite de l'énergique Mourad IV que le sultanat reprit l'avantage sur la Perse. Rubens écrivit la présente lettre à l'époque de la minorité de Mourad, alors que les temps se montraient extrêmement sombres pour la Turquie.

De quaestione politica. Voir au sujet de cet opuscule la lettre suivante.


CCCCXVI
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto ill. sig.

V. S. mi ha obligato grandemente con farmi parte di quel processo ch' io desiderava molto di vedere, ma questa non mi par d' essere la vera caballa, ansi solo un incidente dopo la priggionia del marechal d'Ornano. Pur si vede che l' oggietto della congiura fosse il purpurato y non il re; come il re ha dichiarato nella delegatione de' giudici, che si havesse attentato sopra il regno y la sua persona espressamente. Ben potrià essere però, che la prima caballa, che si deve chiamar la principale, fosse diversa dalla seconda, che forse fu solo un' espendente (1) per liberar i priggionieri. Io mi meraviglio, che il principe di Piemonte venga in questa congiuntura in corte, ne posso saper qual pretension o parte potesse haver la duchesse de Chevreuse in questo negocio, [8] vivo et inscio il suo marito, ne dubito che Monsieur non stia coll' animo quieto; et stimo esser buono per la Francia, che Madame sia già gravida, ma per la sicurezza della persona del marito sarià meglio non affrettasse tanto. La regina si deve doler della dappocaggine sua o del re, che potrà a quel modo un giorno ripatriarsi. Dell' ambasciata del Bassompierre quì si parla diversamente, ansi scrivono di Londra che il negocio pigliava pessima piega, e che lui già aveva rispedito in Francia un suo huomo di camera, per darne parte a sua Maestà y dimandar permission di tornarsene quanto prima. E morto per viaggio in Biscaia il conte di Gondomar (1), gran amico d'Inglesi, che fu tanto ben visto et amato, benche Spagnuolo, del re Jacobo, et haveva maneggiato il matrimonio del principe di Galles colla infante di Spagna y dette occasione al principe di far quel viaggio. Una delle sue principali massime era di far la pace tra Spagnuoli et Inglesi, y ben credo, se fosse arrivato sano y salvo in quella corte, ch' egli havrebbe fatto gran instanza. Ma il conte d'Olivarès, che domina assolutamente quì quanto il vostro cardinale fra voi altri, è inimicissimo degli Inglesi, y particolarmente della persona del ducca di Boucquingam, de maniera che con quella morte si crede il negocio resterà sepolto. La flotta Inglese si crede quì esser partita in busca della flotta del Perù y delle carriere di Goa, le quali si ha aviso esser hormai arrivate a las Terceras; et si scrive esser partite di Lisboa quaranta galeoni per riscontrar la flotta, la quale ancora viene accompagnata d' un convoy straordinario, de maniera che ben potrià seguire qualche conflitto maritimo. Gli Inglesi hanno quì di quaranta navi (2) in tutto, delle quali dieci fanno la vanguardia, commandate dal Demby (Digby), partite gia da tre settimane, benchè si trattengono ancora alla costa occidentale di quell' isola. Vinti altre insieme con quindeci navi Ollandesi fanno tutta l'armata colle precedenti, ed haveranno per ammiraglio il baron di Willeby. Che l' intentione loro non sia di far qualche scesa in terra, si comprende della poca gente, tutta maritima, che menano per combattere le navi nemice, e ancora non conducono seco l' apparato necessario per guerra terrestre (3).

[9] Il marchese Spinola, sotto pretesto d' andar per ristorar le cosè navali a Duynkerque, si dice haver havuto qualche impresa sopra una fortezza, che si chiama il Passo, vicina a l'Esclusa, della quale era condottiero et autore un certo conte di Hornes putativo, il quale si è acquistato quel titolo vano per mezzo di qualche trafica con gli Stati d'Ollanda. Del resto egli è chimico et ingegniero, ma questa volta non è stato punto più felice nel condurre ad affetto questa impresa che la sua pietra filosofica; perchè sendo scoperto il suo tentativo, in compagnia di M. de La Fontaine, governator di Bruges, furono dal presidio di quella piazza ricevuti con archibuggiate y canonate con perdita d'alcuni, et il conte sopradetto ebbe una ferita in faccia. E però stranissimo che essendo questo successo il 29 d' ottobre, che sin adesso non si pò saper precisamente la verità, ansi se ne parla tanto diversamente, che non si pò affirmar niente di certo, eccetto che la impresa è fallita. Ne avendo altro farò fine con baciar a V. S. et al sig. suo fratello humilmente le mani y raccommandarmi nella lor buona gracia.

D'Anversa, il 5 di Novembre 1626.

P. S. Adesso è comparsa quella Questione politica, della quale V. S. mi scrisse, et ancora un' altro libretto intitolato: Instructio secreta ad comitem Palatinum. Io gli manderei a V. S. voluntieri, se V. S. non mi havesse contremandata la commissione; et a dir il vero, queste bagatelle non vagliono il porto, et mi sono marivigliato più volte, che M. de Valavés le pagasse tanto care. Quando V. S. mi vorrà favorir di mandar qualche libretto, come quello che V. S. mi scrive stamparsi adesso, potrà per M. De la Mothe farlo consignare al sig. ambasciatore di Fiandra, che ben me lo farà tenere sicuramente, et se quì similmente s' offrirà qualche cosa degna dela curiosità di V. S., ben trovarò qualche amico passaggiero per darli il recapito.


Cette lettre se trouvait à la Bibliothèque nationale de Paris, en 1838, lorsque Gachard en fit la copie que Gachet publia deux ans plus tard dans son recueil. Elle fut dérobée par Libri et nous ignorons ce qu'elle est devenue.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 71 et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 112.


[10] TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Vous m'avez grandement obligé en me faisant part de ce procès que je désirais, beaucoup connaître; pourtant il ne me semble pas que ce soit là la véritable cabale, mais tout simplement un incident qui se rattache à la captivité du maréchal d'Ornano. On voit clairement que l'objet de cette conjuration était le cardinal et non le roi, bien que S. M. ait déclaré dans la délégation des juges qu'il y avait attentat contre elle-même et contre le royaume. Il pourrait bien se faire que la première cabale, qu'il faut appeler la principale, fût différente de la seconde, qui n'aura été peut-être qu'un expédient pour délivrer les prisonniers. Je suis surpris que le prince de Piémont soit venu à la cour en ce moment, et je ne puis me figurer quelle prétention ou quelle part la duchesse de Chevreuse a pu avoir dans toute cette affaire, du vivant de son mari et sans son aveu. Je ne doute pas que Monsieur n'ait l'esprit fort tranquille, et je considère comme un bonheur pour la France que Madame soit déjà enceinte, mais pour la sûreté personnelle du mari, peut-être eut-il mieux valu qu'il ne se fût pas tant pressé. La reine doit être contrariée de sa propre lenteur ou de la lenteur du roi; de cette manière elle pourrait bien un jour retourner dans son pays. On parle diversement ici de l'ambassade de M. de Bassompierre, on écrit même de Londres, que l'affaire prenait un très mauvais pli, et qu'il avait déjà envoyé en France un de ses secrétaires pour en informer le roi, et lui demander la permission de revenir au plus tôt.

Le comte de Gondomar (1) est mort en Biscaye, dans le courant de son voyage; c'était un grand ami des Anglais, qui fut très-bien vu et bien aimé du roi Jacques, malgré sa qualité d'Espagnol. Il avait négocié le mariage du prince de Galles avec l'infante d'Espagne, et donné au prince l'occasion de faire le voyage bien connu. Une de ses idées favorites était de négocier la paix entre les Espagnols et les Anglais, et je crois bien que s'il était arrivé sain et sauf à la cour, il aurait fortement insisté pour arriver à ses fins. Mais le comte d'Olivarès, qui règne absolument ici comme votre cardinal règne chez vous, est le plus grand ennemi de l'Angleterre et surtout de la personne du duc de Buckingham, de sorte que par cette mort on peut croire que pareille négociation ne sera plus tentée.

[11] On croit ici que la flotte anglaise est allée à la recherche des vaisseaux qu'on attend du Pérou et des carrières de Goa, et qui d'après certains avis, sont arrivés à Terceira. On écrit qu'il est parti de Lisbonne quarante galions pour aller à la rencontre de ces mèmes vaisseaux, qui sont accompagnés d'un convoi extraordinaire, de sorte qu'il pourrait bien résulter de tout cela quelque conflit maritime. Les Anglais ont ici à peu près en tout quarante vaisseaux (1), dont dix commandés par Digby forment l'avant-garde. Ils sont partis depuis trois semaines au moins, quoiqu'ils se tiennent encore à la côte occidentale de leur pays. Vingt autres bâtiments auxquels se sont joints quinze navires hollandais, forment toute l'armée navale avec ceux dont j'ai parlé plus haut. Ils seront sous les ordres de l'amiral baron de Willeby. Qu'ils n'aient pas l'intention de faire quelque descente, on peut le conclure du petit nombre de gens, tous hommes de mer, qu'ils ont à bord pour attaquer les vaisseaux ennemis. De plus, ils n'ont pas emporté les instruments qui leur seraient nécessaires s'ils avaient envie de combattre sur terre (2).

Sous prétexte d'aller remettre en bon état la marine à Dunkerque, on dit que le marquis Spinola a tenté un coup de main sur une forteresse qu'on appelle le Pas, non loin de l'Ecluse. L'auteur et le chef de l'entreprise était un certain soi-disant comte de Hornes, qui s'est acquis ce vain titre au moyen de quelque trafic avec les Etats de Hollande. C'est du reste un chimiste et un ingénieur. Mais il n'a pas été cette fois plus heureux dans son entreprise que dans la recherche de sa pierre philosophale, car la tentative ayant été découverte, comme il était en compagnie de M. de La Fontaine, gouverneur de Bruges, ils furent accueillis par la garnison de la place avec des arquebusades et des canonnades qui leur tuèrent quelques personnes. Le susdit comte lui-même fut blessé au visage. Il est bien étrange que cela ayant eu lieu le 29 octobre, on n'ait pu encore jusqu'aujourd'hui savoir au juste la vérité. On en parle, d'une façon si diverse qu'il est impossible de rien affirmer de certain, sinon que l'entreprise est manquée. N'ayant rien d'autre à vous dire, je finis en vous baisant les mains ainsi qu'à votre frère et en me recommandant dans vos bonnes grâces.

Anvers, le 5 novembre 1626.

P. S. Nous avons reçu maintenant le de Questione politica, au sujet duquel vous m'avez écrit, ainsi qu'un autre opuscule intitulé: Instructio secreta [12] ad comitem Palatinum. Je vous en aurais fait l'envoi avec plaisir, si vous ne m'eussiez pas contremandé cette commission, et à dire le vrai, ces bagatelles ne valent point le port, et plus d'une fois je me suis étonné que M. de Valavès les payât si cher. Quand vous voudrez bien me faire la faveur de m'envoyer quelque livre, du genre de celui dont vous m'annoncez l'impression, vous n'aurez qu'à le faire consigner, par l'entremise de M. de Lamothe, chez M. l'ambassadeur de Flandre, qui me le fera tenir en toute sécurité, et pareillement s'il se trouve ici quelque chose qui soit digne de votre curiosité, je trouverai bien quelque ami qui, au passage, vous le fera tenir.


COMMENTAIRE.

Le procès du maréchal d'Ornano. Richelieu et Marie de Médicis avaient voulu marier le jeune Gaston, frère du roi, à Mademoiselle de Montpensier, héritière des grands biens de la branche de Bourbon-Montpensier. Ils espéraient s'attacher Gaston par cette alliance. Les Condé qui ne se souciaient pas de voir augmenter le nombre des aspirants au trône, leur cousin Soissons qui aimait mademoiselle de Montpensier, Anne d'Autriche et son amie la duchesse de Chevreuse, si fameuse par ses intrigues et ses galanteries, complotèrent d'abord pour faire échouer ce projet de mariage, puis bientôt pour renverser Richelieu lui même. Le gouverneur du jeune Gaston, le colonel d'Ornano, avait reçu du ministre le bâton de maréchal, pour se prêter à ses desseins; mais la princesse de Condé dont il était amoureux, le fit agir en sens contraire. Il en résulta que Richelieu, dont les espions avaient découvert tout le complot, se mit en mesure de tout déjouer. Le 4 mai 1626, il fit arrêter en son château de Fontainebleau le maréchal d'Ornano, en même temps que M. de Chaudebonne, grand maréchal des logis de la Maison de Monsieur frère du Roi, et nombre d'autres personnages; il furent conduits au château de Vincennes. Tous ces prisonniers étaient accusés de vouloir brouiller le roi avec son frère Gaston, duc d'Anjou. Henri de Talheyrand, comte de Chalais, maître de la garde-robe, était du complot. Le duc de Vendôme et le grand Prieur de France, frères naturels du roi, furent arrêtés le 11 juin au château de Blois et conduits au château d'Amboise. Le 8 juillet, Chalais fut arrêté. Le 5 août, le mariage de Monsieur avec Mademoiselle de Montpensier eut lieu. Le même jour une cour criminelle fut érigée à Nantes pour juger les accusés. Le procès eut un grand retentissement à cette époque. Chalais fut accusé, non seulement d'empêcher tout rapprochement entre le roi et son frère, mais encore d'avoir formé le complot d'assassiner le cardinal de Richelieu. Celui-ci promit la vie [13] sauve à l'accusé s'il voulait faire des aveux. Chalais se reconnut coupable, ce qui ne le sauva pas de sa condamnation. Après avoir entendu l'arrêt, il se rétracta. Le 19 août, il fut condamné à mort et exécuté. Le maréchal d'Ornano mourut en prison, le 2 septembre suivant. Chaudebonne fut enfermé à la Bastille. Le 17 septembre, les ducs de Vendôme et le grand Prieur furent conduits au château de Vincennes.

Rubens s'étonna du rôle, que la duchesse de Chevreuse put jouer dans cette affaire. Il paraît que Chalais aimait la duchesse et que cet amour lui fit prendre part aux complots tramés contre le cardinal. Dans le cours de son procès, sur les promesses de grâce du cardinal, il avait accusé Madame de Chevreuse et la reine d'être entrées dans la conspiration; après sa condamnation il rétracta tout ce qui pouvait les compromettre.

Le prince de Piémont. Plus tard Victor-Amédée Ier, duc de Savoie, époux de l'une des soeurs de Louis XIII.

M. de Bassompierre (François), maréchal de France, né le 12 avril 1579, mort le 12 octobre 1646, joua un grand rôle sous le règne de Henri IV et de Louis XIII. En 1622, le duc de Luynes, pour l'éloigner de la Cour, le fit nommer ambassadeur en Espagne; en 1625, il fut envoyé en Suisse et de là en Angleterre où il ne resta pas longtemps.

La Reine. Anne d'Autriche, mariée à Louis XIII, le 25 décembre 1615. Elle ne mit au jour son fils aîné, plus tard Louis XIV, que le 16 septembre 1638, après vingt-trois années d'un mariage stérile.

Le comte de Gondomar. Don Diego Sarmiento de Acuña, comte de Gondomar, un des plus remarquables diplomates espagnols à la Cour de Jacques Ier, d'Angleterre.

Les opérations du marquis de Spinola. Ayant eu vent des projets de l'Angleterre et de la Hollande contre la flotte espagnole, Spinola réunit vers le milieu du mois d'octobre le plus de vaisseaux possible à Dunkerque, dans l'intention d'opérer une attaque contre la côte de la Zélande et d'entraver le commerce des Provinces-Unies avec les villes Hanséatiques. Les Hollandais prirent des mesures contre ces opérations qui d'ailleurs ne produisirent aucun résultat. Vers la fin du mois, Spinola dirigea une attaque contre le fort het Pas qui de l'autre côté du Zwijn commande l'embouchure du port de l'Ecluse. Une fois ce fort pris, on croyait que l'Ecluse ne pourrait tenir. Dans la nuit du 30 octobre, le comte de Hornes, à la tête de 400 hommes choisis et soutenu par trois des meilleurs régiments des Pays-Bas, s'avança contre le fort. La sentinelle donna l'alarme. Le comte de Hornes s'avançant toujours pour faire sauter la porte reçut un coup de fusil qui lui brisa les deux mâchoires; l'homme qui portait [14] le pétard fut tué à ses côtés. Des secours furent envoyés de l'Ecluse qui poursuivirent les assaillants et leur tuèrent 400 hommes et plusieurs officiers.

De questione politica et Instructio secreta ad Comitem Polatinum. Les titres de ces deux opuscules sont: Politica quaestio, an recte D. Cardinalis suaserit fieri pacem a Rege Galliae cum Rebellibus Huguenotis, ut bellum transferatur in Palatinatum adversus Hispanum et Secretissima instructio Gallo-Britano-Batava Frederico V. data, ex Belgica in Latinam linguam versa. Ces deux opuscules comme les Scopae Ferrerianae étaient des libelles imprimés en Flandre et en Allemagne. On prétendait que les deux opuscules mentionnés plus haut étaient rédigés par un Allemand bavarois qui recevait de Paris les arguments nécessaires. Tous ces pamphlets avaient pour but de combattre la politique de Louis XIII et du cardinal de Richelieu qui prêtaient le secours des armes de la France à un prince protestant, le comte palatin, et défendaient, eux catholiques, la cause d'un hétérodoxe contre les deux grandes puissances catholiques, l'Espagne et l'Empire.


CCCCXVII
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto ill. sig.

La mi obbliga troppo col scrivermi così puntualmente, che certo mi dubito, che gli negoci di V. S. non permettono senza gran scommodo. Mi rallegro summamente, che gli figliuoli di Peiresc y Valavès si portano bene. Prego il sig. Idio sia servito di conservargli longamente, per essere un par di galanthuomini, che meritarebbono d' essere immortali, se la fragilità humana il permettesse. Veramente io mi sono ingannato nel nome del poeta della galeria, che si chiama Morisotus, del quale ho fatto più larga mentione nella mia precedente, e perciò soprasederò per adesso a dirne d'avantaggio. Ho havuto lettere d' Angleterra, che non fanno mentione della negociatione del sig. mareschal di Bassompierre, ma di qualche cosa dependente dalla buona corrispondenza tra Francia et Inghilterra, che perciò faccio conjettura che aveva buon successo, Quì si dice, che la lor armata fosse tornata a Pleymuyt, per esser morto il suo generale, che non è raggion sufficiente, perchè in tal caso si provvede sempre sino al secondo y terzo successore, non che al primo. [15] Le carache di Goa sono arrivate sicuramente alla Curogna en Portugal, assai ricche come si dice, ma le lettere del carico non sono arrivate ancora. Quì non si fa alcun' altro apparato di guerra, che di perfettionar quel canale, il quale non si fa adesso di quella larghezza, che dovrà essere, ma si fa leggermente, buttando la terra verso la banda del nemico, che serve per trincera, y quando sarà condotto di quella maniera sino alla Mosa, vogliono dargli apertura per far la prova del impeto del acqua, e il corso che pigliarà, y qual effetto farà entrando nella Mosa, et se quella sarà sufficiente d'alveo per contenersi con questo accrescimento, che forse bisognarà dilatarla e munirla d' argini novi. Pare che gli Ollandesi non vogliono pure far ostacolo, almeno si dice per certo, che si sono ritirati et repartite le lor truppe negli presidi loro communi. Il sig. marchese Spinola s'intrattiene tuttavia a Duynckerque, molto infaccendato a ristorar quel navale e rimettere le forze maritime al meglio che possibil sia; certo è che la sua presenza vale assai y questa diligenza dà qualche sospetto agli Inglesi. E stato dato ordine in Spagna a quegli che vanno per assicurar quei mari, d' attacar la flotta Inglese per tutto dove potranno riscontrarla. Della flotta del Perù non c' è nova ancora, se non ch' ella è riccha di 20 millioni d'oro, de li quali toccano al re 8 solamente. Di questa ricchezza non si deve maravigliar, perch' ella è doppia, sendo per timore d' Inglesi stata contramandata l' altra volta, et perciò non venne al termino ultimamente passato. Di questa dipende la fortuna di Spagna, sendosi rimessa ogni cosa a buon conto di quella, y frattanto si siamo quì impegnati sino alla camisia. Di Lisboa et di Sivilla si mandanno ad incontrarla tutte le forze maritime, che si possono ritrovar insieme. et al peggio gli Inglesi non possono guadagnar niente, ma ben danneggiar il nemico (che vale assai), perchè tutti gli capitani di quei galeoni hanno ordine (pena la vita) di non venir vivi colla nave salva in poter de' nemici, ma di metter, in caso di disperazione di poter salvar la nave, il fuoco nella polvere, y per poter far questo con buona coscienza, portano la lor dispensa del papa al collo, per ammazzarsi leggitimamente. La nostra impresa sopra l'Esclusa non è stata di gran momento, come habbiamo inteso di uno che fu presente. Il dissegno fu sopra un forte, che si chiama il Passo, la cui porta sendo petardata, la trovarono ripiena di terreno, et il povero conte di Hornes, benchè armato di tutti [16] pezzi, ricevette una moschettata nella guancia, et restarono morti 17 nel luoco e tra quelli un capitano di fantaria, et alcuni feriti, che si salvarono. Questi ritratti di maestro Michel, tagliati in rame in Ollanda, come V. S. mi dice, non sono comparsi in queste parti, che molto mi dispiacce, perchè sarei curiosissimo per vederli. V’ è qui inclusa una lettera di Cologna, che si deve indriccar in casa de M. de Peiresc, dal cui ordine mi sono ricapitate molte della medesima maniera, et adesso mancandomi il mezzo del sig. di Valavès, la devo indriccar a V. S. per mandar a Aix. Ne avendo altro bacio a V. S. et al sig. suo fratello humilmente le mani, et mi raccomando con tutto il cuore nella lor buona gracia.

D'Anversa, il 12 di novembre 1626.

P. S. Ho mandato a M. Thavernier alcune stampe a sua requisitione et ad instanza de M. de Valavès, ma lui non mi ha giamai accusata la ricevuta. Però supplico V. S. sia servita di farli domandar per un suo servitor, se le sono pervenute alle sue mani, come sono infallibilmente, et ne restarò a V. S. con gran obligo, pregandola di perdonarmi il fastidio.


Cette lettre, comme la précédente, appartenait à la Bibllothèque nationale de Paris, en 1838, lorsque Gachard en fit la copie que Gachet publia. Depuis lors, elle a disparu; nous ignorons ce qu'elle est devenue.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 78 et par Ad. Rosenberg, op. cit, p. 115.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur,

Je vous suis trop obligé de la ponctualité avec laquelle vous m'écrivez pour ne pas craindre qu'elle ne vous dérange beaucoup dans vos autres occupations. Je suis charmé que les enfants de M. Peiresc et de M. Valavès se portent bien, et je prie Dieu qu'il les leur conserve longtemps, car ce sont des hommes de bien qui mériteraient d'être immortels, si la fragilité humaine ne s'y opposait. Vous avez raison et je me suis trompé sur le nom du poète de la galerie. C'est Morisot qu'il se nomme. Comme je vous en ai parlé plus amplement dans ma précédente lettre, je n'en dirai pas davantage aujourd'hui.

J'ai eu des lettres d'Angleterre qui ne parlent point de la négociation [17] du maréchal de Bassompierre, mais il y est question de rapports de bonne amitié entre la France et l'Angleterre, ce qui me fait conjecturer que le maréchal a réussi. On dit ici que l'armée anglaise est retournée à Plymouth, à cause de la mort de son général; ce n'est pourtant pas là une raison suffisante, car en pareil cas on pourvoit toujours jusqu'au second et au troisième successeur, sans s'arrêter ainsi au premier. Les caraques de Goa sont arrivées saines et sauves à la Corogne en Portugal; elles sont fort riches d'après ce que l'on dit, mais leurs lettres de charge ne sont pas encore venues.

On ne fait pas ici d'autres préparatifs de guerre que de continuer les travaux du canal; il ne sera plus aussi large qu'on l'avait projeté d'abord; il sera fait plus légèrement, on jette la terre du côté de l'ennemi en guise de retranchement, et quand on sera parvenu ainsi à la Meuse, on lui donnera ouverture pour essayer la force de l'eau et pour voir le cours qu'elle prendra, ainsi que l'effet qui sera produit par la jonction des eaux. Le lit de la Meuse ne sera peut-être pas suffisant pour contenir cette crue, et il faudrait dans ce cas l'élargir et le fortifier avec de nouvelles digues. Il semble que les Hollandais ne veulent point y faire obstacle, du moins on affirme qu'ils se sont retirés et qu'ils ont réparti toutes leurs troupes dans leurs garnisons respectives.

M. le marquis Spinola ne quitte pas toutefois Dunkerque, où il ne cesse de mettre tous ses soins à rétablir la marine et à remettre nos forces navales dans le meilleur état possible. Il est certain que sa présence y contribue puissamment, et que cette activité inquiète les Anglais. Ordre a été donné en Espagne à ceux qui sont chargés de veiller à la sécurité de ces mers, d'attaquer la flotte anglaise partout où ils pourront la rencontrer. Point de nouvelles encore de la flotte du Pérou, sinon qu'elle porte vingt millions en or, dont huit seulement sont pour le roi. Cette énorme quantité d'or ne doit pas surprendre, puisque, les envois ayant été contremandés précédemment par crainte des Anglais, celui-ci a été doublé, et c'est pour cela qu'il n'est pas arrivé au terme dernièrement passé. Il porte la fortune de l'Espagne, car tous les paiements ont été remis jusqu'à son arrivée, et partant nous avons mis en gage jusqu'à notre chemise. De Lisbonne et de Séville toutes les forces navales qu'on a pu rassembler ont été envoyées au devant du riche convoi, et, au pis, les Anglais ne peuvent que causer une énorme perte à leur ennemi (ce qui est déjà bien), sans faire le moindre profit pour eux-mêmes, car les capitaines des galions ont tous reçu, sous peine de la vie, défense de rendre leurs vaisseaux. Ils doivent, s'il n'y a plus d'espoir de sauver le bâtiment, mettre le feu aux poudres, et afin qu'ils puissent le faire la conscience tranquille, [18] ils portent au cou la dispense que leur a donnée le pape pour pouvoir se tuer légitimement.

Notre tentative sur l'Ecluse n'a pas été d'une grande importance, ainsi que nous l'a dit un témoin oculaire. L'attaque était engagée contre un fort nommé le Pas, dont la porte, après avoir été renversée par un pétard, fut trouvée toute barrée de terre. Le pauvre comte de Hornes, bien qu'armé de toutes pièces, reçut à la joue un coup de mousquet. Dix-sept hommes restèrent sur la place, et parmi eux se trouve un capitaine d'infanterie. Plusieurs blessés purent se sauver.

Ces portraits de maître Michel, gravés en Hollande à ce que vous me dites, n'ont point encore paru ici, ce qui me contrarie beaucoup, car je suis bien curieux de les voir.

La lettre ci-incluse de Cologne doit être adressée à la maison de M. Peiresc, pour lequel j'en ai reçu beaucoup de la même manière. L'entremise de M. de Valavès me faisant défaut, c'est à vous que j'ai recours pour faire parvenir cette lettre à Aix. N'ayant rien d'autre à vous écrire, je vous baise les mains, ainsi qu'à Monsieur votre frère et me recommande de tout coeur aux bonnes grâces de vous deux.

D'Anvers, le 12 novembre 1626.

P. S. J'ai envoyé différentes estampes à M. Tavernier, d'après sa demande et sur les instances de M. de Valavès. Il ne m'en a jamais accusé réception. Veuillez lui faire demander par un de vos gens, si elles sont arrivées entre ses mains, comme j'en suis certain; je vous en serai fort obligé, vous priant de me pardonner ce nouvel embarras.


COMMENTAIRE.

Bassompierre. Bassompierre était arrivé à Londres le 7 octobre 1626 et avait réussi dans sa négociation.

Maítre Michel. Il s'agit de Michel Mierevelt, le peintre de portaits bien connu. D'après lui furent gravés la plupart des contemporains notables de son pays. C'est aux effigies de certains d'entre eux que probablement Rubens fait allusion.

Tavernier. Il appert de ceci, ce qui du reste était facile à supposer, que Rubens chercha à écouler ses estampes à Paris par l'intermédiaire de Tavernier. Les termes de cette lettre semblent prouver que le débit ne fut pas bien grand.


[19] CCCCXVIII
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto ill. sig.

Io mi trovo in perplessità di respondere a V. S., non havendo alcun soggietto degno della sua cognitione, perchè questa corte è queta più che mai, senza mutation alcuna, trattenendosi tuttavia il sig. marchese a Duynckerque, urgendo con gran pressa l' apparato navale, et siccome io credo per dar sospetto agli Inglesi, la cui armata quì si tiene per certo esser gran parte ritornata in dietro maltrattata da temporali. Mi maraviglio che gli Inglesi ardiscono d' usar tante rapine de navi et altri oltraggi a la Francia, senza pensar che sono soggietti ancor essi alle represaille, comme justamente gli è reso il quid pro quo (1). Si devono fidar nelle lor forze maritime y nel beneficio di natura della lor isola. Del resto io credo che si trovarebbono intricati a sostentar la guerra contro la Spagna y Francia insieme. Questa stagione tanto grizzolosa non mi par a proposito per la negociatione del mareschal de Bassompierre; benchè se ne spera ogni bene, pur si tiene per certo che il re d'Ingliterra non voglia ammettere di novo alcuno degli Francesi già cacciati, ne vescovo, ne religiosi. L'impresa sopra l' Esclusa è stata seguitata d' una cosa tutta diversa, perchè si è concertato un trattato di essemtione di guerra, come fu a tempo della tregua tra gli habitanti della Sclusa, Casante e villaggi circonvicini, et de Brughes con gli territorii confinanti, che non usaranno hostilità tra di loro y potranno contrattar (2) liberamente. Questo accordo è stato inopinato et ha parso strano a tutti. Quì non sappiamo cosa alcuna toccante le difficultà che V. S. mi scrive del canal novo, ansi si crede per certo che s' avanza il lavoro con incredibile diligenza. Del successo mi rimetto al fine, ma fin adesso si tiene per certo che riuscirà, et si spera di far ben presto la prova, dandogli l' emissario inanzi, se si puliranno i margini. In Ollanda si dice et si stampa che questa cosa non haverà effetto, ansi ch' ella è impossibile, doppo che hanno tentato invano d' impedirla. E [20] vero che gli villani di novo fanno il diavolo in Allemagna, essendo stati quasi d'accordo col imperatore, e il Mansfelt è penetrato di novo nella Slesia, et si dubita che il Gabor Bethlem col Turco vogliano correre adosso a l'imperatore; ma la stagione è hormai tanto avanti che non si farà gran cosa per quest' anno. Pare, si come alcuni scrivono, che le imputationi del ducca di Vandosme non riescono tanto enormi, come si credeva da principio. Certo se questa caballa non è stata di si mala intentione, come si sparse la voce et si publicò in stampa, in persona del re, il sig. cardinal di Richelieu si sarà tirato un gran odio adosso, ne secondo il parer mio lui deve per l'avenire fidar molto de Monsieur o di altri principi, maltrattati non solo di priggionia, ma aspersi d'eterna infamia. Il Processo del Chalais (1) mi è stato gratissimo e il stimo una cosa curiosissima, ma veramente non corrisponde al apparenza esteriore del negocio; io non ho potuto per mezzo d'altri arrivar a queste particolarità. Non c'è nova ancora della flotta del Perù, la cui tardanza ci mette quì in gran timore, perchè senza l' arrivo di quella non potiamo sperar cosa buona, ansi ogni gran disordine per mancamento de paghe. Ne havendo altro bacio a V. S. et al sig. suo fratello humilmente le mani et mi raccomando nella lor buona gracia di verissimo cuore.

D'Anversa, il 19 di novembre 1626.

P. S. Mi piace in estremo l’ essempio severo della justizia del re contro gli duellanti. Le caracche di Goa sono nel porto de la Courogna nella costa di Gallicia.

Non occorrerà che V. S. si pigli l' incommodo di scrivermi per il spacio di tre settimane, perchè m' è sopragiunta occasione di far un viaggietto che mi trattenerà per un mese in circa, et in quel mentre mi raccomando nella solita sua buona gracia, et le prego dal cielo ogni felicità e contentezza insieme col suo sig. fratello.

De V. S. Molto Illmo
servitor affetto

Pietro Pauolo Rubens.


Cette lettre se trouvait dans la Collection de la Bibliothèque nationale de Paris au moment où, en 1838, Gachard la copia. Depuis lors elle en a disparu, volée par Libri. Elle parut dans une vente Charavay, Paris, mars 1847, et dans une vente [21] Sotheby & Hodges, Londres, 24 juillet 1890. Dans cette dernière, elle fut adjugée à Barker au prix de 27 livres sterling. Elle appartenait, en 1898, à Samuel Davey, 47, Great Russell street, London, qui m'a permis de collationner sur l'original le texte publié par Gachet, op. cit. p. 83. Elle fut publiée encore par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 117.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Je suis embarassé pour vous répondre, n'ayant rien de bien digne de votre curiosité pour le moment, car notre Cour est plus tranquille et moins changeant que jamais. Toutefois M. Spinola ne quitte pas Dunkerque, où il fait hâter les travaux de marine. Il n'a pas d'autre but, â mon avis, que d'inquiéter les Anglais, dont la flotte en grande partie s'est retirée, à ce qu'on affirme, après avoir essuyé de fortes avaries par les mauvais temps. Je m'étonne que les Anglais aient la hardiesse d'exercer contre les navires français tant de rapines et tant d'outrages, et qu'ils ne pensent pas aux représailles auxquelles ils s'exposent aussi, et qu'ils ont justement éprouvées suivant le quid pro quo (1). Ils se fient assurément dans leurs forces navales et dans la situation naturelle de leur île. Je crois au reste qu'ils se trouveraient fort embarrassés, s'ils devaient soutenir la guerre contre la France et l'Espagne réunies.

Cette saison fort brumeuse ne me semble point favorable aux négociations du maréchal de Bassompierre. Malgré les succès qu'on en espère, il paraît certain cependant que le roi d'Angleterre persiste à refuser le retour des Français déjà expulsés; il ne prétend admettre ni l'évêque ni les religieux.

L'entreprise tentée contre l'Ecluse a été suivie d'une affaire bien différente. Les habitants de l'Ecluse, de Cadzant et des villages circonvoisins, de Bruges et de tout le territoire limitrophe, ont fait ensemble un accord, touchant l'exemption de la guerre, ainsi qu'on le pratiquait au temps de la trève, et ils se sont engagés à faire cesser entre eux les hostilités et à continuer (2) librement leur commerce. Cet accord imprévu a semblé étrange à tout le monde.

Nous ne savons rien de la difficulté dont vous me parlez à propos du nouveau canal, on affirme au contraire que les travaux sont poussés avec une [22] activité incroyable. Quant au succès, j'attends la fin, mais jusqu'ici on assure qu'il réussira; et l'on espère en faire bientôt l'essai, en donnant un libre passage aux eaux, dès que les bords seront nettoyés. On dit en Hollande et l'on imprime que tout cela n'aura pas d'effet, que c'est même une chose impossible, après qu'ils ont essayé en vain de l'empêcher.

Il est vrai que les paysans, après avoir été presque d'accord avec l'empereur, font encore une fois le diable en Allemagne, et que Mansfelt a de nouveau pénétré dans la Silésie. On craint que Gabor Bethlen et le Turc ne viennent attaquer l'empereur par derrière; mais la saison est maintenant trop avancée pourque l'on fasse grand'chose cette année.

Il paraît, si l'on en croit certaines correspondances, que les accusations à la charge du duc de Vendôme sont moins énormes qu'on ne le croyait d'abord. Assurément si cette cabale n'a pas eu les intentions coupables que la voix publique et la presse lui ont prêtées envers le roi, M. le cardinal de Richelieu aura excité contre lui-même une bien grande haine, et il ne devra plus, à mon avis, se fier beaucoup pour l'avenir ni à Monsieur, ni aux autres princes qu'il a si fort maltraités, non seulement en les jetant dans les fers, mais en les couvrant d'une éternelle infamie.

Le Procès de Chalais (1) m'a été fort agréable. C'est une affaire que je trouve extrêmement curieuse, quoique tous les détails ne répondent pas à l'apparence qu'elle avait. Il m'a été impossible de connaître toutes ces particularités par le moyen d'autres personnes.

On n'a point encore de nouvelles de la flotte du Pérou, dont la lenteur inspire ici les plus vives inquiétudes, puisque, si elle n'arrive point, nous n'avons rien de bon à espérer, le défaut de paye pouvant au contraire amener toutes sortes de grands désordres. N'ayant rien d'autre à vous écrire, je vous baise humblement les mains ainsi qu'à votre frère et je me recommande de tout coeur dans vos bonnes grâces.

D'Anvers, le 19 novembre 1626.

P. S. L'exemple sévère de la justice du roi contre les duellistes me plaît extrêmement. Les caraques de Goa sont au port de la Corogne sur la côte de Galice.

Vous pourrez, Monsieur, ne pas vous donner la peine de m'écrire pendant trois semaines, car il m'est survenu l'occasion de faire un petit voyage qui durera environ un mois, pendant lequel je me recommande à votre bonne [23] grâce habituelle, et je demande au ciel pour vous et pour M. votre frère toute sorte de bonheur et de satisfaction.

Votre serviteur tout dévoué

Pierre-Paul Rubens.


COMMENTAIRE.

L'Empereur, Mansfelt, Gabor Bethlen. Gabor Bethlen, soutenu par le pacha d'Ofen, se joignit à Mansfelt et Weimar, mais Wallenstein s'étant uni de son côté avec Esterhazy, les deux armées furent impuissantes à obtenir de sérieux avantages l'une sur l'autre. Vers la fin de 1626, Gabor Bethlen accepta les conditions qui lui avaient été offertes par l'Autriche et fit la paix avec l'empereur à Leutschau.

Le voyage de Rubens. Rubens annonce le 19 novembre 1626 à Dupuy qu'il va faire un voyage qui durera environ un mois. Le 26 du même mois, Jean Breughel le jeune, écrit au cardinal Frédéric Borromée que Rubens venait de vendre au roi d'Angleterre pour cent et trente mille écus de tableaux et que toutes ces belles choses viennent d'être transportêes d'Anvers à Londres (1). Au lieu de «roi d'Angleterre» il faut évidemment lire le duc de Buckingham et nous savons que les 130.000 écus doivent être réduits à 100.000 florins. Au commencement de décembre 1626, Rubens se rendit à Calais, emportant avec lui ses trésors artistiques; il comptait rencontrer dans cette ville Gerbier, afin de s'entendre avec lui sur la manière de terminer l'affaire de la vente et d'entamer les négociations de la paix ou d'un armistice entre l'Espagne et l'Angleterre. Jacques Dupuy écrit à Peiresc, le 28 décembre, que, depuis trois jours, Rubens se trouvait à Paris venant de Calais où, pendant trois semaines, il avait attendu vainement Gerbier qui devait venir de la part de Buckingham pour traiter de la vente de son cabinet (2). De Calais il se rendit à Paris où il arriva à la Noël. Pendant ce séjour à Paris, Rubens eut à souffrir de la goutte. La première mention de cette maladie qui treize ans plus tard devait emporter le grand artiste se trouve dans une lettre de Jacques Dupuy à Valavez datée du [24] 1er janvier 1627 (1). Le 4 janvier, Rubens était guéri. A Paris il logeait chez l'ambassadeur de Flandre, le baron de Vicq (2). Ce fut dans cette ville qu'il rencontra Gerbier. Gerbier avait quitté Paris avant le 4 janvier 1627; Rubens y resta encore une dizaine de jours. Il partit avant le 15 (3) et arriva à Bruxelles le 20 ou le 21 janvier. De là il retourna à Anvers où il se trouva le 28 janvier 1627. Au mois de février 1627, Gerbier alla le voir pour traiter, dit-il, de l'achat des tableaux, médailles et statues et il lui remit une lettre qui porte la date du 23 février 1627. La conclusion complète de la vente et l'expédition des oeuvres d'art en Angleterre ne se termina qu'au mois de septembre suivant. Nous croyons toutefois que, dès le mois de décembre 1626, Rubens expédia une partie de sa collection puisque, dans sa lettre du 19 mai 1627 à Gerbier, il parle du «reste des peintures appartenantes à Buckingham qu'il n'ose envoyer» à cause du danger du passage et puisque Jean Breughel affirme, dès le mois de novembre 1626, que les choses précieuses ont été transportées d'Anvers à Londres.

La vente du cabinet de Rubens au duc de Buckingham est un fait important dans la vie du peintre. Dans la Vita, son neveu raconte: «Lorsque Rubens se trouvait à Paris, en 1625, pour y placer ses tableaux de la galerie de Marie de Médicis et y mettre la dernière main, il y rencontra le duc de Buckingham qui jouissait de la plus éclatante faveur auprès du roi de l'Angleterre, comme il avait joui de celle de son maître lorsque celui-ci était prince de Galles. Le duc le pria de faire son portrait et ne lui cacha point qu'il ne demandait pas mieux que de voir s'assoupir les inimitiés et les guerres entre l'Espagne et la Grande Bretagne. Rubens de retour à Bruxelles, rapporta ces paroles à l'archiduchesse Isabelle qui lui ordonna d'entretenir et de cultiver la faveur du duc. Rubens se conforma à cet ordre et le duc y prêta l'oreille. Peu de temps après, il envoya un de ses agents à Anvers pour acheter les objets précieux de la collection de Rubens qu'il paya cent mille florins.» Le duc de Buckingham en retournant [25] de Paris à Londres passa par Anvers, en septembre 1625, et y admira la collection de Rubens consistant en marbres antiques, pierres gravées et tableaux. Comme nous venons de le voir, en décembre 1626, Rubens se rendit à Calais pour y embarquer les trésors de sa collection. En dehors de ses curiosités artistiques, Rubens fournit plusieurs de ses tableaux à Buckingham; mais ceux-ci ne furent expédiés qu'en septembre 1627. Dans le catalogue de la collection du duc, il s'en rencontra treize de la main du maître: 1° Un grand paysage plein de personnages, de chevaux et de chars; 2° La Reine de France assise sous un dais; 3° Une pièce représentant un hiver dans laquelle il y a neuf figures; 4° Une autre grande pièce dans laquelle il y a plusieurs dieux et déesses des bois avec de petits Bacchus; 5° Une grande pièce de Cymon et Iphigénie, avec trois femmes nues et un homme dans un paysage; 6° Un marché au poisson où l'on voit Notre Sauveur et plusieurs autres grandes figures; 7° Une chasse au sanglier où sont représentés plusieurs chasseurs à pied et à cheval; 8° Une tête de Méduse; 9° Une femme nue avec un ermite; 10° La duchesse de Brabant avec son amant; 11° Les trois Grâces avec des fruits; 12° Le Soir dans un petit paysage: 13° La Tête d'une vieille femme.

Pour le paiement, Buckingham voulait assigner à Rubens un mandat sur les sommes que les villes des Pays-Bas devaient au roi d'Angleterre, mais Rubens fit des difficultés pour accepter ce paiement (1).

Dans le compte, que Rubens rendit le 28 août 1628 aux tuteurs de ses enfants, il inscrit qu'après la mort d'Isabelle Brant il avait vendu de la main à la main au duc de Buckingham en Angleterre quelques tableaux, marbres antiques, agates et autres joyaux au prix de cent mille florins, dont il fallait défalquer seize mille florins, à savoir six mille florins pour un tableau de l'Assomption des âmes bienheureuses que Rubens s'était engagé à fournir mais qu'il n'avait pas commencé au moment de la mort de sa femme, et dix mille florins payés à celui qui a mis le vendeur en rapport avec le duc et a conclu le marché. Par ce dernier il faut entendre Michel Le Blon, «agent de la Reyne et Couronne de Suède chez Sa M de la Grande-Bretagne,» et cumulant cette fonction avec celle d'expert et d'agent de ventes artistiques (2).

Rubens fit quelques achats pour enrichir sa collection au moment de la céder au duc de Buckingham. Il paya 300 florins à Monsieur Gau ou Gault de Paris pour un lot d'agates et 220 florins à Hans Hans pour une partie de médailles qui étaient compris dans les oeuvres d'arts vendues à Buckingham. [26] Corneille De Vos reçut 48 florins pour deux copies faites par lui qui furent jointes aux tableaux vendus (1).

Ce ne fut pas sans un certain regret que les amis de Rubens virent partir pour l'Angleterre les trésors artistiques qu'il avait réunis. Le 22 janvier 1627, Peiresc écrivit à Dupuy:

Si le cabinet de Mr Rubens se vend 80m francs, je n'y auray pas dutout tant de regret, parceque au moings le dict Sr Rubens aura de quoy y trouver son compte, mais je vouldrois bien que l'achepteur y eust adjousté encores quelque millier d'escus pour faire imprimer ce qu'il y a de plus exquiz afin que le public s'en ressentît (2).


PEIRESC A RUBENS.

Dans les Petits Mémoires de Peiresc, nous trouvons annotée, sous la date du 11 janvier 1627, une lettre «à M. Rubens.»

Il ne s'en trouve pas de minute à Carpentras.

C'est la lettre dont il est question dans celle de Peiresc à Pierre Dupuy du même jour.


CCCCXIX
PEIRESC A PIERRE DUPUY.

Il me tarde bien que nous soyons de retour mon frère et moy de ce petit voyage pour commancer meshuy à songer à nostre debvoir envers vous et par mesme moyen envers Mr. de Lomenie et Mr. Rubens, de qui j'ay tant de tort que je ne sçay par où commancer ne où trouver prinse pour fonder un moyen de pardon, me resjouyssant infiniment d'entendre que vous l'ayez eu si prez de vous lorsque vous le pensiez le plus loing, je ne regrette que de ne pouvoir me mettre in douzzina (3) et participer au bonheur de sa conversation et de la vostre. A mon retour, Dieu aydant, je rompray cette glace, vous suppliant cependant [27] de me préparer la voye au trez humble pardon que j'ay à luy demander et de me pardonner vous mesmes et Monsieur vostre frère de ce que je me sçay si mal mettre en debvoir de me rendre digne de voz bonnes grâces et de la peine que vous daignez prendre pour l'amour,

Monsieur, de vostre trez humble et trez obéissant serviteur

de Peiresc.

A Aix, ce lundy matin XI Janvier 1627.

Depuis vous avoir escript, tandis que Mr l'Archevesque s'apprestoit à partir, j'ay inespérement trouvé le temps d'escrire un mot à M. Rubens que j'espère debvoir arriver entre vos mains avant que le duc de Bukingam soit à la cour (1) et par conséquant que vous lui pourrez bailler en main propre, ce que je désirerois bien afin qu'il vous pleut l'accompagner de touts les meilleurs compliments de bouche que vous pourrez pour nous faciliter la grâce que nous avons si mal méritée en son endroict aprez un si long silence, que je ne sçay si nous ne vous ferons poinct trop de honte de vous employer à faire pardonner une si lourde faulte que la nostre.


(Philippe Tamizey de Larroque. Lettres de Peiresc aux frères Dupuy, Tome I, p. 124.)


CCCCXX
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto illusre Sigr mio ossermo

Questa servirà solamente per aviso del mio felice arrivo a Brusselles non senza molestia però perlasprezza de camini y tardita del carro, che finalte in otto giorni e mezzo ha terminato il nostro viaggio. L' accidente del piede m' accompagnò sino a Peronna et di poi si e diminuito poco a poco et al mio arrivo a Brusselles svanito totalte y [28] per la gracia divina mene trovo adesso libero affatto. Piaccia al sig. Idio di guardarmi per lavenire della famigliarita et insidie di questo nemico domestico e confinarlo per conto mio nel limite gallicano. De nove non trattarò per adesso, per che non ho havuto tempo ancora d' informarmene sendo stato impedito a dissipar una calumnia radicata di tal sorte per diversi avisi chio fossi passato in Ingliterra nella mente della Serema Infanta y del sigr Marchese che a gran pena posso confutarla colla mia presenza. E ben vero che il crime non e di lesa maiesta ma si trovò male che a tempo di guerra io fossi andato in un regno nemico senza licenza della Padrona. Pur si dispone a risolversi questa nebbia cominciando a chiarirsi la luce della vérita. Del resto io ritrovo questa corte tanto quieta e senza garbuglio come se vivesse in una securissima pace. Del canale si spera bene ma sapro dire a V S qualche particolarita al arrivo di Don Giovanni de Medicis capo di quella impresa che saspetta dhora in hora alla corte et e mio amicissimo. Ne havendo altro finirò con baciar a V S et al sig. suo fratello humilmente le mani, et raccomandarmi nella lor buona gracia di verissimo cuore.

Di V. S. molto illusre
servitor affettionatimo

Pietro Pauolo Rubens.

Di Brusselles il 22 di gennaio 1627.

Adresse: A Monsieur Monsieur Dupuy
chez Monsr le Conseil de Thou à Paris.


Autographe à la Bibliothèque nationale de Paris. Coll. Dupuy, Registre 714. Publié par E. Gachet, op. cit. p. 89 et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 119.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur,

Cette lettre n'a d'autre but que de vous faire part de mon heureuse arrivée à Bruxelles, non sans peine toutefois, à cause du mauvais état des chemins et de la lenteur de notre voiture, qui a mis huit jours et demi pour achever ce voyage. L'accident qui m'est survenu au pied m'a fait souffrir jusqu'à Péronne. Depuis il s'est affaibli peu à peu, et en arrivant à Bruxelles [29] il avait disparu tout à fait. Je m'en trouve aujourd'hui entièrement délivré, grâce à Dieu. Puissé-je à l'avenir être à l'abri des familiarités et des embûches de cet ennemi domestique et l'avoir laissé pour mon compte à la frontière de France!

Je ne vous apprendrai d'ici aucune nouvelle, n'ayant pas eu encore le loisir de m'en informer. Je suis occupé à détruire une calomnie qu'on a pris soin de répandre contre moi. Si l'on en croit mes ennemis, j'aurais fait un voyage en Angleterre, et ils ont fait entrer si profondément cette idée dans l'esprit de la Sérénissime Infante et de M. le marquis, que ce n'est pas trop de ma présence pour les confondre. Ce n'est point là, il est vrai, un crime de lèse-majesté, mais on a trouvé peu convenable que je me fusse rendu dans un royaume avec lequel nous sommes en guerre, et que je l'eusse fait sans la permission de notre souveraine. Pourtant le nuage commence à se dissiper, et la vérité brille de nouveau.

J'ai retrouvé du reste cette Cour dans un tel état d'ordre et de quiétude comme si nous vivions au milieu des sécurités de la paix. On espère toujours merveille du canal, mais pour vous en dire quelques particularités, j'attendrai l'arrivée de don Juan de Médicis, conducteur de l'entreprise. On l'attend d'un moment à l'autre à la Cour, et c'est un de mes grands amis. N'ayant rien d'autre à vous communiquer, je vous salue affectueusement vous et votre frère, et me recommande de tout coeur à vos bonnes grâces.

Votre tout dévoué serviteur

Pierre-Paul Rubens.

De Bruxelles, le 22 janvier 1627.

Adresse: A Monsieur Monsieur Dupuy
chez Monsr le Conseiller de Thou à Paris.


CCCCXXI
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto ill. sig.

Diedi a V. S. parte col ordinario passato del mio felice arrivo a Brusselles, et adesso per la gracia divina mi ritrovo in Anversa a ristorarmi colla quiete degli disaggi patiti. Di novo habbiamo poco o niente; mi sono però informato del canale, che cessa alquanto per adesso per la crudel staggione di verno, sendo il gelo eccessivo, che rende il [30] terreno impenetrabile al ferro. Del resto l' opera è molto avanzata e se ne spera, secondo che posso intendere, ogni buon successo. Ne si ferma quì il dissegno della Serenissima Infante y del sig. marchese, ma vogliono condurre un altro canale (1) dalla Mosa verso Herentals e derivarlo in un fiumicello, che si viene rendere nella città d' Anversa. Questo concetto è nobile e di gran conseguenza, et al mio giudizio, come ho scritto a V. S. altre volte, questo canale sarà il suggetto e palestra per molti anni della guerra di Fiandra. E perchè bisogna farlo a mano armata servirà per impiego et essercitio dell' essercito reggio, e la quantità di trincere, ridutti e fortezze che bisogneranno per munirlo contro nimici, sarà propria per alloggiar e distribuir la soldatesca, con minor molestia delle città e villaggi (2). Questo è un temperamento fra l' ocio y la guerra offensiva, la qual è di grandissima spesa y fatica et di poco frutto contro populi tanto potenti e ben muniti per arte e natura. Questo è quanto io ho da dire per adesso, e per fine bacio a V. S. e al sig. suo fratello con tutte il cuore le mani et di vero affetto mi raccomando nella lor buona gracia.

D'Anversa, il 28 di gennaio 1627.

P. S. Non mancherò di mandar a V. S. colla prima commodità quel libro della casa de Linden et la servirò molto voluntieri in ogni altra occorenza del suo servicio.


Autographe jadis à la Bibliothèque nationale de Paris, disparu aujourd'hui.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 91, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 120.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Je vous ai annoncé par l'ordinaire précédent mon heureuse arrivée à Bruxelles; me voici maintenant, grâce à Dieu, à Anvers, où je me remets de toutes mes fatigues au moyen d'un peu de repos. Jusqu'ici peu ou point de nouvelles. Je me suis pourtant informé des travaux du canal. Les rigueurs [31] de l'hiver les ont fait cesser pour le moment. Il a gelé si fort que la terre est devenu impénétrable au fer. L'ouvrage est néanmoins fort avancé, et selon ce que je puis comprendre, on compte beaucoup sur le succès. Mais le projet de la Sérénissime Infante et de M. le marquis, ne s'arrête pas là, ils veulent creuser un autre canal (1), depuis la Meuse jusqu'à Herenthals et le faire dériver dans une petite rivière qui se rend à Anvers. C'est là un projet noble et dont les conséquences sont incalculables. Je suis persuadé, comme je vous l'ai écrit maintefois, que ce canal sera bien des années encore le sujet et le théâtre de la guerre de Flandre. Et comme il faut le faire à main armée, on trouvera ainsi l'occasion d'employer et d'exercer les soldats du roi. Les retranchements, les redoutes et les forteresses indispensables pour la défense viendront fort à propos servir de logement et de garnison aux troupes, au grand soulagement des villes et des campagnes (2). C'est un terme moyen entre l'inaction et la guerre offensive qui exige trop de dépenses et de fatigues et qui est peu profitable se faisant contre un ennemi si puissant et si bien défendu par l'art et par la nature. Voilà tout ce que j'ai à vous apprendre pour le moment, et pour finir je vous salue de tout coeur vous et votre frère et me recommande à vos bonnes grâces.


P. S. Je ne manquerai pas de vous faire tenir à la première occasion ce livre de la maison Linden, et je me ferai un plaisir d'être à votre service en toute autre circonstance.

D'Anvers, le 28 janvier 1627.

COMMENTAIRE.

Le livre de la maison de Linden. C'est un ouvrage de Butkens intitulé Annales généalogiques de la maison de Lynden Divisées en XV livres Vérifiées par chartes, titres etc. Embellies des figures de divers pourtraicts, chasteaux, sépultures et anciens seaux tirés sur leurs originaux. Recueillées par F. Christophe Butkens, Religieux de L'ordre de Cisteaux au Monastère de S. Sauveur. Anvers, Jehan Cnobbaert 1626. Le livre était fort difficile à trouver; parce que, disait-on, depuis sa publication les exemplaires avaient été retirés du commerce par l'auteur qui n'avait pas été récompensé comme il s'y attendait. D'autres disent que Butkens avait falsifié le texte de plusieurs chartes citées par lui, afin de flatter la vanité de ceux qui lui avaient commandé l'ouvrage. La découverte [32] de cette fraude lui aurait fait retirer le livre du commerce. Il le distribuait cependant volontiers à ses amis ou le vendait aux amateurs (1). Peiresc dut attendre jusqu'en 1628 pour l'obtenir. Dans sa lettre du 29 octobre de cette année au peintre Adrien de Vries, il remercia ce dernier de le lui avoir procuré (2). Il est resté jusqu'à présent d'une grande rareté.


CCCCXXII
PEIRESC A PIERRE DUPUY.

J'ay escript á Lyon pour voir si cette édition d'Aelian s'y trouveroit, où est le traicté de l'éléphant de Gillius (3) que je n'ay poinct veu, vous remerciant de l'advis et de l'offre de l'exemplaire qui vous est debtenu, tout aultant qui si je l'avois desjà receu et leu, vous suppliant néantmoings de ne vous mettre pas en peine de me l'envoyer quand on le vous rendroit, parce que ma curiosité ne va pas jusques à ce point pour ce regard que je voulusse que vous missiez au hazard des chemins des livres d'une telle bibliothèque sans plus grand besoing ou espérance de quelque utilité pour le public. Si Mr Rubens a trouvé à redire à la grandeur des oreilles dans les peintures ordinaires, ce ne sera pas sans en avoir luy mesmes faict un dessein mieux proportionné pour ce regard. Je vouldrois bien que vous eussiez veu les portraicts qui ont esté tirez des peinctures antiques de Rome où sont représentez divers animaulx estranges et entr'autres des éléphants qui semblent avoir les oreilles beaucoup plus petites que ceux que l'on peinct aujourd'hui, que j'estime avoir esté fort exactement desseignez sur les animaulx mesmes en leur temps et sont tirez de certaines grottes de bains qui estoient [33] prez du Vivarium de Rome où se gardoient toutes les bestes sauvages plus estranges. Ces peintures furent descouvertes l'an 1547 et imprimées en taille doulce en trois grandes planches qui se trouvent dans les recueils de cez grandes images des Antiquitez de Rome. Je pense en avoir veu un dans la bibliothèque de Mr du Thou, ce n'est pas chose si rare; et serois bien aise que aprez avoir veu ces images vous eussiez reveu l'éléphant vivant pour voir si vous y trouveriez des actions et postures qui reviennent à celles desdictes peintures et spécialement pour l'eslèvement ou arrection des oreilles ou r'abbaissement d'icelles et maniement des jambes. Combien que je ne vouldrois pas croire pour tout cela que parmy cette espèce d'animaulx, il n'y en puisse avoir qui ayent les oreilles plus longues les uns que les autres comme les chiens, chevaulx et autres bestes mesmes des sauvages, estant bien certain que touts les cerfs n'ont pas les cornes pareilles non plus que le corsaige. Voire entre ces images il y en a qui monstrent d'avoir l'oreille plus longue et plus large les uns que les autres, soit que la diversité de l'aage ou des païs d'où ils viennent face diversifier la grandeur de leurs oreilles comme elle diversifie la taille et la grandeur des chevaulx et autres animaulx. Quand Mr le Card(in)al légat (1) s'en alla à Rome je luy fis présent de deux chèvres masle et femelle qui avoient les oreilles en forme de langue ou de spattule, si longues que quand elles paissoient à terre, leurs oreilles leur traînoient de plus de trois ou quattre doigts, dont il me sceut fort bon gré. Je les avois recouvrées du Levant et ay esté depuis marry que je ne les avois faict portraire; mais ce seigneur passa si précipitemment que je ne m'en advisay pas que par hazard et estant en campagne. Mais vous direz avec raison que je vous entretiens bien longuement et ennuyeusement de cez badineries et trouverez enfin que mon humeur trop exacte et trop punctuelle est importune, dont je vous supplie de me vouloir excuser. J'ay eu un peu de regret d'entendre que le cabinet de MrRubens aye à passer oultre mer, attendu qu'il ne pouvoit estre en plus dignes mains ne où il peult paroistre davantage ne plus servir à ayder le public, et ne me sceus pas tenir d'en toucher un mot audict Sr Rubens par la lettre que je vous adressay dernièrement, ce que je n'eusse pas faict si j'eusse esté adverty que cette négociation [34] méritast d'estre tenüe secrète, mais je n'en parleray plus à luy ne à personne, vous en pouvez estre sans regret.


Publié par Ph. Tamizey de Larroque. Lettres de Peiresc aux frères Dupuy. Tome I, p. 137.


CCCCXXIII
PEIRESC A PIERRE DUPUY.

Quant aux camayeulx de MrRubens, je tiens asseurément qu'il les vous communiquera trez volontiers à vous, mais parceque je sçay qu'il en est véritablement fort jaloux de crainte que quelqu'un ne les contrefasse et ne le prévienne en son desseing qui est d'un peu longue haleine, il sera bon qu'en le luy demandant vous luy tesmoigniez le soing que vous aurez de ne les poinct communiquer. Que si vous ne trouvez bon de le dire vous mesmes, lorsqu'il me respondra à ma dernière lettre, je ne luy feray pas de réplique sans luy mander vostre désir en cela et l'asseurer de vostre punctualité à ne pas manquer à la parolle que vous luy donnerez de ne les pas laisser sortir de voz mains, voire mesmes à ne les pas laisser voir trop librement qu'à des amis bien particuliers.


Publié par Ph. Tamizey de Larroque. Lettres de Peiresc aux frères Dupuy. Tome I, p. 143.


CCCCXXIV
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto ill. sig.

Non potetti scrivere a V. S. la settimana passata per esser in viaggio, e trovandomi poi a Brusselles non potetti ottenere le lettere de Pariggi, si non di ritorno d'Anversa, troppo tardi per rispondere. Ringracio V. S. per le nove ch' ella mi dà colla sua gratissima [35] del quattro di questo, benchè le sono cattive per noi. E ben vero che già si ebbe questo aviso con molta velocità, e si stima il danno (1) grandissimo, tanto del re di Spagna quanto de' particolari, che però non si pò saper di certo, poichè le lettere sono perite insieme colla robba. E cosa notabile che sendo state quelle caracche due mesi in salvamento, si sono buttate a perdere di questa staggione tempestosa, e al mio giudicio è più insoffribile l'ignominia di un consiglio così fatuo che la perdita istessa. La risolutione degli signori Notabili di tener si grossa armata sempre in pronto mi par fondata nella sicurtà e dignità del regno de' Francesi; ma noi troviamo per esperienza quanto sia difficile di rimettere la militia marinesca, potendo appena a Duynkerque con tutta la diligenza del marchese armare e mantenere una picciol flotta di poche navi, che pur fa grandissimi effetti. Pare che l’ accomodato tra Francia e Inghilterra non sia tanto in proclivi, quanto si pensava alla mia partenza de Pariggi. Pur io non posso credere che si venirà a rottura, perchè sarià troppo per l'Inghilterra d'haver la guerra colla Spagna e Francia in un medesimo tempo. Io mi sono informato particolarmente del sig. Don Giovanni de Medicis istesso, ch' è soprastante general del opera del nostro canale, il cui successo lui tiene per infallibile, e io penso potersi credere sicuramente a lui, il qual è cavagliero giudiciosissimo e di grandissima esperienza in simil cose. Egli mi ha mostrato il dissegno accuratissimo y tutta la pianta dell' opera. Questo non è un taglio del Rheno o della Mosa ne derivatione d' un fiume nel altro, come si credeva, ma una fossa nova serrata de chiuse alle sue estremità, da Rynbercq per Gueldres sino a Venloo, che sarà navigabile y receverà la sua adacquatione al mezzo d' un fiumicello chiamato il Neers vicino a Gueldres. L'ingegno è mirabile, perchè la fossa si va alzando in mezzo e rilevata sopra il livello del Rheno da 25 piedi, et essendo il Rheno più alto della Mosa de 32 piedi in circa, il detto canale si alza sopra la Mosa da 60 piedi in circa, di maniera che resta per le sue chiuse quasi sospeso in aria, y viene cibato nella sua maggior altezza del detto fiumicello, de maniera che le barche monteranno e scenderanno per le chiuse dalle due estremità e passaranno andando et venendo dal Rheno alla Mosa. Questa opera è molto avanzata, e in un medesimo tempo si va fortificando a furia [36] de mani militari de forti e ridutti, et è da Rhinbercq a Gueldres ridotta a buon termine, y dell' altra banda molto avanzata. Tutto il spacio si stende ad otto leghe, facendo una linea angulare et incurva per evitare alcuni monti che impediscono la linea retta che sarebbe fra gli suoi termini assai più brevi. Si sono nominati alcuni commissari e ingegneri per ricognoscere il sito (1), da continuar questo canale da Venloo sino ad Herenthals, onde poi per beneficio naturale scorre un fiumicello navigabile, ma stretto, y solo capace de barchette piccole sino ad Anversa. Vogliono veder se si potrebbe ajutar coll' arte la natura e levar gli ostacoli, che presuppongono alcuni siano tra Venloo et Herenthals, de che si saprà la certezza al ritorno de' detti commissari. Ne havendo altro per adesso, mi raccomando col solito affetto nella buona gracia di V. S. et del sig. suo fratello, augurando ad ambedue del cielo ogni felicità e contentezza.

P. S. Ringratio V. S. per il libro che V. S. mi dice aver consignato a M. de la Mothe per mio conto, ne mancarò al primo mio arrivo in Anversa mandar a V. S. quello della casa Van den Linden.

La calumnia del viaggio mio in Inghilterra si dissipò finalmente come la nebbia al sole, et mi trovo colla gracia divina e la mia innocenza nella solita buona gracia de' padroni, che si sono scusati meco di questo suspetto, fundato in diversi avisi da tutte le parti.

Supplico V. S. sia servita di dar buon e sicuro ricapito alla inclusa per il sig. consigliero de Peiresc.

Di Bruxelles il 18 di febraio 1627.

La lettre se trouvait à la Bibliothèque nationale de Paris en 1838. Elle fut soustraite depuis lors et nous ignorons où elle se trouve.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 93, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 121.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Je n'ai pu vous écrire la semaine dernière à cause d'un voyage que j'ai fait, et depuis m'étant rendu à Bruxelles, il ne m'a été possible d'avoir les [37] lettres de Paris qu'à mon retour à Anvers. Il était trop tard pour vous répondre. Je vous remercie des nouvelles que votre agréable lettre du 4 de ce mois m'a apportées, malgré ce qu'elles ont de mauvais pour nous. Il est bien vrai qu'on en a eu avis avec une promptitude extrême, et l'on porte à une somme considérable la perte essuyée tant par le roi d'Espagne que par les particuliers (1). Pourtant on n'a pu savoir rien de positif, puisque les lettres ont péri avec tout le reste. Chose remarquable! Ces caraques ont été pendant deux mois à l'abri de tout danger, et dans cette saison de tempêtes elles sont allées courir à leur perte; aussi je trouve la honte d'une action si extravagante, bien plus insupportable que la perte elle-même.

La résolution prise par messieurs les Notables d'entretenir une armée si nombreuse toujours prête, me semble tout à fait d'accord avec la sécurité et la dignité de la France. L'expérience nous a appris combien il est difficile de rétablir nos forces navales. A peine toute la diligence du marquis a-t-elle pu parvenir à armer et à maintenir à Dunkerque une petite flotte de quelques vaisseaux, qui produit pourtant les meilleurs effets.

L'accommodement entre la France et l'Angleterre ne semble pas se faire aussi facilement qu'on le pensait à mon départ de Paris. Je ne puis croire cependant qu'on en vienne à une rupture, car ce serait trop pour l'Angleterre d'avoir sur les bras l'Espagne et la France en même temps.

J'ai pris des informations particulières auprès de don Juan de Médicis lui-même, qui est surintendant général pour les travaux de notre canal. Il regarde le succès comme infaillible, et je crois pouvoir me fier à lui, car c'est un homme d'un jugement solide et d'une grande expérience dans ces matières. Il m'a fait voir le dessin très soigné et le projet de toute l'entreprise. Ce n'est pas une coupure du Rhin ou de la Meuse ni la dérivation d'une rivière dans l'autre, ainsi qu'on le croyait, mais bien un nouveau canal fermé par des écluses à ses extrémités, depuis Rynbergh par Gueldres jusqu'à Venloo, lequel sera navigable et sera alimenté au moyen d'une petite rivière qu'on appelle le Neers auprès de Gueldres. C'est un admirable projet que ce canal, qui va en s'élevant vers le milieu et qui dépasse de 25 pieds le niveau du Rhin. Or, le Rhin étant plus haut que la Meuse d'environ 32 pieds, notre canal s'élève donc au-dessus de ce dernier fleuve d'environ 60 pieds, et au moyen de ses écluses il reste pour ainsi dire suspendu en l'air, et se trouve alimenté par la rivière de Neers à son point culminant; de maniêre que les bateaux pourront monter et descendre des deux extrémités par les écluses, et qu'ils pourront passer du Rhin à la Meuse et réciproquement. Le travail [38] est fort avancé et on le fortifie en même temps de retranchements et de redoutes, auxquels les soldats travaillent avec opiniâtreté. Depuis Rynberg jusqu'à Gueldres l'ouvrage est terminé; de l'autre côté, il est aussi fort avancé. Tout l'espace comprend environ huit lieues, et forme une ligne angulaire et plusieurs courbes, à cause des montagnes qui ont empêché qu'on ne suivît la ligne droite, laquelle eut été bien plus courte cependant. Des commissaires et des ingénieurs ont été nommés pour lever le plan du pays (1), à l'effet de continuer le canal depuis Venloo jusqu'à Herenthals, car en cet endroit on trouve le cours naturel d'une petite rivière, navigable quoique assez étroite et qui n'est capable de porter que de petits bateaux jusqu'à Anvers. On veut voir si l'art ne pourra point aider la nature et s'il sera impossible de lever les obstacles qu'on suppose exister entre Venloo et Herenthals, toutes choses qu'on saura positivement au retour des commissaires. N'ayant rien d'autre pour le moment, je me recommande aussi affectueusement que d'habitude dans vos bonnes grâces et dans celles de votre frère, priant le ciel de vous accorder à tous deux tout bonheur et contentement.

P. S. Je vous remercie du livre que vous m'annoncez avoir remis pour moi à M. de la Mothe. Je ne manquerai point à mon arrivée à Anvers de vous envoyer celui de la Maison Lynden.

Enfin la calomnie de mon voyage en Angleterre s'est dissipée comme les nuages devant le soleil, et je jouis toujours, grâce à Dieu et grâce à mon innocence, de la faveur habituelle des maîtres qui se sont excusés envers moi d'un soupçon auquel des avis arrivés de tous les côtés donnaient un certain fondement.

Je vous prie de donner vos bons soins à l'envoi de la lettre ci-incluse pour M. le conseiller de Peiresc.

De Bruxelles, le 18 février 1627.

COMMENTAIRE.

La perte des caraques. Au commencement de janvier 1627, deux vaisseaux portugais apportant des marchandises précieuses des Indes Orientales périrent sur la côte occidentale de la France. La caraque Sainte Hélène avec le galion qui servait de vaisseau amiral se perdirent près du Cap Breton, la caraque Saint Barthelemy avec trois galions de guerre fit naufrage à Cap-de-Buch sur la côte de la Guyenne. Des 1400 hommes qui les montaient il ne [39] se sauva que 15 hommes des caraques et 200 des navires de guerre. On estimait à plus de huit millions de ducats la valeur des cargaisons, sans compter la valeur des vaisseaux.

La résolution des Notables. Le 2 décembre 1626 s'ouvrit dans la salle haute du palais des Tuileries l'assemblée des Notables; la séance de clôture eut lieu le 24 février 1627. Le premier mars suivant, le roi publia en son parlement une déclaration par laquelle, comme suite donnée aux délibérations de l'assemblée, il fit connaître son intention de réunir tous ses sujets dans la religion catholique par les voies de la douceur, de maintenir les édits de pacification octroyés aux Réformés, d'avantager la noblesse, de faire fleurir la justice, de rétablir le commerce, de diminuer les charges qui pesaient sur son peuple et de diminuer les impôts de trois millions de livres durant les cinq années prochaines.


[40] LA CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE DE RUBENS
DU MOIS DE FÉVRIER 1627 AU MOIS D'AOUT 1628.

Dans les papiers de Balthasar Gerbier, conservés aux archives du royaume à Londres, se trouve la relation des négociations entamées entre lui et Rubens et poursuivies pendant de longues années, ainsi que de nombreuses lettres ou copies de lettres échangées entre les deux artistes hommes d'État.

Balthasar Gerbier a joué un rôle très important dans la vie de Rubens, leurs relations ont duré de 1625 jusqu'à la mort du grand artiste, presque sans interruption; les affaires diplomatiques étaient leur principal, mais non leur unique objet; nous verrons que, à différentes reprises, il était question dans leur correspondance des travaux artistiques du maître.

Balthasar Gerbier naquit à Middelbourg vers 1591. Dans une généalogie écrite par lui-même (1), il dit que son père était né à Anvers d'un chevalier normand et de Catherine de Laloe, fille d'Alonzo de Laloe, secrétaire d'État sous Philippe II. Lorsque sa mère était enceinte de lui, dit-il, ses parents s'enfuirent de Paris «au moment du massacre.» Sainsbury entend par ce «massacre» celui de la Saint Barthelémy, ce qui reculerait l'année de la naissance de Balthasar à 1572, et serait en contradiction avec les autres dates de sa biographie connues avec certitude. Il ne peut s'agir dans le récit de Gerbier que de la mise à mort de trois seigneurs ordonnée par le duc de Mayenne, le 4 décembre 1591, ce qui porte la date de sa naissance à 1592 conformément à la version généralement admise. Sa mère, dit-il, fut conduite à Middelbourg où il vit le jour et vécut pendant cinq années. Sous son portrait gravé d'après van Dyck et illustrant le Gulden Cabinet de Corneille De Bie, on lit qu'il naquit à Anvers. Cette affirmation ne repose sur aucun fondement sérieux. Gerbier dit dans son arbre généalogique, communiqué par Noël Sainsbury, qu'il quitta sa ville natale lorsqu'il était âgé de cinq ans. D'après un autre manuscrit, intitulé «Les dernières admonitions de Messire Balthasar Gerbier, Chevalier, à ses filles Elisabeth et Susanne, retirées dans un monastère de Religieuses Angloises à Paris (2),» il y resta jusqu'à l'âge de six ans. D'après [] [] [41] le premier de ces documents, il habita la Gascogne à partir de l'âge de huit ans. En 1615, nous le retrouvons en Hollande où il doit s'être appliqué à l'étude de l'art; en effet, le 21 février de cette année, les États Généraux lui accordent la somme de cent florins pour un portrait du prince Maurice de Nassau qu'il avait dessiné à la plume et offert à ces États.

En 1616, il passa en Angleterre avec Noël de Caron, l'ambassadeur hollandais à Londres, auquel il avait été recommandé par le prince Maurice de Nassau. C'est probablement comme peintre qu'il s'y fit d'abord connaître et qu'il entra en relation avec le duc de Buckingham. Dans la collection Jones au South-Kensington-Museum se trouve un portrait en miniature du futur Charles I fait par lui et daté de 1616. (1) Le duc de Northumberland possède de lui une miniature représentant le ministre favori de Charles I à cheval, peint en miniature et signé B. Gerbier 1618. En 1623, il était écuyer (Master of the horse) du duc de Buckingham; il accompagna son maître en 1625, dans le voyage à Madrid dont nous avons parlé. Il le suivit encore à Paris lorsque le duc alla épouser, par procuration de Charles I, Henriette de France. Déjà en cette année, Gerbier était employé dans les affaires diplomatiques. C'est une lettre de Rubens qui en fournit la preuve. Le 18 octobre 1625, le peintre écrivant à son ami de Valavez, lui dit que Gerbier est appelé auprès de la Cour de France pour répondre aux calomnies du père Bérulle, un des chapelains de la reine d'Angleterre, qui s'était plaint des mauvais traitements que l'on faisait subir aux catholiques de la Grande Bretagne.

Rubens était à Paris au moment des fêtes du mariage du roi d'Angleterre. Il y rencontra Gerbier et s'entretint avec lui de la politique des différents États entre lesquels les relations étaient plus ou moins tendues. Après leur départ, les deux nouveaux amis entrèrent en correspondance sur le même sujet. En 1627, Gerbier fut envoyé en Hollande où il devait seconder l'ambassadeur Carleton et se charger des besognes secrètes ou moins avouables dans lesquelles le ministre en titre ne pouvait intervenir personnellement. Il eut des entrevues confidentielles avec Rubens et échangea des lettres avec lui au sujet de la paix à conclure entre l'Angleterre et l'Espagne.

A cette époque, il était l'homme de confiance du Duc de Buckingham et c'étaient les vues de ce ministre favori qu'il défendait. A la mort de son maître, en août 1628, il disparaît momentanément de l'arène politique, mais il resta lié avec Rubens. Celui-ci, lors de son voyage à Londres, en 1629-1630, logea dans la maison de Gerbier. En 1628, Gerbier avait été nommé chevalier; en mai 1631, il fut nommé agent du roi d'Angleterre à la cour de Bruxelles, [42] titre qu'il conserva jusqu'après la mort de Rubens. En cette qualité, il eut encore de nombreuses relations avec le peintre diplomate.

A différentes reprises, du vivant de l'infante Isabelle et sous le gouvernement de son successeur le cardinal-infant, on chercha à Bruxelles à le desservir dans l'esprit des gouverneurs des Pays-Bas Espagnols. Rubens le défendit toujours et réussit à le maintenir dans sa fonction.

En 1641, il retourna à Londres; il accusa lord Cottington d'avoir trahi les secrets d'État; le procès qui en résulta tourna contre lui et on lui retira son poste diplomatique à Bruxelles. Le 10 mai 1641, il avait obtenu la charge de maître de cérémonies, qui ne devait pas lui rapporter gros. Il était accablé de dettes et pour se créer des ressources, il essaya d'organiser des Monts de Piété, d'abord en Angleterre, ensuite en France. Il fit paraître, à Paris, trois brochures pour défendre ses projets, mais il n'eut aucun succès, quoiqu'il fût soutenu par le duc d'Orléans et par d'autres grands seigneurs. Il retourna en Angleterre, où il eut à se défendre contre les attaques de ses ennemis et ressentit une vive douleur par suite de l'entrée de trois de ses filles dans un couvent à Paris. Les titres de deux de ses ouvrages se rapportent à ses infortunes: A wicked and inhuman Plot against sir Balth. Gerbier (Londres, 1642, in-4°) et Lettre to his three Daughters inclosed in a Nonnery at Paris (1646, in-4°).

Après la mort de Charles I (30 janvier 1649), il chercha à gagner sa vie en ouvrant une académie à Bethnal Green, où il enseigna toutes sortes de sciences. Les titres de plusieurs de ses livres témoignent de ses tentatives: To all Fathers of noble Families and Lovers of Vertue (Londres, 1648 et 1649, in-fol.), The Interpreter of the Academy for forrain Languages and all noble Sciences and Exercises (Londres, 1648, in-4°), First public Lecture on fortification (Ibid. 1649, in-4°), First Lecture on military Architecture (Ibid. 1649, in-4°), First and second Lectures on Cosmography (Ibid. 1649, in-4°), First Lecture on Geography (Ibid. 1649), A Publique Lecture on all the Languages, Arts, Sciences and noble Exercises tought in his Academy (Ibid. 1650, in-4°), The academical Lecture concerning Justice (Ibid. 1650, in-4°), The Art of well Speaking (Ibid. 1650, in-4°), The plan and Rules of his Academy at Bethnal Green.

Il faut supposer que la carrière de l'enseignement ne lui réussit guère, car, au bout de trois ans, il l'abandonna pour revenir aux questions politiques et économiques. De 1651 date son livre: Some Considerations on the Two grand Staple-Commodities of England; de 1652, A new years Result in Favour of the Poore et A Discovery of certain Notorious Stumbling-blocks which the Devill, the Pope and the Malignants have raised to put Nations at Variance.

En 1652, après la déconfiture de son académie, il part pour la Hollande; [43] en 1653, il publie à La Haye un pamphlet politique: Les Effets pernicieux de Meschants Favoris et Grands Ministres d'Estat en provinces belgiques, en Lorraine, Germanie, France, Italie, Espagne et Angleterre; et des abus et des erreurs populaires au sujet de Jacques et de Charles Stuart. En 1654, il habita Middelbourg, et y rédigea un écrit: Miroir de la Vertu et quelques secrets utiles aux princes et aux peuples par le Chevalier Gerbier, baron Dovilly, l'an du Seigneur 1654 à Middelbourg en Zélande, qu'il illustra de dessins au crayon. En 1656 et 1657, il publia à La Haye quatre traités pour appeler l'attention du gouvernement des Pays-Bas sur les mines d'or et d'argent en Amérique. En 1658, il s'embarqua avec sa femme et ses enfants, pour Suriname, dans l'intention d'y établir une grande plantation et prend le titre de Patron et Commandeur de de la Colonie de Guyane. L'arrivée de l'émigrant à l'esprit entreprenant et turbulent inspira des inquiétudes au gouvernement de la colonie; on se saisit de sa personne, on tua une de ses filles, on maltraita le reste de la famille, on saccagea sa maison et Gerbier avec les siens fut embarqué sur un navire en partance pour Amsterdam. En 1660, il est de retour en Hollande et adresse aux États Généraux une plainte sur les traitements barbares que les Hollandais lui ont fait subir. Cette réclamation resta sans effet, paraît-il. Il publia une version néerlandaise de son opuscule sur son voyage à Suriname: Sommier Verhael van sekere Amerikaensche voyage gedaen door Balthasar Gerbier baron Dovilly. La même année, il publia à Rotterdam un livre: A Sommary Description, Manifesting that greater profits are to bee done in the hott than in the could Parts off the Coast off America: also Advertissement for men inclined to plantations in America (With an account of his ill Usage, and the Death of his Daughter by the violence of the Dutch at Suriname).

Au moment où sa situation était désespérée, la nouvelle se répandit que Charles II venait d'être proclamé roi d'Angleterre. Aussitôt, il cherche à gagner la faveur du nouveau souverain et dessine les arcs de triomphe destinés à décorer les rues au moment de l'inauguration du roi (29 mai 1660).

Le 5 décembre 1660, il adressa à Charles II: An humble Remonstrance concerning expedients whereby his sacred Matie may inerease his revenue with greate advantage to his Loyalle subjects; ce qui n'empêcha pas que, cinq jours après, il fut suspendu de sa charge de maître de cérémonies. En 1661, il retourne en Angleterre et s'adressa au roi pour obtenir que la charge lui fût rendue. Il ne réussit point et s'occupa d'architecture dans les dernières années de sa vie.

En 1662, il publia: A Brief Discourse concerning the three chief Principles of magnificent Buildings, et en 1663 et en 1664: Counsel and Advise to all Builders. Il tira partie de sa connaissance des pays étrangers dans un guide pour voyageurs qu'il publia sous le titre: Subsidium peregrinantibus; or, an Assistance [44] to a Traveller in his Convers with Hollanders, Germans, Venetians, Italians, Spaniards and French written to a princely Traveller for a Vade-mecum (Oxford, 1665, in-16°). Il chercha encore à intéresser le public et le gouvernement à son sort par les brochures: To all Men that love Truth; Most humble Remonstrance to Parlement; Humble expression of his integrity and zeale to England.

Gerbier mania avec grande facilité diverses langues. Outre les opuscules que nous avons cités de lui, il écrivit en vers néerlandais un éloge funèbre du peintre-graveur Henri Goltzius: Eer- ende claght-dicht; ter eeren van den lofweerdighen, constrycken ende gheleerden Henricus Goltius, constryken schilder, plaatsnyder ende meester van de penne overleden tot Haerlem den 29 december 1617 (La Haye, 1620, in-4°), dédié au chevalier de Caron, ambassadeur des Provinces-Unies à Londres. Il publia encore avec un titre français: Robes, Manteaux, Couronnes, Armes etc. d'Empereurs, Rois, Papes, Princes, etc. anciennes et modes blasonnées et éluminées par Gerbier. La vie si extraordinairement accidentée de cet ami de Rubens se termina en 1667 à Hampstead Marshall, où il surveillait la construction du château de Lord Craven; il fut enterré dans le choeur de l'église de ce village.

Gerbier était un homme richement doué; à un esprit vif et pénétrant il joignit un talent d'écrivain remarquable; il s'appropriait facilement les connaissances les plus diverses et se lançait volontiers à la poursuite d'idées chimériques. Ses aptitudes fort variées sont incontestables. La moralité de cet esprit aventureux, comme nous le verrons plus tard, laissait énormément à désirer et dans une circonstance fort importante il se conduisit d'une manière infâme. De son talent d'artiste, il a donné peu de preuves ou du moins de rares oeuvres de lui nous sont restées. Grâce à son penchant à confier au papier tout ce qui le préoccupait, nous avons conservé les nombreux documents se rapportant aux négociations diplomatiques nouées entre lui et Rubens que nous publions ici.

Pour faciliter l'intelligence du Discours de Gerbier, il est utile de rappeler l'état des relations entre les différents pays qui y sont mentionnés.

Au mois de juillet 1624, le roi d'Angleterre Jacques I, résolu de faire la guerre à l'Espagne, avait donné ordre aux ambassadeurs de Philippe IV de quitter sa Cour, sous prétexte qu'ils avaient accusé témérairement le duc de Buckingham et il fit demander par son ambassadeur à Madrid qu'un châtiment exemplaire fût infligé à ces diplomates. Il envoya en outre six mille hommes au secours des Provinces-Unies. C'était dévoiler assez clairement ses intentions. Le 6 avril 1625, il mourut avant d'avoir pu pousser plus loin les hostilités.

Son successeur Charles I montra les mêmes dispositions que son père et poursuivit ses projets. Il envoya le duc de Buckingham et le comte de Hollande à La Haye pour y conclure avec les plénipotentiaires des Provinces-Unies, [45] de la France et du Danemark une ligue contre l'empereur et le roi d'Espagne; il donna ordre d'équiper une flotte pour attaquer Cadix et les galions revenant d'Amérique. Cette flotte fut obligée de retourner en Angleterre fort maltraitée et sans avoir fait aucun mal à l'ennemi.

Philippe IV commença par montrer beaucoup de condescendance à l'égard de l'Angleterre, il avait donné satisfaction aux griefs formulés contre les ambassadeurs, le marquis de la Inejosa et don Carlos Coloma. Mais lorsque Charles I en vint aux hostilités ouvertes, le Roi d'Espagne riposta vigoureu¬sement à l'attaque. Il fit saisir les biens que les sujets anglais possédaient dans ses États, rappela de Londres son représentant et chargea son ambassadeur en Allemagne de faire appel à l'empereur, au roi de Pologne, aux ducs de Saxe et de Bavière et aux électeurs ecclésiastiques pour qu'ils s'unissent avec lui contre l'Angleterre. Celle-ci ne fut pas plus heureuse dans la campagne de 1626 que dans celle de l'année précédente.

Pour comble de malheur, Charles I se brouilla avec la France et, sur les conseils funestes du duc de Buckingham, il prêta l'oreille aux sollicitations de Soubise qui l'engageait à secourir les Huguenots enfermés dans La Rochelle. Il envoya vers l'île de Ré une flotte placée sous le commandement du duc de Buckingham qui se montra aussi incapable dans la guerre que dans le conseil et se fit infliger une sanglante défaite.

Une autre source d'hostilités entre les diverses puissances était l'affaire du Palatinat. Elisabeth, la fille de Jacques I, avait épousé, en 1618, Frédéric V, électeur palatin. Celui-ci fut appelé au trône de Bohême par les habitants de ce pays, parmi lesquels le protestantisme avait fait de grands progrès et qui s'étaient révoltés contre l'empereur Ferdinand II. Le 8 novembre 1620, l'armée de Frédéric fut défaite au Mont-Blanc près de Prague. Cette bataille fut la première de la guerre de trente ans. L'empereur mit le palatin au ban de l'empire et donna une partie de ses états au duc de Bavière. Le roi Jacques se disposa à prendre les armes pour secourir son gendre quand la mort le surprit. Charles I envoya une armée anglaise en Allemagne pour conquérir le Palatinat, mais là encore il n'obtint guère de résultat. Découragé par l'insuccès de ses armées et de sa flotte, il songea à conclure la paix avec ses ennemis. Il envoya en Esppagne le père Guillaume du Saint-Esprit et le chargea d'exprimer au duc d'Olivarez le regret que lui causait la rupture survenue entre les deux pays.

C'est en ce moment et dans ces circonstances que Gerbier entama avec Rubens les pourparlers dont la correspondance des deux diplomates officieux et d'autres documents nous font connaître les péripéties.

Une autre puissance intéressée, quoiqu'à titre secondaire, dans ces négo¬ciations, est le roi de Danemarck, Christian IV, dont la soeur avait épousé [46] Jacques I, roi d'Angleterre. En 1625, il s'était mis à la tête de la ligue formée pour le rétablissement de l'électeur palatin, son neveu. Il fut battu par Tilly près de Lutter, le 27 août 1626, et par Wallenstein le 25 septembre suivant. A la suite de ces défaites, il perdit presque tout le Holstein. Il fit sa paix avec l'empereur à Lubeck le 27 mai 1629.

Dans le cours des négociations entre les diverses puissances nous voyons apparaître un personnage fort affairé et mêlé à tous les échanges de vues et à toutes les intrigues. C'est l'abbé Scaglia, qui avait été pendant quelque temps ambassadeur de Charles-Emmanuel, duc de Savoie en France et qui, au commencement de 1626, s'était rendu en Angleterre sous le prétexte de présenter au roi les condoléances de son maître au sujet de la mort de Jacques I, mais en réalité pour obtenir que Charles I intervînt pour faciliter à Charles-Emmanuel la conquête de l'île de Corse. Le 10 mai 1627, Scaglia arriva à Bruxelles pour prier l'Infante d'intercéder auprès de son neveu Philippe IV afin que celui-ci rendît ses bonnes grâces au duc de Savoie qui les avait perdues en s'alliant contre l'Espagne avec Venise et la France. Il venait de Londres et avait passé par Anvers où il avait rencontré Rubens. Celui-ci l'accompagna à Bruxelles où ils allèrent trouver ensemble le marquis de Spinola. Scaglia lui dit qu'il tenait entre les mains la réconciliation de la France et de l'Angleterre, mais qu'il pouvait la retarder de deux mois et qu'il le ferait, vu que son maître donnait la préférence à la paix entre l'Angleterre et l'Espagne, si ce dernier pays s'y montrait favorable. Avis de ces ouvertures fut transmis à Philippe IV, au moment où celui-ci venait de signer un accord avec la France, ne visant rien moins que la conquête de l'Angleterre et le partage de ce pays entre les deux puissances continentales. Le roi d'Espagne ne refusa point cependant de prêter l'oreille aux ouvertures pacifiques qui lui furent faites. Le 1r juin 1627, il autorisa l'Infante à traiter de paix, de trève et de suspension d'armes avec tous rois et princes en l'antidatant de quinze mois pour prévenir les réclamations de la France. Il y joignit une autorisation pareille pour ce qui regardait les Provinces-Unies, à condition que celles-ci renonçassent au titre d'États libres et admissent le libre exercice de la religion catholique sur leur territoire.

Quinze jours après, Philippe IV fit savoir qu'il voyait avec déplaisir l'intervention de Scaglia et du duc de Savoie dans ses affaires. Il ne convenait pas, disait-il, qu'un prince, qui s'était si mal conduit envers lui, prétendît se faire l'arbitre et l'intermédiaire de ses affaires. Il ne voyait pas non plus de bon oeil qu'un peintre comme Rubens représentât l'Espagne dans cette grave affaire. L'Infante qui avait appris à connaître Rubens comme diplomate et avait une haute idée de ses capacités, défendit son intervention à titre [47] officieux dans ses négociations. Scaglia ne resta que huit jours à Bruxelles et partit de là pour la Hollande. Rubens poursuivit, avec le consentement de l'Infante et du roi d'Espagne, ses pourparlers avec Gerbier. Mais il est temps de laisser à ce dernier la parole pour relater ce qui se passa entre lui et le grand peintre.

Le récit de Gerbier avec les lettres en original ou en copie qui s'y rapportent se trouvent dans les archives du royaume de la Grande Bretagne à Londres (Public Record Office), à la division des papiers d'État de la Flandre (State papers. Domestic. Flanders 1627-1630, n° 56).

Nous publions ici pour la première fois le texte original du mémoire de Gerbier et de tous les documents qu'il renferme; des lettres de Rubens et des pièces rédigées en Anglais seules le texte a été publié par Noël Sainsbury.

Le mémoire de Gerbier est fort décousu; il a voulu fournir un texte qui encadrerait les documents qu'il produit, mais le lien qui réunit les lettres originales à son récit est assez relâché. Nous avons tâché d'y introduire plus de clarté au moyen de notes. Nous n'avons pas voulu interrompre l'exposé des négociations diplomatiques par d'autres parties de la correspondance et nous avons complété le mémoire de Gerbier par les documents puisés à d'autres sources et se rapportant au même sujet.


CCCCXXV
DISCOURS TENUS ENTRE LE SrRUBENS ET GERBIER SUR UN TRAITTÉ LEQUEL SE PROPOSOIT ENTRE EUX DÈS L'AN 1625.

Monseigneur le Duc de Buckingham estant à Paris L'An 1625 au mois d'Avril le Sr Rubens y fist son porttrait, et par ceste ocasion eust comunication et propos avec Gerbier, disant le Sieur Rubens sur le retour que Monseignr le Prince (1) fist d'Espagne que la Sérénissime Infante Isabella Clara Eugen et Monsieur le Marquis Spignola avoient un vif resentimant du tort que l'on avoist faict à Monseigneur le Prince durant son Séjour en Espagne pour ny avoir receu le troisiesme jour qu'il ariva à Madrid sa maîtresse entre ces bras; promtittude que la séréniss Infante disoit que l'on deveoit aveoir eu portté [48] à ceste affaire, puis qu'il avoist tellement honnoré la maison d'Austriche et qu'il avoist procédé si généreusement et en Cavalier. Sur cette considération le Sr Rubens faisoist cognoistre qu'il apréhendoit que des grands différents pouroient naistre, entre ces Couronnes d'Espagne et de la grande Bretagne, Que tout homme de bien devoist toutesfois portter toutte son Industrie pour fomenter la continuation des bonnes correspondences qu'il y avoist eu jusques à ce temps-là, et puis que les guerres estoient des fléaux du Ciel, il les falloit fuir. Ces discours estoient accompagnez de témoignages de zelle souhaittant que Monseigneur le Duc (1) eust l'inclination et le pouvoir de pacifier le Roy son Maistre (2), dont le Coeur sens doutte devoit estre ulcéré. Gerbier luy répondist sur cela qu'il y avoist aparance puis que Dieu avoit faict cognoistre sa Maj. de la grande Bretagne qu'il avoist faict naistre les Lis pour les joindre aux Roses qu'en la jouissance de ceste conjonction désirée seroient mis en oubly les prétentions infructueuses qu'il avoist eu en son précédent voiage de Madrid hormis ce qui regardoist les Intérêts particuliers de sa trèschère soeur la Reyne de Bohème playe à laquelle il falloit une guarison, et à laquelle Monseigneur le Duc estoist obligé de contribuer tout ce qui despendoit de son pouvoir.

Le Sr Rubens aiant recognu dans la disposition de Monseigneur le Duc un charitable zelle aux affaires de la Chrestienté, apprès le despart de France et la Rupture entre l'Espagne et l'Engleterre, a continuellement escript au susdit Gerbier qu'il desploroit grandement l'Estast présent des affaires, souhaittant de reveoir ce Ciècle d'or passé, conjurant Gerbier de faire entendre au dit Sr Duc de Buckingham le grand regret que la Sérénissime Infante avoit de veoir les affaires en l'Estast présent protestant qu'elle ne devoist pattir, ne désirant rien plus qu'une bonne corespondance, et la croioit très resonable puis qu'elle n'avoist tramé ny la cause de différents ny contribué aux mescontentements. Que si Sa Majesté de la grande Bretagne avoist dessain de prétendre la restitution du Palatinat, que c'estoist à l'Empereur d'en respondre, et au Roy d'Espagne entant qu'il y avoist du pouvoir, mais que pour le moins la bonne inteligence passée entre l'Engleterre et la Séréniss᷑ Infante devoit estre conservée et remise sur pied, puis qu'il n'y avoist poinct de différent particulier entre eux.

Le Sr Rubens s'eslargissoit sur ce subject, disoist combien seroit louable et bien heureuse ceste oeuvre de réconciliation la croiant facille pourveu que [49] Sa Maj de la Grande Bretagne y voulust prester l'oreille et que Monseigneur le Duc y eust l'inclination tellement portée que l'on eust à espérer de son asistance, quoy estant le dict Rubens ce faisoit fort que l'Espagne entenderoit à des conditions raisonnables, Conjurant le dit Gerbier d'en parler au Duc de Buckingham, lequel commenda à Gerbier de respondre au Sr Rubens qu'il ne soffriroit jamais auqune ocasion qui pouroit offrir le Repos à la Chrestienté quil ny contribuast tout ce que dépenderoit de son pouvoir, que si l'Espagne avoit quelque Réal et Charitable dessain, quil si portteroit à bras ouvert, à condition que le Roy de Bohème y trouvast son conte. Ceste Responsse (selon qu'escrivoit le Sr Rubens) fust envoyée en Epagne d'où ils entendoient touttes bonnes nouvelles, quelques semaines apprès le Sr Rubens escript qu'il avoist receu Ordre d'Espagne quil entretiendroit ceste corespondance avec Gerbier, que dens peu de temps la Séréniss. Infante auroist des plus amples esclaircissements et instructions.

Peu appres que la Flotte d'Engleterre avoist faict sa retraitte de Calis (sic, lire Cadix) (1), le Sr Rubens escript que les résolutions avoient receues quelque changhement pour celles des affaires généralles, ce qui faisoit cognoistre que L'Espagne n'avoist pas une réalle intention, ce disposant seullement selon l'Estast présent que les affaires estoient, ce qui paraissoit plus clairement dens le changement de celles de Danemarc, et apprès par linpression quils prirent de l'Armement que l'Engleterre faisoit pour la Flotte laquelle toutesfois estoist destinée pour la France et non contre l'Espagne, duquel armement l'Espagne prinst une telle Jalousie, que la prise de Groll succéda heureusement pour Messieurs les Estats (2) le Marquis Spignola aiant tenu ces forces sur les costes de Flandres, craignant que l'armée d'Engleterre y deust faire quelq. dessente le Sr Rubens recommença aussi tost sur sa première trace à escrire pour sçaveoir si l'on auroist intention en Engleterre de traitter, que l'Infante et le Marquis se faisoient fort de procurer des pouvoirs d'Espagne, sur quoy Gerbier receut ordre de faire ceste responce dont suit la coppie de l'escript donnée en mains propres du Sr Rubens l'estant allé trouver à Envers pour un achapt de Statues, Médailles et Tableaux que Monseigneur le Duc faisoit du dict Rubens.


[50] CCCCXXVI
COPPIE
DE LA LETTRE DE GERBIER A RUBENS.

Monsieur Rubens.

Monseigneur le Duc de Buckingham m'a commendé de vous dire sur les discours que nous avons eu ensemble que s'il plaist à la Séréniss. Infante de procurer ordre du Roy d'Espagne qu'elle puisse traitter en son nom, et pour son particulier avecq Sa Majé de la grande Bretagne pour une généralle sessation d'Armes (retirant les Armées) entre le Roy d'Espagne, le Roy de la grande Bretagne, le Roy de Dennemarq et Messieurs les Etats Généraulx des provinces confédérées qu'il se faisoit fort de portter les résolutions et dispositions des dittes parties pour la ditte surséance d'Armes jusques au terme de deux, trois, quatre, sinc, six ou sept années en restituant le Commerce libre et en son Entier comme en temps de Paix entre quel temps l'on pourra traitter d'un accomodement.

Datté du 23 février 1627.

Signé Gerbier.


Mémoire de Gerbier. Nota. Cest escript est le premier qui fust donné, sensuit celuy qui fust envoyé du temps de l'armement pour l'Isle de Ré mais avant je coucheray icy la response que l'Infante fist sur ce papier de 23 fév. 1627.


COMMENTAIRE.

Comme le dit Gerbier, cette lettre est la première qu'il écrivit officiellement à Rubens dans le cours de ces négociations. Il lui avait écrit au mois de janvier précédent qu'il avait des communications à lui faire de la part du duc de Buckingham et le pria de lui faire accorder un passe-port pour les Pays-Bas. Ce passe-port lui fut envoyé et Gerbier arriva à Bruxelles vers la fin de février, porteur d'une lettre de créance du duc pour Rubens. Il la lui remit à Anvers, le 23 février 1627, en même temps que le billet qu'on vient de lire et un autre contenant une proposition du duc de Buckingham. Rubens lui répondit par le billet suivant. Il communiqua la lettre du duc de Buckingham au marquis de Spinola, qui, par un billet du 24 février qu'on trouvera plus loin, autorisa Gerbier à continuer à traiter de la paix avec Rubens.

[51] La proposition du duc de Buckingham que Gerbier était chargé de transmettre par écrit à Rubens, consistait en ce qu'une suspension d'armes se fit avec entière liberté de commerce entre le roi d'Espagne, le roi de la Grande Bretagne, le roi de Danemarck et les États-Géneraux des Provinces-Unies, pour le terme de deux, trois, quatre, cinq, six ou sept années pendant lequel on travaillerait à l'établissement d'une paix solide. Dans un second écrit que Gerbier remit également à Rubens étaient déduites les raisons qui déter¬minaient le duc à faire cette proposition; c'était qu'on ne pouvait songer à renouveler purement et simplement le traité de 1604; que les changements survenus dans les affaires, y rendaient des modifications indispensables; que pour s'entendre sur ces modifications, beaucoup de temps serait peut-être nécessaire, qu'il était donc à propos de convenir d'abord d'une cessation d'armes (1).

Rubens ayant rendu compte à l'Infante Isabelle de la communication de Gerbier, elle le chargea de lui répondre par la lettre suivante.


CCCCXXVII
RUBENS A BALTHASAR GERBIER.

Son Alteze a veu la proposition de Monseigr le Duc de Buckingham et dit que, quant aux difficultez entre l'Empereur et le Roy de Dennemarq, qu'il y at quelque temps qu'elle a commencée à semploier pour les mettre d'accord, et fera les offices possibles pour y parvenir, mais comme le succès est incertain, mesmes qu'il y pouroist aussi avoir rencontré des difficultez au regard des Estats des Provinces Confédérées, seroit bien que mon dit Seigr de Buckingham desclarast si le Roy de la Grande Bretagne, vousdroit traicter en ce cas au regard seulement de ces Couronnes: affin que son Alteze en estant esclaircie en puisse faire part à Sa Maj. Catholique dont apprès aiant receu responsse, en faire advertir le dit Seigneur Duc et partant trouve convenable que le Sr Gerbier retournant en Engleterre, nous en rapporte la résolution.

Sans date. (Anvers, 23 ou 24 février 1627.)

(Signé) Rubens.


[52] Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders, 1627-1630, p. 56.

Publié par Sainsbury, op. cit. p. 250. Id. traduction anglaise, p. 71, et par Rosenberg, op. cit. p. 235.

(Mémoire de Gerbier.) En même temps Monsieur le Marquis Spignola authorise le Sr Rubens par une lettre que le dit Marq. Spignola escript à Gerbier dont s'ensuit la teneur.


CCCCXXVIII
COPPIE DE LA LETTRE
DE MONSIEUR LE MARQUIS (DE SPINOLA) A GERBIER.

Monsieur.

M'ayant le SrRubens comuniqué les lettres que vous luy avez apporté de Monsieur le Duc de Buckingham Il m'a semblé vous dire que pourez continuer à traitter avecq le dit Rubens les affaires qu'avez eu en charge. Et sur ce je prie Dieu Monsieur Vous conserver en sa grâce.

De Bruxelles le 24 de febvrier 1627. Vostre très affectionné pour vous servir

(Signé) Ambrosio Spignola.


Cette copie de la main de Gerbier se trouve à Londres, Public Record Office, State Papers Flanders, p. 56.

Traduction anglaise publiée par Sainsbury, op. cit. p. 72.


[53] CCCCXXIX
(MEMOIRE DE GERBIER).
MEMOIR DES DISCOURS TENUS PAR LE SEIGNrP. RUBENS SUR LA PROPOSITION QUE ICELUY (GERBIER) A FAICTE DE LA PARTE DE MONSEIGNEUR LE DUCQ DE BUCKINGHAM.

Que puis que la Sérénissime Infante estoit entierement disposée comme aussy Monsr le Marquis à l'affaire proposée, qu'il se falloit garder de l'embrouiller par des aultres entremises, qui ne serviroient que pour donner ombrage et jalousie à S. A. comme si on la suspectast mal intentionnée ou insuffizante pour la conduire à bon effect; son moien estant le plus Royal, le plus assuré et le plus court. Estant Tante du Roy, Gouvernante des Pays-Bas, et en très grande estime et autorité auprès du Roy son neveu, oultre les dignitez & qualitez de Monsr le Marquis, estant le plus grand Ministre que sa Majé a hors d'Espagne, c'est pourquoy il faut serrer la porte à toutes aultres ouvertures.

L'on se peut asseurer de la bonne affection de S. Al. par sa bonté naturelle, piété, et le grand désir quelle a monstre en toutes ces actions de procurer le bien publiq. de la Chrestienté. Outre cela elle croit qu'il y va du service du Roy son nepveu. Et pour son intérest particulier elle seroit bien aise de se descharger des enuys et travaux de la Guerre, et achever ses jours en paix et tranquilité.

On doibt croire de mesme que Monsr le Marquis ne désire rien tant que de parachever ses actions avecq les victoires passées, sans remettre à discretion de la fortune sa réputation acquise. Et pour le reste de sa vie mettre l'âme en repos, et se délivrer de la continuelle sollicitude de la guerre.

Le renvoy du papier en responce de ce qui a esté proposé est véritablement fondé en une syncère affection et très bonne intention de Son Al. et Monr le Marquis envers le bon succès de l'affaire lequel dépend selon l'advis mesme de Monseigneur le Duc de Buckingham de la promptitude et briève expédition. Car présupposant que l'on eust envoyé la proposition telle qu'elle estoit droict en Espagne, et que le Roy l'eust acceptée, et pris l'affaire au coeur, et que le Roy eust le pouvoir présupposé (ce qui n'est aucunement [54] vray) de disposer des affaires d'Alemagne, toutefois il faudroit, qu'il passast par les termes à cela convenables et nécessaires.

Comme d'envoyer des Ambassadeurs à l'Empereur, au Duc de Bavière comme chef de la ligue Catholique lesquels selon l'humeur tardif des Allemans marcheroient à pied de plomb, de sorte que les allées et venues, Conseils et Assemblées consumeroient le temps, et cependant nous eschapperoient les occasions de bien faire, l'affaire principale.

Estant très nécessaire que l'Engleterre se désabuse, que le Roy d'Espagne [peut] disposer absoluëment des affaires d'Alemagne, car il est très certain que l'Armée de l'Empereur se paye de l'argent de la ligue Catholique et que le Roy n'y contribue pas la solde d'une seule compagnie, estant général de cest armée le Duc de Bavière, lequel on sçait asseurément n'estre pas en bon estat avec le Roy d'Espagne, s'estant opposé par son Ambas: le Conte d'Ognate tout ouvertement et protesté au contraire à la collation de l'Electorat en la personne du dit Ducque (1). Oultre la jalousie ancienne et moderne entre les maisons d'Austriche et Bavière, pouvant bien aisément comprendre leur mauvaise correspondence présente, par les subjects publiez en France. N'estant le dict Duc de Bavière pas content, pour ce qu'on ne luy a pas consigné entièrement le Palatinat Inférieur, comme Supérieur.

Il est à considérer que l'Empereur ne se remet pas tousjours au bon plaisir du Roy, et quand cela seroit, il a les mains liées par les Electeurs et autres Princes de l'Empire, pouvant fort peu en son particulier, estant plus l'Empire qui gouverne, que l'Empereur en personne.

Aussi n'est on pas assuré que les Allemans seroient inclinez à cest accomodement, et aussi ne sçavons si le Roy d'Espagne voudra prendre à sa charge une affaire si longue, fâcheuse et pénible, laquelle ou pour l'impossi¬bilité ou pour la longueur en touts événements gasteroit le dessin, rendroit infructueuse la proposition.

Si le Roy d'Espagne avoit conclu la Paix, trefve ou surcession d'armes [55] avecq les Angloys et Hollandois, il auroit plus d'autorité pour induire ou contraindre les Allemans à cest accomodement.

Il semble aussy que laissant hors du traicté la cause de Dennemarq sous laquelle se cache icelle du Roy de Bohème, le Roy de la Grande Bretagne a satisfait à son obligation envers ses confédérez, les pouvant assister librement de toutes ses forces sans aucun empeschement d'ailleurs, et ce seroit come confesser une foiblesse refusant ceste condition, comme si l'Engleterre se desfioit de ces forces pour les pouvoir secourir pour si peu de temps, jusques au traitté que l'on propose d'entamer incontinent après la Paix entre les Couronnes et les Hollandois. Cependant le Roy de Dennemarq avec l'assistance de ses alliez se pourra maintenir facilement se tenant sur ses deffences.

Touchant les Estats confédérez on doibt croire qu'il y aura de très grandes difficultez sur le tiltre d'Estats libres qu'ils prétendent d'estre attaché à la trefve, lequel tiltre est tellement contraire et abhorré, qu'il (1) ne faict la guerre pour autre subject, car s'il eust voulu passer ce tiltre, les Hollandoys n'ont jamais faict ne font présentement aucune difficulté à continuer ou renouveler la Trefve comme le passé comme Rubens tesmoigne lequel a esté employé en ceste affaire.

C'est pourquoy il faut bien considérer quelle différence on fait entre la surcéance d'Armes et la trefve, car faisant la cession d'armes pour peu de temps, est l'ordinaire qu'elle ne change en rien l'estat des affaires de la guerre et ne devroit on en tel cas faire aucune mention de ce tiltre lequel n'est nullement vallable en temps de guerre.

Mais si on présuppose que pour la longueur du terme de quelques années ceste surcession d'Armes entre le Roy et les Estats confédérez se transformeroit et passeroit en la nature d'une Trefve et se tireroit après la conséquence de ce tiltre que prétendent les Hollandoys estre attaché à la trefve, on travailleroit en vain en ceste affaire laquelle ne seroit jamais ne entendue, ne receue de ceste façon du Roy d'Espagne, estant contre raison, que la longueur du temps altérast la nature ou essence de la chose.

Mais laissant les Hollandoys glisser ce tiltre durant la surcession d'Armes, on trouveroit le Roy peut estre bien disposé pour traitter depuis avecques eux d'une Paix perpétuelle, soubs conditions honorables pour Sa Majé en tiltres et apparences, sans préjudice de leur liberté en effect.

Et en tel cas on a creu que les Estats ne feroient pas grande difficulté [56] sur le tiltre d'Estats libres, selon l'indice de quelques ouvertures sur ce subject.

Il est certain qu'on estimeroit grandement en Espagne et près son Al: Sérén: si Sa Majé de la grande Bretagne voulust entremettre son autorité à bon escient en cest accomodement, et par ce moyen obligeroit grandement le Roy d'Espagne à faire réciproque effort pour adjuster les affaires d'Allemagne, comme le Roy Jacques s'oblige de faire par articles exprès en sa Paix de 1602, et accomplict sa parolle du temps qu'on accordoit la trefve entre le Roy d'Espagne et les Estats confédérez.

Mais touchant la paix entre ces deux couronnes, on ne trouve pas grande difficulté, et on croit qu'elle seroit autant facile, come la surcession d'Armes, estant celle de l'An 1604 si bien entendu et si claire en touts ces points, particulièrement touchant le commerce, et aussi les confédérez, qu'il n'y a rien à changer, que les noms et quelque peu de choses de nulle considération, et qui ne touchent pas à la substance de la paix.

Il faut finalement que la mémoire soit raffraîchie de ce qui est dict au commencement qu'il faut marcher de bon pied et rejetter touts autres moyens et ouvertures de ce traicté, puis que trop des Cuisiniers gastent le pottage, et puis que l'on est certain de la bonne inclination et intention de la Sérén: Infante et du Marquis, s'attacher seulement à leur authorité.

Pour la Savoye il est très certain que la Sérén: Infante est très bien inclinée à faciliter son accord avecq le Roy tant pour son affection grande envers ses enfans, et sa soeur unique que pour autres respects; mais son Ambassadeur ne sera jamais receu ne ouij pour traicter les accomodemens d'autrui avant que ses propres différents soient adjustez, ausquels (on croit) auront plus de scrupule et difficulté que tout ce qui concerne les deux Couronnes (1).


[57] Au dos: Memoir des Considérations de Rubens par ordre de son Altesse.


Londres. Public Record Office. State Papers. Flanders, 56.

Traduction anglaise publiée par Sainsbury, op. cit., p. 72.


CCCCXXX
COPPIE DE LA LETTRE DE GERBIER A RUBENS ESCRIPTE LE 9 MARS AVECQ LE SÇU DU ROY PAR ORDRE DE M. LE DUC DE BUCKINGHAM ET MESSrs DU CONSEIL.

Monsieur.

Le Roy estant revenu hier au soir de la chasse, je vous mande aujhourdhuy, que l'ordinaire part, ce que Mons. le Duc de Buckingham a trouvé bon de respondre aux mesmoires que je luy ay aporttées de vostre part, par la promtitude de la dépesche vous voiez comment on ne désire pas de ce costé icy la pertte du temps, et par la longeur de la résolution vous pourez faire jugement comme on procedde d'autant plus meurement et solidement, l'absence de sa Majé aiant esté la principalle cause du retardement. J'adjouteray à ce que vous trouverez dans les papiers icy joints que dautant qu'on a remarqué icy deux choses que vous recommendez très-à-propos. La première que l'affaire soit traitté secrettement, la seconde qu'on serre la porte aux aultres ouvertures; pour satisfaire à la première Monsieur le duc n'a pas trouvé à propos de me renvoyer pour ceste fois à cause que le monde commence à jetter un oeuil curieux sur ma personne, et que quelque discours se forme desjà sur mon dernier voyage; mais quand on voist que je ne retourne pas, la croiance s'esvanouira tandis que l'affaire s'advance: et [58] cependant qu'on envoye de ce costé là en Espagne pour procurer les pouvoirs nécessaires, un Seigneur que vous cognoissez très bien, dont vous m'avez faict mention, sera despeché d'icy en Hollande sur des aultres affaires; affin de se trouver là sur le lieu, quand l'ocasion se présentera pour faire les offices convenables, ce qui vous peut servir d'indice comment on marche icy de bon piedt en l'affaire, dont la bonne issue dépend grandement de la promtitude de l'expédition, et touchant l'exclusion d'aultre entremise, n'en craignez rien car ils sont icy de la mesme opignion avecque vous qu'une grande affaire ne marche jamais droict sur deux chemains.

J'adresse ce pacquet à Steltius à Calais avecque Ordre de vous l'envoyer par un exprès, l'importance de l'affaire requiert qu'il vous soit rendu promptement et seurement; advertisez moy donques par la première comodité que vous l'aurez receu et affin d'avancer l'affaire en tent que ce peut par lettres jusques à ce que le temps et l'occasion puisse permettre l'employ des instruments necessaires. Je vous envoye icy enclos un chifre me rec (ommandant) au reste à vos bonnes graces comme celuy qui demeure

[Londres9] Mars.

Minute écrite par B. Gerbier, corrigée par Sir Dudley Carleton.

Copie en français dans les papiers de Gerbier. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders, 1627-1630, n° 56.

Traduction anglaise Sainsbury, op. cit. p. 76.


COMMENTAIRE.

La lettre précédente est la réponse faite par Gerbier au mémoire envoyée par Rubens à Gerbier (voir page 53). Elle accompagne les trois lettres de Buckingham qui suivent.

Le Seigneur anglais qu'on devait envoyer à La Haye et que Rubens connaissait très bien est Sir Dudley Carleton, qui avait été embassadeur auprès des États-Unis des Pays-Bas de 1616 à 1625 et qui y retourna en 1627. Ses instructions sont datées du 27 mai de cette année; sa première lettre est du 13 juin.

Steltius à Calais servait fréquemment d'intermédiaire entre Rubens et Gerbier. C'était probablement un négociant anversois établi dans cette ville.


[59] CCCCXXXI
RÉPONSE DU DUC DE BUCKINGHAM AUX OUVERTURES FAITES PAR RUBENS A GERBIER.

The Marquesse Spinola's letters of attestation sent to Gerbier have given sufficient credit and waight to everie woord contained in the memorials and papers delivered by Rubens. Besides the honor of so royal a Princess as the Infanta, and such a renowned comander as the Marquess and the reasons alledged to cleare their intentions, are held satisfactorie to exclude ail other intromission, thowgh divers persons and some of the greatest qualitie have proffered herin their best offices and advise.

[And thowgh the Duke of Buckingham may thinck it verie strange that theis propositions should bee called his, wch grew from private conference of honest and wel affected persons imploied to other ends: yet considering the good effects they may produce not only to those kingdoms wch they properly concern: but in consequence to the comon good of al Christendom besids, hee is wel contented, not only to pass over this streine of formalitie, but wil also labor to remove such other difficulties as may give interruption to this woorke (1).]

It is a matter indeed of verie great importance and much taken to hart by the king of Great Brittaine, that the Princes of Germanie his Kinsmen and allies should bee restored to their estats, and to their due dependance and homage to the Empire: wch (as the Duke of Bavaria stands affected) may concern the Howse of Austria and Emperour above the rest. But considering that nether the King of Denmark, nor anie of the Princes imbroiled in theis wars standeth in anie termes of hostilitie wth Spaine: And that the reconciling of Great Brittaine and Spaine wil be the best preparative and most assured meanes to pacifie the Empire, and reduce it to the ancient luster to bee the powrful bulwerck of Christendom against the Turck; it can not bee dowted that theis several differences may bee severally compounded and so al in due time. [60] But what strickt confederacie the King of Great Brittaine hath entered into wth the States of the United Provinces is verie wel known: so as from them in any treatie wth honor and justice hee can not devide. And seeing the title of free states, for wch both sides make the warre, is so disagreeable to the king of Spaine, it may be so accomodated that the king of Great Brittaine, treating for a truce or a peace for himself and his confederats the States, that dispute may be declined wch might grow about the title. But in case the States shall press that stile as a point of their subsistence, consideration must bee had, whether the truce may not proceed in the same termes as formerly it did, if the former expedient do not succeed. And herin a resolution must speedily bee had: and power accordingly procured uppon confidence that al indevor shal bee used wth the king of Great Brittaine by effectual offices to accomplish as much for accomodation wth the States, as here is acknowledged that his Father did in pursuance of the peace made in the year 1604, and wth so much more affection and indevor to answer the frendly obligation herin presented on the king of Spaine's part in good ernest for setling the affairs of Germanie.

And for redeeming of time (wherof most wil bee spent in sending to Spaine for Commission to treat and conclude, wch necessarily must bee had) the interim shal bee imploied to procure the concurrence of the states: and to prepare the articles by private instruments from al parts. And to facilitate the business, the Counsel here given is verie expedient to woorke upon the articles of former treaties, as wel of the peace of the yeare 1604, as of the truce of the low Countries. Wherin the restitution of the honors and patrimonie to his Mates deer brother and sister must bee provided for by sufficient authorisation from Spaine, at least, so farre as the credit and power of the King extends unto.


Original dans les papiers de Gerbier comme les précédents. (Londres. Public Record Office. Foreign State Papers, 56.)

Publié par Sainsbury, op. cit. p, 79.


[61] TRADUCTION.
RÉPONSE DU DUC DE BUCKINGHAM AUX OUVERTURES FAITES PAR RUBENS A GERBIER.

Les lettres d'attestation du Marquis Spinola envoyées à Gerbier ont donné un crédit et une importance suffisants à chaque mot contenu dans les mémoires et les papiers délivrés par Rubens. En outre l'honneur d'une princesse aussi royale que l'Infante et un commandant aussi renommé que le Marquis, ainsi que les raisons alléguées pour expliquer leurs intentions sont regardés comme satisfaisants pour exclure toute autre intervention, quoique diverses personnes et même du plus haut rang aient offert leurs meilleurs services et avis.

[Et quoique le duc de Buckingham puisse regarder comme fort étrange qu'on appelle siennes des propositions issues d'une entrevue privée de personnes honnêtes et bien intentionnées employées à d'autres besognes, cependant considérant les effets favorables qu'elles peuvent produire, non seulement pour ces royaumes qu'elles concernent particulièrement, mais encore eu égard au bien commun de la chrétienté, il est fort satisfait, non seulement de passer outre sur ces formalités, mais de travailler à écarter toutes autres difficultés qui pourraient entraver l'entreprise.] (1)

C'est en réalité un point de très grande importance et qui préoccupe beaucoup le roi de la Grande Bretagne que les princes allemands, ses parents et alliés, soient rétablis dans leurs états et dans leur condition d'hommes liges du Saint Empire ce qui (comme c'est le cas pour le duc de Bavière) concerne spécialement la Maison d'Autriche et l'Empereur. Mais considérant que ni le roi de Danemark ni aucun des princes impliqués dans ces guerres ne sont d'aucune façon en état d'hostilité avec l'Espagne; que la réconciliation de la Grande Bretagne et de l'Espagne sera le meilleur acheminement et le moyen le plus sûr d'arriver à la pacification de l'Empire et à son rétablissement dans son ancien éclat de puissant boulevard de la Chrétienté contre les Turcs, il est hors de doute que leurs différends seront aplanis à temps.

On sait quelle étroite alliance le roi de la Grande Bretagne a contractée avec les États des Provinces-Unies; il enfreindrait donc les règles de l'honneur et de la justice en se séparant d'elles dans quelque traité conclu par lui. Considérant que le titre d'États libres, au sujet duquel les deux parties font la guerre, est particulièrement désagréable au roi d'Espagne, on pourrait s'entendre en laissant le roi de la Grande Bretagne traiter de la paix ou de l'armistice [62] pour lui-même et pour ses alliés les États-Unis, ce qui éviterait la contestation au sujet de ce titre. Mais dans le cas où les États insisteraient sur ce détail, comme sur un point intéressant leur existence, il faudra examiner si la suspension des hostilités ne saurait être conclue comme elle le fut jadis, dans le cas où la première manière ne serait pas agréée. A ce sujet, une résolution doit être prise à bref délai et les pouvoirs nécessaires accordés dans la confiance qu'on insistera autant que possible auprès du roi de la Grande Bretagne pour qu'il fasse en faveur de l'entente avec les États tout ce que son père fit en 1604 pour conclure la paix et cela avec d'autant plus d'affection et d'effort qu'il s'agira de répondre aux bonnes intentions montrées sérieusement par le roi d'Espagne pour régler les affaires de l'Allemagne.

Pour gagner du temps (qu'il faudra employer en grande partie à envoyer en Espagne une commission chargée de traiter et de conclure ce qui est de toute nécessité), l'intervalle sera employé à gagner le concours des États et à préparer les articles par des négociations particulières entre les divers intéressés. Et pour faciliter ce travail, le conseil donné ici est fort pratique de prendre pour base les articles des traités antérieurs, autant ceux du traité de paix de 1604 que ceux de l'armistice avec les Pays-Bas. Dans ce travail, la restitution des honneurs et du patrimoine aux chers frère et soeur de S. M. doit être stipulée avec une autorisation suffisante de l'Espagne, au moins pour autant que cela soit au pouvoir du roi.


COMMENTAIRE.

A remarquer que dans ce document et les suivants le duc de Buckingham atteste que les premières ouvertures des négociations ont été faites par Rubens. Il n'y a pas à douter de ce fait et il n'est pas moins certain que Rubens agissait de concert avec sa souveraine l'Infante Isabelle. Le roi d'Angleterre et son premier ministre étaient évidemment favorables pour toutes sortes de bonnes raisons à ces ouvertures. L'une de ces raisons rappelée dans le dernier alinéa du présent document est l'espoir que nourrissait le roi d'Angleterre de voir par l'intervention de l'Espagne son beau-frère, le comte palatin, rétabli dans ses États. L'auteur du document insiste sur la difficulté que présente le désir des États-Unis d'être appelés États libres et sur la difficulté que fait le roi d'Espagne de leur reconnaître ce titre qui serait la négation de son autorité et la reconnaissance officielle de l'indépendance des Provinces-Unies. L'échappatoire que suggère le présent document de faire comprendre les Pays-Bas dans le traité, sous le nom d'alliés de la Grande Bretagne sera recommandé bien souvent encore dans la suite.


[63] CCCCXXXII
HIS MAties CONCEPT OF THE SUBJECT OF A LRĒ FRŌ
MY L. D. TO RUBENS THE INFANTA AND Ye MARQUIS.

Sr

Although the world seeth have raison to crowne theyr actions by a conclusion of peace and that my master hath rather subject to gaine wath they have gotten by warre yet I judge him to be of that pious nature that he may be induced to a peace so it may be with his honor and the restablishment of those who are nearest in to him.


Au dos: His Maties Concept of the subject of a lrē frō my Ld Duke to Rubens given me at Denmarke house the ... of Mardi 1626 [1627].


Londres. Public Record Office. State Papers Flanders, p. 56


TRADUCTION.
PROJET CONÇU PAR SA MAJESTÉ D'UNE LETTRE A ÉCRIRE PAR LE DUC DE BUCKINGHAM A RUBENS.

Monsieur.

Quoique le monde voie [que l'Infante et le marquis de Spinola] ont raison de couronner leurs exploits par la conclusion de la paix et que mon maître ait plutôt à regagner l'honneur qu'ils ont acquis par la guerre, cependant je juge qu'il (le roi d'Angleterre) est de nature assez pieuse pour pouvoir être amené à la paix, à condition qu'elle puisse se faire en respectant son honneur et en rétablissant ceux qui lui sont les plus chers. (1)


Au dos: Projet fait par Sa Majesté d'une lettre à écrire par le duc [de Buckingham] à Rubens. Remis à moi à Denmark house le ... mars 1626 [1627].


[64] CCCCXXXIII
COPPIE DE LA LETTRE DE MONSr LE DUC DE BUCKINGHAM A RUBENS LE 9 MARS 1627.

Monsieur.

Vous remettant à Gerbier pour responce à tout ce qu'il a rapporté de vous (dont il s'est fidèlement acquitté), Je vous diray seulement que bien que le monde jugera que S. A. et Mons: le Marquis auront rayson de couronner leurs actions passées par une conclusion de paix et que le Roy mon maistre aura subject de cercher l'honneur qu'ils ont desjà acquis par la gloire des Armes, touttesfois je fais un jugement sy infallible du naturel pieux de S. Ma qu'il ne sera pas malaysé de l'induire à consentir à la paix pourveu qu'elle ne soit déshonorable à luy ny préjudiciable au reétablissement de ceux qui luy sont les plus proches. Quant à moy J'y contribueray tout ce que dépend du crédit que J'ay auprès S. Ma et vous pouvez estre assuré que je n'eusse marché sy avant en une affaire de sy grande importance sans estre bien auctorisé, demeurant au reste

Monsieur

Au dos: Minutes of my L. Dukes and Gerbiers lres to Rubens. (Minute des lettres du Mylord duc et de Gerbier à Rubens.)


Cette copie ou plutôt cette minute se trouve dans les papiers de Gerbier. Londres. Public Record Office. State Papers. Flanders, 1627-1630, n° 56.

Traduction anglaise Sainsbury, op. cit. p. 77.

[65] Mémoire de Gerbier. The duke of Buckingham returned a second answer as follows which was sent March 9 (19) 1626-27.


CCCCXXXIV
BUCKINGHAM A RUBENS.

The duke of Buckingham having seen the papers browght by Gerbier from Rubens, written uppon such ouverturs, as originally sprang from Rubens uppon conference betwixt them, saith —

Concerning the difficulties betwixt the Emperour and the King of Denmarck, that ther being good correspondence and no hostilitie betwixt Spaine and Denmark: hee being wel assured that a setled frendship betwixt England and Spaine wil inlarge itself to the re-establishment of Germaine, conceaveth no interuption wil arise from thence in regward of the estats of the United Provinces. Touching those Provinces, it is notoriously known what strict alliance is established between his Mate and the States, so as in honor and justice hee cannot single himself from them. But whilst the Infanta is procuring such power from Spaine as is necessarie on their part, the Duke wil use his best indevor wth his Mate to procure their concurrence uppon reasonable and fit termes.

In the authorisation the Infanta is to have from Spaine, it wil bee necessarie to include the restitution of his Mates brother and sister to their honor and patrimonie; at least, so farre forth as that King's power and credit may extend unto.


Ce document, écrit de la main de Sir John Coke, est intitulé «Project of a treatie made by Rubens». La traduction française qui suit porte le titre écrit par Lord Carleton «Responce donnée à Rubens au nom du Duc de Buckingham;» elle est également écrite de la main du secrétaire Coke.

L'original et la traduction se trouvent dans les papiers de Gerbier au Public Record Office de Londres. State Papers. Flanders, 56.

Publié par W. Noël Sainsbury, op. cit. p. 78.

[66] Mémoire de Gerbier. Monseigneur le Duc de Buckingham faict la seconde response en manière comme s'ensuist.


CCCCXXXV
BUCKINGHAM A RUBENS.

Monseigneur le Duc de Buckingham aiant veu les pièces qui luy ont esté portées par B. Gerbier de la part du Sr Rubens, sur les ouvertures lesquelles ont eu leur première source du dit Rubens sur la conférence qui passoit entre eux dict, —

1. Que quant aux dificultez entre l'Empereur et le Roy de Dennemarq la corespondance entre le Roy d'Espagne et le dit Roy de Dennemarq aiant tousjours esté continuée sens auq'un acte d'hostilité sur l'asseurance qu'il a qu'une ferme amitié entre les Roys d'Engleterre et d'Espagne s'eslargira jusques au restablissement d'Alesmagne, ne croit point qu'auq'une interuption puisse naître de ce quartier au resgard des Estats des provinces unies.

2. Touchant les dictes Provinces l'Alliance establie entre Sa Maj et les Estats est cognue à tout le monde. Tellement que l'honneur et la Justice ne permettent point que Sa Ma se sépare d'iceux, mais tandis que la Séréniss. Infante s'enploye de procurer les pouvoirs nécessaires d'Espagnes, le Duc de Buckingham s'esvertuera auprès Sa Maj de procurer la concurence des dits Estats sur termes qui seront agréables à l'Equitté et Raison.

Au pouvoir que Son Alt. procurera d'Espagne, il sera nécessaire d'y comprendre la restitution du tres cher frère et soeur de Sa Maj à leur honneur et Patrimoine, si avant que la puissance et credit du dit Roy si peut estendre.

Ce papier fust envoyé le 9 (19) Mars 1627.

(Signé) Gerbier.


COMMENTAIRE.

Par une dépêche du 17 avril 1627, l'Infante Isabelle rend compte à son neveu des lettres de Buckingham de la manière suivante: «Rubens a reçu des lettres du duc de Buckingham et de Gerbier déclarant que le roi d'Angleterre consent à ce que l'accord entre l'empereur et le roi de Danemark se traite [67] séparément, espérant que Votre Majesté aidera à le faire avancer et qu'aussitôt après on s'occupe du traité avec l'Angleterre en même temps qu'avec celui des Hollandais, en disant, qu'étant depuis de longues années leur allié, il ne peut pas les laisser hors du traité. Le roi d'Angleterre offre de faire ce qu'il peut pour les amener à se montrer aussi raisonnables que possible. Il demande que je procure des pouvoirs de Votre Majesté pour ces deux traités en y comprenant les affaires du Palatinat pour autant que Votre Majesté pourra le faire et que s'étend son royal pouvoir. Il montre un tel désir d'arriver à la conclusion de ces traités qu'il enverra très volontiers une personne en Hollande (quoique sous un autre prétexte) pour connaître l'intention des Hollandais (1).


CCCCXXXVI
SIR DUDLEY CARLETON A LORD CONWAY.

The Hague 10 (20) April 1627.

On munday night, here arrived from Braban a French Sea Captain (who is to have command of me of these news ships) with letters to the french Ambassador, & is commanded to hasten the sending away these ships with ail possible diligence, but no money is yet corne (the want wherof is the only remora); & that he should hold a watchfull eye over Gerbier and Rubens.


Sir Dudley Carleton's State letters during his Embassy at the Hague a. d. 1627 now first edited by P. typis 1841.


[68] TRADUCTION.
SIR DUDLEY CARLETON A LORD CONWAY.

La Haye, 10 (20) avril 1627.

Lundi soir est arrivé ici du Brabant un capitaine de vaisseau français (qui doit recevoir de moi le commandement de ces nouveaux bateaux) avec des lettres pour l'ambassadeur français. Celui-ci a ordre de presser le renvoi de ces navires avec toute la diligence possible, mais l'argent n'est pas encore arrivé (le manque de monnaie est la seule cause du retard). Ces lettres lui ordonnent encore d'avoir un oeil attentif sur Gerbier et Rubens.


COMMENTAIRE.

La France avait donc eu vent des menées de Rubens et de Gerbier. Elle soupçonnait probablement ce qui se préparait. En ordonnant à son ambassadeur de veiller sur les deux agents, elle prouvait l'importance qu'elle attachait à leurs négociations.


CCCCXXXVII
RUBENS AU DUC DE BUCKINGHAM.

Monseigneur.

Par celle qu'il vous a pleu mescrire le 9e de Mars dernier ay receu lentière asseurance de la bienveillance de V. Exc. envers moy laquelle je tascheray pouvoir mériter aux ocasions quy vous seront agréables et plairat menployer pour vos servisse: vous suppliant, très humblement, mexcuser si j'ay différé tant de jours de respondre sur laffaire que vos. Exc. sçait espérant tousjours quelques nouvelles d'Espaigne mais comme elles tardent tant je nay voulu laisser de ladvertir de la réception de la ditte lettre et vous baiser les mains pour la faveur qu'il vous a pleu me faire. Si tost que la responce viendra de Sa Maj Catholique Jen advertiray vos. Exc: désirant, autant q. je dois, de veoir la [69] perfection de ce beau chef d'oeuvre, cependant avecq toute submission et très humble révérence je me recommande aux bonnes grâces de vos Exc: résolu de vivre et mourir en qualité

Monseigneur(21 Avrill 1627.)

(Signé) Rubens.


Copie. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders, 56.

Publié par Sainsbury, op. cit. p. 250. Id. traduction anglaise, p. 80, et par Rosenberg, Op. cit. p. 237-


Mémoire de Gerbier. Coppie de la lettre du Sr Rubens à Gerbier sur le même subject, daté du 21 Avrill 1627.

Rubens faict réponse sur l'envoy de cest Escript (la lettre du duc de Buckingham du 19 mars 1627) de ceste forme:


CCCCXXXVIII
RUBENS A BALTHASAR GERBIER.

Monsieur.

J'ay différé de respondre à vos. première du 9 de Mars passé, selon vostre stille, espérant que Son Al: auroit eu quelque advis sur ce quelle avoit escript sur la première proposition; Mais puis que cela tarde, je n'ay voulu différer d'acuser la réception de la ditte vos. avecq les escripts y joincts et que l'on a despeché Courier à Sa Majé Catholiq., l'adver¬tissant du contenu, le priant de vouloir respondre incontinent, comme je m'asseure elle fera, dont vous advertiray par la voye que vous m'avez escripte. Priant Dieu que cest affaire puisse prendre la fin que se peut désirer pour le bien de la Chrestienté et n'ayant à vous dire autre chose pour ceste fois, je vous baise les mains de tout mon coeur demeurant à jamais

Monsr

(Signé) Rubens.


Copie. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders. 56.

Publié par Sainsbury, op. cit. p. 250. Id. traduction anglaise, p. 81, et par Rosenberg, op. cit. p. 238.

[70] Dans son Mémoire, Gerbier fait suivre la copie de cette lettre de la relation suivante:

«Joinct à ces deux lettres y avoit une particulière en langue flamande dont le subject estoist pour asseurer Gerbier de la bonne inclination de par de là, de la dilligence que l'on faisoit, que la cause véritable du retardement d'un Courier lequel estoit expédié d'Espagne estoit accidentellement sur l'arrivée du second paquet lequel estoit arivé d'Engleterre que sans doubte l'on auroit de brief responce, finalement que les deux lettres en françoys l'une au Duc et l'autre à Gerbier estaient dictées de la part de l'Infante par la main du Sr Boscott, chancelier de Brabant, autrefois ambassr en Engleterre lequel aussi donnoit ordre au Sieur Rubens d'asseurer à Gerbier de la sincère intention de la Sére Infante et de Monsr le Marq. Spinola.

«Le Sr Rubens environ le 19 de May stille nouveau escript une lettre à Gerbier luy advertissant de l'ordre que le Sr don Diego Messia avoit receu pour faire un voiage en Brabant, qu'à son regardt les responces sur les papiers envoyez le 9 Mars n'estoient ensuivies, que le Sr Don Diego indubitablement apportoit toute authorité qu'en ceste ocasion du voyage de Monsr Carleton en Hollande il seroit très appropos que Gerbier si trouvasse pour affin que le Sr Rubens si trouvant aussi peut plus particulièrement esclaircir de la disposition de ces Maistres. Le duc de Buckingham donna ordre à Gerbier de se transporter avec Monsr l'ambassr Carleton, où estant arivé Gerbier envoye un passeport au Sr Rubens et luy donne avis de son arivement en Hollande.»

Suit la copie de la lettre écrite par Rubens le 19 mai 1627.


CCCCXXXIX
RUBENS A BALTHASAR GERBIER.

Monsieur.

Vrē silence m'estonne et me met en doubte se nos pacquets sont bien addressez ou non. Il est nécessaire en une correspondence de telle importance d'accuser tousjours la réception des lrês. Car succédant quelque disgrâce on y rémédieroit avec les duplicats. Vous verrez, par l'enclose de 2 x [l'Ambr de Savoye à Bruxelles], que nous avons esté [71] ensemble à no [Bruxelles]. Et de ma part je confesse d'avoir receu tout le contentemt du monde. 2 x ayant faict ses complimens avec 104 et 105 [l'Infante et Spinola]. Il ne voulut toucher au mistère q. par mon moyen: et l'ayant trouvé si bien informé com¯e nous mesmes on a trouvé bon de traicter avec luy sincèrement et sans aucune réserve ou arrièrepensée. Je l'ay informé, par ordre exprès de 105 [Spinola], tres exactemt de l'estat pn¯t de l'affaire et asseuré tout entieremt des bonnes et sainctes intentions de tire costé. Aussy je vous puis dire que nous avons eu quelq. chose de part de 70 [le roi d'Espagne?] qui nous donne du courage et faict espérer bien du succez de l'affaire: mais cela ne suffit pas pour la mettre en exécution. Nous croyons que, par la grâce divine, le reste suivra bien tost. Je suis retourné en Anvers ayant dégrossé l'affaire et mis 2 x et 105 [Scaglia et Spinola] si près l'un de l'autre qu'ils traictent de bouche à bouche sur la matière: toutesfois ils m'ont faict tousjours l'honneur, y ayant quelq. doubte ou ambiguité, ou scrupule, de se servir de mon message pour l'esclaircir des deux costez. A cette heure je pense qu'il n'y reste aucune difficulté entre eux et qu'ils s'entendent fort bien, et reçoyvent très bon contentemt l'un de l'autre sans aucune desfiance. Certes nous trouvons 2 x [Scaglia] capable grandemt d'affaires de telle importance et je suis bien aise qu'il a pris la résolution d'aller en 34, 41, 41, 67, 37, 59, 57 [Ollande?] car tout le débat sera comme j'ay dit à 2 x [Scaglia] et à vous aussy souventes fois sur la prétension des 89 [Estats] d'avoir le nom de ce qu'ils ont en effect. 2 x [Scaglia] m'a dit qu'il pense que vous le viendrez trouver en ce quartier là. Je m'estimerois bien heureux de vous y pouvoir rencontrer, mais je croy q. mes maistres ne m'oseroyent envoyer de leur p¯pre mouvemt: du reste je suis d'opinion que ma présence serviroit grandemt à la promotion de l'affaire, por esclaircir entre nous les difficultez débattues autrefois; car ayant esté employé en ce traicté continuellemt depuis la rupture, je me trouve encor tous les papiers présentez d'une part et d'autre en main.

Nous pourrions consulter ensemble avec 2 x et 00 [Scaglia et Carleton]. C'est pourquoy je vous prie de trouver moyen q. cela se face à réquisition de 87 [Buckingham] m'escrivant une lettre à cest effect disant qu'il vous envoyé celle part, vous enchargeant de beaucoup de choses qui ne se peuvent seuremt ny aisémt fier à papier. Et qu'il ne [72] vous ose renvoyer de nouveau à no [Bruxelles] pour ce que cela causeroit trop de bruict com¯e il fit l'autre fois, q. pourtant S. E. désire que je me transporte avec permission de mes supérieurs en ce quartier là por vous y rencontrer en la bonne conjuncture que oo et 2 x [Carleton et Scaglia] s'y trouveront. Ce seroit un grand coup; car, com¯e je vous ay dit, toute la difficulté qui pourroit empescher ou por le moins rendre imparfaict ce beau chef d'oeuvre consiste en l'affaire des 89 [Estats]. J'ay là des amis qui sont en grande dignité et mes vieulx correspondents qui ne manqueront à leur debvoir. Je vous prie y tenir la main, mais soubs condition d'une foy inviolable de tenir secrette ceste mienne requeste sans qu'on sache jamais que cela se face par mon instruction. 2 x [Scaglia] sera après demain en ceste ville, et nous avons envoyé une sienne lettre por un 31, 67, 25, 25, 57, 31, 35, 27, 23 [passe-port] des 89 [Estats], lequel je suis bien asseuré sera de mon ad vis touchant ma venue, encoreq. je ne me suis encor descouvert avec luy, réservant le secret de ceste lr¯e¯ à vous seul por la com¯uniquer avec 87 [Buckingham]; mais il me faudroit par le mesme moyen por le moins par oo ou 2 x [Carleton ou Scaglia] impétrer aussi tost un passeport. Je vous prie me vouloir respondre incontinent aussy sur les particularitez desja escrites tant de fois touchant le reste des peintures appartenantes à 87 lesquelles je n'ose envoyer sans vr¯e ordre, voyant le passage si embrouillé et dangereux q. je ne l'oseroys entreprendre sans vr¯e ordre exprès. (1) Et n'ayant autre chose je vous baise bien humblement les mains et me recom¯ande à vos bonnes grâces, demeurant à jamais

Monsieur
Vre plus humble serviteur.
De 61, 77, 21, 57, 27, 25 [Anvers], le 19me de May 1627.

En marge: Je vous prie brasier ceste lr¯e aussy tost que vous vous en serez servy car elle me pourroit ruyner aupres de mes maistres encor qu'elle ne contient aucun mal: por le moins elle me gasteroit mon crédit aupres d'eux et me rendroit inutile por l'advenir.

Au dos: Copie of a lr from Bruxelles to Mr Gerbier the 19th of May 1627.


[73] Copie. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders 56.

Publié par Sainsbury. op. cit. p. 252. Id. traduction anglaise, p. 82, et par Rosenberg, op. cit. p. 238.

La lettre n'est pas signée. Le lieu de départ est en chiffres comme plusieurs mots, dévoilés en marge ou au-dessus, en glose. Nous avons placé entre crochets les noms de personnes et de lieux fournis par la copie comme répondant aux chiffres et lettres employés par Rubens. L'explication donnée pour les mots Hollande et le roi d'Espagne est hypothétique. Le chiffre du mot Anvers doit avoir été mal copié et devrait être 67, 37?, 21, 57, 27, 25.


COMMENTAIRE.

La lettre de Scaglia, incluse dans la précédente, dont il est question dans la cinquième ligne de celle-ci, est datée de Bruxelles, le 17 mai 1627 et adressée au duc de Buckingham; elle contient la demande d'envoyer Gerbier à Amsterdam pour la fin du mois de mai, quand lui, Scaglia, espère être là, afin qu'il puisse communiquer avec lui et l'informer de tout ce qui se passera et sera important pour l'affaire du traité. (1)

Rubens de son côté désirait également être envoyé en Hollande pour y traiter l'affaire avec Gerbier et Scaglia. Il réussit à se faire envoyer à Zevenberghen, comme on verra plus loin (10 juillet 1627).


CCCCXL
LE ROI PHILIPPE IV A L'INFANTE ISABELLE.

He recibido la carta de V. A. de 17 del pasado, y entendido por ella como el Rey de Inglaterra avia declarado holgaria que por mano de V. A. se continuase la plática de concierto entre mí y él, incluyendo en ella á Olandeses, y por lo que escrivo al Marqués de Mirabel, de que aqui va la copia y un papel del Conde-Duque, verá V. A. el acuerdo que en razon destas cosas de Inglaterra hemos tomado yo y el Rey Christianisimo, y el medio de que se ha usado para tener viba esta plática sin faltar al buen trato y correspondencia que es justo con [74] Francia. y que por esto mismo, y el recato con que conviene proceder con aquella corona, tendria yncombeniente el dar á V. A. el poder que pide. Juzgando tambien por otra parte que importa no desconfiar á Ingleses, me ha parecido embiar á V. A. el que va aqui, con data del 24 de hebrero del año pasado, con que parece se acude todo, supuesto que el fin principal, como va dicho, es quitar á Francia toda occasion y no asentar agora nada con Inglaterra, sino entretenella. Y el no embiar á V. A. poder para lo que toca à Olandeses, pues están escluydos en los títulos particulares á que se estiende el poder, es por dos razones: la primera por lo que se ha avisado a V. A. en otros despachos, que es no querer yo ajustarme á dexar dudoso ni yndiferente el punto de libres y los demas sobre que se ha escrito á V. A.; y esto no naze de no querer yo pazes, sino deseallas y tenellas seguras y de reputacion, cediendo todo quanto no es religion y soberanía, por ser el uno punto de religion y de conciencia y el otro de reputacion, en que no es posible á ningun Rey grande ni juste dispensar; y si es cierto quanto á V. A. le anteponen otras personas, y llega a juzgar V. A. de que entrando en el tratado ygual y sin declaracion de la soberanidad, despues se ajustara la soberanidad y la paz y las nabegaciones. Es facilísimo de ajustar con los que pueden hazer opinion probable de que esto ha de ser, y que tienen mano para encaminallo, como seria que se empieze al rebés, obligandose estos propios en nombre de los Estados á esto mismo, y yo les concederé un ano de suspension de armas, tratando con ellos este tiempo como con Principes libres que es más de lo que piden, porque pareçe duro caso que me aya yo de fiar de rebeldes entrando en tratados con falta de reputacion en fee de que han de encaminar la satisfacion que deseo, y que se aya de restaurar lo que en esta action se entraria perdiendo, y mas con la esperiençia de la tregua pasada, pues entonzes offrezieron lo mismo, aviendose gastado durante ella mucho mas que se gastava antes en la guerra, aviendose perdido la India Oriental y parte de las Occidentales sin la reputacion; y si bien puede esperarse no subcederá agora como entónzes, será porque Nuestro Señor haga algun milagro, pero discurso moral no se puede formar contra esta esperiencia, siendo sola la respuesta á todo lo dicho lo que cuesta la guerra, y que no se puede sustentar. [75] La segunda razon porque se embia á V. A. el poder dicho en la forma que va, es porque si Ingleses estubiesen fuertes en yncluyr á Olandeses, en el mismo poder se hallará la necesidad que havrá de despachar otro correo, que es el fin principal que se lleba de procurar entretenellos satisfechos, hasta que los subçesos y sazon los descubra lo contrario; de todo lo dicho me ha parecido dar quenta a V. A. para que tenga savida mi yntencion y lo que se me ofreze, y holgare que V. A. me avise lo que tanbien le ocurriere en todo, muy seguro y cierto del amor y voluntad de V. A. que me dira y adbertira lo que entendiere ser mas acertado y conbeniente como se lo encargo, y particu-larmente el secreto de la materia, reserbandola de los mas que sea posible, como tambien se ha hecho acá lo propio. Nuestro Señor, etc.


Archives de Simancas. (Leg. 2235, fol. 256 et 257 Est.). Publié par G. Cruzada-Villaamil. Rubens Diplomatico Español, p. 108.


TRADUCTION.
LE ROY PHILIPPE IV A L'INFANTE ISABELLE.

J'ai reçu la lettre de Votre Altesse du 17 du mois passé et j'ai appris par elle que le roi d'Angleterre a fait connaître qu'il verrait avec plaisir que, par votre entremise, on continue la négociation au sujet de l'accord entre moi et lui, en y comprenant celle qui concerne les Hollandais. Par la lettre que j'écris au marquis de Mirabel, dont la copie est jointe ici, et par une lettre du Comte-duc (1), Votre Altesse verra l'accord qu'en raison de ces affaires d'Angleterre nous avons conclu, moi et le roi très chrétien, et le moyen dont nous nous sommes servi pour prolonger cette négociation sans manquer aux bons rapports et aux relations que nous entretenons avec la France et vu la prudence avec laquelle il convient de traiter avec cette couronne, il y aurait un inconvénient à donner à Votre Altesse les pouvoirs qu'elle demande. Jugeant cependant d'autre part qu'il importe de ne pas inspirer de défiance aux Anglais, il m'a paru bon d'envoyer à Votre Altesse le pouvoir ci-joint daté du 24 février de l'année passée (2) , ce qui paraît sauver tout, puisque le but principal, comme il est dit, est d'ôter à la France toute occasion et de n'accorder rien pour le moment à l'Angleterre mais de l'amuser. Quant au non-envoi des [76] pouvoirs de traiter avec les Hollandais, puisqu'ils sont exclus des points auxquels s'étendent les pouvoirs, il existe deux raisons pour agir ainsi: la première que je vous ai fait connaître dans d'autres dépêches, c'est que je ne désire pas consentir à me montrer indécis ou indifférent quant au titre d'Etats libres et aux autres questions dont j'ai écrit à Votre Altesse. Cela ne provient pas de ce que je ne désire pas la paix, mais que je la veux avoir sûre et honorable, en cédant toutefois sur tous les points qui ne touchent ni à la religion ni à la souveraineté. Or, l'une des questions regarde la religion et la conscience et l'autre l'honneur, et sur ces points-là aucun roi grand et juste ne peut transiger. Et s'il est vrai, ce que d'autres personnes exposent à V. A. et que V. A. arrive à juger bon d'entrer dans le traité sur le pied d'égalité et sans déclaration de souveraineté, on réglera plus tard la souveraineté, la paix et la navigation. Il est très facile de s'entendre avec ceux qui peuvent se faire une opinion probable de ce qui doit arriver, et qui ont en leurs mains la direction des événements, mais ce serait commencer à l'envers, si ceux-ci s'engageaient au nom des États à faire la même chose. De mon côté, je leur accorderais une suspension d'armes d'une année et traiterais avec eux pendant ce temps comme avec des princes libres, ce qui est plus qu'ils ne demandent. Il me paraît dur, en effet, que j'aie à me fier aux rebelles et d'entrer en relation avec eux sans avoir la confiance qu'ils amèneront la satisfaction que je désire, et qu'il faille restaurer ce qu'on commencerait par perdre dans ces pourparlers, surtout après l'expérience de la trève dernière, car alors ils offrirent la même chose, et l'on a dépensé plus pendant la trève que ce qu'on dépensait pendant la guerre, ayant perdu les Indes Orientales et une partie des Occidentales, sans compter la réputation. Si on peut espérer que l'issue ne sera pas maintenant comme alors, ce sera parce que Notre Seigneur fait quelque miracle, mais nul raisonnement ne peut s'élever contre cette expérience, la seule réponse à tout ce que l'on dit étant que la guerre coûte cher et qu'on ne pourrait la soutenir.

La seconde raison pour laquelle les pouvoirs vous sont envoyés dans la forme qu'ils ont, c'est pour que, si les Anglais étaient assez forts pour faire comprendre les Hollandais dans le traité, on sentît la nécessité qu'il y aura d'envoyer un autre courrier, le but principal étant de les entretenir satisfaits jusqu'à ce que les succès et la saison leur fassent découvrir le contraire. De tout ceci il m'a paru utile de rendre compte à Votre Altesse pourque vous connaissiez mon intention et ce que j'en pense. Je serai charmé que Votre Altesse m'avise ce qu'elle pense du tout, sûr et certain que je suis de l'amour et de la bonne volonté de Votre Altesse et qu'elle me dira et avertira de ce qu'elle croira être bon et convenable, comme je vous recommande de le [77] faire, en vous priant spécialement de garder le secret sur cette affaire en étant aussi discrète que possible, comme de notre côté nous avons fait également.

Que Dieu vous garde, etc.

COMMENTAIRE.

La lettre précédente est la réponse du roi à la lettre du 17 avril, c'est par erreur qu'elle commence par indiquer cette dernière comme étant datée du 17 mai.

Le 20 mars, le comte-duc d'Olivarez et l'ambassadeur de France, le comte de la Rochepot, avaient signé un traité d'alliance, par lequel ils ne s'engageaient à rien moins qu'à envahir la Grande Bretagne, à la partager entre eux et à y rétablir le catholicisme. Ce but fera longtemps encore le sujet de leurs communes délibérations et de celles de la junte de Madrid. Le traité avait été ratifié par les deux rois. On comprend dans quelle perplexité devait se trouver Philippe IV quand les propositions de paix de l'Angleterre lui parvinrent, et cette perplexité explique l'ambiguité de la ligne de conduite qu'il trace à l'Infante. Il ne veut pas repousser les ouvertures de l'ennemi, mais il ne veut pas le froisser; en conséquence il envoie à l'Infante les pouvoirs nécessaires pour traiter avec l'Angleterre, mais il les date du 24 février 1626, c'est-à-dire de quinze mois plus tôt. Il lui refuse les pouvoirs nécessaires de traiter avec les Hollandais, mais veut leur accorder une suspension d'armes d'une année pendant laquelle il traitera avec eux comme avec des puissances indépendantes. Ce à quoi il tient avant tout c'est qu'ils ne prennent point le titre d'États libres et permettent l'exercice de la religion catholique sur leur territoire.

Une semaine après l'envoi de cette lettre, le Conseil d'État se réunit pour délibérer sur deux lettres de l'Infante, datées du 23 mai, dans l'une desquelles elle se déclarait partisan d'une alliance avec l'Angleterre contre la France. Le rapport fait au roi sur cette délibération était de la teneur suivante:


RAPPORT DE DON AUGUSTIN MESIA A PHILIPPE IV.

Señor:

La señora infante dona Isavel, en dos cartas que ha escrito à V. M. de 23 del passado que van aquí, refiere en una que el Embaxador de Saboya que residia en Francia avia passado allí y dádole á su Alteza muchos recaudos de parte de su amo y del Principe de Piemonte y de las Princesas, y pedidole haga officios con V. M. en órden á admitir V. M. en su gracia al Duque.

En la otra dize su Alteza que el mismo Embaxador avia dicho á Rubens [78] que tenia en su mano el acomodamiento de Francia é Inglaterra, pero que tambien lo podia suspender por dos meses, porque el Duque le encargava primero el acomodamiente de España con Inglaterra, aunque Ingleses entendian tratar juntamente las cossas de Alemaña, ó á lo ménos las de Olanda, y su Alteza apunta que no puede dexar de dezir que será del servicio de V. M. gozar desta ocasion y tratar con los ingleses y olandeses, con los quales si se pudiese hazer la suspension de armas, ó sea tregua, allí como en las Indias Orientales, sin el punto de libres por el tiempo que V. M. juzgare combenir, y abriendo la ribera de Amberes, cree su Alteza que seria lo más combeniente; porque Ingleses, viendo que V. M. no se concierta con ellos, lo harán con Francia. Y advierte su Alteza que quando V. M. tenga algun concierto hecho con Francia (aunque no save si ellos le guardaran) pareçe á su Alteza que V. M. ha de ser siempre más puntual.

Hase visto con estas un capitulo de otra de mano propia de su Alteza, para el Conde-Duque en que muestra sentimiento de lo que se le ha escrito en la materia de provissiones, y el poco crédito que se le da á su Alteza, á lo que escrive en razon desto, apuntando que los que dizen lo contrario, no tienen el conocimiento de lo de allí que seria menester, y que conviene embiarle la provission que á otros generales.

El cardinal de la cueba en las tres inclusas cartas de 20, 22 y 23 del mismo refiere lo proprio que su Alteza en lo de las propuestas deste Embaxador y en quanto a la tregua, añade que quitando los olandeses las palabras de la libertad y ajustando lo de la India se podria venir en ella, y que tambien le dixo el dicho embaxador que su amo desea que el cardenal su hijo se case con su nieta hija del Duque de Mantua y que por perecer verissimill que el Duque de Mantua que es oy, ha de morir presto en tal caso entraria la pretencion de la nieta a la qual toca el Monferrato, y que faltando el Duque se podria partir el Monferrato entre V. M. y el Duque de Saboya, y que V. M. tomare el estado de Mantua.

El marques de los Balbases refiere en otra carta para el conde Duque lo que le ha escrito el Arcobispo de Patrasco nuncio de su Santidad que fue alli y agora lo es en francia acerca del enojo que tiene el cardinal de Richelieu contra Boquingan offreciendo que haria mucho mas de lo offreçido en el concierto con V. M. y que querria que se le començase.

El secretario Jaques Bruneau escrive al conde Duque dandole assi mismo aviso de un a platica que tubo con un gentilhombre ingles en orden a ganar al Duque de Boquingan y que sera facil por temer su cayda y tambien se ha visto otra carta del Marques de Miravel en que da quenta de quan rotos se hallan franceses con ingleses y lo que desean alli que V. M. obre algo [79] brevemente offreciendo que ayudaran con 25 navios. Y hauiéndose platicado sobre todo se votó como se sigue.

D. Augustin Mesia: que en quanto á la carta de la Señora Infante para el Conde-Duque nádie le puede dar tan buena respuesta como el Conde-Duque, y nunca D. Agustin ha visto hechar la culpa á su Alteza destas cossas, sino dezirle lo que convenia en materia de las provisiones, y que estubiese á la defensiba, porque hazer otra cossa es imposible, supuesto que quando más se haze es tomar una plaza, y esto es como no hazer nada. Pero que seria bien aprovarle á su Alteza lo que dize, diziéndole es muy conforme á lo que haze siempre, y V. M. la consuele y alabe lo que obra de manera que quede con satisfacion.

En quanto al demas despacho del Duque de Saboya quisiera que la Senora Infante entendiera mas las negociaciones del Duque y que no trate de cossas de Inglaterra, ni de Olanda con este Embaxador, porque no se puede hazer confiança del, y que assi vaya con mucho tiento y con toda seguridad, que será justo que V. M. admita en su gracia al Duque haziendo él lo que debe.

En lo de la tregua de ninguna manera por mano del Duque se hable en ellas, y si conbiniere hazerlas, que su Alteza lo verá y V. M. lo mandará sin intercesion del Duque ni de otro Principe.

Que al Cardenal de la Cueva le vee inclinado á que se trate de treguas, lo cual ha visto hasta agora que resistia y parece á D. Agustin que se le responda, trate desta materia y avise con el parezer de su Alteza.

En cuanto á lo que su Alteza dize que se hagan las pazes con ingleses y no con franceses, esto no tiene lugar, porque ya V. M. tiene tomado acuerdo con el Rey christianisimo y assi le pareze que esto está bien dispuesto, y que por ningun camino se perturbe este acuerdo, sino ántes buscar medios por donde continuarlo más, que vendrá esto á ser lo que el Marqués de Miravel escribe de quan empeñado dize que está el Cardenal de Richelieu para que se haga esta guerra á los ingleses, y assi le pareze que V. M. debe mandar que se hiziese mucho esfuerzo en aprestar la armada la mayor que se pudiere porque para esta execuçion y lo demas que se puede offreçer combiene mucho que V. M. esté prebenido.

En lo que dize Bruneau de aquel cavallero inglés, no le pareze que se pierde nada en admitir la propuesta, y que vaya con la negociacion adelante; pero con todo se remite en esto á lo que dirá el Marqués de la Inojosa, como quien tambien sabrá lo que conbendrá.

Tambien votaron el Marqués de Montesclaros, don Fernando Giron, el [80] Marqués de la Hinojosa, el Conde de Monterrey, el Conde de Lemos, D. Juan Velila, D. Diego Mesia y el Duque de Feria.


Original aux archives de Simancas Publié en majeure partie par G. Cruzada-Villaamil, op. cit., p. 112.


TRADUCTION.
RAPPORT DE DON AUGUSTIN MESIA A PHILIPPE IV.

Sire.

L'Infante Isabelle dans une des deux lettres qu'elle a écrites à Votre Majesté, le 23 du mois passé et qui sont ci-jointes, rapporte que l'Ambassadeur de Savoie qui résidait en France a passé par Bruxelles et a donné à Son Altesse beaucoup de protestations amicales de la part de son maître et du prince et des princesses de Piémont et l'a prié d'intervenir auprès de Votre Majesté pour qu'elle rende ses bonnes grâces au duc.

Dans la seconde lettre, Son Altesse écrit que le même ambassadeur avait dit à Rubens qu'il tenait en main l'accord entre la France et l'Angleterre, mais qu'il pouvait tenir cet accord en suspens pendant deux mois, parce que le duc, son maître, l'avait chargé de donner la préférence à un accommodement entre l'Espagne et l'Angleterre, bien que les Anglais entendent traiter en même temps les affaires de l'Allemagne ou au moins celles de la Hollande et Son Altesse fait observer qu'elle ne peut s'empêcher de dire qu'il serait de l'intérêt de Votre Majesté de profiter de cette occasion pour traiter avec les Anglais et avec les Hollandais, et Son Altesse croit que, si on pouvait conclure avec eux soit une suspension d'armes, soit un traité ici et dans les Indes Orientales sans leur reconnaître le titre d'États libres pour le temps qui conviendrait à Votre Majesté et en ouvrant la rivière à Anvers, on ferait chose désirable, parce que les Anglais voyant que Votre Majesté ne traite pas avec eux, s'entendraient avec la France. Son Altesse recommande à Votre Majesté que si elle conclut quelque convention avec les Français d'être toujours le plus ponctuel possible, bien qu'elle ne sache s'ils observeront les clauses de l'accord intervenu.

Un chapitre de cette seconde lettre est de la main propre de Son Altesse pour le Comte-duc. Elle y exprime son regret de ce qui lui a été écrit au sujet des provisions et du peu de crédit que l'on donne à Son Altesse et à ce qu'elle écrit à ce sujet en faisant remarquer que ceux qui disent le contraire ne connaissent pas ce dont là-bas on aurait besoin et ne comprennent pas qu'il faudrait lui envoyer la même provision qu'aux autres généraux. Par les trois lettres ci-jointes du 20, 22 et 23 du même mois, le cardinal de la [81] Cueba rapporte la même chose que Son Altesse concernant les propositions de l'ambassadeur de Savoye, et quant à la trève ajoute que, si les Hollandais abandonnent les mots de liberté et s'ils accordent ce qui regarde l'Inde, on pourra aboutir, et que l'ambassadeur lui avait dit aussi que son maître désire que le cardinal, son fils, épouse sa nièce, fille du duc de Mantoue, et que, comme il paraît vraisemblable que le duc de Mantoue mourra bientôt, dans ce cas on fera valoir la prétention de la nièce qui s'étend sur le Montferrat, et que si le duc de Mantoue vient à décéder le Montferrat peut être partagé entre Votre Majesté et le duc de Savoye et que Votre Majesté prendrait le duché de Mantoue.

Le Marquis de los Balbases raconte en outre dans une lettre pour le Comte-duc ce que lui a écrit l'archevêque de Patrasco, nonce de Sa Sainteté, qui a résidé là et qui est actuellement en fonction en France, relativement à la colère que le Cardinal de Richelieu a conçue contre le duc de Buckingham. Le cardinal offre de faire beaucoup plus que ce qu'il a offert d'abord comme sa part dans l'alliance avec Votre Majesté qu'il désire voir se contracter.

Le secrétaire Jacques Bruneau écrit au Comte-duc, lui donnant également avis d'un entretien qu'il a eu avec un gentilhomme anglais pour gagner le duc de Buckingham, et dit que ce sera chose facile, parce que le duc craint de tomber et il a vu une autre lettre du Marquis de Mirabel, dans laquelle il rend compte de la rupture entre les Français et les Anglais, du désir des Français que Sa Majesté entreprenne quelque chose à bref délai et de lui offrir de l'assister avec 25 navires. Et ayant délibéré sur tout ceci, on vote comme suit:

Don Augustin Mesia: Quant à la lettre de l'Infante pour le Comte-duc personne ne peut si bien y répondre que le Comte-duc lui-même; jamais don Augustin n'a voulu jeter la faute de ces choses sur l'Infante, mais lui dire ce qu'il convient de faire en matière de provisions et de se tenir sur la défensive, parce que faire autrement est impossible, puisque le plus que l'on peut faire est de prendre une place et ceci équivaut à ne rien faire du tout. Mais il serait bon d'approuver ce que dit Son Altesse, en lui disant que c'est conforme à ce qu'elle fait toujours et que Votre Majesté la console et la loue de ce qu'elle a fait de façon qu'elle obtienne satisfaction.

Et quant à l'autre dépêche, celle du duc de Savoie, il demande que l'Infante en apprenne davantage sur les négociations du Duc et ne traite point avec cet ambassadeur (Scaglia) des affaires d'Angleterre et de Hollande, parce qu'on ne peut avoir confiance en lui et qu'ainsi elle marche avec beaucoup de tact et en sécurité complète. Il est d'avis qu'il serait juste que Votre Majesté admette en sa grâce le Duc, si celui-ci fait son devoir.

[82] Quant à la trêve que le duc de Savoie tiendrait en main, il ne faut d'aucune manière en parler et s'il convient de la conclure Son Altesse avisera et Votre Majesté l'ordonnera sans l'intervention du Duc ni d'aucun autre prince.

Quant au Cardinal de la Cueva, il le voit disposé à traiter de la trêve, ce à quoi il s'est opposé jusqu'ici et il semble à Don Augustin qu'on doit lui répondre qu'il traite de cette manière et y avise avec le consentement de Son Altesse.

Et quant au désir de Son Altesse que la paix se fasse avec les Anglais et non avec les Français, il n'y a pas lieu de la conclure parce que Votre Majesté a fait accord avec le roi très chrétien et ainsi il lui paraît que cela est en bon ordre et qu'il ne faut d'aucune façon troubler cet accord, mais plutôt chercher les moyens de le prolonger, ce qui coïncide avec ce que le Marquis de Mirabel écrit, disant combien le Cardinal de Richelieu est engagé pour faire cette guerre aux Anglais, et ainsi il lui semble que Votre Majesté doit ordonner que l'on travaille à équiper la flotte la plus grande possible, parce qu'il est de l'intérêt de Votre Majesté d'être préparé pour ce qui regarde cette expédition et pour tout ce qui peut se présenter autrement.

Pour ce que Bruneau dit de ce monsieur anglais, il lui paraît qu'on ne risque rien à admettre la proposition et de laisser se poursuivre cette négociation; mais en tout ceci il se remet à ce que le Marquis de la Hinojosa en dira, parce que lui aussi sait ce qu'il conviendra de faire.

Votèrent aussi le Marquis de Montesclaros, don Fernando Giron, le Marquis de la Hinojosa, le Comte de Monterey, le Comte de Lemos, Don Juan Velila, Don Diego Mesia et le Duc de Feria.


CCCCXLI
LE ROI D'ESPAGNE A L'INFANTE ISABELLE.

He visto las cartas de V. A. de 23 de Mayo, y en quanto á la materia de provisiones, por lo que escrivo al Marqués de los Balbases, entenderá V. A. lo que en esta materia se offrece, y en lo que toca á las proposiciones del Abbad de Scaglia, me ha parecido dezir á V. A. que he sentido mucho que se halle introducido por ministro de materias tan grandes un pintor, cosa de tan gran discrédito, como se deja [83] considerar para esta monarquía, pues es necessario que sea quiebra de reputation que hombre de tan pocas obligaçiones sea el ministro á quien van á buscar los Embajadores para hazer proposiçiones de tan gran consideracion; porque si bien á la parte que propone no se le puede quitar la election del medio, porque se entra empeñando, y no es de inconveniente para Inglaterra que este medio sea Rubens, pero para acá es grandissimo, y assi será bien que cerrando V. A. puerta á estas pláticas, por este medio del Duque de Saboya se continúen por el de Gebier, tanto en lo de Inglaterra, como en lo de Olanda, con las circunstancias y en la forma que se avisó á V. A. en el despacho antecedente, su data de primero deste. Y á lo que propone el dicho Abbad de reducirse su amo á mi graçia, le podrá V. A. responder con muy buenas palabras, sin exceder de lo que en otras occasiones se le ha respondido acá al Duque, que es, que juntándose en las cossas de Italia, y particularmente en las differencias con Génova, le admitiré en mi gracia de muy buena voluntad, con los brazos abiertos, sin que pase adelante á ningun género de proposicion que haga, assi á V. A., como á qualquiera otro ministro á quien el Abad enprenda, tratándole con el tratamiento regular que se le debe, y procurando facilitar su buelta luego, por ser su estancia ahí perjudicial a mi servicio, y de gran descrédito, que quien ha obrado tan mal y es tan inferior, si quiera casi al mismo tiempo que está inquietando el mundo contra mi, hazerse arbitre y medianero de mis negocios y de los otros Principes de Europa; y assi encargo de nuebo á V. A. procure, sin dezirle nada formalmente, que salga luego de ahí. Y tambien me ha parecido dezir á V. A. que el Embajador de Francia, aquí residente, el mismo dia que se recibió el despacho de V. A., tocante á esta materia, dió quenta al Conde-Duque cómo el de Saboya avia escrito al rey christanisimo que el de Inglaterra le avia embiado á D. Gualtero Montagu, para que se interpusiese en acomodar las diferencias que ay entre el dicho Rey de Inglaterra y el christianisimo; que él tenia poderes para todo, y asi será bien que V. A. haga dezir al Abbad de Scaglia que yo he entendido que su persona no es bien affecta, sino antes sospechosa al Rey christianísimo, con lo qual no puedo, mientras me hallo con tanta amistad, hermandad y buena correspondencia con el dicho Rey, dejar de tenerle en la misma figura, y holgare que V. A. me vaya [84] avisando de lo que en esto se fuere offreciendo y se hiziere. Nuestro Senor, etc.


Archives de Simancas. Publié par G. Cruzada-Villaamil, op. cit. p. 117.


TRADUCTION.
LE ROI D'ESPAGNE A L'INFANTE ISABELLE.

J'ai lu les lettres de Votre Altesse du 23 mai et quant à l'affaire des provisions, Votre Altesse entendra par ce que j'en écris au Marquis de los Balbases ce qui a été décidé, et en ce qui concerne les propositions de l'Abbé de Scaglia, j'ai trouvé bon de dire à Votre Altesse que j'ai regretté beaucoup que, pour traiter d'affaires aussi importantes, on ait eu recours à un peintre, ce qui est une cause de grand discrédit, comme cela se conçoit, pour cette monarchie, puisqu'il résulte nécessairement une diminution de considération du fait qu'un homme d'aussi peu d'importance soit le ministre que les ambas¬sadeurs vont chercher pour faire des propositions d'une si grande portée. En effet, si on ne peut refuser à celui qui propose le choix de l'intermédiaire, vu qu'on est engagé en entrant, et que pour l'Angleterre il n'y a pas d'inconvénient que cet intermédiaire soit Rubens, cependant, pour notre pays cet inconvénient est très grand. Ainsi il sera bon que Votre Altesse mette un terme à ces négociations avec l'agent du duc de Savoie, mais qu'elle continue avec Gerbier celles qui concernent l'Angleterre et la Hollande, suivant les circonstances et dans la forme que j'ai fait connaître à Votre Altesse dans ma dépêche précédente datée du premier de ce mois. Et quant à la proposition de cet abbé de recevoir son maître en mes bonnes grâces, Votre Altesse peut lui répondre en termes bienveillants, sans dépasser ce qui en d'autres occasions a été répondu ici au duc, que s'il fait cause commune avec nous dans les affaires d'Italie et spécialement dans nos différends avec Gênes, je l'admettrai bien volontiers et à bras ouverts dans mes bonnes grâces, sans vous occuper davantage d'aucune sorte de propositions qu'il fasse à Votre Altesse ou à quelqu'autre ministre auquel l'abbé s'adresse, mais qu'on le traite régulièrement comme cela doit se faire et en tâchant de faciliter son départ immédiat, son séjour à Bruxelles étant préjudiciable à mon service, et c'est une chose propre à jeter du discrédit sur moi, que celui qui a si mal agi à mon égard et qui est de condition tellement inférieure, cherche presqu'en même temps à exciter le monde contre moi et à se faire l'arbitre et l'intermédiaire de mes affaires et de celles des autres princes de l'Europe. Ainsi je recommande à Votre Altesse [85] d'avoir soin de le faire partir immédiatement sans rien lui promettre de formel. Je crois devoir dire aussi à Votre Altesse que le jour même que la dépêche de Votre Altesse, concernant cette affaire, est arrivée ici, l'ambassadeur de France, résidant ici, a fait savoir au Comte-duc que le duc de Savoie a écrit au roi de France que le roi d'Angleterre lui avait envoyé Sir Walter Montagu pour qu'il intervienne, afin d'aplanir les difficultés entre le roi d'Angleterre et le roi de France et que pour ce faire il avait plein pouvoir. Il sera bon aussi que Votre Altesse dise à l'abbé de Scaglia que j'ai appris que sa personne n'est pas bien vue, mais est plutôt suspecte au roi de France, ce qui fait que me trouvant en si bons termes d'amitié, de fraternité et en si bons rapports avec ce souverain, je ne puis m'empêcher de le traiter sur le même pied et je verrai avec plaisir que Votre Altesse m'avise de ce qu'il y aurait à proposer ou à faire.

Que Dieu etc.

COMMENTAIRE.

Comme on pouvait s'y attendre, Philippe IV, qui ne connaissait de Rubens que son titre de peintre, devait se sentir offusqué dans son orgueil de roi et d'Espagnol de voir confier une mission aussi importante que celle de négocier la paix entre deux grands États à un seigneur d'aussi modeste lignée que l'était le peintre anversois. Sans répudier absolument la proposition de l'Infante, il lui exprime aussi carrément que le permettait la déférence qu'il devait à sa tante son déplaisir de ce qu'elle eût fait choix d'un tel agent et son désir de le voir remplacer par un autre. Isabelle qui connaissait mieux que son neveu les rares mérites du grand homme, cherche plutôt à s'excuser d'avoir été obligée d'employer Rubens qu'à justifier son choix. Elle écrit le 22 juillet 1627 au roi: «Gerbier est peintre comme Rubens; le duc de Buckingham l'a envoyé ici avec une lettre de sa main propre pour ledit Rubens, et l'a chargé de faire à celui-ci la proposition. On ne pouvait donc se dispenser de l'entendre. Que ces affaires soient entamées par l'un ou par l'autre, s'il y est donné suite, il est clair que c'est à des personnes graves que la direction en devra être confiée. Je me conduirai du reste ainsi que Votre Majesté l'ordonne, m'appliquant à prolonger la négociation autant que je pourrai sans rien conclure (1).» Quant à l'abbé Scaglia, l'Infante faisait savoir au roi qu'il [86] n'était resté que huit jours à Bruxelles. Il était de là passé en Hollande. Rubens devait l'y suivre bientôt et continuer là les pourparlers. Ainsi l'Infante donna en paroles quelque satisfaction au roi, en fait, elle continua à Rubens sa confiance et la tâche importante qu'elle lui avait confiée.


CCCCXLII
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD KILLULTAGH.

HagueJune 13 (23) 1627.

All I can now advertise is that there I meete wth the abbot de la Scaglia (in that qualitie onely) not as Ambassador for the Duke his master. Rubens pasport is graunted him, so as we are like to see him here quickly, and a good eye wch is cast uppon the one, and easie yealding to the other (both theyr businesses being well knowne) shew how they here stand affected.


Publié par Sainsbury, op. cit. p. 84 en note.


TRADUCTION.
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD KILLULTAGH.

La Haye, 13 (23) juin 1627.

Tout ce que je puis maintenant vous apprendre c'est que je rencontre ici l'abbé de Scaglia (en sa qualité d'abbé) non comme ambassadeur du Duc son maître. Le passeport de Rubens lui est accordé. De sorte que nous comptons le voir ici sous peu et un oeil attentif attaché sur l'un et facilement étendu à l'autre (la besogne de tous les deux étant fort bien connue) montre ce dont ils sont chargés ici.


COMMENTAIRE.

A partir de ce jour, on attendait Rubens en Hollande. Cependant il n'arriva point pendant le mois de juin. Le 27 juin (7 juillet), Lord Carleton écrivit de La Haye au Secrétaire Lord Killultagh:

[87] «L'abbé de Scaglia ayant fait un voyage à Utrecht et à d'autres villes, est revenu ici hier soir. Gerbier est absent et Rubens n'est pas encore arrivé, de sorte que leur travail n'a pas encore été commencé» (1).

Le 29 juin (9 juillet), Lord Carleton écrivit encore au même Secrétaire: «Nous attendons ici l'arrivée de Rubens, de Monsieur de la Scaglia et de Gerbier» (2).


Rubens en Hollande.

Le 10 juillet, Rubens arriva à Breda. Il avait un passe-port que lui procura Gerbier pour toutes les Provinces-Unies; le but apparent et indiqué était de traiter avec Gerbier de la vente de sa collection de statues et de tableaux au duc de Buckingham (3).

Il proposa à Gerbier de tenir une conférence à Zevenbergen, à peu de distance de Breda. Gerbier refusa et proposa une des grandes villes de la Hollande: Delft, Rotterdam, Amsterdam ou Utrecht. Rubens insista vivement, mais inutilement, sur sa proposition de se rencontrer dans le village près de la frontière. Il retourna à Bruxelles pour recevoir de nouvelles instructions et, avec l'autorisation de l'Infante, il pénétra plus avant en Hollande. Il visita plusieurs villes et, le 21 juillet, il rencontra Gerbier à Delft. Pendant une semaine, ils parcoururent ensemble différentes villes sous prétexte de voir des tableaux. Nous savons, qu'en effet, Rubens profita de ce voyage pour visiter les principaux peintres de la Hollande. Sandrart, qui eut la bonne fortune de l'accompagner pendant une bonne partie de cette tournée, en a consigné le souvenir dans la notice qu'il consacre à Rubens dans sa Teutsche Academie: «Comme sa femme tomba malade, dit-il, et que les remèdes des médecins ne purent l'empêcher de mourir rapidement, il fit un voyage en Hollande pour oublier son chagrin et pour y rendre visite aux nombreux et excellents peintres dont il avait beaucoup vu et entendu. Il arriva ainsi à Utrecht chez Honthorst qui le reçut bien et lui montra tout ce qui se trouvait dans son atelier, entre [88] autre un Diogène avec une lanterne à la main, qui en plein jour cherchait un homme sur la place publique d'Athènes remplie de monde. Rubens se plut grandement à l'invention, mais remarqua bientôt que le tableau était l'oeuvre d'un des jeunes peintres dont il y en avait plusieurs dans l'assistance. Comme il désirait connaître qui avait exécuté ce Diogène, Honthorst répondit: «ce jeune Allemand» et me désigna. Là-dessus il me félicita de ce début et m'exhorta à continuer et à étudier avec zèle. Il examina également les autres tableaux avec une grande satisfaction. Comme il voulait visiter également Abraham Bloemaert, Corneille Poelenburg et d'autres et que Honthorst était empêché par une légère indisposition de l'accompagner, il offrit de m'envoyer avec Rubens pour l'accompagner, ce que celui-ci accepta avec grand plaisir. Après donc que Honthorst l'eut invité à un grand banquet, il continua son voyage vers Amsterdam et d'autres lieux de la Hollande, où il visita, durant l'espace de quinze jours tout ce qui s'y trouvait de remarquable. Pendant tout ce voyage, je l'ai accompagné, heureux de pouvoir jouir de la société d'un artiste qui dans mon art pouvait grandement étendre mes connaissances par ses discours, ses conseils, par ses paroles et par ses oeuvres, et je l'accompagnai jusqu'à la frontière du Brabant. Je pourrais raconter beaucoup de ce voyage et de sa louable conduite, mais je résumerai tout cela en disant que comme il a excellé dans son art, ainsi je l'ai trouvé parfait sous tous les autres rapports et il a été hautement estimé par les personnes de la condition la plus élevée et la plus humble. Il loua entre autres, au cours de ce voyage, la manière parfaite de peindre de Honthorst, dans ses effets de nuit, le noble dessin de Bloemaert, les spirituelles petites figures de Poelenburg qui, à la manière de Raphaël, étaient accompagnées de charmants paysages, de ruines, d'animaux et d'autres accessoires, et dont Rubens en commanda quelques-uns pour lui-même.»

Les lettres qui vont suivre donnent d'amples renseignements sur les incidents et les résultats politiques de cette excursion.

En comparant les différents renseignements fournis par Gerbier, Carleton, Rubens et Sandrart, nous croyons que l'itinéraire de Rubens doit être tracé de la manière suivante:

Rubens arriva le 10 juillet à Breda; le 13, il y reçut le refus de Gerbier. Il retourna à Bruxelles pour demander de nouvelles instructions. Le 19, il passa par Anvers pour retourner en Hollande. Le 21 juillet, il rencontra Gerbier à Delft et resta avec lui pendant sept ou huit jours; le 25, il se trouva à Amsterdam d'où il voulut rentrer à Anvers par Utrecht. Ce jour-là, il se rendit chez Honthorst, d'où Sandrart partit avec lui. Gerbier les quitta le 28 ou le 29. Rubens continua sa tournée avec Sandrart. Son séjour en Hollande [89] se prolongea jusqu'au 6 août. Il est utile de fixer les dates parce que les lettres de Carleton, datées selon le vieux style, embrouillent la chronologie du séjour de Rubens en Hollande.


Mémoire de Gerbier. Le Sr Rubens ayant receue la lettre de Gerbier escripte de Hollande (par laquelle celui-ci annonce son arrivée dans ce pays) faict responce comme suit:


CCCCXLIII
RUBENS A BALTHASAR GERBIER.

Monsieur.

J'ay communiqué voe lettre où qu'il appartenoit et on m'a ordonné sur des raisons que trouverez justes et équitables de ne passer oultre de Zevenberghen pour ceste fois. Je vous prie vous y transporter incontinent et aussi tost que vous y serez arivé men donner avis par un exprès, l'adressant à Breda au Cigne, où que je me suis aresté attendant de vos nouvelles. Je ne manqueray à vous venir baiser les mains au mesme instant. Cependant vous suppliant me conserver en vos bonnes grâces je vous baise les mains de tout mon coeur demeurant à jamais,

Monsieur De Breda le 10 Juillet 1627.

(Signé) Rubens.


Copie. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers Flanders, 56. Publié par Noël Sainsbury, op. cit., p. 252. Ibid. traduction anglaise, p. 85. Rosenberg, op. cit., p. 242.

Mémoire de Gerbier. Gerbier aiant receu ceste lettre et douttant que le Sr Rubens eust quelque artifice en ce refus de ne vouloir venir en Hollande plasse assignée pour en tirant Gerbier dans les confins et terres d'Espagne faire paroistre à tout le monde que l'Engleterre recherchoit l'Espagne fist responce que Monsieur le Duc de Buckingham son maistre luy avoit commendé dattendre le Sr Rubens en Hollande, qu'il ne luy estoit licitte d'outrepasser les bornes qui lui avoient esté posées que le Sr Rubens estoist près de ces maistres, et pouvoit receveoir des ordres nouveaux, mais que pour Gerbier il luy estoist impossible, Monsieur le Duc estant à l'Isle de Ré.


[90] CCCCXLIV
LORD CARLETON TO SEC. LORD CONWAY.

Right Honorable my noble Ld.

This day Rubens is expected here, or at least answeare from him concerning his coming; wth what it will produce I can not yet prognostique: but I must lett yor Lp understand that such advises as are come of late dayes from Bruxells to the Prince of Orange from such secret intelligencers as they here relye upon, ail concurre that howsoever there is good affection in those parts to pacification, out of Spayne cornes no signe of any such intention: but on ye contrary that ye Emprs Ambr who last returned out of Spayne that way, had there openly declared that ye K. of Spayne was resolved to pursue the advantage of his affaires as well in these parts as in Germany: where he dissuaded the Empr to hearken to peace wth the king of Denmarke or any accomodation about the Palatinat: and it is thought Don Diego Mesia newly arrived at Bruxells brings confirmation of those orders. There should be about this tyme two Deputyes at Bruxells from Frankendale to complayne of the suppressing in that towne the preachers and teachers of the reformed religion by the Spanish Governè and taking away the use of theyr Churches and schooles contrary to capitulation, when that towne was deposited by or late K. of happy memory into the Infantas hands. To wch effect the towne hath written to his Maty in the Ire I send herewth, desiring his assistance by way of recom¯endation: and yf Rubens come hether I will lett him knowe wth the first what judgemt must needs be made by his Maty of this manner of proceeding, to the end the Inhabitants be not separated before some new order be given, and surely no other judgemt can be made there of but that the Spaniards, howsoever they temporise more then formerly wth those of or Religion in such places where they gett possession, yet theyr end and scope is to establish theyr conquests by their utter extirpation. nt

Yr Lps
most humble serva
Hagh this 2d (12) of July 1627.

D. Carleton.


[91] Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland, 184. Publié par Noël Sainsbury, op. cit., p. 85.


TRADUCTION.
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

Très honorable et noble Seigneur.

Aujourd'hui on attend ici Rubens ou au moins une réponse concernant son arrivée. Je ne saurais prévoir en ce moment quelle sera la conséquence de son voyage, mais je dois avertir Votre Seigneurie que selon les avis parvenus ces derniers jours de Bruxelles au prince d'Orange par des agents secrets auxquels on se fie ici, concordent à dire que quoiqu'on soit porté ici à la paix, rien n'indique que l'Espagne soit dans la même intention. Au contraire, l'ambassadeur de l'empereur qui, ces jours derniers, revint de l'Espagne par ici a ouvertement déclaré que le roi d'Espagne était résolu à poursuivre ses avantages aussi bien en Hollande qu'en Allemagne. Dans ce dernier pays il a déconseillé à l'empereur de prêter l'oreille aux ouvertures de la paix faites par le roi de Danemark ou à aucun arrangement concernant le Palatinat. On croit que Don Diego Mesia, nouvellement arrivé à Bruxelles, apporte la confirmation de ces ordres. Vers le même temps, il y aura à Bruxelles deux députés de Frankenthal pour se plaindre de la suppression par le gouvernement espagnol dans cette ville, des prédicateurs et instituteurs de la religion réformée et de la fermeture de leurs églises et écoles, contrairement à la capitulation accordée à cette ville, quand feu notre roi, de bienheureuse mémoire, remit cette ville entre les mains de l'Infante. A cet effet, la ville a écrit à Sa Majesté dans la lettre que je joins à la présente pour implorer son assistance sous forme de recommandation. Si Rubens vient ici, je lui ferai savoir immédiatement quel jugement Sa Majesté doit porter sur cette manière de procéder, afin que les habitants ne soient pas congédiés avant qu'un ordre nouveau soit donné. Assurément, on ne saurait porter sur ces faits d'autre jugement sinon que, quoique les Espagnols temporisent plus qu'auparavant avec ceux de la Religion nouvelle dans les villes qui tombent en leur pouvoir, leur intention et but final est bien d'y affermir leur conquête par l'entière extirpation des Réformés.

De Votre Seigneurie
le très humble serviteur
La Haye, ce 2 (12) juillet 1627.

D. Carleton.


[92] Mémoire de Gerbier. Coppie de la lettre escripte au Sr Rubens le 13 Juillet 1627 de La Haye envoyée à Breda.


CCCCXLV
GERBIER A RUBENS.

Monsieur.

Vostre dernière du 10 de Juillet, me faict juger que vous avez receu le Passeport que je vous ay envoyé puisque vous faictes estast de vous transporter à Zevenberghen pour me veoir; le dict Passeport est faict en tres ample forme, et pouvez en vertu d'iceluij passer si avant que bon vous semblera avecque serviteurs et Bagage, de sorte qu'il n'y a nulle difficulté pour vous, vous me mandez que l'on vous a ordonné de ne passer plus advant pour ceste fois, je n'en puis comprendre la raison, le lieu estant confins de ce Pays lequel feroist naistre par nostre rencontre beaucoup de discours et de soupson, N'estant aussi en ma libertté de prendre aultres mesures que celles que Monsr le Duc mon Maistre m'a ordonnées, aussi est il trop tard et dens l'impossible d'en demender d'aultres, puis qu'il sera maintenant en mer, où je le dois aller trouver comme il m'a commendé et n'eusst attendu si j'eusse seu ce retardement, car il faut que je vous confesse que j'ay un extrême déplaisir d'estre apsent de mon Maistre en une telle ocasion. Vous estes plus près de ceux qui vous commendent, et pouvez prendre le chois de venir à Delf, Rotterdam, Amsterdam ou Utrecht si la Haye ne vous est a propos, où toutefois l'on sçait de vostre voyage puis que vostre passeport a este faict. Je me recommende.


Cette copie se trouve à Londres, Public Record Office, Foreign State Papers Holland, 184. Noël Sainsbury en a publié une traduction anglaise op. cit., p. 88.


Mémoire de Gerbier. Le Sr Rubens sur ce rescrit à Gerbier l'invitant de venir à Zevenberghe plasse neutre, ou aultrefois ceux qui traittoient de la Trêve entre les Estats des Provinces unies et le duc Albert de la part d'Espagne, s'estoient rencontrez et veus, que cestoist une plasse qui donneroit moindre de suspicion conjurant le dit Rubens le Gerbier de croire qu'il n'y avoit auqun dessain mais que tout estoit pour le mieux affin que ceste veue publicque ne [93] donnast occasion et subject aux mal intentionnez dapporter de la difficulté à l'affaire tant désirée.

Gerbier respont que Zevenberghe estoit plasse remarquable ou des personnes se rencontrant donneroient plus d'occasion de suspition qu'au milieu du pays qu'es grandes villes l'on ne print guarde aux Estrangers qu'en ces petittes bicoques les affaires séventent tousjours, que finalement il n'outrepasseroit point ces limites d'un poux de terre estant d'opinion que si de la part d'Espagne ils avoyent une véritable et réelle intention ils ne feroient difficulté de marcher de concert.


Aultre lettre que je lui ay escripte comme entre luy et moi.


CCCCXLVI
GERBIER A RUBENS.

Monsieur.

Je ne vous puis celler qu'aiant finy cette aultre lettre je me suis mis à ruminer sur la difficulté que vous faistes de venir plus advant que Zevenberghen, et vous dire librement comme à mon amis que j'apréhende que ceste affaire s'esvanouira en fumée. Permettez moy que je vous disputte ceste raison, sçaveoir si ainssi est comme vous m'avez dict que la Sérénisse Infante et Monsr le Marquis Spignola sont si porttez et zellez en ceste bonne affaire, et que vous avez la mesme opignion de la Royalle et cincere intention de Sa Maje de la Grande Bretagne, pourquoy doncques rendre ceste affaire subjectte aux soupsons que les délais font naistre, estant ceux qui ont tousjours ruinnez les grandes affaires; et si de vostre costé, l'on a volonté de marcher rondement, pourquoy perdre temps apprès que vous avez estez bien advertis que de ceste part l'on travailleroist avecq ceux où les plus grandes difficultez ce rencontrent cependant que de vostre part vous procurerez les amples pouvoirs requis et nécessaires, c'est à vous aultres maintenant d'agir et de témoigner par effect quelle sont vos intentions, et ne point faire de scrupulle si au lieu de trois lieues vous n'en ferez que deux.

Il n'y a point de finesse en nostre faict, Puis que mesme vous ne pouvez venir a Zevenberghen qu'en vertu du Passeport c'est chose à [94] mon advis qui n'est de nulle considération de passer plus advant et du petit voyage, Et ne ce peut ignorer le bruit que causerait ceste entreveue de Zevenberghen, si elle se faict sens le seu des Estats, lesquels auraient juste ocasion de pensser que nous avons quelque monopolle ensemble, et principallement en un temps semblable, et si ceste entreveue se faict avecque leur sceu, jugez combien de temps il faudra pour la commu¬niquer à touts ces Estats, lesquels ne font rien sens l'aultre; quelles Histoires que ces Ambassad¯ de France et de Venise en feront au préjudice du succès désiré. Il n'est donques que la voye Ronde, affin de faire parvenir ce beau dessain à sa perfection, et que le subject de Tableaux sur lequel ceste affaire a pris son commencement ne finisse en Ombre, L'ancienne amitié me donne la liberté de parler franchement, Et comme il se souvient tousjours à Robin de ces fluttes, je vous prie de nous envoyer le reste de nos tableaux.

B. Gerbier.


Cette copie se trouve à Londres, Public Record Office, Foreign State Papers, Holland, 184. Noël Sainsbury en a publié une traduction anglaise op. cit. p. 89.


Mémoire de Gerbier. Le Sr Rubens fust contrainct de recevoir nouvelles informations et se transporta en Hollande où il fist entendre à Gerbier que la Séréniss. Infante l'avoit envoyé pour asseurer de bouche le grand désir quelle avoit de ceste affaire y estant poussée d'une telle passion. Et pour que les couriers avoient tarder si longtemps, qu'elle n'avoist peu donner auqune responsse sur les papiers envoyés d'Englê en datte du 9 de Mars qu'elle avoit jugée nécessaire de donner quelque satisfaction sur ceste occasion, faisant cognoistre au long et au large par coppie de lettres les diverses occasions qui avoient retenus les couriers qui devoient partir d'Espagne jusques à ce que Don Diego Messia qui en estoist party deveroit accomplir ce qui avoist esté attendu par les aultres.

Que Don Diego Messia avoist escript au Sr Rubens que dans peu de jours il espéroit estre à Brusselles [ce] quy donne occasion à la Séréniss. Infante de donner ordre au Sr Rubens de communiquer avecque Gerbier affin qu'en attandant la venue du Sr Don Diego l'affaire se préparast et par ainsi gaignant temps, pouvoit avecque plus d'eficace contribuer à l'advancement de ceste affaire, ne douttant pas que le Sr Don Diego Messia n'auroit tout les pouvoirs nécessaires.


[95] CCCCXLVII
LORD CARLETON TO SEC. LORD CONWAY.

Right Honorable my noble Ld

In place of Rubens (who was expected here yesterday) there came late at night a secret messenger (who left him at Breda) wth a few lynes to Gerbier, excusing his coming any further at this tyme (by order of those who have comaund over him for great and important reasons, as he sayth) then Sevenberghen, and desiring Gerbier there to meete him, who is very much troubled how to governe himself; and for my part, I can not persuade him to goe: for Rubens having an absolute and ample pasport to come into these United Provinces wth his servants and bagage (wch was obtayned under pretence of a treaty betwixt him and Gerbier about pictures and other rarityes) theyr meeting in the confines (wch can not be concealed) could be of no other use then to putt by the pretence, and fill the world full of talke of the true subject of theyr busines: and if they on the other side proceed roundly and really, why should not the instrument they employ come forward? yf theyr intent be onely to rayse rumor, why should wee second them? Yet thìs may be imagined, that Don Diego Mesia being newly come to Bruxells out of Spayne, may have bred some interruption, in the way before resolved of betwixt the Infanta and the Marquis Spinola, and that therfore they would first knowe on the other side, by some comunication wth Gerbier, how they stand here affected, before Rubens (the shadow of whose jorney is look't through by all men of insight into affaires) come openly into this countrey.

This is the best can be made of this manner of proceeding, and the worst is, yf by concurring therin wee should injealouse the states of his Maty as yf being here amongst them wee dealt underhand and apart wth or comon ennemyes; wch were an ill effect of my employment into these parts: wherfore I knowe no better way then that wch is playne and direct, to acquaint such of the states Deputyes as are appointed to treate wth me, under secrecy, wth the busines as it stands, and to doe nothing therin wth out theyr comunication, wch will not onely prevent all jealousy, but putt an obligation upon them, as an argument [96] of confidence. And this the Abbat de la Scaglia likes very well of; whose opinion is (differing from the judgemt is here made by the States wch yor Lp will find in my yesterdayes lres) that the present necessityes of the Spaniards, and disorder of theyr affaires, for want of money, will drive them to a treaty: though otherwise he seemes to trust theyr fayre dealing as little as other men.

Another danger of this meeting betwixt Rubens and Gerbier ìn the confines would be, the fame thereof wch might be sent flying to the K. of Denmarke: who would doubtles much startle at the newes; because he hath bene no wayes made acquainted wth the businesse.

Hagh the 3d (13) of July 1627. Yr Lps
most humble and
most affectionat servant

D. Carleton.


Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland, 184. Publié par Noël Sainsbury, op. cit., p. 86.


TRADUCTION.
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

Très honorable et noble Seigneur.

A la place de Rubens (que hier on attendait ici) il est arrivé hier au soir un messager secret (qui le quitta à Breda) avec quelques lignes pour Gerbier, l'excusant de ne s'avancer en ce moment au-delà de Sevenberghen (par ordre de ceux qui ont autorité sur lui et cela pour de sérieuses et importantes raisons, d'après son dire). Comme il désire rencontrer là Gerbier, celui-ci est fort embarrassé pour savoir comment il doit se comporter et pour ma part, je ne saurais l'engager d'aller là. En effet, Rubens ayant un plein et absolu passe-port de venir dans les Provinces-Unies avec ses serviteurs et ses bagages (passe-port obtenu sous prétexte d'un accord à conclure entre lui et Gerbier au sujet de tableaux et autres oeuvres d'art), leur rencontre à la frontière du pays, qui ne saurait être cachée, ne pourrait avoir d'autre effet que de faire rejeter le prétexte et de remplir le monde de rumeurs au sujet du vrai but de leur entrevue. D'un autre côté, s'ils procèdent rondement et ouvertement, comment le prétexte qu'ils emploient ne se découvrirait-il pas? Et si leur intention est [97] seulement de faire naître des bruits, comment les seconderions-nous? Ce que l'on peut encore supposer c'est que Don Diego Mexia étant nouvellement arrivé d'Espagne à Bruxelles peut avoir causé quelque changement dans la voie primitivement adoptée entre l'Infante et le Marquis Spinola et que, en conséquence, ils désirent connaître d'un autre côté par quelque communication avec Gerbier en quel état les choses se trouvent ici, avant que Rubens (dont le but, servant de prétexte au voyage, est deviné par tout homme ayant quelque perspicacité dans les affaires) arrive ouvertement dans cette contrée.

Voilà ce qu'il y aurait de mieux à faire dans cette manière de procéder; ce qu'il y aurait de pis ce serait, en prenant part à ces négociations, d'exciter la jalousie des États envers Sa Majesté, comme si, nous trouvant au milieu des Hollandais, nous voulions traiter sous main et séparément avec nos ennemis communs, ce qui serait un déplorable effet de ma mission dans cette contrée. C'est pourquoi je ne connais pas de meilleure voie à suivre que celle qui est unie et droite et d'informer en secret les députés des États délégués pour traiter avec moi de l'état des choses et de ne rien faire dans tout cela sans prendre leur avis, ce qui non seulement préviendra toute jalousie mais les obligera envers nous comme une preuve de confiance. Cette manière de voir plaît beaucoup à l'abbé de Scaglia dont l'opinion (différente du jugement qu'ont porté les États et que vous trouverez dans mes lettres d'hier) est que les besoins actuels des Espagnols et le désordre de leurs affaires provenant du manque d'argent les pousseront à un traité, quoique d'ailleurs il semble partager aussi peu que qui que ce soit, la confiance dans l'honnêteté de leur conduite.

Un autre danger de cette rencontre de Rubens avec Gerbier à la frontière serait la nouvelle qui en parviendrait rapidement au roi de Danemark, qui, sans aucun doute, s'alarmera beaucoup en l'apprenant, parce que d'aucune façon il n'a été informé de cette affaire.

La Haye, le 3 (13) juillet 1627. Votre très humble et affectionné serviteur

D. Carleton.


[98] CCCCXLVIII
LORD CARLETON TO SEC. LORD CONWAY.

Right Honorable my noble Ld.

In my last I advertised yor Lp of Rubens coming to Breda, and upon what consideration Gerbier forbore going to meete him at Sevenberghen; where upon he returned to Bruxells and immediatly had order from thence to come hether into Holland; where he now is, and Gerbier in his company walking from towne to towne upon theyr pretence of pictures: wch may serve him for a few dayes; so he dispatch and be gone: but yf he entertayne tyme long here he will infallibly be layd hold of or sent wth disgrace out of the Countrey: for here they can have no other opinion of theyr doings on ye other side, but yt all his fraude and deceit, and they believe of this man as of others whome they style Emissaryes, who upon severall pretence are sent into these Countreyes to espye ye actions of state and rayse rumor among the people; as yf the K. of Spayne and the Infanta were growne by tyme and experience more mild and moderat, and would suffer these Countreyes to live in quiett upon any reasonable conditions; but yt some of these States and others, for theyr owne interest, to keepe themselves in action and govermt, held all in diffidence and distrust, wherby to make these parts a perpetuall seate of warre. The Heere van Merodes (who hath much land on both sides) being discovered amongst others to have used this language, was written unto very lately at one of his houses by the States to come before them: but he suspecting ye matter went immediately to ye other side. This I have made known to Rubens, least he should meete wth a skorne wch may in some sort reflect upon others.

He in the meanetyme hath made thus much knowne unto me; yt his sodayne dispatch hether, after Gerbier's excuse of meeting him at Sevenberghen proceeded of the Infanta's and Marquis Spinola's care, that wee should not thincke they were growne cold in ye businesse of pacification; he having order to give assurance that Don Diego Mesia brought sufficient power wth him to treate; but that by some hurt receaved by a fall of his coash before he came to Bordeaux, he was [99] stayd on the way, so as he could not be at Paris sooner than the 1/11 of this month, and yt there the Kings sicknesse might stay him some while before he could passe further (ye report wch Mr Montague brought of his arrivall at Bruxells being onely some of his trayne) and further he sayth that the infanta had lettres from the Empr, wherby she rests satisfyed he wilbe ruled by her in ye businesse of Germany: and in this confidence he desires to have some light from hence both of these mens intentions and ye way of proceeding: wherin he will not be able to carry backe any satisfaction: for till they have full power on the other side it is a vanity here to propose any thing.

I have not myself spoken wth Rubens, because he pretends to have order not to come to the Hagh: and for me to meete him at any of these adjoyning townes (as the Abbot de la Scaglia did on Friday last at Delft) would rayse much discourse. He is now at Amsterdam, and by Utrecht purposeth to goe on Wednesday next back into Brabant, and to lett us knowe more from thence upon ye arrivall of Don Diego Mesia: till when Gerbier intends to stay here to carry his Maty a full report of all: wherupon his Maty may give such directions as may seeme best to his wisedome.

Because much rumor is raysed upon Rubens coming, wch was advertised hether from ye first Inne he came to in Roterdam, and will increase much in going, I have employed my nephew Dudley Carleton expresly to the Pr: of Orange, and such of the States he hath wth him in the camp to acquaint them wth all that passeth; to ye end they should not enter into any apprehension upon misreports that wee are here manadging some matter of secret in theyr absence: for in this ombragious tyme and place there can not bee too much circumspection used to prevent inconveniences.

From the Hagh, the 15/25 of July 1627. Yr Lps
most humble and
most faythfull servant

D. Carleton.


Original signé par Dudley Carleton. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland 184.

Publié par Noël Sainsbury, op. cit. p. 90.


[100] TRADUCTION.
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

La Haye, le 15 (25) juillet 1627. Très honorable et noble Seigneur.

Dans ma dernière lettre, j'ai averti Votre Seigneurie de l'arrivée de Rubens à Breda et la cause pour laquelle Gerbier s'abstint de le rencontrer à Sevenberghen. Là-dessus, Rubens retourna à Bruxelles et immédiatement après il y reçut l'ordre de se rendre en Hollande où il se trouve actuellement en compagnie de Gerbier. Ensemble ils vont de ville en ville sous prétexte de voir des tableaux. Ce prétexte peut servir pendant quelques jours s'il se dépêche de partir, mais s'il s'arrête longtemps ici, il sera infailliblement prié de s'abstenir ou sera renvoyé impoliment du pays. En effet, on ne peut avoir dans le parti opposé une autre opinion de leurs agissements si ce n'est que tout est fraude et tromperie, et on regarde ces hommes comme les autres qu'ils appellent émissaires, et qui, sous divers prétextes, sont envoyés dans ces contrées pour espionner les actes de l'État et pour répandre parmi le peuple le bruit que le roi d'Espagne et l'Infante, par le temps et par l'expérience, sont devenus plus cléments et plus modérés et consentiraient à laisser vivre ces contrées dans la paix à certaines conditions raisonnables; mais que certains membres de ces États et d'autres personnages qui ont intérêt à rester dans l'action et à la tête du gouvernement, tiennent tout en dissension et en méfiance, afin de faire durer continuellement la guerre entre ces deux pays. Le Seigneur de Merode, qui possède beaucoup de terres des deux côtés, ayant été surpris en même temps que d'autres tenant ce langage fut cité dernièrement à une de ses résidences à comparaître devant les États; mais lui, soupçonnant de quoi il s'agissait, passa immédiatement la frontière. J'ai informé Rubens de ceci, afin qu'il pût éviter un traitement déshonorant qui pourrait rejaillir sur d'autres.

Par la même occasion, il me fournit maint renseignement: à savoir que son départ précipité après le refus de Gerbier de le rencontrer à Sevenberghen provenait de la crainte de l'Infante et du Marquis de Spinola, que nous pussions croire que leur zèle pour la paix se fût ralenti; qu'il avait ordre de donner l'assurance que Don Diego Mexia est pourvu d'un pouvoir suffisant pour traiter de la paix; mais qu'à la suite d'une blessure reçue en tombant de sa voiture avant d'arriver à Bordeaux, il fut arrêté en route de sorte qu'il [101] ne put arriver à Paris avant le 1/11 de ce mois, et que la maladie du Roi l'arrêta là quelque temps avant qu'il pût continuer son voyage (le rapport que fit M. Montague de son arrivée à Bruxelles concernait uniquement quelques personnes de sa suite). En outre, Rubens m'informa que l'Infante avait reçu des lettres de l'Empereur, desquelles elle conclut qu'il se laissera conduire par elle dans l'affaire de l'Allemagne. Rubens désire de recevoir d'ici quelque renseignement sur les intentions des hommes et sur la manière de se conduire. Il ne saurait remporter aucune satisfaction à cet égard, car avant d'avoir reçu, à Bruxelles, plein pouvoir du côté de l'Espagne, il serait oiseux de proposer ici quoique ce soit.

Je n'ai pas parlé moi-même avec Rubens, parce qu'il prétend avoir reçu l'ordre de ne pas venir à La Haye et quant à aller moi-même le trouver dans une des villes voisines (comme, vendredi dernier, l'abbé de Scaglia le fit à Delft) cela ferait beaucoup causer. Il se trouve maintenant à Amsterdam et se propose de repartir mercredi prochain par Utrecht pour le Brabant; il a promis de nous envoyer de là-bas plus de nouvelles sur l'arrivée de Don Diego Mexia. Gerbier a l'intention de s'arrêter ici jusqu'alors, pour faire à Sa Majesté un rapport complet sur toute l'affaire. Là-dessus, Sa Majesté pourra donner les ordres que dans sa sagesse elle trouvera bon.

L'arrivée de Rubens, signalée ici de la première auberge où il descendit à Rotterdam, a fait beaucoup de bruit, et il s'en fera davantage à mesure qu'il avance. J'ai envoyé expressément mon neveu Dudley Carleton auprès du prince d'Orange et des Membres des États qui sont avec lui au camp, pour les tenir au courant de tout ce qui se passe, afin d'éloigner toute crainte ou malentendu sur quelque intrigue que nous nouerions ici en secret pendant leur absence. Dans ces temps et dans ces lieux soupçonneux, on ne saurait être assez circonspect pour prévenir tous inconvénients.

Votre très humble et dévoué serviteur.

D. Carleton


COMMENTAIRE.

Le même jour Sir Dudley Carleton écrit au Lord Steward William Herbert, Comte de Pembroke:

«Rubens est venu ici sous prétexte de commerce de peintures avec Gerbier et pour le reste il n'a d'autre mission que de nous assurer de la bonne intention d'établir la paix entre l'Angleterre, les Provinces-Unies et l'Allemagne. [102] Don Diego Mexia, que l'on attend à Bruxelles comme un Messie, apporte les ordres nécessaires à cet effet.» (1)

A Lord Carlisle, il écrivit:
«Rubens est ici, mais il n'apporte rien d'autre que l'assurance d'une bonne intention pour la pacification du côté de l'Espagne, pour laquelle, dit-il, l'ordre est apporté par Don Diego Mexia, qui sur ces entrefaites est attendu à Bruxelles comme un Messie.» (2)

A Lord Holland, il écrivit:
«Les États ont écrit à Sa Majesté et au Roi de France pour les concilier eu égard à ces provinces, que, dans les dernières années, nonobstant toutes leurs dissensions et querelles, les deux couronnes ont concouru à préserver comme chose d'intérêt commun. Rubens est ici nous assurant des bonnes intentions de l'Espagne pour arriver à la pacification de l'Angleterre, des Provinces-Unies et de l'Allemagne. Il dit que Don Diego Mexia apporte à Bruxelles des ordres dans ce sens; mais qui parlera le premier et comment prendre en main cette tâche au milieu de tant de doute et de jalousie que je rencontre ici: voilà une bien grave question.» (3)


[103] CCCCXLIX
GERBIER A CONWAY.

Monseigneur.

Il y a un mois que j'ay envoyé une despesche à Monsr le Duc (1) pour rendre comte de ce qu'il m'avoit enchargé et de ce que Monsr de Scaglia avoit à dire, la ditte despesche estant arrivée trois jours apprès le despart de Monseigneur le Duc, Sa Maj a pleu la lire et m'honnorer de ces commandements par une lettre que Monsr de Montagu m'a apportée du Secrétaire Canove (Conway?). Apprès ce comble d'honneur je ne puis souhaitter davantage en ceste vie que d'estre si heureux de pouvoir rencontrer l'adresse laquelle me puisse rendre utille ce que je pourois espérer par le pouvoir qu'ont vos bonnes grâces envers ceux lesquels y ont part. Monsieur l'Abé de Scaglia m'a commendé de vous faire ceste despêche pour la nécessité qu'il y a que les affaires soient [avancées et] poussées [comme il dit] dans le grand chemain par ceux qui mieux que personne cognoissent le vrai bihais qu'il faut prendre. Je la fais avecq plus de franchise puis que par ce moien je m'aquitte de mon devoir et que son commendement me donne l'espérance qu'elle ne vous sera importune.

En ma précédente despêche [lettre] j'ay faict récit de ce que ce pouvoist aprendre issi des plus fraîches nouvelles de France et de ce que Monsr l'Abé de Scaglia avoist appris à Brusselles, estant le sommaire une très remarquable disposition qu'avoist l'Infante et le Marquis Spignola à un acommodement, luy aiant demandé s'ils se pouvoient bien asseurer que l'Engleterre leur donneroit [bien] deux mois de temps pour receveoir les Ordres requis d'Espagne. Or est-il qu'en suitte de la dernière lettre de Rubens par laquelle il désiroist un entreveue de luy et de moy en Hollande, Je luy procuray un Passeport du Prince d'Orange, il ce transporta [de Bruxelles] à Breda m'escrivant qu'il avoist ordre de ces Maistres de ne passer plus oultre que Zevenbergen plasse neutre et où aultrefois ceux qui firent les premières ouvertures de la Treuve s'entrevoyoient, m'asseurant par sa lettre qu'il me feroist veoir clairement que ceste punctualité estoist fondèe sur des raisons justes, [104] équitables et tendantes à l'advancement de l'affaire. Mais aiant en singulière recommandation d'accompagner les Ordres que Monsr le Duc m'avoist [m'a] donnez avecq les sircumstances requises, à la Réputation de sa Maj, je montray la lettre à MonsrCarleton, et luy dis que je n'estois nullement d'avis de bouger de la Haye ou des environs et fis responce au dict SrRubens que je luy avois envoyé un Passeport à sa réquisition, en vertu duquel il pouvoist sans auqune difficulté se transporter luy et ses valets en telle plasse de la Hollande qu'il luy plaisoist, que s'il faisoist difficulté de venir à la Haye, je l'irois trouver à Delf [ou Rotterdam], mais qu'il ne m'estoist licitte d'aller aultre part, qu'il mestoist aussi impossible d'aller receveoir nouvelles instructions de Monsr le Duc, comme vous pouvez veoir par la coppie des lettres que je luy ay escriptes et incluses avecque ceste présente, sur quoy il me fist sçaveoir qu'il partoist promtement pour Brusselles pour receveoir aultres ordres, estant très sensible de quelque ombrage que je pourois prendre, protestant que ceste résolution avoit esté prinse pour le bien de l'affaire ce qu'il m'eust très particulièrement faict entendre. Quelque jours apprès il arriva à Delf qui estoist le 11/21 de ce mois de Juillet où il m'a representé que si Don Diego Messias qui est encore à Paris n'eust tardé si longtemps il n'eust pas désiré de me veoir avant son arrivée parce que l'Infante attandant par luy tout ordre ne sçavoit que dire, mais craignant que l'Engleterre prinst quelque ombrage de la longeur d'Espagne, elle l'avoit envoyé pour m'asseurer de soñ intégrité, de son zelle, et sincère intention. En un mot pour faire cognoistre que les Ordres eussent estez plustost envoyez si l'Espagne n'eust pris ceste résolution d'envoyer Don Diego Messia lequel à ce quil dist a faict telle diligence quil est party le lendemain de ces fiançailles, le dict Don Diego aiant aussi tardé plus longtemps par les chemains pour raison d'une fièvre tierce laquelle le tient encore à Paris, la seconde raison pourqouy ils avoient envoyé le Sr Rubens estoist pour entendre si l'on avoist advancé pour procurer à la concurence des Estats, et si l'on avoist méditté sur les expédients nécessaires, pour facilliter les affaires, où les plus grandes difficultés et obstacles se rencontreroient en celles de Hollande. Que l'Espagne avoit escript en ces termes, Vous continuerez de traitter avec Gerbier jusques à ce que Don Diego vienne, non seulement d'un acommodement entre [105] l'Espagne et l'Engleterre, mais aussi les affaires d'Alesmagne et Hollande. Que l'Empereur même avoit escript très exactement, à l'Infante que si auqu'un traitté passoit par ces mains qu'il seroit très content que les affaires d'Allemagne s'acommodassent et quil tesmoigneroit d'estre un Prince Chrestien. Le dict Rubens faisant des grandes instances pour sçaveoir à quel expédiants l'on avoit penséz, Je luy fis responsse que par l'escript qu'avoit esté envoyé le 9 de Mars pour response de ceux que j'avois apportté de la part de l'Infante, la boule (comme dire), estoist mise à leur piets que c'estoist à eux de parler que le temps ne permett pas puis que nous n'avons [ne voions] encore aultre certitude de leur part que parolles de faire auqu'une ouverture, que bien estoist vray que Monsr Carleton se devoist disposer à faire tout debvoir, mais qu'il n'estoist possible d'advancer l'affaire sens que de la part d'Espagne l'on ne vist des témoignages eficatieux, sur quoy il me dict que la Sérenissime Infante sçavoit bien qu'il ne se pouroist [pouvoist] rien faire sans les ordres requis et si longtemps attendus, mais que son voyage tendant à nous asseurer de sa bonne intention, et nous lever de toutte doubte seroit acompagné de quelque advancement si en attendant la venue de Don Diego Messias il se pouvoist trouver quelques expédiants pour donner lumière à l'acheminement du traitté et qu'ainsi il retourneroist avecque quelque fruict. Je luy dis que pour corespondre aux asseurances qu'il apportoist de la bonne intention de l'Infante, que je le pouvois asseurer de celle de Sa Maj. Et puis quil avoist maintenant licence de se promener par les villes d'Hollande que j'aurois loisir de veoir Monsr Carleton lequel pouroist dire son sentiment sur quelques expédiants, de la part duquel je lui ay dict à son départ qu'il s'esvertuera entend qu'en luy sera [tant que sera] possible à méditter sur les expédiants nécessaires, et quen attandant qu'il avoist pensé à deux, estant toutefois dict par manière de discours, Sçaveoir si pour l'Electorat il ce pouvoist adjouster une voix davantage au Colège, et que le survivant succéderoist, le second que dens l'acommodement affin d'intéresser le Prince se rendist la ville de Breda. Quant aux plus difficiles comme ce qui regarde ce mot de Pays libre, et l'estroitte confédération ratifiée il y a deux ans, quil espéroist de trouver un jour, estant son intention de la proposer à Sa Maj à mon retour; lorsque le dict Sr Rubens feroist veoir ce que Don Diego Messias apporteroist [106] il a promis qu'il feroist toutte dilligence, et sur ce ay esté obligé d'attendre de ces premières nouvelles par advis de Monsr Carleton. J'ay faict entendre au dict Rubens la Ligue que le Roy de France prétend de faire avecq les Princes Catholiques d'Alesmagne. L'Argent qu'elle a promis de fournir aux Estats sur les premières nouvelles qu'elle aura que l'armée des Estats aura assiégé quelque plasse, de sorte que Monsr Rubens avecq plusieurs aultres discours qu'avons eu ensemble sur la raison d'Estat que le Roy d'Espagne devroit plustost aveoir de souffrir un Prince de la Relision en Alesmagne, s'en est allé avecq la puce à l'oreille espérant à la venue de Don Diego Messias comme un Messias.

Les protestations qu'ils font et la nécessité qui les presse donne de l'aparence si ce n'est que l'Espagne trompe mesmes l'Infante, ce que ce cognoistra dans peu de temps, [car Rubens a promis s'il apercevoit de telle chose il m'advertiroist promptement].

J'avois faict mention en ma première lettre que l'on pouvoist aisément remarquer que plusieurs de ce Pays panchoient du costé de la France, et que la plus grand part avoient une très grande apréhention de ceste rupture, entre la France et l'Engleterre. Je m'estois advisé d'enploier mon temps à faire quelque recoeuil des mesmoires que j'ay faict des affaires passées, et le comuniquant avecq Monsr L'Abé de Scaglia, il a adjoutté ce qu'il sçavoist [a creu] estre [convenable et] utille l'aiant réduit en une fasson de lunettes d'Hollande pour faire veoir la vérité et la forme des affaires. Je l'ay escript en langue françoise pour la traduire apprès en flamang avec intention de le distribuer par escribt parmy ceux qui ont le plus de pouvoir et de sentiment en ce Pays, si telle estoist la volonté de Sa Maj. C'est pourquoy je l'envoye icy jointe, vous suppliant d'en dire vostre sentiment.

L'Embassadeur de Savoye m'a dict que les desputéz des Estats ont estez incistez à escripre en France touchant l'intérest quils ont de la mauvaise inteligence de ces deux couronnes, que pourtant ils prient Sa Maj d'oublier les offences receues et de vouloir suspendre les actes d'hostillité contre l'Engleterre, représentant particullièrement que ce désordre porte la ruinne de cest Estast. Laquelle lettre a esté faictte par l'artifice du Cardinal de Richelieu pour la faire imprimer à Paris, affin que ceux de la Relision de France voient comme [que] les actions d'Engleterre sont mesmes odieuses à ces amis, affin qu'ils croient qu'il [107] y a mesme de la désunion avecque ces Estasts et faire paroistre qu'il a eu raison de porter le Roy son maistre à des animositez contre l'Engleterre, puis que les Estrangers mesmes cognoissent que la France par elle a esté offencée.

Nonobstant ceste dicte lettre que l'on croist estre solicittée par Artsen, lequel sest faict cognoistre du tout François en ceste conjuncture les Estasts cognoissent bien que l'Engleterre ne peut pour ces intérêts ny pour sa réputation permettre la pertte de la Rochelle, comme aussy que la France aye grandes Forces en mer, et d'estre pour les mesmes respects aussy bien intéressez que l'Engleterre, qui donne assez de subject de croire qu'il y a de la nécessité de les pousser n'y aiant pas de doubte, qu'il suivront tout à faict l'Engleterre en ce qu'elle vousdroist traitter d'une Paix d'Espagne, estant hors de toutte sorte d'espoir d'assistance de la France. Et font bien veoir le sentiment qu'ils en ont, s'aiant la Province d'Hollande évertuée de fournir deux millions de livres plus que par le passé pour suppléter à ce que la France manque. Le Sr Rubens a veu lettres escriptes de France à l'Infante et Marquis Spignola lesquelles sont dressées par le Cardinal de Richelieu disant lors que Monsr de Montagu parloit au Duc de Savoye touchant les affaires de la France et l'Engleterre, que l'Ambassadeur de France là résident, estoist caché derrière la tapisserie pour ouïr tout ce que ce disoit, ceste fourbe estant controuvée pour faire croire que la France est recherchée par l'Engleterre, et que mesme la France est si éloignée de vouloir un acommodement que ces Ministres ne veulent pas paroistre où sont ceux de l'Engleterre, pour traitter avecq eux.

Le Cardinal de Richelieu aiant ombrage du voiage de Messias se disant en France que c'est pour traitter avecq l'Engleterre, il a faict promtement escripre une lettre à Artsen, si tost que l'armée des Estasts assiègeroist une plasse de l'enemy que la France leur fera tenir cinq cents mille livres, espérant par ce moien et par les 60 mille livres quils ont fourny au Roy de Dennemarque d'apporter de l'empesschement à l'acommodement des affaires entre l'Espagne et l'Engleterre. C'est un argument que la France ne faict rien de bon que pour crainte et quand elle est forcée. Et c'est desjà quelque fruict du bruit qui court de ceste acommodement d'Espagne, maxime certain que l'entretien en est bon. (Suivent plusieurs pages se rapportant à d'autres affaires politiques).


[108] Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland, 184. Autographe de Gerbier.

Reproduite dans l'appendice des Anecdotes of painting in England par Horace Walpole, 2de édition. Londres 1765, avec quelques variantes que nous insérons dans le texte entre crochets. Dans cette reproduction, la lettre a pour adresse: «A Monsieur le Compte d'Hollande» et commence par ces mots: «Mons. l'Abé de Scaglia m'a commendé de vous faire ceste despesche, pour la nécessité qu'il y a que les affaires soient advancées et poussées, comme il dist dans le grand chemain.» Suit le texte tel que nous le donnons.

La lettre dans Walpole est datée «Ce 6 d'Aoust, 1627.» Dans les Archives du Royaume à Londres, la dépêche au Secrétaire Conway porte la date du 27 juillet/6 août. Elle est donc bien du 6 août 1627, style nouveau. Il est probable que Gerbier fit deux copies de cette lettre: l'une destinée à Lord Holland, l'autre à Lord Conway. Dans une note au dos de cette dernière, on lit: «Mr Gerbier to the Lo-Viscount Conway. He hath sent a writing called the spectacles of Holland to the Earls of Carlile and Holland which he purposes to communicate to the States, and desires to know his Maty pleasure.


Mémoire de Gerbier. Gerbier aiant apprès assez longue comunication de huict jours que le Sr Rubens et luy passoient par la Hollande remarqué que le Sr Rubens n'avoist apporté rien en blanc et noir et que ce qu'il disoist n'estoient que des parolles dit au Sr Rubens que pour corespondre à ce qu'il luy avoist comuniqué, Quau premier, il l'asseuroit de la cincère intention de Monseigneur le Duc de Buckingham lequel avoit par toutes les industries possibles conservé celle de Sa Ma de la grande Bretagne dens les mesmes termes qu'il les avoist portées auparavant, qu'il se laisseroit tousjours entendre à toutte bonne affaire. Que secondement l'on s'estoist esmerveillé de la longittude que l'on apportoit du costé d'Espagne à respondre veu les protestations que le Sr Rubens faisoit de l'inclination grande de ces Maistres. Que le soin qu'il me témoignoit que la Séréniss. Infante avoit eu à lenvoyer pour affin que son voiage servist à empecher quauqu'un ombrage ne nasquît de ceste longitude, donnoist de la satisfaction. Mais pourtant que çur ce quil me proposoit d'ébaucher l'affaire je ne pouvois dire aultre chose ne voiant ny blanc ne noir de la part d'Espagne, que l'Engleterre ne se declareroit jamais que sur ces termes là, Veu qu'autrement tout ce que l'on pouvoist dire, non seullement n'estoient que des parolles sens fondement, mais seroit tousjours au désadvantage de l'Engleterre de traitter avecq un Party qui pouvoist estre desadvoué.

Gerbier pressant le Sr Rubens de faire un voiage vers Don Diego Messias lequel estoist demeuré malade en chemain et lequel pouvoist estre retardé à [109] Paris par la maladie du Roy, le Sr Rubens s'en retourne et tire promesse de Gerbier qu'il attenderoit encore un mois en Hollande. Le Sr Rubens l'entretient continuellement de lettres advisant de semaine à aultre tant de l'indisposition du Sr Don Diego Messia que de lespérance qu'il croit en brief temps à Brusselles.


CCCCL
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

Hagh, July 28 (7 Aug.) 1627. Right Honorable my noble Ld.

Mr Montague went forward by Brabant yesterday and I desired Gerbier to goe to Amsterdam (Rubens being returned to Bruxells). The Prince of Orange took well my sending my nephew unto him, to informe him of that little wch Rubens brought: and I perceave by his answeare that yf Rubens returne upon Don Diego Mexias arrivall at Bruxells wth matter of more moment, he wilbe content to heare it; yf Mexias sicknesse should continue and hold him longer at Paris, it is likely Rubens will goe thether to him.

Yr Lps
most humble servant

D. Carleton.


Londres. Public Record Office. Foreign State Papers, Holland 184. Publié par Noël Sainsbury, op. cit. p. 93.


TRADUCTION.
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

La Haye, 28 juillet (7 août) 1627. Très honorable et noble Seigneur.

Mr Montagu partit hier pour le Brabant et j'ai ordonné à Gerbier d'aller à Amsterdam (Rubens étant retourné à Bruxelles). [110] Le prince d'Orange m'a su gré de lui avoir envoyé mon neveu pour l'informer des nouvelles peu importantes que Rubens apporta et je remarque par sa réponse que si, après l'arrivée de Don Diego Mexia, Rubens revient avec un mandat de plus grande valeur, il le recevra volontiers. Si la maladie de Mexia se prolongeait et le retenait plus longtemps à Paris, il est probable que Rubens irait le trouver là.


COMMENTAIRE.

La présence de Rubens dans les Pays-Bas ne manqua pas d'exciter un certain émoi parmi les hommes d'État de ce pays et même parmi les ambassadeurs des autres puissances. Pour calmer les soupçons du prince d'Orange, Carleton envoya son neveu au camp où il se trouvait avec les députés des États-Généraux. Ses explications furent agréées.

Le résultat du voyage de Rubens fut nul, le marquis de Léganès, Don Diego Mexia qui devait apporter les instructions du roi étant arrêté par la maladie à Paris.

Dans sa lettre du 18 février 1628, Gerbier rappelle à Rubens que celui-ci dans leur entrevue en Hollande n'avait apporté aucun document décisif, qu'il s'était contenté de faire des excuses et d'émettre l'avis que dans l'état où les choses se trouvaient en ce moment il n'y avait rien à faire en faveur de la paix entre l'Espagne et l'Angleterre.

Dans sa lettre du 30 mars 1628, Rubens rapporte au marquis de Spinola que Gerbier lui reproche d'être venu en Hollande sans être porteur d'aucun genre de commission de ses maîtres et de lui avoir donné pour toute réponse que les rois d'Espagne et de France s'étaient accordés ensemble.

Mr Montagu étant arrivé à Anvers, peu de jours après le retour de Rubens, l'y rencontra attendant toujours l'arrivée de Don Diego Mexia. Ce dernier étant parti de Paris ne pouvait tarder d'arriver à Bruxelles, croyait-on (1). Il s'écoula cependant encore un mois avant qu'il fût à Bruxelles.

Walter Montagu était le second fils de Henri, premier comte de Manchester. Il fut employé par le roi Charles I comme agent politique en Savoie et au siège de La Rochelle. Plus tard, il se convertit au Catholicisme et entra au service de Louis XIV, qui le nomma abbé de Pontoise et membre du Conseil de la reine régente Anne d'Autriche.


[111] CCCCLI
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

Hague, Aug. 6 (16) 1627.Right Honorable my noble Ld:

Here is no newes of Rubens since his return into Brabant, wch makes it believed he is gone to find Don Diego Mexia at Paris: whose long abode there under pretence of sicknes, must needs cover somwhat else: for yf the purpose were serious wch Rubens doth professe, why this losse of tyme? why could not Mexia though sick, come as well forward from Paris to Bruxells as he did in the same estate from Burdeaux to Paris?

I have seene an advertisemt by the last lettres from Paris as written thether from Bruxelles; that Gerbier having bene sent expresly out of England hath bene secretly at Bruxells, that he did treate there wth the Infanta and the Marquis Spinola, and that therupon Rubens was sent hether. This is like that fiction advertised to (sic) Bruxells of Marini, the French Ambrs hyding behind a peece of tapistrye to heare what Mr Montague should say from his Maty to the Duke of Savoy: and shewes how both France and Spayne seeke to sett a valewe upon themselves by seeming to be sought to by his Maty.

Yr Lps
most humble servant

D. Carleton.


Publié dans Sir Dudley Carleton's State Letters 1627, p. 46 et par Sainsbury, op. cit. p. 94.


TRADUCTION.
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

La Haye, 6 (16) août 1627.Très honorable et noble Seigneur.

Il n'y a pas de nouvelles ici de Rubens depuis son retour en Brabant, ce qui fait croire qu'il est allé trouver Don Diego Mexia à Paris. Le long [112] séjour de ce dernier dans cette ville, sous prétexte de maladie doit cacher autre chose: en effet, si les intentions, que Rubens a fait connaître, étaient sérieuses, pourquoi cette perte de temps? Pourquoi Mexia, quoique malade, ne pouvait-il venir de Paris à Bruxelles aussi bien qu'il vint de Bordeaux à Paris dans le même état.

J'ai vu, dans les dernières lettres de Paris, un avis arrivé là de Bruxelles que Gerbier, envoyé exprès d'Angleterre, s'est rendu secrètement à Bruxelles, que là il a traité avec l'Infante et avec le marquis Spinola et que là-dessus Rubens a été envoyé ici. Ceci rappelle le conte relaté à Bruxelles, d'après lequel Marini, l'ambassadeur français, se serait caché derrière une tapisserie pour écouter ce que Mr Montagu dirait de la part de Sa Majesté au duc de Savoie, et prouve comment la France et l'Espagne cherchent à se faire valoir en se représentant comme recherchée par Sa Majesté.

De votre Seigneurie le très humble serviteur,

D. Carleton.


CCCCLII
EXTRAIT D'UNE LETTRE ÉCRITE DE SPA PAR UN AGENT INCONNU A L'ÉLECTEUR DE COLOGNE.

Sérme Prince,
Monseigneur.

Il semble que le traicté dont le SrRubens a jecté les premiers traicts avec les Anglois s'avance peu à peu, et que son voyage d'Hollande dont il est revenu depuis peu de jours y ayant esté appellé par l'AmbrCarleton, y a encore donné une bonne main. Ceste opinion est confirmée par l'arrivée en ceste ville du Sr de Montagu, Anglois: lequel n'eut pas plustost hier mis pied à terre qu'il ne fust allé trouver le Marquis Spinola.

Ce Rubens susmentionné est un principal peintre d'Anvers qui a vendu pour 100m florins d'antiquités au Duc de Buckingham, et parmy ce [113] marché qui a duré quelq temps il semble que ceste négotiation a pris son comencemt.

Montague est un jeune Seignr Anglois, fort favorisé de Buckingham: plusieurs croyent que cest pour affirmer une bonne amitié et correspondence entre les Espagnols et Anglois et aucuns adjoustent que la France y sera comprise où il y a peu d'apparence, veu que V. A. aura sceu d'ailleurs la descente que les Anglois ont faict en l'Isle de Ré là où ils se battent encore à force. Le Roy de France commence a se bien porter de sa fiebvre. Mais puisque Rubens et Montagu sont venus d'Hollande, cela me feroit croire que parmy ces traictez les Hollandais y pourront bien estre compris, et d'avanture le Palatin aussy.


Au dos: - Copie d'une lettre escrite à l'Élector de Couloigne de Spa.


Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Germany, 68.

Traduction anglaise publiée par Noël Sainsbury, op. cit., p. 95.


Le catalogue de la vente des autographes appartenant à Thomas Thorpe (Londres 1833) mentionne une lettre de Rubens décrite de la manière suivante:


CCCCLIII
RUBENS A BALTHASAR GERBIER.

The present lettre alludes to the sickness then prevalent which had driven him from his house added to which, the Infanta having sent him in a journey of business, had caused a delay in painting his highness's portrait on horseback. Sr Balt. Gerbier was intrusted by Rubens with some private communication respecting the picture, which he desired might be only between them selves, «car je ne voudrois que ces Princes jaloux prinsent exception qui toujours sont désireus de tenir tout entre leurs mains.» (1)


[114] TRADUCTION.
RUBENS A BALTHASAR GERBIER.

La présente lettre fait allusion à la maladie régnante à cette époque, qui l'a chassé de sa maison, ce qui venant à s'ajouter à un voyage d'affaires, que lui a fait entreprendre l'Infante, a été cause du retard apporté à la peinture équestre de Son Altesse. Sir Balthasar Gerbier était chargé auprès de Rubens de quelque communication particulière concernant le tableau, et le peintre désirait que ces entretiens ne fussent point divulgués, «car je ne voudrois que ces Princes jaloux prinsent exception qui toujours sont désireus de tenir tout entre leurs mains.»


COMMENTAIRE.

Ce doit être à tort que le catalogue de la vente Thomas Thorpe désigne le prince d'Orange comme le destinataire de la présente lettre, elle doit avoir été écrite à Balthasar Gerbier. Le catalogue de la vente n'indique pas la date qu'elle porte. En faisant le classement de la correspondance de Rubens, je l'avais rangée à la place qu'elle occupe ici; en examinant de plus près les détails qu'elle mentionne, je suis arrivé à regarder l'année 1625 comme une date plus probable. En effet, à cette époque, la peste régnait à Anvers, Rubens fut chargé d'une mission par l'Infante et dans le pays séjournait une Altesse dont il pouvait être appelé à peindre le portrait équestre, le duc de Neubourg Wolfgang-Guillaume.


CCCCLIV
RUBENS A BALTHASAR GERBIER

Monsieur.

Vous avez en apparence raison à vous plaindre de nous vous ayant entretenu si long temps loin de Monseigr vostre Maistre et de Mademoiselle vostre Compaigne sur l'attente de la venue du Seigr Don Diegho Messia, Mais il nous fault excuser puisque nous y allions de bonne foy et selon nostre croyance ne pouvant diviner les incidents survenus depuis. Toutesfois il y a de nouvelles qu'il devoit partir le [115] 22 de Paris mais jusques asteur il ny a poinct de certitude qu'il soit parti per quelq. avantcoureur come seroit de raison que comparust quelq. jours avant son arrivement. Jay donné part à Monsieur le Marquis par vostre lettre mesme accompagnée dune mienne de vostre résolution pour retourner en Angleterre. Je ne manquerai de vous advertir de ce quil m'ordonnera à vous dire sur cela e nayant aultre chose pour cette foix, je vous baise bien humblement les mains, demeurant à jamais

Monsieur
Vostre plus humble Servtr

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anvers, ce 27 dAoust 1627.

Il fauldroict donner ordre pour l'addres de nos lettres puis que le passage de Calais est serré come Monsr Stelzius m'at adverti. Jay license descrire et recevoir lettres d'Ollande, mais jaime mieux que cela se face sur le nom de Monsieur Arnoldo Lunden (1) demeurant en Anvers.


Au dos de la main de Gerbier: «Lettre de Rubens du 27 dAoust receu le premier Septembre 1627.»


Original. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers Holland, 184. Publié par Noël Sainsbury, op. cit., p. 252. Ibid. traduction anglaise, p. 96. Rosenberg, op. cit., p. 243.


CCCCLV
GERBIER A RUBENS.

Monsieur.

Je vous avois escrit d'être résolu de m'embarquer pour Angleterre mais ayant appris le partiment du seigneur don Diego Messia de Paris, et espérant d'être bien tost eclairzi de ce qu'on a tousjours rejetté sur sa venue, comme vous avez asseuré que par vos lettres et aussi par le [116] voiage qu'avez faict tout exprès à cest effect en Ollande, toutes fois je craings par les rapports d'aillieurs et la froideur de vos lettres que nous ne recevrons pas le contentement que désirons. Il faut que je me découvre de tout mon coeur avecq vous que je tien pour mon parfaict amy, que Monseigneur le ducq mon maistre se trouvera grandement estonné si je ne rapporte pour le moings quelque tesmoingnage en escrit de la bonne intention de la sérénissime infante et de monseigneur le marquis, par lequel puisse paroistre que ceste affaire n'a pas esté seulement une collusion entre vous et moy, mais que S. A. et son Exellence l'ont embrassée à bon escient et faict les devoirs convenables pour la conduire à effect, sans cela on se mocquera de moy comme jà les ministres de France et Venise en donnent des attacques à monseigneur Carlethon à nostre très grand regret. Je vous congiure ne vouloir permettre qu'on ne me rend incapable pour l'advenir d'estre employé en telle matière par manquement d'une fueille de papier que debvra estre une responce telle que plaira à S. A. à ceste escriture que je vous ay envoyé d'ordre et d'advis du Roy de la Grande Bretaigne en son conseil et monseigneur le Ducq mon maistre datée le 9 de Mars dernier. Je vous asseure aussi que sans cela vostre credit et réputation sur laquelle nous nous sommes embarqués seulement sera grandement interessée et diminuée auprès de nous laquelle toutesfois y est en tel degré et considération que si vous ne la rabbaissez vous mesmes elle pourra estre un instrument de grands effects en aultres occasions. Mais il fault aussi (que je vous prie remonster à vos maistres) me conserver la miene ne méritant mes bonnes intentions zèle au bien publicq et à mon advis des deux parties (quoy qu'on l'entend en Espaigne aultrement) d'estre ruiné pour avoir tasché de bien faire. Il ne fault jamais désespérer en matière d'estat du premier coup, elle est suggiette à plusieurs changemens. La France peult estre ne despendra pas tousjours du caprice d'un Cardinal comme aussi allieurs les passions d'aulcuns qu'apportent de l'empeschement à cest accomodement se pourront changer par les événemens contraîres à leurs desseins. Nous ne sommes pas embarquez si avant comme vous pensez et si vous sceussiez le vray fondement de ceste guerre vous ne l'estimeriez qu'une masque effroyable qu'on peult oster tousiours quand on veult, ne désirant les Françoys aultant chose en ce monde que s'accommoder avecq les Anglois y [117] employant tous efforts et moyens pour y parvenir. Je vous ay dict mille foys que la France se mocquera des Espagnols et abusant de leur simplicité ne manquera d'assister come elle faict présentement tousjours les Ollandais contre leur Roy. Nous sommes d'advis icy que par tous événemens et infinies considérations il est inconvenable de maintenir ce traicté en pied qu'avons si heureusement entamé, ancor que ce ne fust qu'en apparence ce que je vous prie de remonstrer vivement à vos maistres demeurant tousjours à leur arbitre sen retirer quand bon leur semblera ce ne peult estre que chose fort honorable pour son Altesse de faire paroistre au monde sa bonne inclination pour mettre fin aux misères de l'Europe, cela est bien séant à sa qualité et à la bonne opinion qu'on a d'elle par tout le monde, aussi sa constance requiert de n'abbandonner pas si tost une si grande affaire laquelle estant couppée une fois ne se pourra remettre jamais, car ceulx qui la poussent asteur le plus, seront forcez à prendre des partis du tout contraires à leurs premiers desseings: ce que je remets à la considération et prudence de la sérénissimme infante et de monseigneur le Marquis que par l'expérience qu'ils ont du passé et la cognoissance de l'estat présent du monde pourront facilement comprendre le vray sens de mes parolles. E n'ayant aultre chose à vous dire je vous baise bien humblement les mains demeurant à jamais

Monsieur
Vostre plus humble et affectioné serviteur

B. Gerbier.

de la Haye ce 6 de Septembre 1627.

Copie aux archives de Simancas. Secretaria de Estado. Legajo 2517, fol. 16.

Traduction espagnole dans Cruzada-Villaamil, op. cit., p. 123.


COMMENTAIRE.

Cette lettre de Gerbier respire le découragement: l'agent officieux voyait s'évanouir le résultat de ses efforts déjà longs, au moment où il s'attendait à les voir couronnés de succès. Sa réputation et son avenir s'en trouvaient compromis. Il savait que Rubens aurait été péniblement affecté de pareil échec et cherche à ranimer son zèle. Au moment de recevoir cette lettre, Rubens allait apprendre ce qui s'était passé dans les derniers temps. Il allait recevoir la nouvelle inattendue d'une folle entreprise rêvée par l'Espagne, alliée pour [118] cette aventure avec la France. Don Diego Messia, le marquis de Léganès, qui enfin arriva à Bruxelles le 9 septembre, y fit connaître les dispositions de la Cour de Madrid. Bien loin d'y vouloir la paix avec l'Angleterre, on méditait une descente dans ce pays pour le conquérir. Le marquis de Léganès avait reçu pour mission de s'entendre avec Louis XIII et avec ses ministres sur ce projet extravagant. Le roi étant fort malade, don Diego Messia avait dû prolonger outre mesure son séjour à Paris. Après le rétablissement du monarque, on avait pu traiter de la proposition de Philippe IV et on était tombé d'accord. Les flottes alliées de l'Espagne et de la France devaient aborder en Angleterre, les troupes qu'elles débarqueraient devaient s'emparer de Londres d'abord, de tout le pays ensuite. Le commandant en chef de toute l'entreprise devait être Ambroise Spinola. Les documents qui vont suivre donnent de plus amples détails sur cette entreprise. Inutile de dire que, lorsque Rubens apprit la chose, il en fut profondément attristé; il ne perdit point courage cependant, pas plus d'ailleurs que l'Infante Isabelle. Les agents anglais Gerbier et Carleton eurent bien vent de quelque chose, mais ils ne surent pas exactement ce qui se tramait. Rubens devait garder le silence et ne pouvait dans ses lettres officielles exhaler le dépit qui remplissait son coeur. Dans ses lettres particulières à Gerbier, il n'est pas astreint à tant de retenue, aussi, sans dévoiler les détails du projet, ne cache-t-il pas à ce confident son jugement sur cette alliance de l'Espagne avec la France et la Hollande, «ce tonnerre sans foudre,» comme il l'appelle, capable de faire beaucoup de bruit, mais impuissant à causer grand dommage. Il se savait en communion d'idées avec sa souveraine, l'Infante Isabelle, et avec le marquis Spinola, et d'accord avec eux pour attribuer l'insuccès de leur généreuse initiative à l'obstination d'Olivarès. Tout ce groupe était profondément découragé en septembre 1627, mais était bien résolu à ne pas rester inactif et à saisir la première occasion opportune pour renouveler ses tentatives en faveur de la conclusion de la paix entre l'Espagne et l'Angleterre.


[119] CCCCLVI
GERBIER A RUBENS.

Monsieur Rubens.

J'ay receu vos dernières du 19, 22 et 26 d'Août aussi celle du 30 avecq le passeport vous remerciant de la part que j'y ay ayant employé par mes prières le crédit que j'ay en vos bonnes grâces pour monsieur Carleton, il recognoistra tousiours vos mérites et l'obligation qu'il vous doibt. Il n'est pas ancor revenu de Grol, à son retour je ne faudray à faire mon devoir pour vostre Passeport au Plat Pays, que vous avez dessiré. J'ay aussi entendu du retardement du seigneur don Diego Messia, sa fiebvre en estant la cause dont je suis très marri pour le retardement que cela apportera aux affaires. C'estoit la raison pourquoy je vous avois mandé avant vostre depart que je croiois nécessaire que l'on envoyast vers luy pour gaigner temps pour la responce, la quelle est deue au dernier escript que je vous ay envoyé il y a six mois passez et laquelle s'est tousiours faict espérer, par les asseurances données de l'intention et franchise avec la quelle vous avez faict paroistre que vos maistres marchoyent sur les advis qu'ils ont receu de ce qu'ils trouvoient bon de traicter que serviroit aussi de confirmation à vos lettres et parolles et à moy de décharge du temps que j'ay attendu, lequel j'ay faict concevoir estre nécessaire et convenable, ce que j'ay creu estre de besoing de vous ramentevoir afin qu'au plustost vous me puissiez donner telle responce que vos maistres jugeront estre utile. En attendant je vous baise les mains et demeure monsieur

vostre tres humble et tres affectionné
serviteur

B. Gerbier.

De la Haye ce 6 de Sepbre 1627.

Copie aux archives de Simancas. Sec. de Estado Legajo 2517, fol. 18


[120] CCCCLVII
BALTHASAR GERBIER AU ROI CHARLES I.

Sire.

L'on ma envoyé une lettre en chiffre de Paris, dattée du 28 d'Aoust dont la teneur est:

«Je vous conjure de faire sçavoir promtement au Roy de la Grande Bretagne et à Monsr le duc de Buckingham vostre maistre que le Roy de France a obtenu du roy d'Espagne un secours de soixante vaisseaux lesquels seront prêts d'ens un mois pour rencontrer la flotte laquelle est aux Isles. Le Courier est parti pour Espagne il y a deux jours à son arrivée ils doivent faire voille. C'est le bon père Bérulle qui a fait toutte cette menée entre les Ambas. d'Espagne lesquels n'ont pas seulement opéré en cette occasion pour les caresses que le Cardinal leur a faict, mais parce que le Roy les a supplié à maints jointes de l'assister en une si poignante ocasion. Je voudrais que ma lettre eust des aisles affin que les nouvelles vinssent à temps aiant esté en très grande peinne d'entendre que votre homme estoist parti pour Envers ou toutes fois l'on m'a dict qu'il faict quelque séjour ne faillez de donner promtement advis de ce que je vous mande.»

La lettre est assez longue sur la relation de la maladie et retardement de Don Diego Messia, disant, que son desain estoist de demeurer seullement quatre jours à Paris, qu'il avoist ordre de... si en passant íl pouvoist acommoder les affaires de Gênes que si quelqu'un vouloist dire qu'il estoit passé en France pour autre subject que je n'en croiasse rien, disant ces mots, «Tirez vous de la peinne ou vous estes l'Ambassadeur Mirabel m'a asseuré que l'Infante désire fort que le Roy d'Espagne s'acommode avec le Roy de la Grande Bretagne, mais je crains que cela n'ira pas si bien maintenant comme je voudroís, la mauvaíse disposition des affaires du Roy de Dennemarque y aportera beaucoup de retardement. L'Infante a escript à Mirabel qu'elle est au désespoir de ce que le Roy d'Espagne faict pour le Roy de France, qu'elle désire avec pation l'acommodement entre l'Espagne et l'Angleterre, tellement que l'on la doit presser, parcequ'elle fera tous les eforts pour [121] empescher ce secours promis.» Voila ce que contenoit la susditte lettre au bas y avoit «je me confie tant à vostre loyauté que je m'asseure que ne direz à âme vivante que ceste lettre vient de moy.»

Sire, la longueur de la maladie de Don Diego Messia de laquelle les lettres de Rubens faisoient mention m'avoict faict penser s'il n'y avoist point de l'artifice - c'est pourquoy j'envoyay un homme exprès à Paris pour s'enquester de tout ce que ce passoit là et la personne qui m'escript à remarquer que j'estois en ombrage du retardement de ce Messia sur quoy ceste susdite lettre dict que je m'ôtasse de peinne. Je n'eusse eu la hardíesse d'escripre à Vostre Maj: si le devoir ne m'obligeoit d'acompagner avecq la diligence la secretesse que la personne me recommande. Vostre Majesté ce peut asseurer que cette inteligence est très particulière et très seure, et qu'il est très certain que cestte resolution est prise. J'en ay donné advis à Monsr Carleton, affin qu'il en donne intelligence à ces Estats et que leur préparation puisse estre si considérable aux Espagnols qu'ils ce remettent sur leur cautelle acoustumée de ne riscquer leurs moiens pour une Nation inconstante laquelle aussi bien les trompera. Les lettres qui sont arivées aujourd'huy des Ministres publicqs font tout mention de la ditte flotte, disent quelle doit estre aux isles le 15me de ce Mois, mais la personne asseure qu'il sera pour le moins un Mois. A cela accorde la sorttie des vaisseaux de Hambourgh, lesquels porttent les amonitions. J'envoyeray dens deux jours homme exprès à Mons: le duc pour lui rendre comte de tout et par iceluy j'escripberay amplement à M. le Comte Carlille ou Conway ce que lon me mandera aussi de ce Don Diego. L'Ambassadeur de Savoye m'a enjoint de faire sçavoir l'artifice que le Cardinal a usé avecq ce lourdau d'Ambass: d'Hollande qui est à Paris lequel a signé et renouvellé le Traitté faict à Compiègne

1. entre le Roy de France et les Estats par lequel moyen le Cardinal faict paroistre qu'il n'abandonne pas les amis de la France sur ce que tout le monde crie du Traitté d'Espagne.

2. Il faict paroistre de la division parmy cest Estat et l'Angleterre et par ce moien affoiblit les espérances de ceux de la Religion.

3. Que le Milion de Francx qu'il donne à cest Estat n'est de nulle considération quand par iceluy il peut amener les Estats à ne ce préparer contre la flotte d'Espagne, sachant asseurement qu'il a faict croire à [122] l'Ambassadeur d'Hollande à Paris qu'il n'attends nullement les vaisseaux d'Espagne mais au contraire qu'il vouloist la paix d'Engleterre par leur entremise qui n'est qu'un artifice pour se mocquer et les amuser. Artsen et Vosberghen ont dict hier apsoluement qu'ils ne croient pas que ce traitté signé par l'ambassadeur doit estre ou sera avoué des Estats en la conjunction que les affaires sont maintenant. Don Diego Messia est arrivé malade à Bruxelles le 9 de ce mois où il fist son entrée en une littière. Rubens y est et ce qu'il aura à me dire après une si longue attente je croy que je le sauray en peu de jours. J'ay escript à Monsr le Comte Carlille le sentiment que j'avois sur ce retardement. Suppliant très humblement quil plaise à vos. Maj. de pardonner la hardiesse que j'ay prise en faisant une si longue lettre procédante du deveoír et zelle de celuy qui n'a aultre ambition en ce monde que de pouvoir estre

Sire
de vos. Maj
le très humble très fidelle
très obeissant et très dévot
Serviteur

B: Gerbier.

Haye ce 15 Septembre 1627. Stillo novo.

Londres. Public Record Office.

Communiqué par Noël Sainsbury.


CCCCLVIII
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

Hagh, Sept 7, 1627.

The Savoy Ambassr (Abbate de Scaglia) hath had an expresse from the D. of Savoye his Maister: By wch hee hath letters of credence to the States and the Prince of Orenge, but forbeares deliveringe of them, till hee see what comes from Rubens upon arryvall of Diego Mexia at Bruxelles, who came thither the 29 of the last sick and weake and in [123] that regard the Savoy Ambasr finds subject of excuse that here is yet noe newes from him but conceaves the best upon advertisements that the Archduchess, Marq. Spinola and Mexia himself wth other publick Ministers are resolutely bent to peace wth England and that the award now given at Sea by Spain to France is a private piece of worke betweene Count Olivares and Cardinal Richelieu. The Duke of Savoy adviseth, that either England should pacifie with Spain or by seeming soe to doe, to divert further treatie between Spaine and France. Now doubtingue but that Spain will prefer the amitie of England before France.


Noël Sainsbury, op. cit., p. 97.


TRADUCTION.
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

La Haye, le 7 septembre 1627.

L'ambassadeur de Savoie, l'Abbé de Scaglia, a reçu un exprès de son maître le duc de Savoie, lui apportant des lettres de créance auprès des États et du prince d'Orange, mais il en retarde la remise jusqu'à ce qu'il voie ce que fera Rubens après l'arrivée de Don Diego Messia à Bruxelles. Celui-ci est arrivé dans la dite ville le 29 du mois dernier (8 septembre), malade et affaibli. Dans cette circonstance, l'ambassadeur de Savoie trouve la raison pour laquelle cet envoyé n'a pas donné de ses nouvelles. Il conçoit le meilleur espoir des avis que l'archiduchesse, le marquis Spinola et Messia lui-même ainsi que d'autres ministres ont fermement résolu de faire en faveur de la paix avec l'Angleterre. Il considère l'arrêt touchant la mer accordé par l'Espagne à la France comme un accord privé intervenu entre le Comte Olivarez et le Cardinal de Richelieu. Le Duc de Savoie est d'avis que l'Angleterre doit conclure la paix avec l'Espagne ou s'en donner les apparences afin de prévenir un traité plus arrêté entre l'Espagne et la France. Nul doute que l'Espagne ne préfère l'amitié de l'Angleterre à celle de la France.


[124] Mémoire de Gerbier. Le Sr Don Diego Messia fist sejour à Paris l'espace de deux mois. A son arrivée à Bruxelles le Sr Rubens fist responce à Gerbier lequel l'avoit pressé ne voulant plus attendre et est la teneur comme s'ensuit:


CCCCLIX
RUBENS A BALTHASAR GERBIER.

Monsieur Gerbier.

Vostre lettre du 6 de ce mois at esté veuue et prise en bonne part, mais touchant la responçe que désirés sur vostre escriture du 9 de Mars, on trouve que demeurant de vostre part en la résolution contenue dans le dict escript qui est de vouloir embrasser tout en un comme vous m'avez réitteré l'on ne trouve que l'on puisse pour le présent advancer l'affaire, par auqu'une responce (1), parceque la venue du Seigneur Don Diego Messia nous at esclairçy du conçert des Roys d'Espagne et de France, pour la défençe de leurs Roijaumes. Ce néantmoins la Sérénme Infante ne change d'opinion, ains est d'advis de continuer les mesmes offiçes pour l'effect de ses bonnes intentíons, ne désirant S. A. aultant chose en ce monde que le repos du Roy son nepveu et une bonne paix pour le bien publicq. Aussi Monsr le Marquis y apportera pour sa part toute assistençe et le devoir qu'il pourra pour le sucçès d'un si bon oeuvre, si de la part de l'Engleterre l'on faict le mesme, nostre correspondence se maintiendra (2) en vigeur, et se donneront réciproquement les avys nécessaires aux occasions qui s'offriront. Sur quoy attendant de vos nouvelles je me racommande en vos bonnes grâces demeurant à jamais

Monsieur
Vostre bien humble et affectionné Serviteur

P. Rubens.

Ce 18 de Septembre 1627.

Au dos: Lettre de Rubens du 18 Septemb. receu à la Haye le 24.


[125] Original. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders, 56.

Publié par Sainsbury. op. cit. p. 253. Id. traduction anglaise, p. 100, et par Rosenberg, op. cit. p. 244.

Une copie s'en trouve dans la même farde, trois autres copies dans Foreign State Papers, Holland 185. Ces dernières sont légèrement abrégées et altérées par Gerbier. Une autre copie encore aux archives de Simancas, Secretario de Estado Legajo 2517, fol. 14. Dans les archives de Simancas, il se trouve aussi une traduction espagnole de cette lettre publiée par Cruzada-Villaamil, op. cit., p. 125.


CCCCLX
RUBENS A BALTHASAR GERBIER.

Monsr

Ick bidde U. E. believe te ghelooven dat ick doen al wat ick can, ende dat ick vinde myne meesters seer gheappassioneert in de saecke haer vindende ghepicqueert ende gheaffronteert van Olivares, wiens passie prevaleert aen alle andere redenen ende consideratien, ghelick ick hebbe ghemerckt wt de woorden (al ist dat hy het soeckt te bedecken) van Don Diego selver, het meeste deel van den raedt van Spagnien was van onse opinie, maer dien cop heeft al naer synen sin ghedrongen. Dit syn plaeghen van God die door alsulke middelen syn werck doet daer woorden soo veele saecken aen Don Diego gheremonstreert dat hy beghint te bransleren, et se hailla embarrassado. Men heeft hem doen tasten met der handt de perfidie vande Francoisen, ende de secoursen die Coninck van Vranckrick daetelick geeft de Staeten, ende gheerne soude gheven dat hy cost aen Danemarc, dat sy selver met onse simpliciteyt ghecken, ende soeken maer met desen bietebau van het secours van Spagnien te dringen tot accort Engelant welck ook daer op volgen sal; dese proposten ende redenen heeft selver Rubens door order van d'Infante ende Marquis dicwils int lanck ende breedt aen Don Diego gheremonstreert, met groote herticheyt ende liberteyt, ende oock niet sonder effect, maer de saecke is ghedaen, ende hy en can de orders van Spagnien niet veranderen. Ick en begheere U. E. onder pretext van vriendschap niet te bedrieghen, maer segghe recht wt de waerheyt, hoe dat d'Infante ende Marquis geresolveert syn [126] ons tractaet te continueren, hebbende opinie dat de concerten tusschen Vranckrick ende Spagnien gheen effect hebben en sullen, oft iet sonderlinck wtrechten oft oock niet dueren en sullen, oock alle wyse lieden alhier soo geestelick als wereltlyck gecken ende lachen daermede. Toch soo lange als daer gheen proeve af ghedaen en is, en is gheen veranderinghe te verwachten, ende daer moet wat tyts toe wesen. Men hoopt dat Olivares sal dan eens syn ooghen open doen ende moghelick beter coop gheven als het te spaede sal syn. Belieft U. E. daerentusschen de saecke met ons in staet te houden, ende Buckingham in goed humeur te houden; het en can gheen achterdeel doen: wy en pretenderen daermede niet te beletten oft te retardeeren eenich attentat van orloghe soo datter gheen artificie onder en can scuylen, noch oock en soecken U. E. langher op te houden met ydel hope veir van myn Heere synen Meester, ende syne lieve huysvrawe, welck tot noch toe gheschiet is met goede intentie, ende apparente redenen het sal wel syn dat wy meccanderen ondertusschen aviseren van 't ghene datter passeren sal om de Princen wacker te houden ende het tractaet bovendien. Ick sende U. E. den inghesloten aen myn heere den Hertoch, tot U. E. decharge ende de myne. Ick en wete daer niet voorders in te doene ende sette my gerust in myne goede conscientie ende den wille Godts. In magnis voluisse sat est, Diis aliter visum est. Ick bidde U. E. believe myne ootmoedighe recommandatie te doen aan myn heer Carleton, ende hem te versekeren van mynen dienst ende affectie, ende hier mede ghebiede ick my wt ganscher harten tot uewarts, blyvende voor altyts,

Myn Heere,
U. E. etc.

Rubens.


Ick hebbe nu terstont U. E. lesten van den 14. ontvanghen, ende sal dienen voor antwoordt dat ik sal prevaleren van U. E. avisen, daer se sullen wel gheimployeert wesen.

Van het Cabinet daer ick U. E. af gheschreven hadde, en is niet van noodt meer te vermaenen, want ick gheen licentie en can cryghen om die ryse te doen, oock is die saecke wat verslapt, ende ist saecke dat se voort gaet, soo mach ik de schilderyen voor myn reekening coopen.

De schilderyen van mynheere de Hertoch syn alle gaeder ghereet; [127] het beste waer dat U. E. Monsr le Blon die commissie gheeve, ende dat hy daerom expresselick in faute van ander occasie eens over quaeme. Ick salse hem daedelick consigneren, ende hem assisteren om passagie te vercrygen van dese syde, maer daer moeste eenen brief van U. E. ghetoont worden die sulk begheerd. Ick recommandeer U. E. myne pasport te platten lande.


Au dos: Copie of a lre from Mr Rubens to Mr Gerbier.


Cette copie est faite par quelqu'un qui ne comprenait pas la langue. Les inexactitudes dans le texte, publié par Sainsbury, se trouvent dans la copie qu'il a reproduite.

Copie. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders, 56. Copie dans: Holland, 185. Publié par Sainsbury, op. cit., p. 254. Id. traduction anglaise, p. 102; par Rosenberg, op. cit., p. 246, et par Ch. Ruelens, Vlaamsche School, V. 91. Une traduction française de cette lettre se trouve dans les Foreign State Papers. Holland, 185.


TRADUCTION.
RUBENS A BALTHASAR GERBIER.

Monsieur.

Je vous prie de croire que je fais tout ce qui m'est possible et que je trouve mes maîtres vivement intéressés dans cette affaire vu qu'ils se trouvent piqués et blessés par Olivarès, dont la passion l'emporte sur toutes les autres raisons et considérations, comme j'ai pu le conclure des paroles de Don Diego lui-même (quoiqu'il cherche à le cacher). La majorité du Conseil d'Espagne était de notre opinion, mais par son entêtement il les a tous forcés à adopter son avis. Ce sont là punitions de Dieu qui, par de pareils moyens, poursuit son oeuvre. On fait tant de remonstrances à Don Diego qu'il commence à être ébranlé et se trouve embarrassé. On lui a fait toucher de la main la perfidie des Français et les secours effectifs que le roi de France accorde aux États et qu'il voudrait donner au Danemark, comment les Français se moquent de notre simplicité et cherchent, par cet épouvantail du secours que l'Espagne pourrait leur accorder, à forcer l'Angleterre de conclure un accord avec eux, ce qui effectivement arrivera. Ces propos et ces raisons Rubens, par ordre de de l'Infante et du Marquis, les a souvent développés tout au long à Don Diego avec une grande sincérité et liberté, ce qui n'est pas resté sans effet; seulement l'affaire est faite et l'ambassadeur ne saurait changer les ordres de l'Espagne. Je ne veux pas, sous le manteau de l'amitié, vous tromper, mais je vous dis franchement la vérité et vous déclare que l'Infante et le Marquis [128] sont résolus à continuer à traiter dans l'opinion que les alliances entre la France et l'Espagne n'auront point d'effet, ne produiront rien et ne dureront pas. Aussi tous les hommes intelligents ici, tant ecclésiastiques que laïcs, s'en moquent-ils. Cependant, aussi longtemps que l'expérience n'en est pas faite, on ne peut s'attendre à quelque changement et cela demande nécessairement encore quelque temps. On espère qu'Olivarès ouvrira alors les yeux et fera de meilleure besogne quand il sera trop tard. En attendant, veuillez tenir avec nous les choses dans leur état et entretenir Buckingham dans ses dispositions favorables. Cela ne saurait faire du mal. Nous ne prétendons pas par là empêcher ni retarder quelque entreprise belliqueuse, de sorte que nous ne cherchons pas à cacher quelqu'artifice. Nous ne cherchons pas davantage à vous retenir par quelque vain espoir loin de Monseigneur votre Maître et de votre chère épouse, ce que jusqu'ici j'ai fait dans une bonne intention et pour des raisons patentes. Entretemps nous ferons bien de nous tenir mutuellement au courant de ce qui se passera pour tenir en haleine les princes et l'affaire du traité. Je vous envoie ci-inclus une lettre au duc pour votre décharge et la mienne. Je ne saurais rien faire de plus dans cette affaire et me confie dans ma bonne conscience et dans la volonté de Dieu. In magnis voluisse sat est, Diis aliter visum est. Je vous prie de présenter mes humbles respects à Monseigneur Carleton et de l'assurer de mon dévouement et de mon affection. Et pour finir je me recommande à vous de tout coeur et reste à jamais

Monsieur
Votre etc.

Rubens.


Je viens de recevoir à l'instant votre lettre du 14 et je vous fais savoir que j'utiliserai vos avis où il conviendra.

Du Cabinet, dont je vous ai écrit, il est inutile de vous aviser davantage, vu que je ne saurais obtenir l'autorisation nécessaire de faire ce voyage. D'ailleurs cette affaire s'est relâchée et, si elle devait se poursuivre, je puis acheter les tableaux pour mon compte.

Les tableaux de Monsieur le Duc sont tous prêts: le mieux serait que vous donniez cette commission à Monsieur le Blon et que, à défaut d'autre occasion, il fit exprès le voyage pour venir ici. Je les lui délivrerai immédiatement et l'aiderai à obtenir libre passage de ce côté, mais une lettre par laquelle vous demanderiez cela devrait être montrée (1). Je vous recommande l'affaire de mon passe-port pour voyager à la campagne.


[129] CCCCLXI
RUBENS AU DUC DE BUCKINGHAM.

Monseignr.

Sy je fusse sy heureux come bien intentionné aux affaires que V. E. m'a confiez, elles seroyent en meilleur estat. Je prends Dieu à tesmoing d'y avoir pcédé sincèrement et de n'avoir dit ny escrit chose quelconque qu'en conformité de la bonne intention et par ordre exprès de mès maistres, lesquels y ont apporté tout ce qui dépendoit de leur devoir et pouvoir por en venir à bout, sy les passions particulières eussent donné lieu à la raison. Aussy nonobstant le succès du tout contraire ils persévèrent en leur opinion et ne changent d'advis à discrétion de la fortune. Mais (come sages et expérimentez aux affaires du monde et considérant la volubilité d'icelle et à combien de changemts sont subjectes les affaires d'Estat) sont résolus de n'abandonner le traicté, comme ils m'ont ordonné d'escrire à Gerbier, ains de continuer les mesmes bons offices por le succez de ce bon oeuvre. Je vous supplie de croire, Monseigr, qu'il n'y a point d'artifice en leur procédure, mais qu'ils sont portez de très bon zèle et affection au bien public. C'est aussy sans préjudice des exploicts de guerre d'un costé et d'autre, ou à quelque retardemt d'iceux soubs ce pretexte. Si V. E. sera du mesme advis je seray bien ayse d'avoir par Gerbier de vos nouvelles, lequel nous avons entretenu longtemps esloigné de vre personne sur l'espoir qu'avions du bon succez. Je supplie V. E. nonobstant l'iniquité du temps me conserver en vos bonnes grâces et croire q. jamais quelq. accident de fortune ou violence du destin public ne pourront séparer mes affections de vre très humble service, auquel je m'ay dédié et voué une fois pour tousjours en qualité de Monseignr

Vre très humble et très obligé Serviteur

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anvers, ce 18e de 7bre 1627.

Au dos: Copie of a lre from Mr Rubens to ye duke of Buckingham of ye 18th of 7ber 1627.


Original. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland, 185. [130] Une autre copie dans: Flanders 56. Publié par Sainsbury, op. cit. p. 256. Id. traduction anglaise, p. 103, et par Rosenberg, op. cit. p. 248.

Rubens mentionne l'envoi de cette lettre à Gerbier dans la lettre flamande qui précède.


CCCCLXII
RUBENS A BALTHASAR GERBIER.

Monsieur.

La responce que je vous envoye ici jointe est tout ce qu'on peust faire en ceste coniuncture, elle est faictte par ladvis de la Sérénisme Infante et de Monsr le Marquis (1), laiant faict veoir et approuver du Seignr Don Diego Messia auquel ils ont baillé la coppie avecq icelle des vostres du 6 de ce mois pour les envoyer touts ensemble en Espagne. J'ay esté depuis la récepte de vos lettres du 6 continuellement à Brusselles aiant receu la derniere à mon retour (2). J'ay traicté par ordre de mes Maistres franchement avecq le S. Don Diego, et vous puis asseurer quils sont bien marris de la résolution prise en Espagne nonobstant tous leurs deveoirs en contraire, aussi ne dissimulent ils nullement leur opinion et font paroistre leur perséverance en icelle non seulement au Sr Don Diego mais en Espaigne mesme. Nous croyons que ces Ligues ne seront qu'un Tonnere sans foudre que feront du bruict en ayr sans effect car cest un componement de divers humeurs ramassés contre leur nature et complexion en un seul corps plus par passion que par raison. Touts les gens d'esprit et bien affectionnés au bien publicq sont de nostre intention et sur tout l'Infante et le Marquis. Le mesme Sr Don Diego m'a recommandé de maintenir nostre correspondence en vigueur, disant que les affaires d'Estats sont sugettes à beaucoup a'inconvéniens et qu'elles se changent facillement. Il est désabusé de plusieurs choses depuis son arrivement icy. Quant à moy je me trouve avecq un extrême regret pour ce mauvais succès, tout au rebours [131] de nos bonnes intentions, mais j'ay ce repos en ma conscience de n'aveoir manqué d'y aveoir apporté toutte sincérité et industrie pour en venir au bout, si Dieu n'en eust disposé aultrement. Je ne puis aussi plaindre de mes Maistres, lesquels m'ont honnoré d'une estroicte comunication de leurs intimes intentions en affaire de telle importance. Je ne puis croire que ceux de vostre party ayent occasion de se moquer de nous ou de nostre insuffisance, ou de se desfier de moy, puis que mes maistres ne veulent abandonner l'affaire, ains persistent tousiours en la mesme intention sans aulcune fainte ni surprise, ne pouvant servir ceste artifice à chose quelcqonque, puis qu'on ne prétend par ce moyen de raffroidir ou tenir en suspens aucun effort ou exploit de guerre de vostre costé. Je prie Dieu nous employer plus heureusement pour l'advenir en ceste et en aultres ocasions et vous conserver en sa protection et moy en vos bonnes grâces, qui suis et seray tousjours

Monsieur Vostre plus humble et affectionné Serviteur

Rubens.

Ce 18 de Sepre 1627.

Copie de la main de Gerbier. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders, 56. Publié par Sainsbury, op. cit., p. 253. Ibid. traduction anglaise, p. 100, et par Rosenberg, op. cit., p. 245.

Trois autres copies avec des variantes insignifiantes se trouvent dans Foreign State Papers. Holland, 185.


CCCCLXIII
LE MARQUIS DE LÉGANÈS AU COMTE-DUC D'OLIVARÈS.

Bruxelles, le 18 Septembre 1627.

Segun lo que me escrive el Marqués de Mirabel, creçe cada dia el desconsuela y la desconfianza en Francia, aunque están en mejor estado, pues han socorrido el fuerte, segun dizen, con que podrán durar mas; pero es ya largo tiempo el que está allí el inglés, y estamos al fin del verano, y podrian tomar tal rresoluçion, que no llegue á sazon nuestra Armada para nada, y sea con riesgo de algun temporal por [132] estas mares, y el nuevo cardenal de Berul diz que está desanimado de todo punto, y es cierto que si les damos esta ocasion que ellos la justificarán para cualquiera mudanza y rresoluçion que tomen, y assi tendriamos mas que pensar para lo que se ha de obrar el año que viene, y S. A. y el Marqués están en su opinion de no creer nada en franceses, ni les parece que han de tener firmeza por mas que los empeñemos; pero en quanto al socorro que se ha offreçido, sienten que se tarde tanto en cumplirle, por esto tan forzoso y de tanta obligaçion y reputaçion. Y en lo que se ha de hazer el año que viene en la empresa de Inglaterra, discurre largamente el Marqués, y le parece que será para ello la mejor ocasion que se pueda offrezer, pues hallándose el Emperador y las cosas de Alemaña en ton buen estado, se pudiera apretar en que arrime aquella gente á la parte de Pisa y Endem para el intento que se tiene de divertir y dar en que entender allá á Hollandeses, y valernos de la gente de aquí para la armada, escogiendo la mejor y demas serviçio. Y segun le veo brioso y desseoso de que se tome nueva rresoluçion en esta jornada, juzgo que si su magestad le mandase que se encargase della, que no se escusaria, sino que lo açetaria con gallardía y con firme esperanza del buen suceso, porque está muy en quenta de la forma y ynformado de lo que es menester; y para françeses no abria cosa que mas los alentase, porque es increyble lo que le quieren, y el nombre que tiene entre ellos, y lo que particularmente le alaba el Cardenal de Richelieu: y me ha parecido apuntarlo á V. E. por si lo tubiese por á proposito para tratarlo y disponerle con tiempo, assegurándose V. E. de que el Marqués le obedezerá en quanto le mandare con mucho gusto y rrespeto, sin mirar á incomodidad ni trauajo suyo, y seria azertado comenzar desde luego con el rrecato que combiene á solicitar lo de Pisa y ajustar lo de la mar.

En la materia que trata Rubens verá V. E., por las copias de cartas que van con esta, lo que le escriuió su correspondiente y él rrespondió con comunicaçion nuestra, y lo que ofrecen en la de Inglaterra y Olandeses es mucho. Y como V. E. es de opinion que se ha de oir y no soltar de la mano las negociaçiones aunque se esté con la espada en la otra, se mantiene y se mantendrá la plática con este cuidado y sin empeñarnos en nada. [133] En lo que toca á la gente para el Mar Báltico, está prompta, esperando auiso de que aya baxeles de aquella Armada donde embarcarse, y luego que se tenga caminará la gente, y ha muchos dias que esto se ha deseado executar aquí y se dessea. Dios guarde, etc.


Original aux Archives de Simancas. Publié par G. Cruzada-Villaamil. Rubens Diplomatico Español, p. 120.


TRADUCTION.
LE MARQUIS DE LÉGANÈS AU COMTE-DUC D'OLIVARÈS.

Bruxelles, le 18 septembre 1627.

D'après ce que m'écrit le Marquis de Mirabel, la désolation et la méfiance croissent tous les jours en France, quoique les choses soient en meilleur état, puisqu'ils ont secouru le fort, d'après ce qu'ils disent, de sorte qu'il pourra se maintenir plus longtemps; mais il y a déjà longtemps que les Anglais se trouvent là. Nous sommes à la fin de l'été et ils pourraient prendre telle résolution qui empêcherait notre flotte d'arriver à temps et elle courrait risque d'être surprise par la tempête dans ces mers. Le nouveau Cardinal de Bérulle dit qu'il est entièrement découragé et il est certain que si nous leur fournissons cette occasion, ils en profiteront par un changement ou une résolution quelconque qu'ils prendront, et ainsi nous tendrons plus que nous pensons vers ce qui doit se faire l'année prochaine. Son Altesse et le Marquis persistent dans leur opinion de n'avoir aucune confiance dans les Français et ils sont d'avis qu'ils ne tiendront ferme que pour autant que nous les engageons, mais quant au secours qu'on a offert, les Français regrettent qu'on tarde tant à le porter quoi qu'il soit si nécessaire et de tant d'importance. Quant à ce qu'il y a à faire l'année prochaine dans l'entreprise contre l'Angleterre, le Marquis en a parlé longuement et il lui paraît que pour lui ce sera la meilleure occasion qui peut s'offrir, puisque l'empereur et les affaires d'Allemagne se trouvent en si bon état, on pourrait se presser de concentrer des troupes du côté de Pise et Emden en vue de l'intention que l'on a de les envoyer ailleurs, de le donner à entendre aux Hollandais et d'employer des gens de ce pays-ci pour la flotte en choisissant les meilleurs et les plus propres à ce service. Et, selon que je le vois courageux et désireux de voir prendre une autre résolution dans cette expédition, je juge que si Sa Majesté lui ordonne de s'en charger qu'il ne s'y refusera pas, mais qu'il l'acceptera avec empressement et avec le ferme [134] espoir de réussir, parce qu'il est mieux au courant de la forme et de ce qui est nécessaire. Pour les Français, il n'y a pas de raison pour qu'il les encourage davantage, parce qu'il est incroyable combien ils lui sont attachés et le grand nom qu'il a parmi eux et combien surtout le Cardinal de Richelieu fait grand cas de lui. Il m'a paru bon de le désigner à Votre Excellence parce que, si vous trouviez à propos de l'employer à traiter et à disposer de lui en temps voulu, je puis assurer Votre Excellence que le Marquis obéira avec plaisir et respect à tout ce que vous lui ordonnerez, sans regarder à la fatigue ni au travail et il serait bien à même de commencer aussitôt à solliciter ceux de Pise avec la prudence voulue et à préparer les affaires maritimes.

Quant aux affaires que Rubens traite, Votre Excellence verra par les copies des lettres jointes à la présente ce que lui a écrit son correspondant et ce qu'il lui a répondu de concert avec moi; les offres faites dans les affaires de l'Angleterre et de la Hollande sont importantes. Et comme Votre Excellence est d'opinion qu'il faut prêter l'oreille et ne pas abandonner cette négociation tout en gardant l'épée à la main, les pourparlers se continuent et se continueront sans perdre de vue cette nécessité et sans les empêcher en rien.

Quant à ce qui regarde le corps d'armée de la mer Baltique, il est prêt, attendant l'avis des navires de la flotte où ils devront s'embarquer. Aussitôt que cet avis sera arrivé, la troupe se mettra en marche, et il y a longtemps qu'on a désiré avoir à exécuter cet ordre et on le désire encore. Dieu garde, etc.


COMMENTAIRE

. Le marquis de Léganès, don Diego Messia, était arrivé à Bruxelles le 29 août (Lettre de Carleton du 7 septembre); il était chargé par le roi d'Espagne d'organiser l'expédition contre l'Angleterre dont la présente lettre expose le plan. Le marquis de Spinola devait être mis à la tête de l'entreprise. Il devait y employer les flottes combinées de l'Espagne et de la France. La paix devait donc être faite d'abord avec cette dernière puissance. Le marquis de Léganès était chargé d'une autre mission encore: il devait gagner les provinces belges à un projet d'unification des forces de la monarchie. Une seule armée permanente de 140.000 hommes serait formée: La Castille et les Indes y contribueraient pour 44.000 hommes; la Belgique, pour 12.000; le royaume d'Aragon, pour 10.000; celui de Valence, pour 6.000; la Catalogne, pour 16.000; le Portugal et le royaume de Naples, pour le même nombre; la Sicile, pour 6.000; le duché de Milan, pour 8.000 et les îles de l'Océan et de la Méditerranée, pour 6.000. Ce projet ne fut jamais réalisé. Le marquis de Léganès quitta la Belgique le 3 janvier 1628 en compagnie de Spinola; ils se rendirent tous [135] deux à Madrid. Tout en faisant ces préparatifs d'invasion en Angleterre, on continuait les pourparlers en vue de faire la paix avec ce pays. On comprend le dégoût que devait inspirer à Rubens pareille mauvaise foi.

Le cardinal de Bérulle, dont il est question dans cette lettre, fut créé cardinal en 1627 par le pape Urbain VIII, en raison des grands services qu'il avait rendus à l'Église. Il était fortement mêlé aux affaires de l'État et fut en mainte circonstance l'adversaire du cardinal de Richelieu. C'est lui qui opéra la réconciliation de Louis XIII avec la reine-mère, il négocia la dispense nécessaire pour le mariage de Charles I et de Henriette de France et suivit cette princesse en Angleterre en qualité de confesseur. Il négocia la paix entre la France et l'Espagne qui conserva la Valteline aux Grisons et ferma aux armées espagnoles le passage en Italie.


CCCCLXIV
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

Right Honorable my Noble Ld.

What yssue Rubens business is come unto yor Lp will find by my last dispatch by Captayne Sackville & a lre I sent yor Lp from Gerbier the day following by the ordinary of Delft so as yt requires no longer attendance, & other affaires will fare the worse for attending these mens leasure

Yr Lps
most humble servant

D. Carleton.

Hagh this 19th of September 1627.

Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland, 185.

Publié par Noël Sainsbury, op. cit. p. 104.


TRADUCTION.
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

Très honorable et noble Seigneur.

Quel résultat a produit l'intervention de Rubens, Votre Seigneurie le verra par ma dernière dépêche confiée au Capitaine Sackville et par une lettre de [136] Gerbier, que le jour suivant je vous ai envoyée par l'ordinaire de Delft, de sorte que je n'ai plus à y insister davantage et les autres affaires vont mal à cause de l'inactivité de ces hommes.

De votre Seigneurie le très humble serviteur,

D. Carleton.

La Haye, le 19 septembre 1627.

CCCCLXV
GERBIER AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.
[EXTRAIT]

Monsieur.

Rubens en un petit papier me dict qu'il souhaitte que la flotte renconstrat bien tost la nostre, et que les Espagnols fussent bien frottés, affin que la fouge du Comte d'Olivares saissast et donnast moien de faire du bien, en toutte fasson en attendant quoij, il appert qu'il sera necessaire puisque quelque sorte d'acointance de la ditte affaire a esté donnée à quelques uns des Estats issi qu'il leur soit donné quelq. relation laquelle puisse toutefois tourner à l'advantage du Roy de la grande Bretagne, et les causer à sengager d'avantage.

Delfdt24 September 1627.

Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland, 185.

Traduction anglaise dans Noël Sainsbury, op. cit. p. 97.


CCCCLXVI
GERBIER AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

Monsieur,

Il y a deux jours que par exprès j'ay donné advertissement que les vaisseaux de France feront voille avecq le premier vent sens doutte ils [] [] [137] ne lai[sse]ront pas eschapper celuy si; depuis j'ay receu un pacquet de Rubens et d'autant qu'il vous a pleu me faire l'honneur passé quelque temps de me charger de vos commendements, entre aultre chose me touchant sur ce point que sa Maje avoit veu ce que de la part d'Espagne estoist dict à Mons: l'Ambass: de Savoye, et par les escripts du susdit Rubens j'ay creu estre de mon devoir de vous en rendre compte en attendant que j'aye ce bon heur de le faire plus amplement de bouche. Je diray doncques, que la fable est finie encore que selon toutte leurs protestations, et par la corespondance des aultres Ministres tout aboutit sur le vraysemblable de la vérité que l'Infante, le Marquis, L'Ambassadeur Mirabel à Paris et ce Don Diego, le Messie prétendu mesmes ont eu une très cincère volonté; mais qui passé par les lieux pestiferés y laisse la santé ou la vie. Voilà donc l'efect du temps une Métamorphose, non d'Ovide mais du Cardinal, qui a seu si bien sacramanter sur son bonet rouge, sur sa foy, sur sa sainte crois, rendre odieux le gouvernement de l'Engleterre mesprisable par les contes du Père Bérulle, maintenant Diable en Cardinal, lequel leur a faict croire que l'Engleterre se poura conquérir en six mois, si la France faict une estroitte liaison avec l'Espagne; qu'à la fin voila tout renverssé touchant ce qui regardoit ce traitté, sur lequel par lettres et voyage du dict Rubens, l'on m'avoist faict attendre issi si longtemps. Le Conte d'Olivarès plus boullant que jamais duquel toutefois comme appert par lettres de Rubens les doctes de leur costé tant Politiques que Eclesiastiques se moquent à bouche ouvertte, montrant au doit la grande fautte que l'Espagne faict, laquelle croit en joignant les contraires ensemble de faire une bonne harmonie. Se sont des Maximes d'un Microcosme nouveau, lequel est dans le caos du serveau du Cardinal, lequel ne s'aproche jamais tant de sa ruine que par ceste action. Rubens dict l'on sçait bien que ces deux Nations sacorderont comme l'eau et le feu, que c'est un artifice du Cardinal pour vous faire peur, que ceste Ligue d'Espagne et de France sera un Tonnerre sens foudre, qui fera du bruit en ayr sans effect, car c'est un componement de divers humeurs ramasséez contre leur nature et complexion en un seul corps plus par passion que par raison. Il notte comme ce Messie devenu Apostat, est fort désabusé de plusieurs choses, depuis qu'il est tiré de ceste lie de France, et que l'on aperçoit depuis que le Cardinal a attrappé cest Ambassadeur de Hollande résident à [138] Paris à luy faire donner un trait de Plume que il Signor Don Diego se trouve assez embarassé, mais que finallement que pour l'heure présente à ce qui regarde aultre response touchant ce traitté entre l'Espagne et l'Engleterre quil ne peut changer les ordres receux d'Espagne. Voila donq, au lieu d'un Messie un revers de medaille, forgée par des prestrailles; il est à croire que si les affaires changent, que Monsieur il Rodomont d'Olivares vera sa faulte, et qu'ils seront très aise de faire ce qu'ils ne devroient aveoir remis au lendemain, ce qu'appert par les mesmes parolles de Rubens lequel désire en ces lettres, donc j'envoye les copies, que le chemain a commencé et tracé ce puisse tousjours tenir ouvert, puis qu'il ne portte auqun prejudice n'y désadvantage aux actes de la guerre; puis doncques que les hommes sont si esloignés de la Paix, il la faut espérer de Dieu qui la donnera en temps convenable, en attendant ce résoudre à ce servir du mal nécessaire. Je garde les lettres originelles que Rubens m'a envoyé pour mon retour, espérant Monsieur quil vous plaira faire raport de ceste affaire à Sa Majesté, et si je n'ay esté si fortunné d'adresser heureusement en une telle affaire ce n'a pas esté par manquement de zelle et dévotion estant

Monseigneur
Vostre très humble et
très obéissant Serviteur

B. Gerbier.

De la Haye ce 25 Septembre 1627.

Mons. L'Ambassadeur de Savoye part d'icy pour Engleterre dans 8 ou dix jours.


Original. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland, 185.

Traduction anglaise dans Noël Sainsbury, op. cit. p. 97.


COMMENTAIRE.

Lettre remarquable montrant que Gerbier est au courant du complot tramé contre l'Angleterre par l'Espagne et par la France, et qu'il partage l'avis de Rubens sur l'inanité de cette entreprise. Il voit clair dans les projets de l'ennemi et n'est point dupe de leurs hypocrites efforts pour faire croire à la continuation des négociations. Piquantes sont ses observations sur don Diego [139] Messia, le Messie devenu apostat, sur le rôle du Cardinal de Richelieu et du duc d'Olivarès. Mais la conclusion n'en est pas moins amère pour Gerbier comme pour Rubens; leurs communs efforts n'ont point abouti, il ne lui reste plus qu'à retourner en Angleterre. Le premier acte de la pièce où le grand peintre anversois joua un rôle si considérable est terminé. C'est le dépit de voir toutes ses espérances s'en aller en fumée qui dicte à Gerbier les sarcasmes que nous venons de lire. Le 4 octobre suivant, il fut rappelé en Angleterre par la lettre qu'on va lire.


CCCCLXVII
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

Hagh, Sept. 15, 1627.Right Honorable my Noble Ld

Yesterday about noone, Gerbier having sent me from Delft such lrês he mett wth there, in his way to Rotterdam, from Rubens (of wch the copyes goe herew). I tooke occasion of the chiefe point in them (wch yor Lp will find underlyned) to require the States to hold an extraordinary Assembly in the afternoone, and to give me audience.

Yr Lps
most humble servant

D. Carleton.


Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland, 185.

Publié par Noël Sainsbury, op. cit., p. 99.


TRADUCTION.
LORD CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

Très honorable et noble Seigneur.

Hier vers midi Gerbier m'ayant envoyé de Delft des lettres de Rubens qu'il a trouvées dans cette ville sur sa route vers Rotterdam (dont je vous envoie ici les copies). J'ai pris occasion du point principal qui y est traité et que [140] Votre Seigneurie trouvera ici souligné pour solliciter des États une assemblée extraordinaire et de m'y admettre pour être entendu.

De Votre Seigneurie le très humble Serviteur

D. Carleton.


CCCCLXVIII
LE SECRÉTAIRE LORD CONWAY A B. GERBIER.

Hampton Court, October 4, 1627.

His Mtie hath bene made acquainted from tyme to tyme wth the advertissements and accounts given by yow hither touching the Treatie on foote by Rubens, and hath thereby seene yor diligence, zeale, and care in his service, wch his Matie approves and takes well. But since yor last lres shew that by the great default of the Ministers on the other side there can bee nothing expected by that Treatie: His Mate thinkes it agreable to his honor and service to suspend any further proceedings in that treatie. And therefore there being noe further occasion of yor service or attendance ther about the same, you may take oyr first oppertunitie to come away wthout spending more tyme there, if noe particuler comandments for the service of yor gratious Lord and Master the Duke stay you. This is that wch his Matie hath comaunded mee to signifie unto you, and in expectation of yor arrivall here, and a free comunication of all things wth yor selve, I wish yow a good passage, and remaine yr,

Ed. Conway.

Hampton Court Octob. 1627.

Au dos: October 4 1627. To Mr Gerbier.


Original. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland, 185.

Publié par Noël Sainsbury, op. cit. p. 105.


[141] TRADUCTION.
LE SECRÉTAIRE LORD CONWAY A B. GERBIER.

Hampton Court le 4 octobre 1627.

Sa Majesté a été mise au courant de temps en temps des avis et rapports envoyés par vous touchant le traité proposé par Rubens et a vu en même temps votre diligence, votre zèle et soin dans son service, ce que sa Majesté approuve et prend de bonne part. Mais depuis que vos dernières lettres ont démontré que par le grand défaut des Ministres du parti opposé on ne saurait rien attendre de ce traité, Sa Majesté pense qu'il convient à son honneur et et à son service de suspendre toute démarche ultérieure concernant ce traité. C'est pourquoi, puisqu'il n'y a plus d'occasion d'utiliser votre service ni votre présence en ces lieux dans cette affaire, vous pouvez prendre la première occasion de retourner ici, sans perdre plus de temps là-bas, si aucun ordre particulier pour le service de votre gracieux Seigneur et Maître le duc ne vous y arrête. Voilà ce que Sa Majesté m'a ordonné de vous faire savoir, et dans l'attente de votre arrivée ici et un entretien explicite sur toutes ces choses avec vous-même, je vous souhaite un bon passage et reste votre

Ed. Conway.

Hampton Court Octob. 1627.

Au dos: 4 octobre 1627. A Mr Gerbier.


COMMENTAIRE.

Trois jours après que cette lettre fut écrite, le Comte-duc d'Olivarès réunit le Conseil d'État à Madrid pour délibérer sur les lettres du 17 septembre écrites par le Marquis de Léganès au Comte-duc et par Rubens au Duc de Buckingham et à Gerbier. Il s'agissait de savoir si on approuverait le projet du Marquis de Spinola de faire une descente en Angleterre, et si, à cet effet, on contracterait une alliance avec le roi de France tout en concluant une trêve avec les Hollandais. Les avis furent partagés. On n'osait trop déconseiller l'expédition contre l'Angleterre proposée par le premier et seul général de la monarchie, mais on faisait tant d'objections sur la possibilité de réunir les forces nécessaires que l'idée admise comme fort sympathique devait nécessairement être abandonnée comme inexécutable. La majorité conséquente avec [142] elle-même défendait la paix avec la France; mais en même temps qu'elle cherchait à créer des alliances contre l'Angleterre, elle était d'avis de ne pas rompre avec ce pays et de se ménager les moyens de reprendre les pourparlers qui venaient d'être rompus. Politique de duplicité et d'hésitation, de fanfaronnade et de faiblesse. La conduite loyale de Rubens et sa manière franche de faire connaître l'intention de l'Espagne envers l'Angleterre devait déplaire à ces hommes d'État astucieux et ils ne se firent donc pas faute de blâmer la franchise des déclarations de l'artiste diplomate.

Voilà le résumé des opinions émises dans la séance de la junte dont le procès-verbal, adressé au roi Philippe IV, suit ici:


Copia de una consulta que en la carpeta dice = «La Junta en Madrid a 7 de Otubre 1627, sobre lo que contienen los inclusos papeles que tratan de cosas de Francia, Inglaterra y Olanda.»


Señor.

La Junta ha visto (come V. Md fue seruido de mandarlo) el incluso capitulo de carta del Marques de Leganes para el Conde Duque en que apunta la desconfianza con que estan en francia por la tardanza del socorro, y assi mismo ha visto los tres papeles que el dicho Marques embio de lo que escrivio de la Haya Gerbier a Rubens en razon de acomodarse V. Md con Inglaterra, apuntando el Marques que el de los Balbases es de parezer que la sazon presente es la mejor que se puede ofrezer para empreender a Inglaterra y que si lo mandase V. Md se encargaria de la jornada.

Tambien se ha visto otro papel que ha dado un confidente acerca de la forma en que se podria entrar en platica de treguas con Olanda y otro del desconsuelo con que esta el Marques de los Balbases de lo que se ha dicho del, por lo de Grol.

Y Haviendo platicado la Junta en todo voto como se sigue.

Don Augustin Messia; que en la primera carta que Don Diego Messia escrive, parece que se inclinan en flandes a que se haga jornada en Inglaterra el año que viene, y le pareze que siendo V. Md servido se le podria agradezer el desseo que tienen y el ofrecimiento que hazen, pero seria de parezer que por agora V. Md no tratase de jornada hasta veer en lo que para este socorro y de la maniera que buelve la Armada y todo lo que V. Md podra juntar el año que viene y en esto tiempo el dara a entender lo que V. M. podra intentar con las fuerzas que tuviere y si el diere lugar a que V. Md pueda [143] hazer esta jornada entonzes podra V. Md tomar resolucion de como ha de empreender una cosa tan grande como esta y de la persona que combiniere nombrar para ella.

En el otro punto de la platica que se ha començado con Inglaterra, ya V. Md ha mandado que se mantenga, y agora le pareçe que ay mas razon y ocasion con lo que Gerbier escrive a Rubens y con la liga nueva que ha hecho francia con olandeses y assi le parece que seria bien escrivirlo à la Señora Infanta que se alargase su A. en esta platica algo mas de lo que hasta aqui, de manera que tengan mas Esperanzas de la que agora muestran.

En lo de las treguas de Olanda, sobre que escrive el Confidente parece que conviene que venga mas declarado y que diga el intento que lleva porque dezir solo que no les llamen señores no parece que es cossa de mucha sustanzia si de aqui no resultan otras cossas que lo sean, y a Don Diego Messia se le puede escrivir sobre este papel que embia mas espacificado lo que aquella persona propone pero que la platica no se dexe de la mano porque podria ser que viniese a buen Efecto.

Que se escriva a la persona que ha avisado el desconsuelo del Marques de los Balbases que aca ay mucha satisfaccion de su persona, y que su Ma no desconsuela a nadie, y en quanto a no haver salido el Marques en campaña que ya se le ha escrito sobre ello.

El Marques de Montesclaros, que a lo que El Marques de Leganes escrive dando priessa al socorro que V. Md ofrecio a françia, y las desconfianzas conque alla estan de que ha de tener efecto, se satisfaze embiandole la relacion del estado en que se halla esta materia.

Lo demas de su carta del Marques contiene dos puntos, el uno alentar la jornada de Inglaterra para el año que viene en execucion de lo que esta tratado con la Union de francia con V. Md, el otro dar avisso del estado que tiene la platica de paz o treguas con el mismo regno de Inglaterra y por aquel medio con los Estados rebeldes de flandes a que havia dado principio Rubens en la comunicacion de Gerbier que escrive de la Haya. Y estos dos puntos Sr aunque tan contrarios como va a dezir de guerra a paz le pareçe precisso tratarlos juntos.

En el estado nue se hallavan las cosas desta Monarquia al principio deste año era forçoso unirse V. Md con el Rey de francia, o teniendole a el por sospechoso acomodarse con el de Inglaterra, parecio a la mayor parte de la Junta (donde V. Md mando que esto se tratase) que era mas decente al [144] pretesto principal que V. Md tiene en todas sus actiones poniendo en primer lugar la religion catholica concertarse con particular union con francia y conservar la guerra que ya tenia rota con Inglaterra y assi fue V. Md servido de conformarse, de que resultaron los tratados que se han hecho de palabra y por Escrito con el Rey xpmo y anticipando V. M. el credito y la paga le ofreçio a darle socorro y podemos dezir que lo ha cumplido ya con efecto y con tales fuerzas que devemos esperar considerable subcesso mediante la ayuda de Dios cuya causa se defiende.

En lo demas que queda por hazer con la Junta de las armas de ambas coronas, en que esta puesto por plazo el año que viene de 628 por medio de una jornada y empresa real contra el Rey de Inglaterra, se le ofreze que V. M. es el principal interessado en esta jornada, porque haze guerra a su enemigo y se satisfaze de haverle quebrado la paz, pero quando pareciesse que segun en el estado en que V. Md se halla no es bien intentar jornada tan grande, el contrato de la union no embaraza a V. Md para suspender por agora esta resolucion supuesto que la prinçipal condicion que se ofrezia por parte de françia era suspender por agora y por termino de dos años la asistencia del dinero que haze a los Estados rebeldes de Olanda y passado este tiempo quitarsele absolutamente capitulo que ya es incompatible con lo que Francia ha hecho en la nueba liga con Olanda por manera que ya V. Md ha de juzgar desta causa por sola su oonveniencia sin que le haga fuerza ninguna prenda ni ofrezimiento de palabro que aya dado.

Si a V. Md le conviene, o no hazer con efecto tan grande jornada ha de pender el Juyzio de los subcesos desto año y de la forma como quedaremos acabado este socorro, pero de lo que no duda es que importa mucho hazer desde luego ruydo y prevençion de grande Armada, porque si V. Md huviere de atacar a Inglaterra con esa prevencion se hallara para hazerla y entonzes mas conveniencia fuera, que francia apartandose de todos sus amigos se quedara con V. Md a solas pero no es bien desconfialla de la amistad, aunque no lo hiziesse, pues si V. Md por solo su interes quisiere empreender contra el Rey de Inglaterra se podra contentar con que francia este neutral, y en caso que se tenga por mejor partido tomar acuerdo con Inglaterra, no ay mejor medio para conseguille aventaxado que ver armado a V. Md aventaxadamente, y assi no se deve despreciar la proposicion de flandes, sino acentarla en la forma que dira adelante haziendo creyble a los mismos Ministres de V. Md que alli asistan que ha de haver jornada, porque si a este se juntasse el buen suceso [145] deste socorro, no se puede dudar que los Ingleses seran los que mueban la platica y nos ofrescan ventaxas.

A este mismo tiempo continuaria la platica de pazes o treguas con los Estados de Olanda pudiendo ser separadamente sin Inglaterra por que para hazer guerra y para hazer pazes con Inglaterra, es gran medio concertarse con los Estados de Olanda.

Al marques de Leganes respondaria a la proposicion de la jornada de Inglaterra que ya el llevo entendida la voluntad de V. Md en este parte y que holgara V. Md de saber como le parece a el y al Marques de los Balbases que se ha de empreender porque parte y conque fuerzas, assi de mar como de tierra y con que parte dellos podra ayudar el exercito de aquellos stados: declarando quales podran ser conservando la guerra en ellos, o haviendo treguas que pareciesen razonables y de admitir, y que por que uno de los principalos medios para reducir este a buen estado es como el Marques escrive y se ha entendido mucho tiempo ha que las armas del Emperador de la liga entren por la frissa oriental Don Diego Messia solicite con su Alta la continuacion de las diligencias que ha començado a hazer para ello, como de aca se hara tambien, y confiesa el Marques que olgara que Rubens huviera respondido diferentemente a las proposiciones de Gerbier, pero no se puede bolver atras lo comenzada y el mayor daño que es haver rematado la platica, se podra suplir bolviendola a poner en pie por otros medios.

El medio que ofreze el confidente para las treguas, o pazes de Olanda es de buenas calidades, pero mientras no le especificare para veer si concurren en el no se puede votar mas que dezirle que se declare.

Al capitulo del otro confidente sobre el Marques de los Balbases se conforma con lo votado por don Augustin Messia.

El Conde Duque de San Lucar, que en lo del socorro se responda que va y se juntara aun tiempo con el de francia y llegara en buena razon.

Que en el punto de la jornada de Inglaterra pareçe que se le puede escrivir al Marques de Leganes que aca se ha olgado de entender lo que parece al Marques Espinola, y lo que a este proposito dize en su voto el Marques de Montesclaros salbo en los puestos por donde se ha de empreender hasta que este mas adelante el tiempo, y mas particularmente porque esta parte se debe dexar en empressas desta calidad en el pecho de aquel quo lo huviere de executar y tomar por su quenta no siendo justo obligasse a que lo diga en Provincias y partes que no llegan a conocer se con Individualidad [146] par los ministros de V. Md y parezele al Conde en este estado que pesa mas la ventaxa del secreto que la necessidad del conssejo y assi mientras V. Md no tomare resolucion de si ha de ser El Marques el que intente esta empressa le pareze no se le pregunte esto.

En quanto à los prevenciones de la jornada se conforma con el marques de Montesclaros y en lo que toca a la conveniencia della, le pareze verdaderamente que si bien francia no ha proçedido con lissura para aquella parte que voto El Duque de feria en consulta de 6 deste sobre cartas del marques de Mirabel en que dixo no ser El socorro precisso, le pareze que assi como no ay justificaçion para que el socorro se haya no la ay para que nos apartemos de la union, pues deve considerarse que si haviendo socorrido la Isla de Rex sin obligacion diessemos occasion a francia que se salisse a fuera de la union, que teneria esto dos inconvenientes grandes, el uno que es el mas principal el malograr los efectos del bien de la religion que es lo que V. M. le ha movido a esta union y estos se pueden seguir el año que viene, y El otro perder V. Md una ocasion de poder executar una empressa grande contra Inglaterra con la mitad de fuerzas menos que en otro tiempo por suplir esta parte. La Armada y diversion que francia ha de hazer al mismo tiempo, y al tiempo que francia ha de executar dexarla libre haviendo aceptado esta union y dado les de gueco un año por solo obligallos a lo que ya pareçe que se puede esperar sin duda sin ningun gasto nuebo nuestro.

Tambien deve considerar V. M. que hallandose el hermano del Rey con las armas en la mano y con tanta gente levantada es preciso que los Ministros del Rey Xpiamo le aconsejen que se valga de la occasion de la gente que ha juntada para emplear a su hermano contra V. Md en alguna parte, o contra la cassa de Austria y verdaderamente cree el Conde Duque que los Ingleses con quien V. Md podria en casso de desavenirse con francia tratar de componerse no quedaran en estado de poder venir pendenciar ajenos, ni parece que estando V. Md tan empeñado con el Rey Christianmo y haviendo hecho tanto por El y tan acosta de V. Md le pierda V. M. por nada de quanto no llegue a obligar precissamente y cree çierto el Conde duque que no es possible que la action que V. Md haze agora con el rey de Francia dexe de prendalle infinito el carazon aun contra su misma natural y que quando menos combençidos de la capitulacion que han hecho con gran fuerza y instancia traten de salir dello con componer a V. Md con Olanda y que ayude mucho esta negociacion, porque cree esto el conde Duque y que ha de ser gran razon de [147] conseguir alguna buena tregua, o paz la turbacion a que Olandeses se han de reduzir de veer declarado a V. Md y al Rey de francia contra Inglaterra y que no pueden esperar socorro de aquel Reyni ayudalle contra el de francia y ser muy possible seguir el estado de los cosas de Alemania que vengan en lo que por ventura no han pensado hasta agora, es de parezer que en la tregua se responda como se ha dicho, pero de ninguna manera mostrando un punto de flaqueza, & descascimento de la resolucion dicha aqui Don Diego Messia, y en sus instruciones sino que antes se espera que este año que entra se ha de poner la pietra en tan buen estado y tan adelantada assi contra Olandeses como contra Ingleses, que se restaure lo sucedido en estos postreros a ños, pues en este no quedava disculpa de assentar mediana paz, ni tregua estando las armas del Emperador y liga cathca tan vitoriossas y superiores como oy estan y haviendo nosotros ayudado a esto tanto con los socorros de aca, y al Rey de Polonia socorrido con una Armada, con que Olandeses no pueden esperar socorro de Suezia ni de Dinamarca ni de Inglaterra ni de Francia, aunque todos otros quieran darsele por los embarazos con que se hallan, que el Gabor no puede hazer diversion por si considerable a estos intentos, ni los Venecianos, tienen substançia para repartir entretantos suyos como se hallan apretados a un tiempo, con lo qual pareçe, que se abre una puerta muy gloriosa para su Alta y para el Marques de assentar una paz aun aventaxada a lo que aca ymaginamos y proponemos con que se assienta y assegura la fortuna de aquellas armas y fin con que V. Md las mantiene, ocasion no vista otra vez.

En lo de Rubens y Inglaterra, se conforma con el Marques de Montesclaros y le parece que sin faltar à la verdad se le pudiera haver respondido con menos claridad.

Y en quanto a lo del otro confidente tocante a lo de Olanda, se conforma tambien con el Marques de Montesclaros y en lo del Marques Espinola que no ay que responder y haviendose de hazer como va votado.

Don Fernando Giron, que se conforma con lo que viene votado en el primer punto sobre lo del socorro, y en quanto a hazer V. Ma jornada para el año que viene en Inglaterra, ora sea se porsi solo, ora juntamente con las armas de francia se le offrezen algunas difficultades como serian el poder grande que Inglaterra y Olanda tienen por la Mar, que a su entender es mayor que el de V. Md junto con el poder de francia, la grande armada que seria menester que V. Md compusiesse para esta jornada, el numero de [148] infanteria que seria menester para la Armada sola, la falta que ay de Marineros, Artilleros, y Artilleria, el no tener V. Md Puerto en Inglaterra, ser menester 30m infantes para el exercito de tierra El trayn de la Artilleria dos o tres mil cavallos, la grande cantidad que seria menester para sustentar el exercito de tierra, otro trozo de Armada de respecto para yrla socorriendo, todos estos dificultades a su entender llegada la execucion se han de hallar impossibilidades ademas de la grande suma de hazienda que sera menester para tan grandes gastos, y tiene por opinion cierta Don Fernando que quando V. Md se hallara de presente con todo el dinero necessario para esta jornada serian menester dos años para proveerse de todas las cossas necessarias.

Paracele bien que se haga ruido de que V. Md hecha una grande Armada el verano que viene, y con efecto se junte a tiempo lo que buenamente se pudiere, pues para la paz, o para la guerra sera conveniancia hallarse V. Md armado en la Mar.

En quanto à hazer V. Md pazes con Inglaterra considera, que hallandose V. Md con tan grandes gastos en tantas partes su real hazienda no es bastante para acudir a todo, estos reynos tan pobres, los lugares tan dispoblados y faltos de gente juzga que el principal remedio para atajar estos daños, y que estos reynos dentro de pocos años buelvan a la riqueza y prosperidad que solian le parece que el principal camino de todos para conseguir este fin ha de ser hazer V. Md pazes con los enemigos del Norte porque teme que durando aquella guerra tan sin esperanza de que se ha de acavar, estos reynos vendran a una total ruyna, y assi se conforma con Don Augustin Messia escriviendo a la senora Infanta en la forma que en su voto ha dicho.

En lo que toca a la tregua de flandes, persiste en loque otras vezes ha votado, y en lo demas se conforma con lo que viene dicho, y que se responda a lo del Marques Espinola como ha dicho Don Augustin Messia.

El marques de la Inojossa que en los discursos y motibos que ha dado el conde Duque se conforma con el, y en lo del socorro como viene votado.

Y en el primer capitulo que es de la guerra de Inglaterra pareçe que para hazella, o para que lo crean tiene V. Md hecho y ordenado quanto se puede hazer, juzgaria El Marques por muy conveniente que estos ordenes se continuasen, que no solo con ruydo sino con efecto se hiziessen todas las prevenciones possibles, con loqual podra V. Md tomar la resolucion que al tiempo que fuere menester juzgare combenir.

Escriviria al Marques Espinola y a el de Leganes las prevenciones que [149] V. Md ha mandado hazer y que alla en las de la Mar se tenga particular cuydado no solo para que lo prevengan sino para que lo crean.

El tiempo ha de mostrar con el subcesso deste socorro si combendra oyr la platica de paz de Inglaterra, o no, y tiene por sin genero de duda que de qualquier manera que subceda a los ingleses han de procurar con mas veras la paz, porque si toman la Isla de Rex, el empeño en que se hallara Inglaterra es tan grande que no se ha de poder llevar, sino la toman han de bolver desacreditadissiones, y assi es de parezer El Marques que hasta tanto que se vea alguno destos efectos no se le de mas abentura a Rubens de la que se le ha dado.

Que le pareze bien que el arbitrio del confidente sobre lo de Olanda no se excluya sino que se le diga que se declara y aca se de quenta de lo que mas se entendiere.

En el otro confidente que escrive en el negocio del Marques Espinola, si es persona a quien se le puede responder, le diria que el haver hechado menos que no se aya hallado en persona en el socorro antes es estimacion de su persona que poca satisfaçion, pues se cree que si se hallara se soccorriera.

El conde de Lemos que se conforma con don Augustin Messia y con el Marques de Montesclaros en que se avise a flandes de lo que aca se ha hecho, y se los de orden para que atiendan a los diversiones de la Frissa y se hagan prevenciones en tierra y mar, y en quanto a la respuesta que se dio a Rubens, es de parezer que estanta la publicidad del socorro que V. Md ha embiado y lo que se sabe de la liga hecha con Francia no andubo abierto con imprudencia.

Don Juan de Villela, que se conforma con don Augustin Messia y en los aprestos y prevenciones de la Armada para el año que viene con Don Fernando Xiron y el Marques de la Inojossa.

El Duque de Feria que en el primer punto de la Armada que se ha de hacer aca para el año que viene que se solicite la execuçion de los ordenes dados haviendo de ser mayor y par empressa grande por la poca infanteria que oy sera menester prevenir este y puso en consideracion que seria bien traer el tercio de Hamburg y que sirve en Lombardia.

En lo de la jornada de Inglaterra que el marques Espinola diga con que nabios se podra hazer y que gente puede dar de aquel exercito para ella y tambien que cavalleria y de que naciones y en lo demas se conforma con los votados.

[150]

El Conde de Lemos bolvio ha hablar y dixo que se conformara con el duque de Feria, en que se pregunte al Marques Espinola la forma fuerzas y navios con que se podra hazer la jornada de Inglaterra.

El Conde Duque bolvio tambien a hablar y dixo que la Junta yba en lo mismo que havia votado el Marques de la Inojossa y que assi se conformaba con el.

V. Md tomara la resolucion que mas convenga a su servicio en Madrid7 de Otubre de 1627.


Simancas. Archives générales. Secrétairie de l'État, Lego n° 2517, fol. 10.


TRADUCTION.

Copie d'un compte-rendu d'une réunion qui sur l'enveloppe est indiquée comme «La junte de Madrid du 7 octobre 1627, délibérant sur le contenu des papiers inclus qui traitent des affaires de France, d'Angleterre et de Hollande.»


Sire.

La junte a vu (comme il a plu à Votre Majesté de le lui ordonner) le chapitre de la lettre du Marquis de Léganès au Comte-duc dans lequel il indique la méfiance qu'on éprouve en France à cause du retard du secours et elle a vu également les trois lettres que le même marquis a envoyées et qui ont été écrites de La Haye par Gerbier à Rubens pour reconcilier Votre Majesté avec l'Angleterre, le marquis de Léganès notant que le marquis de los Balbases est d'avis que la présente saison est la meilleure pour entreprendre une expédition contre l'Angleterre et que si Sa Majesté l'ordonne il s'en chargerait.

Elle a aussi vu une autre lettre que lui a remise un homme de confiance concernant la forme dans laquelle on pourrait entrer en pourparlers sur la trève avec la Hollande et une autre exprimant le regret qu'éprouve le marquis Spinola de ce qui a été dit de lui à propos de l'affaire de Grol.

La junte ayant délibéré, a voté comme suit:

Don Augustin Messia estime que, d'après la première lettre écrite par Don Diego Messia, on paraissait favorablement disposé en Flandre pour une expédition en Angleterre dans le courant de l'année prochaine; l'opinant est d'avis que, si Votre Majesté y consent, on pourrait les remercier du désir qu'ils ont et des offres qu'ils font, mais il serait d'avis que pour le moment Votre Majesté ne traite point de l'expédition avant d'avoir vu ce qui en est de ce secours et la manière dont retourne la flotte et tout ce que Votre Majesté [151] pourra réunir l'année prochaine. En attendant, le marquis Spinola fera connaître ce que Votre Majesté peut tenter avec les forces dont il disposera et, si elles permettent à Votre Majesté de s'engager dans cette expédition, Votre Majesté pourra prendre la résolution d'entreprendre une tâche aussi importante et y nommer la personne qui conviendra.

Sur un autre point de la négociation commencée avec l'Angleterre, Votre Majesté a ordonné qu'elle soit continuée et maintenant l'opinant est d'avis qu'il y a plus de raison et de motif dans ce que Gerbier écrit à Rubens et dans la ligue nouvelle que la France à faite avec les Hollandais et ainsi il est d'avis qu'on ferait bien d'écrire à Madame l'Infante que Son Altesse pousse plus loin ces négociations qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent, de manière qu'ils aient plus d'espoir qu'ils n'en ont montré jusqu'ici.

Quant à la trève avec la Hollande, relativement à ce qu'en écrit l'homme de confiance, Don Augustin est d'avis qu'il convient d'attendre qu'il s'explique mieux et qu'il dise l'intention qui l'anime, parce que dire seulement que nous ne donnons pas aux membres des États-Généraux le titre de Seigneurs ne paraît pas être chose de si grande conséquence, s'il n'en résulte d'autres choses plus importantes, et à Don Diego Messia on peut écrire, au sujet de la lettre qu'il envoie, en lui spécifiant davantage ce que la personne en question propose, mais il désire que l'on n'abandonne pas la négociation, parce qu'elle pourrait peut-être aboutir.

Que l'on écrive à la personne qui a donné connaissance du regret du marquis Spinola qu'ici on est très satisfait de lui, que Sa Majesté ne décourage personne et que l'on a déjà écrit au marquis sur ce qu'il n'est pas entré en campagne.

Le marquis de Montesclaros est d'avis, quant à ce que le marquis de Léganès écrit pour faire hâter le secours, que Votre Majesté a offert à la France et la défiance que l'on ressent là-bas sur la question de savoir si cette promesse serait réalisée, que l'on se contente d'envoyer l'exposé de l'état dans lequel se trouve cette affaire.

Le reste de la lettre du Marquis traite de deux points: l'un pour recommander l'expédition contre l'Angleterre pour l'année prochaine, en exécution de ce qui a été convenu par l'accord de la France avec Votre Majesté; l'autre pour donner avis de l'état des négociations en faveur de la paix ou d'une trêve avec le même royaume d'Angleterre et par la même occasion avec les états rebelles de Flandre; ces dernières ont été entamées par Rubens dans sa communication avec Gerbier qui écrit de La Haye. Et ces deux points aussi opposés pour ainsi dire que la guerre et la paix lui paraissent devoir être traités ensemble.

[152] Dans l'état où se trouvaient les affaires de cette monarchie au commencement de cette année, Votre Majesté était forcée de s'unir avec le roi de France ou bien, si elle le tenait pour suspect, de conclure un accord avec le roi d'Angleterre. Il parut à la majorité de la Junte (qui avait reçu ordre de Votre Majesté d'en délibérer) qu'il convenait mieux à la raison principale que Votre Majesté faisait valoir dans toutes ses actions de mettre en première ligne la religion catholique, de conclure une union particulière avec la France et de continuer la guerre qui a déjà éclaté contre l'Angleterre. Il a plu à Votre Majesté de suivre ce conseil, d'où sont résultés les traités conclus de vive voix et par écrit avec le Roi très chrétien. Votre Majesté, devançant la récompense en argent, offrit de lui fournir le secours et nous pouvons dire qu'il a exécuté sa promesse et cela avec des forces suffisamment grandes pour que nous puissions espérer un grand succès avec l'aide de Dieu dont nous défendons la cause.

Quant à ce qui reste à faire pour la fusion des armes des deux couronnes, dont la date est fixée à l'année prochaine 1628, au moyen d'une expédition et d'une attaque armée contre le Roi d'Angleterre, il est d'avis que Votre Majesté est la plus intéressée dans cette entreprise, parce que la guerre se fait à votre ennemi et qu'elle le punit d'avoir rompu la paix, mais s'il semblait que, vu l'état dans lequel se trouve Votre Majesté, il n'est pas bon d'entreprendre une expédition si importante, le contrat d'alliance n'embarrasse pas Votre Majesté et elle peut suspendre pour le moment sa résolution. En effet, la principale condition qui était offerte par la France était de suspendre dès ce moment et pour un terme de deux ans le secours en argent qu'elle fournit aux États rebelles de la Hollande et, passé ce temps, de les abandonner entièrement, une stipulation qui est incompatible avec ce que la France a fait dans sa nouvelle alliance avec la Hollande, de façon que Votre Majesté doit juger cette affaire d'après sa propre convenance sans qu'elle soit liée par aucun gage ni offre faits de sa part.

Il dépendra des événements de cette année et du rapport dans lequel nous nous trouverons après que ce secours aura produit son effet de juger s'il convient à Votre Majesté de faire cette expédition ou non. Mais ce qui est hors de doute, c'est qu'il importe beaucoup de faire tout de suite du bruit et les préparatifs pour l'équipement d'une grande flotte, pour que si Votre Majesté devait attaquer l'Angleterre elle se trouvât à même de le faire au moyen de ces préparatifs et alors il y aurait plus d'utilité que la France en se séparant de tous ses amis restât seule avec Votre Majesté, mais il n'est pas bon de lui inspirer de la défiance au sujet de notre amitié, quand même elle ne le ferait [153] pas. Car, si Votre Majesté dans son propre intérêt seulement voulait s'attaquer au Roi d'Angleterre, elle pourrait se contenter de la neutralité de la France, et, dans le cas où il lui paraîtrait préférable de conclure un accord avec l'Angleterre, le meilleur moyen de le rendre avantageux pour Votre Majesté c'est de se montrer solidement armé, et ainsi on ne doit pas estimer trop bas la proposition de la Flandre, mais l'accepter dans la forme qu'elle dira plus tard, en faisant croire aux ministres mêmes de Votre Majesté qui là-bas sont en fonction qu'on doit entreprendre l'expédition, parce que si elle est couronnée de succès on ne peut douter que les Anglais n'entament les pourparlers et nous offrent des conditions avantageuses.

En même temps, on continuerait avec les États de la Hollande la négociation relative à la paix ou à la trève qui peut être conduite sans l'Angleterre parce que pour faire la guerre ou pour faire la paix avec l'Angleterre un moyen puissant serait de s'entendre avec la Hollande.

Au marquis de Léganès on répondrait, touchant la proposition de l'expédition en Angleterre, qu'il a déjà eu connaissance de la volonté de Votre Majesté à ce sujet et que Votre Majesté apprendrait avec plaisir comment lui et le Marquis de los Balbases pensent qu'il faudrait l'entreprendre, par quel endroit et avec quelles forces tant de mer que de terre et quelle partie de ces forces pourrait fournir l'armée de ces États, en déclarant quelle serait la part de ces forces si la guerre continuait sur leur territoire et s'il y aurait une trève qui parût raisonnable et acceptable. Puisqu'un des principaux moyens pour conduire ceci à bonne fin est, comme l'écrit le marquis et comme on l'a entendu depuis longtemps, que les armées de l'empereur et de la Ligue entrent par la Frise Orientale, Don Diego Messia sollicite de Sa Majesté la continuation des démarches que l'on a commencées à faire pour cela, comme on fera également ici, et le marquis avoue qu'on aurait vu avec plaisir que Rubens eût répondu différemment aux propositions de Gerbier, mais on ne peut faire retourner en arrière ce qui a été commencé et le plus grand inconvénient est que la négociation a été rompue. On pourra y remédier en la remettant sur pied par d'autres moyens.

Le moyen que le confident offre pour la trève ou le traité de paix avec la Hollande est de bonne qualité, mais tant qu'il n'en donnera pas les détails démontrant qu'il en est ainsi, on ne peut décider autre chose que de lui dire qu'il s'explique.

Sur le chapitre de l'autre confident à l'égard du marquis de los Balbases, il se rallie au vote de Don Augustin Messia.

Le Comte-duc de San Lucar dit que dans la question du secours on [154] doit répondre qu'il est en route, qu'il se joindra aux troupes de la France et arrivera à temps.

Quant à l'expédition en Angleterre, il lui semble qu'on pourrait écrire au marquis de Léganès qu'ici on a été heureux d'apprendre l'avis du marquis de Spinola et ce que le marquis de Montesclaros dit dans son vote sur cette proposition, sauf au sujet des endroits par où il faut l'entreprendre en attendant que nous soyons plus avancés et plus particulièrement parce que, dans des entreprises de cette importance, ces particularités doivent rester le secret de celui qui devra l'exécuter et en porter la responsabilité, puisqu'il ne serait pas juste de l'obliger à le dire dans des circonstances qui ne sont pas spécialement connues par les ministres de Votre Majesté. Le Comte est d'avis que dans les circonstances actuelles l'avantage du secret est plus grand que la nécessité du conseil et ainsi, tant que Votre Majesté ne décidera si c'est le Marquis qui doit conduire cette entreprise, il est d'avis de ne pas lui poser cette question.

Quant aux préparatifs de l'expédition, il se rallie à l'avis du marquis de Montesclaros; quant à l'opportunité de cette entreprise, il lui paraît à la vérité que, quoique la France n'ait pas agi avec sincérité pour la part qu'a votée le duc de Feria dans la Consulte du 6 de ce mois, après avoir pris connaissance des lettres du marquis de Mirabel dans lesquelles il dit que le secours n'était pas nécessaire, il est d'avis que, comme il n'y a pas de justification pour que le secours soit prêté, il n'y en a pas non plus pour que nous nous séparions de l'union. Ensuite on doit considérer que, si, après avoir secouru l'île de Rhé sans nécessité, nous donnions occasion à la France de se retirer de l'alliance, ceci présenterait deux grands inconvénients, le premier qui est le principal de compromettre les intérêts de la religion qui ont engagé Votre Majesté à conclure cette alliance et qui pourraient être sauvés l'année prochaine, et l'autre de faire perdre à Votre Majesté une occasion d'exécuter une grande expédition contre l'Angleterre avec la moitié moins de forces qu'il ne faudrait en d'autres temps pour l'accomplir. La flotte de la France et la diversion qu'elle ferait en même temps et au temps que la France doit l'exécuter laissera libre Votre Majesté, si elle a accepté cette union et donné un an de répit uniquement pour les obliger à ce qu'il semble que nous pouvons espérer avec certitude et sans nouveau sacrifice pour nous.

Votre Majesté doit encore considérer que, le frère du roi de France se trouvant les armes à la main et à la tête d'une si forte armée, il faut que les ministres du roi très chrétien lui conseillent d'employer son frère et les troupes qu'il a réunies contre Votre Majesté, d'un côté ou de l'autre, [155] ou bien contre la maison d'Autriche, et le Comte-duc croit réellement que les Anglais, avec lesquels Votre Majesté, dans le cas où elle se brouillerait avec la France, pourrait traiter d'un accord, ne resteront pas en état de pouvoir venir se quereller et il est d'avis que Votre Majesté, étant engagée si fort avec le roi très chrétien et ayant fait tant de sacrifices pour lui, n'en doit pas perdre tout le fruit, en ne parvenant pas à l'obliger bien réellement. Le Comte-duc croit fermement qu'il n'est pas possible que l'entreprise que Votre Majesté organise actuellement avec le roi de France ne le touche profondément, même contre son propre naturel, et que, moins convaincus des avantages de l'accord avec les Anglais qu'ils ont fait avec grande instance, les Français n'essaient d'en sortir en réconciliant Votre Majesté avec la Hollande, chose à laquelle cette négociation les aidera beaucoup. Le Comte-duc croit cela et pense que la peur qu'auront les Hollandais de voir Votre Majesté et le roi de France se déclarer contre l'Angleterre, et de se voir privés de tout espoir de recevoir encore du secours de ce dernier royaume pour les aider contre la France, les amènera à faire quelque bonne paix ou trève. De cette manière, on serait mieux à même de suivre l'état des choses en Allemagne et de faire qu'elles n'en arrivent par hasard à une situation à laquelle par bonheur on n'a pas pensé jusqu'à présent. Il est d'avis que durant la trève on réponde comme il a été dit, mais sans montrer nulle faiblesse ni relâchement dans la résolution communiquée ici à don Diego Messia et répétée dans ses instructions, mais qu'on espère plutôt que dans le cours de l'année qui va s'ouvrir un rempart sera établi contre les Hollandais et contre les Anglais, aussi solide et aussi durable que tout ce qui s'est passé dans ces dernières années sera réparé. Pour le moment, il n'y a pas de raison d'accorder une paix provisoire, ni une trève, vu que les armes de l'Empereur et de la ligue catholique sont victorieuses et supérieures comme elles le sont maintenant et que nous autres y avons aidé autant par nos secours envoyés en Allemagne que par la flotte envoyée au roi de Pologne. Ainsi les Hollandais ne peuvent espérer de secours ni de la Suède, ni du Danemark, ni de l'Angleterre, ni de la France, même si tous veulent le leur fournir, parce qu'ils sont empêchés par les embarras dans lesquels ils se trouvent; Gabor ne peut faire une diversion quelque peu considérable en leur faveur et les Vénitiens n'ont pas assez de forces pour les répartir entre de si nombreux alliés qui tous à la fois en ont besoin. C'est pourquoi il est d'avis qu'il y a une occasion très favorable pour Son Altesse et pour le Marquis d'obtenir une paix même plus avantageuse que ce que nous nous imaginons et proposons ici, une paix qui affirmerait et assurerait la fortune de nos armes et ferait atteindre le but pour lequel [156] Votre Majesté les maintient. Pareille occasion ne s'est jamais rencontrée.

Quant à l'affaire de Rubens et de l'Angleterre, il est d'accord avec le Marquis de Montesclaros et il est d'avis que sans faire tort à la vérité on aurait pu répondre avec moins de clarté.

Et quant à la question de l'autre homme de confiance et de la Hollande, il se rallie également à l'avis du marquis de Montesclaros et du marquis de Spinola qu'il n'y a rien à répondre et qu'il faut faire comme il a été vôté.

Don Fernando Giron dit qu'il se rallie à ce qui a été voté concernant le secours et quant à une expédition à entreprendre par Votre Majesté l'année suivante en Angleterre, soit seule soit de concert avec les armées de la France, il se présente certaines difficultés, comme entre autres la puissance navale de l'Angleterre et de la Hollande qui, à son avis, est plus grande que celle de Votre Majesté réunie à celle de la France, la grande flotte qu'il serait nécessaire que Votre Majesté réunisse pour cette expédition, le nombre de fantassins qui serait nécessaire pour la flotte seule, le manque de matelots, d'artilleurs et d'artillerie et d'un port de débarquement en Angleterre. Il faudra 30.000 fantassins pour l'armée de terre, pour le train d'artillerie deux ou trois mille chevaux, une grande quantité de vivres pour nourrir l'armée de terre, outre une partie de la flotte de réserve pour secourir celle-ci; toutes ces difficultés, à son avis, sont de nature à créer des difficultés, sans compter la grande somme d'argent qu'il faudra pour solder ces dépenses et don Fernando regarde comme certain que quand Votre Majesté aura réuni tout l'argent nécessaire, il faudra deux années pour se procurer toutes les choses indispensables.

Il est d'avis qu'il est désirable que le bruit coure que Votre Majesté équipera une grande flotte l'été prochain et que l'on réunisse en effet à temps tout ce que l'on peut, puisqu'il sera bon que Votre Majesté ait une force maritime, que la guerre soit déclarée ou que la paix soit maintenue.

Et quant à la paix à conclure par Votre Majesté avec l'Angleterre, il croit que Votre Majeste se trouvant devant de si grandes dépenses en tant d'endroits différents, la fortune royale ne suffirait pas pour pourvoir à tout. Ces pays sont si pauvres, leurs villes si dépeuplées et si dépourvues d'habitants qu'il juge que le meilleur remède pour obvier à ces inconvénients et pour faire que ces pays dans peu d'années regagnent leur richesse et leur prospérité de jadis est de conclure la paix avec les ennemis du Nord; il craint que durant cette guerre, qui offre si peu d'espoir de l'achever, ces pays-ci seront totalement ruinés et ainsi il se rallie à l'opinion de don Augustin Messia pour écrire à Madame l'Infante ce qu'il a dit dans son vote.

[157] Quant à la trève en Flandre, il persiste dans ce qu'il a voté antérieurement et pour le reste il se rallie à ce qui vient d'être dit et pour qu'il soit répondu au marquis Spinola, comme l'a conseillé don Augustin Messia.

Le marquis de la Inojossa dit qu'il se rallie aux discours et motifs qu'a donnés le Comte-duc et dans la question du secours à ce qui vient d'être voté.

Dans le premier point, qui est celui de la guerre contre l'Angleterre, il est d'avis que pour la faire ou pour qu'on croie que Votre Majesté a fait et ordonné tout ce qui peut se faire, le Marquis jugerait très convenable que ces ordres fussent maintenus, que non seulement en paroles mais en actions on fasse tous les préparatifs possibles; ainsi Votre Majesté pourra prendre la décision qu'elle jugera nécessaire quand le moment sera venu.

Que l'on écrive au Marquis Spinola et au Marquis de Léganès quels préparatifs Sa Majesté a ordonné de faire et que là-bas on ait particulièrement soin non seulement de faire les préparatifs nécessaires, mais aussi d'y faire croire.

Le temps devra montrer, par l'effet de ce secours, s'il conviendra d'écouter les propositions de paix de l'Angleterre ou non, et il croit hors de doute que, quoiqu'il arrive, les Anglais doivent rechercher plus ardemment la paix, parce que s'ils prennent l'île de Rhé les obligations dans lesquelles se trouvera l'Angleterre sont si grandes qu'elle ne pourrait les tenir; s'ils ne prennent pas l'île, ils perdront tout crédit et ainsi le Marquis est d'avis que, avant que l'on ne voie l'un ou l'autre de ces résultats, on ne fasse pas plus d'ouvertures à Rubens qu'on n'en a fait jusqu'à présent.

Il est d'avis que le conseil de l'homme de confiance pour la Hollande ne soit pas écarté autrement, mais qu'on lui dise qu'il se déclare et rende compte de ce qu'il entendra encore.

Pour l'autre homme de confiance qui écrit sur l'affaire du marquis de Spinola, si c'est une personne à laquelle on peut répondre, on lui dira que le fait d'avoir remarqué qu'il ne se trouvait pas là en personne pour porter secours, est une appréciation personnelle plutôt qu'une faute, puisque l'on croit que lorsqu'il s'y trouvera il portera secours.

Le Comte de Lemos dit qu'il partage l'avis de don Augustin Messia et du marquis de Montesclaros pour qu'on avise la Flandre de ce qui s'est fait ici et pour que Ton y donne ordre d'être attentif aux diversions de la Frise et que l'on fasse des préparatifs sur terre et sur mer, et quant à la réponse faite à Rubens, il est d'avis qu'étant donnée la publicité du secours que Votre Majesté a envoyé et ce que l'on sait de la ligue conclue avec la France, il n'y a pas eu d'imprudence à se déclarer ouvertement.

[158] Don Juan de Villela dit qu'il partage l'avis de don Augustin Messia, et quant aux apprêts et préparatifs de la flotte pour l'année prochaine qu'il se range du côté de don Fernando Xiron (Giron) et du marquis de Inojossa.

Le duc de Feria est d'avis que pour le premier point, celui de la flotte qui doit être équipée ici pour l'année prochaine, l'exécution des ordres donnés soit sollicitée, qu'elle doit être plus grande et forte pour une entreprise importante, à cause du peu d'infanterie qu'aujourd'hui il sera nécessaire de préparer. Il émet l'avis qu'on ferait bien de rappeler le régiment de Hambourg qui sert en Lombardie.

Pour l'expédition en Angleterre, il veut que le Marquis de Spinola dise avec quels navires elle peut se faire et quelles troupes il peut donner de son armée pour y contribuer et aussi combien de cavalerie et de quels pays il la tirerait, et pour le reste il se rallie à ce qui a été voté.

Le Comte de Lemos reprend la parole et dit qu'il se ralliera au duc de Feria pour ce qui sera demandé au Marquis de Spinola sur le plan à suivre, sur les forces et les navires avec lesquels on pourrait entreprendre l'expédition en Angleterre.

Le Comte-duc reprend également la parole et dit que la Junte est du même avis que ce qu'a voté le marquis de la Inojossa et qu'il se conforme également à cette manière de voir.

Votre Majesté prendra la résolution qui convient le mieux à son service.

— Madrid, le 7 octobre 1627.

CCCCLXIX
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Excmo. Signor:

Me sono venute litere hoggi per un espreso che ha ordine daspetar la risposta del signor Gerbier e del signor Abate Scaglia, la cui litera va qui inclusa; ma quella de Gerbier ho ritenuta per esser escrita in lingua Fiaminga. Il contenuto è simile è la lor intencione è questa che verebono. Si riuscita il trato con Spagna sendo gli Inglesi tanto picchati per gli lor mali sucesi contra gli francesi che farebbono ogni cosa per poter aber agio ripigliar quella guerra senza l'ostacolo de Spagnoli: non ho potuto manchar di darne parte à V. E., ben che [159] me imagino che ne potra dar sinon qualque risposta di poco sostanza, che prego V. E. sia servita de farmi sapere quanto prima, tratenendosi il espreso fra tanto in questa cita, por ripostar la. Aggiunge poi il Gerbier una scusa del mal suceso del su Ducca, il quale è in piu fervente gracia appreso quel Re, che non fu giamai per il pasato, ma sara meglio riferire gli medesimi termini ch'usa il Gerbier non esser strano o novo che gli appasionati o ignoranti judichino dal istinto solo delli impresi grandi ma gli prudenti che sanno a quanti incidenti sia soggieta la guerra, si fondano sempre nella ragione d'esser stata usata da gran capitani la retirata per repigliar la medesima impresa con piu vigore et avantaggio, è esser la verita notoria à tutti che il socorro de Inglaterra è stato detenuto per venti contrari, che e stata la sola causa del mal suceso por che non restavano al Duca piu de tre mille fanti è cinquanta cavalli che parendogli poco contra sete mille fanti è ducento caballi del Marichal de Schomburg. E per cio si risolse à retirarse al meglior ordine del mondo scaramuciando, piu tosto per onore che per necesita per se, circa ducento cinquanta huomini, al piu, imbarcandosi fra tanto gli altri senza disordine et il Ducca l'ultimo di tutti, adesso si fanno gli preparationi necessari molto maggior con ogni diligenza per renovar l'impresa con piu animo è forze che per il pasato. Cosi parla il Gerbier in favor del suo padrone; è non havendo altro me racomando humilisimo nella buono gratia de V. E. è colla devuta riverenza le bacio le mani.

Pietro Pauolo Rubens.


Copie aux archives de Simancas publiée par G. Cruzada Villaamil, Rubens Diplomatica Español, p. 127 et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 249. La copie qui se trouve à Simancas a été écrite par un Espagnol qui a fortement gâté le texte de Rubens. Elle a été publiée par les deux éditeurs avec toutes ses fautes et ses contresens. Le texte amendé n'est pas d'une clarté parfaite dans toutes ses parties.


TRADUCTION.
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Monsieur le Marquis.

J'ai reçu aujourd'hui des lettres par un courrier exprès qui a reçu ordre d'attendre la réponse des lettres de Monsieur Gerbier et de Monsieur l'Abbé Scaglia. La lettre de ce dernier se trouve jointe à la présente, mais j'ai gardé [160] celle de Gerbier parce qu'elle est écrite en flamand. Leur contenu est le même et l'intention des correspondants est de venir. Le traité avec l'Espagne se conclura, les Anglais étant tellement irrités par leur insuccès dans la guerre contre les Français, qu'ils feraient tout au monde pour avoir le loisir de recommencer cette guerre sans que les Espagnols y mettent obstacle. Je n'ai pas voulu manquer d'en faire part à Votre Excellence, bien que je m'imagine qu'elle ne pourra donner qu'une réponse vague, laquelle je prie Votre Excellence de vouloir bien me communiquer le plus tôt possible, pendant que l'exprès se trouve encore dans cette ville pour l'emporter. Gerbier ajoute un mot pour excuser l'insuccès du duc de Buckingham, qui jouit auprès du roi d'une faveur plus grande que jamais. Mais il vaudra mieux rapporter les termes mémes dont Gerbier s'est servi. «Il n'est ni extraordinaire ni nouveau que les passionnés ou les ignorants jugent des grandes entreprises par leur seul instinct, mais les prudents, qui savent à combien de chances imprévues la guerre est sujette, font toujours la réflexion que c'est une ruse de guerre usitée par les grands capitaines de se retirer pour revenir bientôt après avec plus de vigueur et de ressources à la même entreprise, et c'est une vérité notoire pour tous que les secours envoyés par l'Angleterre sont retenus par les vents contraires, ce qui est la seule cause pour laquelle il ne restait plus au duc que trois mille fantassins et cinquante cavaliers qui lui paraissaient être une bien petite force contre les sept mille fantassins et les deux cents chevaux du Maréchal de Schomburg. C'est pourquoi il a résolu de se retirer dans le meilleur ordre du monde, en livrant des escarmouches plutôt pour sauver l'honneur que par nécessité. Environ deux cent cinquante hommes au plus se sont embarqués parmi tant d'autres, sans aucun désordre, et le duc le dernier de tous. En ce moment, les préparatifs nécessaires et bien plus grands qu'autrefois se font en toute diligence pour recommencer l'entreprise avec plus de courage et plus de forces que par le passé.» Ainsi parle Gerbier en faveur de son patron. N'ayant rien d'autre à vous dire, je me recommande très humblement à Votre Excellence et avec la due révérence je lui baise les mains.

Pierre-Paul Rubens.


COMMENTAIRE.

La lettre de l'abbé de Scaglia que Rubens envoya au marquis de Spinola avait été écrite le 3 décembre. Il en existe une copie aux archives de Simancas (Estado leg. 2320) qui est de la teneur suivante:

«Muy illustre señor, si el tiempo proprio fuese estimado acerca de aquello que se propuso en mi passage, creeria que la coyuntura que podria [161] aver seria muy buena en esta parte, en conformidad de lo que V. S. puso por escrito en mi presencia: que si no se podia determinar el todo, se deberia hazer en alguna parte.»

«Très illustre Seigneur. Si le moment semblait favorable pour traiter de ce que je vous ai proposé lors de mon passage, je croirais que l'occasion est très favorable de ce côté, conformément à ce que vous avez mis par écrit en ma présence. Si le tout ne pouvait être résolu, on devrait en faire une partie.» (1)

Les esprits en Angleterre étaient donc portés à la paix, la déplorable issue de l'expédition dirigée contre l'île de Ré par le duc de Buckingham en personne avait fait rabattre le favori et le monarque de leurs prétentions et les avait favorablement disposés à la paix. Les bruits qui certainement leur étaient parvenus de l'expédition concertée entre la France et l'Espagne pouvaient avoir aidé à faire naître cette disposition que dépeint la lettre de l'abbé Scaglia.

Rubens constate que la lettre de Gerbier écrite en flamand reflète les mêmes sentiments.


CCCCLXX
AMBROISE SPINOLA A RUBENS.

La carta de V. S. de 17 del presente he recibido juntamente con la que venia con ella del abad Scaglia. Y haviéndolas visto S. A. entrambas, me a mandado diga á V. S. responda particularmente á Gerbier que me dará órden que en España (para donde parto dentro de dos ó tres dias) dé cuenta al rey, nuestro señor, de todo lo que a pasado, y procure saver su real voluntad, para que después se avise á V. S. que la haga saver al dicho Gerbier, y se procure llevar esta plática adelante. V. S. save quanto dessea S. A. que se ajuste, y en esta conformidad me da la órden que haga las diligencias; y V. S., que save tambien que he tenido yo siempre este parecer, bien juzgará lo que lo he de procurar. Pero para ello dos cosas creo que convendria: una, que esos señores declarasen, poco mas ó menos, la forma en que [162] entienden se podrian concertar; la otra, que quando alguno tiene pensamiento de concertarse con otro, es bien proponer cosa que esté bien á la parte (que asi se ajustan). De manera que si essos señores propusieren forma que pueda estar bien al rey, nuestro señor, puede pensar que tendré yo mas facilidad á persuadirle, y consiguientemente la plática á tener su effecto.

Bruselas, á 21 de diciembre 1627.

Archives de Simancas. Sec. de Estado. Legajo 2320.

Copie au Public Record Office à Londres. Foreign State Papers. Flanders, 56 dans le Mémoire de Gerbier.

Publié par Sainsbury en traduction anglaise, op. cit., p. 108, et dans l'original par Gachard, op. cit., p. 276.


TRADUCTION.
AMBROISE SPINOLA A RUBENS.

J'ai reçu la lettre de Votre Seigneurie du 17 du présent, avec celle qui y était jointe de l'abbé Scaglia. Son Altesse, les ayant vues toutes deux, m'a chargé de prier Votre Seigneurie de répondre particulièrement à Gerbier qu'elle me donnera l'ordre, lorsque je serai arrivé en Espagne, pour où je pars dans deux ou trois jours (1), de rendre compte au roi, notre seigneur, de tout ce qui s'est passé, et de tâcher d'être instruit de sa royale volonté, dont Votre [163] Seigneurie sera informée, afin d'en donner connaissance audit Gerbier, et que cette négociation puisse se poursuivre. Votre Seigneurie sait combien Son Altesse désire qu'on en vienne à un accommodement; c'est en cette conformité qu'elle m'ordonne d'agir, et Votre Seigneurie, qui sait aussi que j'ai toujours été de l'avis de Son Altesse, jugera aisément des efforts que je ferai dans ce but. Mais pour cela il y aurait deux choses qui seraient à propos selon moi: l'une, que ces messieurs se déclarassent à peu près sur les conditions auxquelles ils pourraient s'accorder avec nous; l'autre, que, quand on a l'intention de s'arranger avec quelqu'un, il est bien de lui faire des propositions acceptables, car c'est ainsi que l'on arrive à s'entendre. De manière que si ces messieurs mettaient en avant des conditions qui fussent de nature à convenir au roi, notre seigneur, Votre Seigneurie peut comprendre qu'il me serait plus facile de le persuader, et par conséquent qu'il y aurait plus à espérer une bonne issue de la négociation.

Bruxelles, 21 décembre 1627.

COMMENTAIRE.

Comme il le déclare expressément dans cette lettre, Spinola est partisan de la continuation des pourparlers avec l'Angleterre pour arriver à un traité de paix. Il partage sur ce point l'avis de l'Archiduchesse et de Rubens. C'est sur la demande de l'Infante Isabelle que le roi appela Spinola à Madrid, afin d'y exposer la situation des Pays-Bas et les mesures à prendre pour les mettre en bon ordre. Par une lettre du 11 novembre 1627, Philippe IV lui accorda un congé de trois mois à partir du 12 décembre, qui lui permit de se rendre à Madrid. Il ne put partir que le 3 janvier suivant. Il est fort probable que les dispositions pacifiques que Spinola montrait envers les Pays-Bas du Nord déplurent à Madrid et le firent tomber en disgrâce. Il ne retourna plus dans les Pays-Bas et ne fut plus chargé d'aucune mission importante. Dans le courant de l'année 1628, le roi décida de l'envoyer au secours du duc de Savoie en guerre avec la France. Ce ne fut qu'au mois de juillet 1629 qu'il quitta la Cour, non pas pour retourner en Flandre, mais pour se rendre dans le Milanais, dont le roi venait de le nommer gouverneur et capitaine général. Nominalement il conservait ses fonctions dans les Pays-Bas, mais, en réalité, le roi le retint loin de ces provinces où il s'était distingué par ses talents militaires. Il mourut à Castel Nuovo de Scrivia le 25 septembre 1630.

Il y a un grand contraste à remarquer entre l'avis de Spinola, homme de guerre, demandant à être chargé de l'expédition projetée par le roi d'Espagne contre l'Angleterre, et l'homme d'État conseillant de faire la paix [164] avec la Grande Bretagne. Il est probable que Spinola comprenait combien pareille entreprise était risquée et qu'au fond il n'en était point partisan, tout en demandant qu'il en eût le commandement si on la décidait, persuadé que nul autre général espagnol ne la conduirait mieux que lui.

Gerbier et Scaglia, à qui Rubens envoya cette lettre, lui répondirent le premier par deux lettres du 18 février, le second par une lettre du 21 février que l'on trouvera plus loin.


CCCCLXXI
RUBENS A L'INFANTE ISABELLE.

Serenissima Señora.

El Señor marqués me scrivió, á su partencia de Bruselas, que ocurriendo qualquiera cosa de Estado, yo lo avisase derechamente á V. A... Y así agora no puedo dexar de dezir á V. A. que aquel residente del rey de Dinamarca en Olanda á quien V. A. dió pasaporte para yr de aquí á Ynglaterra, se halla de algunos dias acá en esta ciudad. Y aviéndome venido á ver, se a alargado mucho conmigo en sus discursos, saviendo acaso, por Ingleses ó por otros, que V. A. me a hecho onrra tal vez de fiarme semejante plática, bien que con poco fruto. Este es olandés y muy enparentado en aquellas partes con los primeros del consejo de Estado, y para decir verdad, yo le hallo bien informado de todo aquello que se trata por diversos medios y se a tratado por lo pasado con Olandeses, y es yntrinsequisimo con el príncipe de Orange. Yo bien me persuado que él a torcido su camino á Ynglaterra por aqui con arcificio, solo para mover alguna plática secreta de tratado con V. A. No eurándose de venir á Bruselas, pasará tambien por Gante ácia Dunquerque ó Calés. Conténtase con mi medio, entre tanto que yo pudiese obtener órden de V. A. de poder conferir con él á boca y por scrito, quando habrá pasado en Ynglaterra, y para este efecto me quiso dexar una cifra. Yo he tomado ya licencia de oyrle, valiéndome de la confianza que V. A. y el señor marqués han mostrado de mi algunas veces: pero para pasar adelante, me [165] parece que él querria que yo tuviese órden particular de V. A. para tratar con él. Esto se podria hacer con un villete de tres renglones de mano de V. A., como me le dió el señor marqués, de la suya, para calificar y autorisar mi persona en el tratado con Gerbier: este villete quedaria en mi poder, y bastaria móstrarsele una sola vez, teniendo él sus comisiones y la órden de su rey en amplisima forma. El concepto deste residente de Dinamarca puedo decir á V. A. en pocas palabras (haziéndome creer la poca fortuna de su rey que dice verdad y camina sinceramente). Es este: que los intereses del rey de Inglaterra, de Dinamarca y de los estados de las Provincias Unidas son ynseparables así por la religion como por toda otra razon de Estado, y no le tengo por menos ynformado de las cosas de Olanda y del principe de Orange que de las de su rey; y por esto se puede dudar si viene de comun parecer de todos. Siendo pues los intereses comunes, es tiempo perdido tratar con algunos dellos en particular, que no se deve pensar que jamás aquellos estados cederán un punto de su titulo de estados libres, ni menos reconocerán al rey de España por su soberano, ni tampoco con el titulo solo sin otra sustancia, de su propia voluntad; pero si se deve esperar que tal cosa no se hará mas que por el medio de los reyes sus confederados que acaso podrán apretarlos, aunque no forzarlos, á dar alguna satisfacion al rey de España. Y si yo no me engaño el viage deste residente á Ynglaterra se funda, á lo que parece, en demanda y solicitacion de socorros para su rey y para llevar juntamente alguna abertura de acuerdo; y me a tocado algunos discursos sobre los intereses particulares del príncipe de Oranges que algun dia diré á boca á V. A., por los quales juzgo que es verisimil que salen del mismo príncipe. Dixome más que la fama de la sinceridad de V. A. Serma es grande en la opinion de todos, y que de mayor gana y con mayor realidad y confidencia se remitirán al medio de V. A. que de ninguno otro para qualquier tratado.... Si V. A. me da órden, yo sacaré deste residente alguna mayor particularidad y acaso qualquier scritura, y daré al punto aviso á V. A. Serma, á quien con umilísima reverencía beso los pies, etc.

Pietro Pauolo Rubens.

De Anveres, á 26 de enero 1628.

Este apresura mucho su partencia, y por eso será bien que V. A. [166] me responda quanto ántes. Dice que si V. A. gustare de entrar en alguna plática, que á su vuelta de Ynglaterra pasará por aquí, y entretanto se podrá négociar por cartas, sin perder tiempo.


Archives de Simancas, Estado, Legajo 2517.

Publié par Gachard, op. cit., p. 277 (Traduction ibid. p. 75) et par Adolphe Rosenberg, Op. cit. p. 250.


TRADUCTION.
RUBENS A L'INFANTE ISABELLE.

Sérénissime Dame.

M. le marquis m'écrivit, à son départ de Bruxelles, que, s'il survenait quelque chose en matière d'État, j'en informasse directement Votre Altesse. En conséquence, je ne puis aujourd'hui laisser de dire à Votre Altesse que ce résident du roi de Danemark en Hollande (1) à qui Votre Altesse donna un passe-port pour aller d'ici en Angleterre, se trouve depuis quelques jours en cette ville. Étant venu me voir, il s'est beaucoup étendu avec moi dans ses discours, sachant peut-être, par les Anglais ou par d'autres, que Votre Altesse m'a fait l'honneur quelquefois de me confier de semblables affaires, quoique c'ait été avec peu de fruit. Celui-ci est hollandais, apparenté dans les Provinces-Unies avec les principaux du conseil d'État, et pour dire vrai, je le trouve parfaitement informé de tout ce qui par diverses voies se négocie et s'est négocié par le passé avec les états généraux; il est dans l'intimité du prince d'Orange. Je suis bien persuadé que s'il a pris par ici son chemin pour son voyage d'Angleterre, c'est avec artifice et dans le but de mettre en avant quelque négociation secrète avec Votre Altesse. Il ne songe point à aller à Bruxelles, et ne s'arrêtera pas à Gand, où il passera pour se rendre à Dunkerque où à Calais. Il se contente d'être en rapport avec moi, en attendant que j'obtienne l'autorisation de Votre Altesse de pouvoir conférer avec lui de bouche et par écrit, quand il aura passé en Angleterre, et pour cet effet il a voulu me laisser un chiffre. Déjà j'ai pris la liberté de l'entendre, me fondant sur la confiance que Votre Altesse et M. le marquis m'ont témoignée plusieurs fois: mais il me paraît que, pour entrer plus avant en matière, il voudrait que j'eusse un ordre particulier de Votre Altesse de négocier avec lui. Cela se pourrait faire au moyen d'un billet de trois lignes de la main de Votre Altesse, comme celui que M. le marquis me donna de la sienne pour qualifier [167] et autoriser ma personne dans la négociation avec Gerbier (1). Ce billet resterait en mon pouvoir, et il suffirait de le lui montrer une seule fois: il a, lui, ses commissions et l'ordre de son roi dans la plus ample forme.

L'idée de ce résident de Danemark (le peu de fortune de son roi me fait croire qu'il parle vrai et procède sincèrement), je la puis dire à Votre Altesse en peu de paroles, et c'est que les intérêts du roi d'Angleterre, du roi de Danemark et des états des Provinces-Unies sont inséparables, tant pour la religion que pour les autres raisons d'État. Je ne le tiens pas moins au courant des choses de Hollande et du prince d'Orange que de celles de son roi, et pour cela on peut soupçonner qu'il vient de l'avis de tous. Les intérêts étant communs, c'est donc du temps perdu que de négocier avec quelques-uns d'entre eux en particulier, et il ne faut pas s'imaginer que jamais les états des Provinces-Unies, de leur propre volonté, cèderont quoique ce soit de leur titre d'états libres, et moins encore qu'ils reconnaîtront le roi d'Espagne pour leur souverain, fût-ce même avec le titre seul sans autorité, mais on doit compter que cela ne se fera que par le moyen des rois, leurs confédérés, lesquels pourront, non pas les forcer, mais leur faire sentir la nécessité de donner quelque satisfaction au roi d'Espagne.

Si je ne m'abuse, le voyage de ce résident en Angleterre a pour but, à ce qu'il paraît, une demande de secours pour son roi et quelque ouverture d'accommodement. Il m'a tenu différents propos touchant les intérêts particuliers du prince d'Orange qu'un jour je dirai de bouche à Votre Altesse, et qui vraisemblablement viennent du prince lui-même. Il m'a dit encore que la renommée de sincérité de Votre Altesse Sérénissime est grande dans l'opinion de tous, et qu'ils s'en remettraient à Votre Altesse plus volontiers et avec plus de confiance qu'à aucun autre pour quelque traité que ce fût..... Si Votre Altesse m'en donne l'ordre, je tirerai de ce résident quelques particularités plus grandes et peut-être quelque écriture, dont j'informerai sur-le-champ Votre Altesse Sérénissime, à qui je baise les pieds, avec très humble révérence, etc.

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anvers, le 26 janvier 1628.

Ce résident presse beaucoup son départ. Il sera bien, pour cela, que Votre Altesse me réponde aussitôt que possible. Il dit que si Votre Altesse trouve bon d'entrer en quelque négociation, il passera par ici à son retour d'Angleterre, et que dans l'intervalle on pourra négocier par correspondance, de manière qu'il n'y ait pas de temps perdu.


[168] COMMENTAIRE.

Rubens ne reçut point, paraît-il, le billet de trois lignes qu'il sollicite dans cette lettre. L'Infante lui ordonna d'envoyer à Spinola les papiers communiqués par Vosberghen; ce qu'il fit le 11 février, en l'accompagnant de la lettre suivante:


CCCCLXXII
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Excmo Señor:

La Serenisima Infanta me á ordenado que dé parte á V. E. de un negocio que se ha ofrecido despues de su partençia con la ocassion de un pasaporte que dió su Alteza por medio de V. E. y á instancia mia al Residente del Rey de Dinamarca en los Estados de las provincias rebeldes. Este es Olandés de nacion, y emparentado con los principales ministros de aquel govierno, y estrechísimo con el Príncipe de Orange. Aviendo llegado á Amberes los dias pasados, me vino á dar gracias del pasaporte, que por mi direction se le havia dado, y aviendo entrado en discurso de las cosas públicas se mostró bastantemente informado de las pláticas secretas que han pasado entre Olandeses y Ingleses, y me confesó ser confidentísimo del Carleton, y por conclusion me dixo que no le parecia que jamás se podria tomar ningun acuerdo con alguno de los confederados en particular, pero sí con todos juntos, por ser inseparables y encadenados sus intereses, fuera de que la ultima confederacion hecha en la Haya entre el Rey de la Gran Bretaña, el de Dinamarca y los Estados de las provincias unidas, escluye todo tratado que no se hiziere de comun consentimiento. Yo le respondi, que pues aquellos Estados avian de intervenir necesariamente, se podia esperar poco de su obstinacion en querer mantener el titulo de payses libres, anejo solamente á la tregua pasada, y que espiró con ella, y que queriendo su magestad cathólica ser reconocido por Príncipe soberano, por amor ó por fuerça, me pareçian insuperables estas contrariedades y me obligavan á desconfiar del subçeso de qualquiera tratado, a que me respondió, que el Rey tratando derechamente con [169] los Estados, no consiguiria jamás su intencion, mas que queriendo dar alguna satisfacion á los Reyes de Inglaterra y Dinamarca en sus intereses y pretensiones particulares, ellos podrian bien constringir á los Estados á que se contentasen de que el Rey de España tuviese título (sin Re) qui es título sin posesion á su satisfacion, no siendo justo que por quístion de nombre, toda Europa dure en perpetua guerra, acordándome yo de lo que me avia dicho el señor don Diego Mesia, y afirmado muchas vezes que el Rey nuestro señor no pretende otro cosa que un título, más de reputacion que de sostançia, le dixe que era neçessario se declarase çerca de las pretensiones de aquellos Reyes, porque podria ser que no pudiese el Rey nuestro señor darles satisfacion, á causa de que las diferencias pendientes entre el Emperador y el Rey de Dinamarca no tocavan á España sino por la consanguinidad con la casa de Austria; como tambien la restitucion del Palatino en su dignidad y estado dependia enteramente del imperio, a esto respondió que era notorio en todo el Mundo la Potencia y autoridad del Rey de España (á quien queriendo abrazar el negoçio con sinceridad ninguna cosa era imposible); que ha medida de su intercession, á efecto de las pretensiones destos Reyes obrarian ellos por qualquier medio posible con los estados Olandeses para dar satisfacion á su magestad cathólica, y añodió que si yo queria proponer la plática á su Alteza, y que ella le asigurase de su favor y medio, él pondria en scrito algunas condiçiones de tratado, pero sin firma, y remitiéndose á la voluntad y aprovacion de sus superiores para enbiar á España, y que él entre tanto pasaria en Inglaterra para tener poderes espeçiales, no solo de su Rey, mas tambien del de la Gran bretaña, para este tratado. Y replicándole yo que era neçesario poder de los Estados de Olanda, me respondio que no queria prometer una cosa ynposible; mas que queriendo el Rey nuestro señor haver resguardo al Prínçipe de Orange, y conpensarle los daños de reputacion y aprovechiamento, si le resultasen algunos de la paz, se asegurava que el Prínçipe pondria de su parte toda su industria y autoridad por disponer con la buena inteligencia y ayuda de los dichos Reyes que aquellos Estados se ajustasen á la razon.

Yo no conozco este personage, ni quiero prometerme dél que sea para efectuar estas promesas, ántes bien lo dudo grandemente, pero mostrando él sus comisiones y poderes de mano propia de su Rey, [170] scritos y firmados en bonisima forma, como yo lo he visto, no me pareçio que podia dexar de dar quenta á su Alteza, como lo he hecho desta demanda. Su Alteza me a mandado que éntre en la plática y dé quenta á V. E. (como lo hago con la presente) ynbiándole para mi descargo el papel original que he mostrado á su Alteza, y me dió el mismo residente, que contiene algunas condiçíones de tratado que veera V. E., juntamente con una declaraçion bien estendida de los daños y provechos que resultan á cada una de las partes de semejante paz. Lo que más aprieta aquí es el secreto, que afirma ser el alma deste negocio; y por esto no quiso que nadie le viese estando en Bruselas, y no sé por qual particular ynclinaçion me ha protestado que no quiere corresponderse ó tratar más que conmigo solo, y para esto me dexa una çifra. Y así, con esperança de que quando esta llegue, se hallará V. E. con el favor de Dios bueno en la corte, me encomiendo umilísimamente en su buena gracia, y con toda sumision le beso las manos, etc.

(P. P. Rubens.)


Este residente desea tener en scrito quanto antes la forma del tratado con el qual su magestad se contentaria de acordar alguna paz con Olandeses, con espeçificaçion de sus pretensiones y demandas para poder el tratar con buen fundamento y açierto.


Copie aux archives de Simancas. Secretaria de Estado. Legajo 2517, num. 8.

Publié par G. Cruzada-Villaamil. Rubens Diplomatico Español, p. 104 et par Ad. Rosenberg. Op. cit. p. 252.


TRADUCTION.
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Excellence.

La Sérénissime Infante m'a ordonné de faire part à Votre Excellence d'une affaire qui s'est passée depuis votre départ à propos d'un passe-port que Son Altesse accorda par votre intermédiaire et à mes instances au Résident du roi de Danemark auprès des États des provinces rebelles (1). Il est de nation hollandaise, apparenté aux principaux membres de ce gouvernement et intimement lié avec le prince d'Orange. Étant arrivé à Anvers ces jours [171] derniers, il vint me remercier du passe-port que sur ma recommandation on lui avait donné et ayant amené la conversation sur les affaires publiques, il se montra assez bien informé des négociations secrètes menées entre les Hollandais et les Anglais et m'avoua être sur un pied très confidentiel avec Carleton, et comme conclusion il me dit qu'il lui semblait que jamais on ne pourrait faire un accord quelconque avec aucun des confédérés en particulier, mais bien avec tous, parce qu'ils sont liés ensemble et que leurs intérêts sont inséparables, sans parler de la dernière alliance conclue à La Haye entre le roi de la Grande Bretagne, celui du Danemark et les Provinces-Unies, qui interdit tout traité qui ne se ferait pas du consentement de tous.

Je lui répondis que, puisque ces États devaient intervenir nécessairement, on pouvait espérer peu de leur obstination à demander à conserver le titre de pays libres, accordé seulement pour la trève expirée et disparaissant avec elle, et que Sa Majesté Catholique demandait à être reconnu comme prince souverain par amour ou par force. Ces difficultés me semblaient insurmontables et me forçaient à désespérer du succès de n'importe quel traité.

Il me répondit que si le roi traitait directement avec les États, il ne viendrait jamais à bout de ses desseins, mais que s'il désirait donner quelque satisfaction aux rois d'Angleterre et de Danemark dans leurs intérêts et prétentions particulières, ils pourraient bien forcer les États à tolérer que le roi d'Espagne porte le titre (sans la chose), c'est-à-dire le titre sans la possession autant que cela lui plaira, puisqu'il n'est pas juste que pour une question de mots toute l'Europe vive dans une guerre perpétuelle.

Me rappelant de ce qu'avait dit le Seigneur don Diego Messia, qui avait affirmé plusieurs fois que le roi, notre Seigneur, ne prétendait autre chose que le titre, plus pour l'honneur que pour la réalité, je lui dis qu'il était nécessaire de se déclarer sur les prétentions de ces rois, parce qu'il se pourrait que notre roi ne pût point leur donner satisfaction, vu que les difficultés pendantes entre l'Empereur et le Roi de Danemark ne touchent l'Espagne que par la parenté de notre roi avec la maison d'Autriche, de même que le rétablissement du Comte palatin dans sa dignité et clans ses États dépend entièrement de l'Empereur.

Il y répondit que la puissance et l'autorité du roi d'Espagne étaient notoires dans le monde entier et que, si lui voulait s'occuper sérieusement de l'affaire, rien ne lui serait impossible; que s'il accordait son intervention relativement aux prétentions de ces rois, ceux-ci agiraient par tous les moyens possibles sur les États de la Hollande pour faire donner satisfaction à Sa Majesté catholique et il ajouta que si je voulais communiquer cette proposition à Son Altesse et qu'Elle l'accueillit favorablement, il mettrait par écrit quelques [172] clauses d'un traité, mais sans signature, et les soumettrait à l'examen et à l'approbation de ses supérieurs pour ensuite les envoyer en Espagne et que, pendant ce temps, il se rendrait en Angleterre pour obtenir des pouvoirs spéciaux relativement à ce traité, non seulement de son souverain, mais aussi du roi de la Grande Bretagne. Et comme je répliquai que l'autorisation des États de la Hollande était également nécessaire, il me répondit qu'il ne voulait point promettre une chose impossible, mais que si notre roi voulait donner des garanties au prince d'Orange et compenser sa perte de réputation et d'avantages matériels, dans le cas où le résultat serait favorable à la paix, il assurait que le prince, d'accord avec les dits rois et aidé par eux, emploierait de son côté toute son intelligence et son autorité pour disposer les dits États à entendre raison.

Je ne connais pas ce personnage et je ne veux pas espérer qu'il sera à même d'effectuer ses promesses; naguère j'en doutais même grandement, mais comme il m'a montré sa commission et ses pouvoirs de la propre main de son roi, écrits et signés en due forme, comme je l'ai vu, il me paraît que je ne pouvais m'abstenir de rendre compte de sa demande à Son Altesse ainsi que je l'ai fait. Son Altesse m'a ordonné de m'occuper de cette affaire et d'en rendre compte à Votre Excellence, comme je le fais par la présente, en vous envoyant, pour ma décharge, le document original que j'ai montré à Son Altesse, qui me fut remis par le même résident et qui contient quelques conditions du traité que Votre Excellence verra en même temps qu'une déclaration très détaillée des dommages et des avantages qui résulteraient pour chaque partie de semblable traité de paix. Ce qui importe le plus dans ceci, c'est le secret que l'envoyé danois affirme être l'âme de cette affaire; c'est pourquoi il désire que personne ne le voie à Bruxelles et je ne sais par quelle préférence il m'a déclaré qu'il ne désire correspondre ni traiter avec personne d'autre qu'avec moi et m'a laissé un chiffre.

Et ainsi espérant que quand la présente vous parviendra Votre Exellence se trouvera bien à la Cour, je me recommande fort humblement dans ses bonnes grâces et avec une pleine soumission je lui baise les mains.

(P. P. Rubens.)


Ce résident désire avant tout avoir par écrit la forme du traité aux termes duquel Sa Majesté serait content d'accorder la paix aux Hollandais, avec la spécification de ses prétentions et exigences, afin de pouvoir traiter sur une base solide et avec succès.


[173] COMMENTAIRE.

Cruzada-Villaamil, qui le premier publia cette lettre, émit l'opinion que l'Infante la dicta à Rubens, et que, à en juger par la correction de l'espagnol dans lequel elle est rédigée, elle n'est pas de la main du peintre.

Cette supposition nous paraît peu fondée. Rubens écrivait toujours en italien au Marquis de Spinola et d'habitude on traduisit en espagnol ses lettres que l'on voulait soumettre aux conseillers espagnols. Les archives de Simancas conservent bien d'autres documents de ce genre rédigés en italien et traduits en espagnol.

Le résident du roi de Danemark auprès des États Confédérés est Josias Vosberghen, issu d'une illustre famille hollandaise. Comme Rubens le rapporte, il se rendit d'abord à Anvers pour traiter avec l'artiste diplomate. Il ne songea point alors à aller à Bruxelles, dit Rubens, mais peu après il s'y rendit pourtant. Rubens l'accompagna, mit sous les yeux de l'Infante les commissions dont Vosberghen était chargé et reçut ordre de les envoyer à Spinola en l'instruisant de ce qui s'était passé entre Vosberghen et lui. Spinola répondit le 3 mars à la présente lettre disant qu'il avait vu les papiers en question, mais qu'il n'attachait pas grande importance aux communications de Vosberghen qui n'était revêtu d'aucun pouvoir.

Avec le passe-port reçu de l'Infante, Vosberghen passa en Angleterre. Il se rendit dans ce pays par Calais et débarqua à Douvres le 20 février 1628. Il était accompagné dans ce voyage par Jean Brant, le cousin de Rubens, que nous avons appris à connaître (1).


Nous reprenons le récit de Gerbier:

Mémoire de Gerbier. Au retour de Gerbier en Engleterre Le Sr Rubens continue à luy escrire pour entretenir la corespondence, Gerbier luy respont qu'il croioit que la fable estoit finie qu'il avoist esté renvoyé apprès un séjour de quatre mois en Hollande sens auqune aultre satisfaction sinon que pour tout, que le concert que les deux Roys avoient pris avoit mis arest à ceste affaire.

Rubens replique et enfin rescrit à Mons: l'Ambasse: de Savoye ce plaint que Gerbier ne lui daignoit respondre et que le dit Sr Rubens avoit resolu de nen plus escrivre mais que ceste volonté luy estoit changée par une lettre qu'il avoit receu de Mons: le Marquis Spignola avant son partement de Brusselles pour Espagne, et faisant le dict Sr Rubens instance que l'on se vouloit desclarer selon le commendement qu'il avoist receu de ces Maistres [174] descrire au dit Gerbier et à ceste fin envoia la copie de la lettre du Marquis Spignola, dont la teneur:

La Sérénissime Infante luy (Spinola) avoit donné ordre de communiquer les affaires passées entre le Sr Rubens et Gerbier au Roy très catholiq. où il prenoit son voyage dans deux ou trois jours [en marge: 21 décembre] que l'on donnast advis à Gerbier affin que ceste pratique ce puisse advancer, disant le dit S. Marquis qu'il estoit nécessaire que de ceste part l'on considérast deux choses la première qu'il estoit nécessaire de desclarer plus ou moins affin de sçavoir en quelle manière l'on pourroit conserter. La seconde qu'il estoit à considérer, que quand une partie a intention de sacorder il est utile de proposer des choses lesquelles non seulement soient possibles mais qui réussisent a l'advantage de ceux avecq. qui l'on prétend de sacommoder. Quoy estant le Marquis jugeroist de pouvoir porter plus de facilité à ceste affaire et la rendre plus acceptable. (1)


Sur ce Gerbier luy envoye deux lettres l'une définitive et l'autre dans les termes accoustumés. La première la teneur estoit:


CCCCLXXIII
BALTHASAR GERBIER A RUBENS.

Monsieur.

Vostre lettre du 21 Décembre ay receu le 14 Febvrier aiant esté retardée des vents contraires et accident survenu au porteur lequel est mort à la Haye. J'ay entendu par vostre lettre que Monsieur le Marquis Spignola devoist partir pour Espagne lequel voiage a donné subject à plusieurs de croire que cestoit pour affaires très importantes, chacqun resonne selon la portée de son Esprit ou inclination, la mienne m'a faict conclure que la plus considérable ocasion estoist celle qui pouroist faire naistre le repos en la Chrestienté, mais je ne prétents pas pourtant de prophétiser ny porter envie aux opignions des aultres quand elles sont plustost receues que les miennes, sinon lorsque les leurs demeurent préjudiciable aux bonnes affaires, comme ont esté les arguments que plusieurs ont faicts sur la responce que j'ay raporttée apprès un séjour [175] de quattre mois en Hollande, Pour Monseigr le Duc Mon Maistre la Vérité et le Deveoir m'oblige de vous dire qu'il est de ceux qui par la probité et vertu mesme qu'ils pocceddent jugent de celles des aultres. Ne sestant jamais desportté de l'opignion quil a eu tousjours de la cincère et pieuse intention de la Sereniss. Infante et de la générosité de Monsieur le Marquis sachant bien que le Concert que les deux Roys avoient pris ne fait pas changer les vrayes maximes, et le cours des Astres ny ne peut accorder les Éléments contraires.

L'Inclination que Monseigneur le Duc a tousjours eu à contribuer à l'advancement du repos et bien de la Chrestienté est en la mesme proportion qu'elle a esté dès le commencement des discours que nous avons eu ensemble. Je vous puis asseurer aussi quil a conservé en ces mesmes termes celle du Roy son maistre, laquelle corespondera tousjours à touttes les bonnes volontez que Vos Maistres pouroient aveoir à l'advancement d'une si bonne et salutaire affaire. Tout ce que je puis c'est de souhaitter, puis quelle a esté mise dens le berceau qu'en sa naissance elle n'y trouve son tombeau, Que Monsieur le Marquis à son retour aie des pouvoirs qui la fasse croistre à sa perfection et à la proposition plus advantageuse de la Chrestiensté, cest ce que souhaitte aussi en particulier, Monsieur

B Gerbier.

18 Feburier 1628.

Copie. Londres Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders, 56.

Traduction espagnole à Simancas, Secretario de Estado Legajo 2617, fol. 24.

Traduction anglaise publiée par Noël Sainsbury, op. cit. p. 109.

Le texte de la seconde lettre de Gerbier à Rubens était le suivant:


CCCCLXXIV
BALTHASAR GERBIER A RUBENS.
COPPIE DE LA LETTRE FAMILLIERE SUR CE
MESME SUBJECT ET EN MESME TEMPS.

Monsieur.

Les nouvelles que J'ay receues du voiage de Monsr le Marquis Spignola en Espagne me donne quelque sorte d'espérance cognoissant [176] son bon esprit et l'expérience parfaite quil a de l'estat des affaires qu'il pouroit les conduire avecq plus d'advantage que les aultres nont faict, ce que je dis en ce qui regarde le particulier de celles que nous avons eu par ensemble. Il faut que je vous confesse que je ne suis pas de ceux qui font grand estat de ce consert que les deux Roys ont pris aiant encore en mesmoire les histoires que mon bon Père me souloit raconter que ces deux Nations estoient comme deux éléments contraires qui ne peuvent subsister ensemble, Que pour l'Espagne qu'elle avoist toujours esté gouvernée par des personnes prudentes lesquelles n'ont aultre regles ny maximes que celles qui sont bonnes pour l'Estast que dens ceste véritable voie de Maximes ils ne changent non plus souvent que les Astres font leur cours. Ceste forme constante que l'Espagne tient m'a faict adjouster foy aux nouvelles que l'on contte sur le Concert des deux Roys, comme aux Almanacs de vieilles femmes. Je sçay que je n'ay pas le don de prophétie mais je suis d'opignion que si dauquns qui sont en Espagne avoient senty le fardeau pesant des guerres de Flandres, comme Monsr le Marquis quils ne s'eussent pas avisé a ce concert des deux Roys. Monsr le Marquis scait très bien que ceste guerre du Pays bas c'est la faire aux poissons et à l'eau; de la terre ìls n'en ont point, de châteaux ils n'en ont aultres que leurs navires, les moissons qu'ils font c'est au despens du Roy d'Espagne. Peuple tellement adonné au gain quils estiment la supstance et font nul cas de l'aparance, ceux qui se trouvent les mieux acomodez ressemblent les moines et les arbitres qui ne s'exposent aux coups ny aultre combats que celuy des bouteilles et des plats, la populace cedde tousjours au jens d'esprit qui les gouverne comme fait la bridde le cheval, le meslange de Religion y faisant naistre une neutralitté grande, de sortte que qui les offrait une bonne conclusion avant que la nécessité les rende intraitables, le success prometteroit d'estre à souhaitt Et puis que de vostre part qu'ils ont l'inclination toutte porttée a battir un pont d'or à leurs ennemis, la raison fait cognoistre que jointe à ceste pieuse intention il y a de l'advantage. Vous deveriez faire miracles puis quils sont fréquent chez vous, puis que vous n'avez à doutter de la constante résolution du Roy de la grande Bretagne et de la généreuse Volonté de Monsr le Duc, qui ne c'est pas desporté de l'estime particulière qu'il a eu de la cincérité de Messrs vos Maistres. Combien que mon séjour de quattre [177] mois en Hollande et mon retour a donné assez ocasion d'amoindrir l'opignion que l'on avoist fondée sur vos asseurances, et la probité de Messias lequel cest transformé par les prières du Cardinal, mas si Sr Don Diego c'eust mis en mesmoire ce qui est dict en la Saincte Escripture que le Diable se transfigure souvent en un Ange de Lumière pour séduire les Esleus, il en seroit sortij sans transformation ou sens aveoir esté attrapé par les vains aparences qui ont retardé ceste grande bonne et saincte affaire. Si Monsieur le Marquis peut touts fois aporter à son retour, des pouvoirs amples, je ne désespère pas pour tan qu'il soit, sil vous tourne à corte de vivre en Paix (1), aultrement ce sont parolles et du vent. Donné moy la liberté de vous dire que vous ne pouvez estre si estranger d'ignorer que «Quando alguno tiene pensia-mente de consertarce con otro, es bien proponer cosas que estan bien a la parte que asi se ajustan (2) , » que ces parolles là je dis ce doivent dire de nostre part aussi bien que de la Vostre: il ne ce peut faire bonne musique sens harmonie. Vous mavez advoué lors que vous me vistes en Hollande que nous venions en blanc et noir, la raison et l'equitté réquieroit le réciproque, mais Vous m'avez laissé retourner sans responce me laissant les excuses et pour tout advis que le concert que les deux Roys avoyent pris ne permettoit aultre chose pour le présent. C'est à vous maintenant de faire qu'au retour de Mons. le Marquis que ce concert des deux Roys lequel aux gens sages passe pour risée, ne soit de nulle considération,

Vale

Signé: Gerbier.

Le 18 Febvrier 1628.

Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders, 56.

Traduction anglaise publiée par Noël Sainsbury, op. cit. p. 110.

Il existe de cette lettre, dans les papiers de Gerbier, une seconde copie un peu différente et un peu plus étendue; elle a pour titre: «Copie de la lettre familière escripte à Rubens en partie pour luy dire son faict en drollant le 18 febvrier 1627/1628.»


[178] CCCCLXXV
L'ABBÉ DE SCAGLIA A RUBENS.
COPIA
DEL TRASLADO DE LA CARTA QUEL SENOR ABAD SCALLA
ESCRIVE A RUBENS A 21 DE HEBRERO 1628.

Haviendoseme dado la carta de V. S. de los 21 de diciembre y comunicadola con otros que convenia, me ha parecido necessario escrivir a V. S. estos tres ringlones ápartes aunque el señor Gerbier responde a V. S. con ordenes tales sobre el negocio corriente que puede satisfacer a las demandas de ahy, tanto del hecho como se entienda la forma del tratado quanto por las condiciones que puedan ser factibles, y que no encuentren en largas; pero yo añada à V. S. con la libertad, y confianza acostumbrada que el mejor modo de encaminar, y acavar el negocio bien, y brevemente sera que el señor Marques considere quantas difficultades podrian nacer y quantas dilaciones si quísiese tratar juntamente todos los interesses de los confederados, y particularmente de vuestros vecinos los estados de olanda entre los quales aunque haya muchos bien dispuestos y quizas el Principe de Grange mismo; todavia haviendo de passar por los votos de los estados generales y particularmente en cosa que toca a su libertad (no quiriendo el Rey por ningun modo consentir este titulo) sera negocio muy difficultoso, y quando bien succediesse requiere comodidad, largueza de tiempo para disponer á esto un infinidad de cavezas bizarras, y duras, y entre tanto les podria perder el fruto de la buena disposicion deste Reyno por nuevos incídentes, porque muchos (si va a decir verdad) se cansan y les enfadan de la guerra de francia, y se hazen fuertes officios para acomodarla; Por tanta seria necesssario que el señor Marques procurasse poder, y authoridad de tratar con todos juntamente y tambien con los ingleses á partes, losquales hazen difficultad en darselos a sus amigos y obgeto a los esfuerzos que se haran en contrario con entrar en tratado sin certidumbre apparente de reducirlo al effecto y verdaderamente la menor dificultad será entre las dos coronas de españa e Inglaterra [179] no pudiendose por agora abrir otros caminos mejores sin dar occasion a quien lo entiende diversamente de atravessarla y openerse; digo solamente que quando la authoridad se hallará cerca se hablará de otra manera, y a la Prudencia del señor Marques y al conocimiento que tiene de los interesses, y condiciones que pueden estar bien á su Rey, será facil de formar los partidos en los quales concurrriendo los demas se pueda concluyr el negocio, ya que se ha abierto el primer camino que es el de la reputacion, con la yda del señor Gerbier á Bruselas, y por las cartas de propria mano del duque en la forma que se podian dessear, de manera que no es menester mas que por el mismo filo continuar el tratado como se há empezado.

Esto basta para respuesta y conclusion en laqual si se me diere credito resultará el effecto a la menos parte del, ya que en lo que toca a las cossas mas difficiles que save, yo entiende el Palatino, y el Rey de denemarca, hay dispusicion de rimitirlas para otros tiempos y por las que se juzgan necessarios desde agora acavarlas juntamente, ó se reduciran a la razon, ó se remitiran tambien á mejor comodidad; de suerte que no estorbe lo que no tiene difficultad, y puede convenir a las partes principales.

V. S. podrá hablar seguramente a quien toca y procurar que se despache, porque lo que no se podrá hazer de lejos, se hara de cerca se desea saver del señor Marques, que pues que el Rey aborrece tanto aquel titulo de libertad como es razon; si nombrando los estados como confederados sin otra calidad si querra entender para tratar con ellos á saver tratar con el Rey de la gran bertañ?a, y sus confederados.

No he podido faltar de dar parte a V. E., desta carta del señor Abad Scalla, pues el Gerbier se remite a ella, y la aprueva en todo y por todo.

Pedro Paulo Rubens.


Archivo general de Simancas. Secretaria de Estado Leg. 2517, fol. 23.


TRADUCTION.
L'ABBÉ SCAGLIA A RUBENS.

Votre lettre du 21 décembre m'ayant été remise et ayant été communiquée à ceux que la chose concerne, il m'a paru nécessaire de vous écrire ces trois [180] lignes séparément, bien que Monsieur Gerbier vous réponde sur les affaires courantes d'après des ordres de nature à donner satisfaction aux demandes venues d'ici, tant sur le point de savoir comment doit s'entendre la forme du traité que sur les conditions qui peuvent être exécutées et qui n'ont pas été précisées en détail. J'ajoute cependant, avec la liberté et la confiance accoutumées, que la meilleure manière d'entamer et de bien terminer l'affaire à bref délai sera que Monsieur le Marquis considère combien de difficultés et combien de délais peuvent surgir s'il veut traiter conjointement tous les intérêts des confédérés et spécialement ceux de vos voisins les États de la Hollande. Parmi ceux-ci il y a beaucoup de personnes bien disposées, entr'autres peut-être le prince d'Orange lui-même. Cependant l'affaire devant être votée par les États-Généraux et concernant spécialement leur liberté (comme le roi ne veut leur accorder cette qualification d'aucune façon), ce sera une affaire extrêmement laborieuse. Si tout marchait bien, elle exigerait des facilités et un grand espace de temps pour y gagner une infinité de têtes bizarres et dures et pendant ce temps-là on pourrait perdre le fruit des bonnes dispositions de l'Espagne à cause de nouveaux incidents. En effet, bien des gens ici (pour dire la vérité) se fatiguent et s'ennuient de la guerre contre la France et font de grands efforts pour rétablir la paix. Cependant il serait nécessaire que Monsieur le Marquis procurât des pouvoirs et l'autorisation de traiter avec tous à la fois et aussi avec les Anglais en particulier, lesquels font difficulté de donner à leurs amis le spectacle des efforts qu'ils feront pour entrer en pourparlers sans certitude apparente d'aboutir, et véritablement la moindre difficulté existera entre les deux couronnes d'Espagne et d'Angleterre, puisque pour le moment on ne peut ouvrir d'autre voie meilleure sans fournir l'occasion à l'adversaire de la traverser et de s'y opposer. Je dis seulement que, quand l'autorisation sera obtenue, on en parlera d'autre manière et la prudence de Monsieur le Marquis et sa connaissance des intérêts du Roi et des conditions qui peuvent lui être favorables trouveront facilement les points sur lesquels les autres tomberont d'accord et l'affaire pourra se conclure. Déjà, par le voyage de Monsieur Gerbier à Bruxelles et par les lettres de la propre main du duc rédigées dans la forme désirable, on a ouvert le premier chemin qui est celui de l'estime réciproque, de manière qu'il ne faut faire autre chose que de continuer les négociations par la même voie par laquelle on les a entamées.

Ceci suffit comme réponse et comme conclusion. Si on veut m'en croire, il en résultera un bon effet, au moins en partie et, en ce qui touche aux causes plus difficiles que vous connaissez, c'est-à-dire le Palatin et le roi de Danemark, on est disposé à les remettre à d'autres temps et quant à celles [181] qu'on jugerait nécessaire de terminer dès à présent et conjointement ou bien on les réduira à la raison, ou bien on les remettra également à de meilleures occasions, de façon que les points qui ne présentent pas de difficultés ne causent point d'embarras et puissent aider à régler les questions principales.

Vous pourrez parler en toute sécurité à celui que la chose concerne et faire en sorte qu'il se hâte, parce que ce qui ne peut se traiter de loin se traitera de près. On désire savoir de Monsieur le marquis si le Roi, qui avec raison ne veut entendre parler de ce titre d'État libre, ne voudrait pas traiter avec eux sous le nom d'États confédérés, sans mentionner d'autres qualités, c'est-à-dire traiter avec le Roi de la Grande Bretagne et avec ses alliés.

(Scaglia.)


Rubens ajoute à la copie de cette lettre, envoyée par lui à Spinola, les lignes suivantes:

Je n'ai pas voulu manquer de communiquer à Votre Excellence cette lettre de Monsieur l'abbé Scaglia puisque Gerbier s'en remet à elle et l'approuve en tout et pour tout.

Pierre-Paul Rubens.


CCCCLXXVI
RÉSUMÉ D'UNE LETTRE ÉCRITE D'ANGLETERRE
A RUBENS.

Esta es la sustancia de la carta de 25 febrero 1628 embiada à Rubens de Inglaterra.

Que será necessario tratar (quiesiendo determinar dichosamente el negocio) con secreto, brevedad y sincera resolution y que sobre todo se han de procurar poderes sufficientes para tratar de ambas partes en personas que puedan tratar secretamente de cerca, ó de presencia sin dar zelos á los que procuraran estorbarlo, que estos poderes habran de ser de dos maneras, es á saver, el uno para tratar juntamente de los intereses de los confederados de ambas partes, y otro poder para tratar el concierto entre las dos coronas de España e Inglaterra separadamente. Que por agora no se puede hazer mayor abertura, que esta, pero que [182] à tiempo, y lugar se hablará mas claro, y se facilitaran las cosas por su parte en manera que por todas razones se debia conseguir el effecto; que quedando las dos coronas sobre dichas de concierto, como podria succeder, en brevissimo tiempo se podria despues tratar de los intereses de los confederados con mas comodidad; que por la multitud de los interessados que necessariamente debian intervenir no se podian ajustarse tan de repente, de lo qual se remite à la prudencia del Señor Marques con esperanza que Su Excelencia procurará las cosas necessarias à este particular con toda puntualidad assegurandole que no faltaran por su parte de corresponder con toda diligencia.


Archivo general de Simancas. Estado Legajo 2517, fol. 22.


TRADUCTION.
RÉSUMÉ D'UNE LETTRE ÉCRITE D'ANGLETERRE
A RUBENS.

Ceci est la substance de la lettre du 25 février 1628 envoyée d'Angleterre à Rubens.

Il sera nécessaire, si on veut terminer heureusement l'affaire, de négocier en secret, rapidement et avec la résolution sincère d'aboutir; surtout il faut avoir soin de se procurer des pouvoirs suffisants des deux côtés pour traiter par des personnes qui peuvent négocier secrètement de près ou dans une entrevue personnelle sans donner l'éveil à ceux qui voudraient l'empêcher. Ces pouvoirs devront être de deux sortes, à savoir l'un pour traiter conjointement des intérêts des alliés des deux parties et l'autre pour traiter séparément de l'accord entre les deux couronnes d'Espagne et d'Angleterre. Pour le moment, on ne saurait faire de plus amples ouvertures, mais au moment et à l'occasion voulue on parlera plus clairement et on facilitera ici les choses de telle façon que de toute manière on aboutira. Les deux couronnes susdites tombant d'accord, comme il pourra arriver, on pourra ensuite à très bref délai et avec plus de facilité traiter des intérêts des alliés. Vu la multitude des intéressés, qui nécessairement doivent intervenir, on ne pourra s'entendre immédiatement. Sur ce point, on se remet à la prudence de Monsieur le Marquis avec l'espoir que Son Excellence fera le nécessaire à cet effet ponctuellement en l'assurant que du côté de l'Angleterre on ne manquera de montrer également toute la diligence possible.


[183] COMMENTAIRE.

Le 29 février 1628, la junte d'État à Madrid tint une séance à l'hôtel du Comte-duc d'Olivarès, dont le procès-verbal suit.

La junte s'occupa de la lettre de Rubens à Spinola du 11 février et des documents qui l'accompagnaient. Les propositions du roi de Danemark et les communications de Josias de Vosberghen avaient fait une bonne impression sur l'esprit des membres de la junte. Il n'est plus question d'expédition en Angleterre, le vent est à la paix. Pourtant on garde une attitude réservée; on ne veut pas donner trop d'espoir à l'Angleterre et on ne veut permettre à Rubens de faire naître pareil espoir.


Copia de un documento en cuya carpeta dice: «La Junta que se haze en el aposento del conde Duque en madrid a 29 de Hebrero de 1628. Sobre lo que contienen las propuestas que ha hecho pablo Rubens en los ynclusos papeles.»


Senor.

En esta Junta se han visto los cinco papeles inclusos que ha dado el Marques de los Balbases que tratan de las propuestas que ha hecho por medio de Pablo Rubens un residente del Rey de Dinamarca en olanda acerca de tratados de paz con aquel Rey compreendiendo tambien al de Inglaterra y a Olandeses y haviendose platicado acerca de lo dicho se boto como se sigue:

El Marques de los Balbases, que diversas vezes personas que han pasado por Bruselas han tratado de medios de paz con Dinamarca y se han admitido y legado a continuar la platica. Se declaro Dinamarca en que estos conciertos corriesen por mano del Duque de Saxonia, y su A. bino en Ello con tal que se ynterviniese tambien en Ellos por parte de su A. y nunca se pudo ajustar nada que de lo que agora se habla le pareze que no es cosa en que se debe hazer mucho fundamento ni la persona que yntroduze el negocio tiene poderes que lo que se pide es que restituyan al Palatino sus estados y dignidad y no se habla del punto de la religion en olanda, y aunque le parece que por estos medios no se ha de encaminar cosa que importe y que lo principal es continuar en estas materias por el medio que se ha comenzado del Emperador con todo sera bien oyr a estas personas y entender dellas los yntentos de Ynglaterra Dinamarca y Olanda.

[184] Don Agustin Messia, que se conforma en que no se deve ni puede hazer mucho fundamento destas proposiciones, y que no tiene duda sino que el medio del Emperador que se ha comenzado es el mejor y que este es bien continuarle, pero tanpoco le pareze que embaraça lo uno a lo otro y que sera bien oyr a esta persona, y sobre todo le pareze que pudiendose tratar de paz con Inglaterra se haga antes que se concierte con francia como se puede temer que lo haga y que a esto daria toda la priesa posible.

El Conde Duque de San lucar que cree lo que dize este ministro de Dinamarca, y no duda que seria posible que viniese con participacion de Inglaterra, porque como quiera que el Dinamarca el mas perdido de los tres aliados es mas de creer que sera el que se abenture mas pues tiene menos que perder en el estado presente que se deve adbertir a no menospreciar las propuestas.

Devese adbertir a no dar lugar en el estado que oy corre la negociacion de Alemaña a que se publique que tratamos con Dinamarca y con Inglaterra y mas con las propuestas del Palatino y Electorato que hara saltar a Baviera. Tambien se abrira puerta à Francia a que puesto en desesperacion se junte con los tres contenidos en esta propuesta contra V. Md.

Juzga que seria aproposito escrivir el Marques de los balbases a Rubens que escriba a este hombre que pues el esta en Inglaterra y alli saben como Rubens ha sido ynstrumento de algunas platicas entre su A. y aquel Rey que el se qualifique quando quiera tratar para que pueda presentar sus propuestas donde conbenga pues el Marques sabe que V. Md esta dispuesto a oyr tratados de paz con el Rey de Inglaterra y con olandeses sus vasallos que son los con quien V. Md tiene rota la guerra y que en quanto assi esta con disposicion de oyr y responder a las personas que trujeren autoridad y orden publica o secreta.

Don Fernando Giron, que no ay que poner duda sino que esta propuesta havra sido hecha con saviduria del Rey de Dinamarca para saber como la tomaba su A. y tanbien juzga que dara muchos zelos a los demas principes si la llegan a entender y supuesto que tiene por muy conbeniente concertarnos con Inglaterra y olanda se conforma con el Marques de los Balbases y con el Conde Duque.

El Conde de lemos, y el Obispo presidente de flandes se conforman tanbien con lo botado, pero que sea sin enbarazar la platica del emperador

Don Juan de Villela se conforma con el Conde Duque, y añade que si [185] el Rey de Inglaterra por si solo quisiese concertarse que se admita y sea oydo.

Don Diego Messia tambien se conforma con lo botado pero que se deve poner termino a Rubens hasta que se acabe de tomar resolucion con francia porque si francia alcanza a saber esta platica se adelantara a concertarse con Ingleses y lo ymposiblitaran aca.

V. Md lo mandara veer y proveer lo que mas fuere servido. En madrid A 29 de Hebrero 1628.

Va con solo senal mia por la brevedad.


Decreto: Como parece y el marques de los balbases no escriba en forma de respuesta sino como cosa muy casual diciendole a rubens que ha visto estos papeles y que parece que ay poco fundamento que hacer sobre ellos ni que responder supuesto que la persona que le ha hablado no tiene poderes para nada y que ansi me ha hallado con muy buena disposicion de hacer paz con los que tengo guerra en quanto me toca, y en otra parte puede decirle que huelga con sus cartas y de que le de nuebas de todo quanto entendiere de todas partes.


Archivo General de Simancas. Seria de Estado, Legajo 2517, fol. 2.


TRADUCTION.

Copie d'un document avec la suscription: «la Junte qui a été tenue au logis du comte-duc à Madrid, le 29 février 1628, sur les propositions faites par Paul Rubens dans les papiers ci-joints.»


Sire.

Dans cette Junte, on a pris connaissance des cinq documents ci-joints remis par le marquis de los Balbases et qui traitent des propositions que, par l'intermédiaire de Paul Rubens un résident du roi de Danemark en Hollande, a faites concernant les traités de paix avec ce roi et se rapportant aussi à l'Angleterre et aux Hollandais, et ayant délibéré sur les dites pièces, on a voté comme suit:

Le marquis de los Balbases dit que à différentes reprises des personnes passsant par Bruxelles ont traité des moyens de conclure la paix avec le Danemark. Il les a reçues et engagées à continuer les pourparlers. Le Danemark [186] déclare désirer que cette convention se fasse par l'intermédiaire du duc de Saxe et Son Altesse y adhère pour autant que Son Altesse y intervienne également pour sa part et fait observer que jamais rien n'a pu être conclu. Il dit que, sur le point en question, il est d'avis qu'on ne doit pas accorder grande importance à la chose et que la personne qui introduit l'affaire ne possède pas de pouvoirs. Que ce que l'on demande est de rétablir le Palatin dans ses États et dans ses dignités. On ne parle pas de la question de religion en Hollande et bien qu'il soit d'avis que par ces moyens il n'en résultera rien d'important et que le principal dans ces matières est de continuer par l'intervention de l'empereur dont on a usé d'abord, on fera somme toute bien d'écouter ces personnes et d'apprendre d'elles les intentions de l'Angleterre, du Danemark et de la Hollande.

Don Augustin Messia dit qu'il se rallie à ce qui vient d'être dit sur ce qu'on ne doit ni ne peut faire beaucoup d'état de ces propositions et qu'il ne doute point que l'intervention de l'empereur par laquelle on a commencé est la meilleure et qu'il est bon de continuer à s'en servir. Mais il ne lui semble pas non plus que l'un empêche l'autre et on fera bien d'entendre cette personne et surtout il est d'avis que puisqu'on peut traiter de la paix avec l'Angleterre, il faut le faire avant qu'elle ne se concerte avec la France, comme on peut craindre qu'elle ne fasse et que pour ceci il faut se hâter autant que possible.

Le comte-duc de San Lucar dit qu'il croit à ce que dit ce ministre du Danemark et il ne doute pas qu'il serait possible qu'il fasse sa démarche de connivence avec l'Angleterre parce que, comme il estime que le Danemark est le plus affaibli des trois alliés, il est à croire que ce sera lui qui risquera le plus, puisqu'il a le moins à perdre dans le présent état des choses. Il doit conseiller de ne pas mépriser les propositions. On doit faire attention à ne pas donner lieu, dans les conjonctures où se trouve la négociation avec l'Allemagne, à ce qu'il soit divulgué que nous traitons avec le Danemark et avec l'Angleterre et plus encore que nous écoutons des propositions du Palatin et de l'Électeur, ce qui ferait bondir la Bavière. Cependant on ouvrira une porte à la France qui pourrait en désespoir de cause se joindre aux trois alliés dans ce complot contre Votre Majesté.

Il juge qu'il serait à propos que le marquis de los Balbases écrive à Rubens pour que celui-ci fasse savoir à cet homme (1) que puisqu'il se trouve en Angleterre et que là on sait comment Rubens a été l'intermédiaire dans certaines négociations entre S. A. et le roi de ce pays, il notifie quand il voudra traiter pour pouvoir présenter ses propositions où il conviendra, car le [187] marquis sait que V. M. est disposée à écouter les propositions de paix du roi d'Angleterre et des Hollandais, ses sujets, qui sont ceux avec lesquels V. M. est en guerre et qu'il est également disposé à écouter les personnes porteurs d'une autorisation ou d'un ordre public ou privé et à leur donner réponse.

Don Fernand Giron dit qu'il n'y a pas de doute que cette proposition a été faite avec le consentement du roi de Danemark pour savoir comment Son Altesse le prendrait et il juge qu'elle donnera beaucoup de jalousie aux autres princes s'ils arrivent à la connaître et, comme il regarde une entente avec l'Angleterre et la Hollande comme chose fort désirable, il est d'accord avec le marquis de los Balbases et avec le comte-duc.

Le comte de Lemos et l'évêque, président des affaires de Flandre, se rallient également au vote, à condition que cela ne contrarie point les pourparlers avec l'empereur.

Don Juan de Villela se rallie à l'avis du comte-duc et ajoute que si le roi d'Angleterre demande pour lui seul à conclure un accord, il faut le lui accorder et l'entendre.

Don Diego Messia se rallie également au vote, mais il est d'avis qu'il faut en finir avec Rubens en attendant que l'on ait pris une décision au sujet de la France, parce que, si la France venait à savoir cette négociation, elle pourrait prendre les devants pour s'entendre avec l'Angleterre et nous mettrait dans l'impossibilité de le faire.

Votre Majesté ordonnera d'examiner et de pourvoir à ce qui la servira le mieux. Madrid, le 29 février 1628.

La pièce ne porte que ma seule signature pour gagner du temps.


(Le Roi) Décide: suivant l'avis de la junte, que le marquis de los Balbases n'écrive point en forme de réponse, mais comme chose très accidentelle et dise à Rubens qu'il a pris connaissance de ces documents et qu'il y a peu de fond à faire sur eux ni à répondre, vu que la personne qui lui en a parlé n'a reçu aucun pouvoir et qu'il m'a trouvé plein de bonnes dispositions pour faire la paix avec ceux avec lesquels je suis en guerre, pour autant que cela dépende de moi; en outre, il peut lui dire qu'il a vu avec plaisir ses lettres et recevra de même des nouvelles sur tous les sujets dont il entendrait parler quelque part que ce soit.


[188] CCCCLXXVII
DON JUAN DE BILLELA AU MARQUIS SPINOLA.

Copia de otra de carta de Don Juan de Billela al Marques de los Balbases fecha (segun carpeta) en Madrid a 1° de Marzo de 1628, que dice asi:


Haviendose representado a su Magd lo que contienen los papeles que Pablo Rubens escrivio a su A. de la Sra Infante y a V. E. en orden a las propuestas que le hizo un Residente del Rey de Dinamarca en olanda sobre tratados de paz con el dicho Rey y con el de Inglaterra y olandeses, ha resuelto S. M., que sin embargo que por esse medio se puede creer que no se encaminara cosa que importe, que es bien oyr las personas que bienen con semejantes propuestas y entender dellas los intentos de los Reyes de Inglaterra y Dinamarca y de olandeses, y que debaxo deste fin escriba V. E. a Rubens no en forma de respuesta de su carta sino como cosa muy casual, diciendole V. E. que ha visto sus papeles y que parece que ay poco fundamento que hazer sobre ellos ni que responder supuesto que la persona que le ha hablado no tiene poderes para nada; y que V. E. ha hallado a su Md con muy buena dispusicion de hazer Paz con los que su Md tiene guerra en quanto le toca y que en otra carta aparte le diga V. E. que huelga V. E. con sus cartas y de que le de nuevas de todo quanto entendiere de todas partes. Dios guarde a V. E. &.


Archivo General de Simancas. Secretario de Estado, Legajo 2517, folio 3.


TRADUCTION.
DON JUAN DE VILLELA AU MARQUIS SPINOLA.

Copie d'une lettre de Don Juan de Villela au Marquis de los Balbases (Spinola) datée (d'après l'enveloppe) de Madrid le premier mars 1628, et conçue comme suit:


Ayant communiqué à Sa Majesté ce que contiennent les lettres écrites par Paul Rubens à Son Altesse la Sérénissime Infante et à Votre Excellence relativement aux propositions que lui a faites un résident du roi de Danemark en Hollande, concernant les traités de paix avec ce roi, avec celui d'Angleterre [189] et avec les Hollandais, Sa Majesté a décidé que, bien que l'on puisse croire que par cet intermédiaire, on n'arrivera à rien d'important, on fera bien cependant d'écouter les personnes qui se présentent avec de pareilles propositions de paix et d'apprendre d'elles les intentions des rois d'Angleterre et de Danemark et des Hollandais, et qu'à cette fin Votre Excellence écrira à Rubens, non dans la forme d'une réponse à sa lettre, mais comme chose fortuite, et que Votre Excellence lui dira qu'elle a vu ses lettres et qu'il lui paraît qu'on peut faire peu de fondement sur elles et qu'on ne saurait trop que répondre vu que celui qui s'est entretenu avec Rubens ne tient de pouvoirs d'aucune sorte et que Votre Excellence a trouvé Sa Majesté fort bien disposée à faire la paix avec ceux avec qui elle est en guerre, pour autant que cela la concerne. Dans une lettre spéciale Votre Excellence lui dira qu'elle se réjouit de ses lettres et que Rubens ait à transmettre les informations qu'il se procurera de n'importe quel côté. Que Dieu garde Votre Excellence.


COMMENTAIRE.

Conformément à cet ordre et dans le sens indiqué par le billet de Jean de Villela, Spinola écrivit à Rubens le 3 mars 1628. Le 18 mars suivant, Rubens fait connaître à Josias Vosberghen la réponse de Spinola par la lettre suivante; le même jour, il en donne avis au duc de Buckingham. C'est à la suite de ces communications que Charles I accorda à Josias Vosberghen des pouvoirs pour traiter de la paix entre l'Angleterre et l'Espagne conçus en ces termes:

Commission pour traiter avec l'Espagne, 1628. Charles, par la grâce de Dieu roi de la Grande Bretagne, de la France, de l'Irlande, etc. A tous ceux que la présente concerne salut. Attendu que nous avons toujours été plus enclins à une bonne paix qu'à une guerre sanglante pour le bien commun et l'avantage de nos sujets, et voyant que les affaires sont plus sûrement traitées quand on le fait secrètement et qu'elles ne sont pas contrariées par des ennemis intéressés ou jaloux, nous avons voulu par notre royale faveur autoriser comme nous autorisons par la présente Josias de Vosberghen, résident du roi de Danemark de traiter (sous notre avis et approbation) avec le roi d'Espagne ou ses ministres pour une trève ou une paix comme une personne neutre et employée auparavant dans des affaires semblables, lui laissant en cas de besoin le pouvoir de choisir quelqu'un de ce royaume pour lui être adjoint. En témoignage de quoi nous avons signé celle-ci de notre main et y avons apposé notre sceau royal. Donné au palais de Whitehall, Avril 1628. (1)


[190] CCCCLXXVIII
RUBENS A JOSIAS VOSBERGHEN.

Myn Heere.

Ick hebbe antwoorde ontfanghen van myn Heere den Marquis Spinola wt Madrid van den 3 deser maendt Martio met den eersten Extraordis die ghearivert is naer zyn vertreck op ons schryven van den 11 Feb., welck syne Exel: schryft ontfanghen te hebben ende seer gheirne ghesien maer dat hy daer op niet en can vast gaen ofte met eenich fundament tracteren voor ul. en vercryht syn Poderes in buona forma ende gheautoriseerde macht om te tracteren van de saecken ende gheexibeerde schrifturen ghemelt. Voorts schrijft my myn Heere den Marquis dese wtdruckelycke woorden. Het is seker dat in syne Conincklycke Maiesteyt van Spagniën een seer goede dispositie is om Pays te maeken met de ghene daer hy in orloghe mede is daer op mach UE vastghaen, het is een groote veranderinghe in corten tydt ende dese ocasie van de presencie des Marquis int Hoff van Spagnien moet gaede geslaghen syn oft anders en salder niet goets af comen, hy is cort in syne expeditien ende sal met syne diligencie supereren alle tracheyt van Spagnien met meerder efect om dat syne presencie nootsaeckelyck is alhier te Londen. Daerom quod vis facere fac cito.


Copie. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders 56.

Gerbier qui a fourni cette copie et qui a commis l'inadvertance d'écrire «alhier te Londen» quand la lettre est écrite à Anvers, la fait suivie des lignes suivantes:

Le petit mémoire apart estoit:


Myn Heere.

Ick en can niet laeten ue te adviseren hoe dat ick ontdeckt hebbe dat het tractaet van myn Heere van de Wowere voortganck heeft ende daerover is corts ghedepecheert in Spagnien met groote hope van goet effect, het wert ghedreven op den tytel Principes feudatarii.


[191] TRADUCTION.
RUBENS A JOSIAS VOSBERGHEN.

Monsieur.

J'ay receu une responce de Monsieur le Marquis (Spinola) par une lettre de Madrid en date du 3e de ce mois laquelle a esté expédiée par le premier extraordinaire qui a esté envoyé apprès son arrivée. Nos lettres du 11 Febvrier ont esté receues et agréables à Son Exc. mais dit qu'il ne peut faire auqu'un fondement pour traitter avant que vous n'obteniez vos pouvoirs en bonne forme et authoritez autentiques pour traicter de l'affaire dont est fait mention dans les pappiers delivrez. De plus Monsr le Marquis m'escrit ces parolles particulières, Il est très certain que Sa Majé Catholique a eu une très bonne disposition pour faire une paix avecq ceux qu'il est en guerre; sur ce vous pouvez estre asseuré, cest un très grand changement en peu de temps et se faut servir de ceste occasion durant le séjour de Monsieur le Marquis à la Court d'Espagne, aultrement il n'en peut ariver rien de bon, il est promt en ces expéditions et surmontera par sa diligence toute la lanttitude parceque aussi que sa présence est nécessaire en ce pays; c'est pourquoy, ce qui ce doit faire, qu'il ce fasse vittement, et n'aiant aultre, je me recommande en vos bonnes grâces demeurant tousjours, etc.

Ce 18 mars 1628. Envers.

Coppie du petit mesmoire apart:


Monsieur,

je ne puis sans vous advertir que j'ay descouvert que le traitté de Mons. Vande Wouwere s'advance et sur ce a esté expédié en Espagne, avecq. grande espérance de bon effet, l'on portte l'affaire sur le tiltre Principes feudatarii par l'advis en confidence. (1)


Au dos: Rubens lre to Vosberghen.


Traduction faite ét écrite par Gerbier. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders 56. Publié par Noël Sainsbury, op. cit., p. 258. Ibid. traduction anglaise, p. 112. Rosenberg, op. cit., p. 254.


[192] Mémoire de Gerbier. Apprès l'arrivée de Mons. le Marquis en Espagne le Sr Rubens escrit derechef à Gerbier et envoye une lettre pour Monsr le Duc dont la teneur est:


CCCCLXXIX
RUBENS AU DUC DE BUCKINGHAM.

Monseigneur.

Je n'ay voulu manquer à mon devoir envers V. Exc. et le bien publicq de vous advertir que Monsieur le Marquis Spinola m'a escrit de Madrid le troisième de ce mois qu'il trouve en Sa Maj Catholique une très bonne disposition de faire paix avec iceulx qu'il est en guerre. C'est assez dit à un bon entendeur si V. Ex. continue en sa bonne et saincte intention de procurer comme elle peut de son costé ce bien au monde il faudra me donner le moien d'en asseurer Monsr le Marquis pendant son séjour à la Cour d'Espaigne que sera brief estant sa présence très nécessaire au Pays bas, je vous supplie, Monseigneur, me faire l'honneur d'un mot de responce et me conserver en vos bonnes grâces n'ayant en ce monde aultre désir que d'estre tout le durant de ma vie

Monseigneur.

(Signé) Rubens

D'Anvers, le 18 Mars 1628.

Deux copies. Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders 56.

Publié par Noël Sainsbury, op. cit., p. 258. Ibid. traduction anglaise, p. 112. Rosenberg, op. cit., p. 255.


[193] CCCCLXXX
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Excelentísimo Señor.

He recevido un pliego de Inglaterra de veinte y cinco de hebrero con un espreso, que contiene un discurso largo y confuso con muchas repeticiones y compuesto de diversas lenguas, en respuesta de la carta de V. E. de veinte y uno de diziembre, que me eserivió para que diesse la copia á Gerbier, offreciéndose V. E. con su yda á España hacer todo buen oficio para el acomodamiento de las dos coronas.

Escusanse (1) de no haver podido responder hasta agora por falta de buen recaudo de las cartas, haviendo muerto en Olanda el que las llevava, bolviendo de Amberes, y haberse hallado con gran travajo los despachos que llevava de pocos dias á esta parte. Les pesa mucho desta desgracia, y verdaderamente muestran de continuar en su buena intencion; y siento no poder embiar á V. E. el papel original, por venir parte dél en cifra y (como tengo dicho) compuesto de diversas lenguas y en flamenco: por esto escrivio á V. E. la sustancia á parte.

Yo havía escrito á Gerbier que no havía de encomendar el negocio al abad Scalla por ciertas consideraciones: pero él me responde ser imposible, por el gran crédito que tiene con sus amos, y que obra con tanto fervor y valor que se haria agravio á él y daño al negocio con tenerle por sospechoso y escluirle, haviendo mucha variedad de pareceres y muchas personas y ministros del pays y forasteros de grande authoridad (2), que procuran con todo genero de artificio estorbar esta plática y acomodar las cosas con Francia; y para el opósito destos sirve de grande instrumento el dicho señor abad, el qual, ó porque juzga este espediente ser el mejor por el servicio de su señor, ó por odio y disgusto que ha tenido de los Franceses en sus particulares, es de gran servicio en la materia. Y por mayor certidumbre el duque [194] de Boquingan me embia un pasaporte para poder libremente, debaxo del nombre del señor abad, embiar sus correos para Saboya y otras partes (que servirá solamente de pretesto) con naves inglesas, barcas ó chelupas, á Dunquerque, pidiendo otro semejante à S. A. por el mismo effecto, con condicion pero que no pasen en compañia otros pasageros sin pasaporte. Me escrive ser esto necesario, por ser el camino de Olanda muy largo y yncierto por los vientos contrarios y otros inconvenientes, como ultimamente ha sucedido, que en ocho semanas, por causa del mal tiempo, no se han podido tener nuevas de aquellas partes.

El señor abad me escrive tambien largo, asegurando mucho los buenos oficios que haze, rogándome que asegure Su Alteza y Vuestra Excelencia de la buena disposicion de su principe para el servicio de Su Magd Católica y de la serenísima infanta, y promete que por su parte hará todo lo posible para promover el negocio y no dexarlo hasta conseguir el effecto. De manera que si me conviene decir mi parecer, yo soy de opinion que no se pueda ni se deva escluyr ó disgustar el dicho señor abad, sin evidente peligro de hechar á perder toda la plática, y el Gerbier me lo escrive claramente: que servirá por aviso á V. E.

En lo demás me remito á los papeles que van con esta, y beso á V. E. con humilde reverencía las manos.

De V. E. humilísimo y devotísimo servidor,

Pietro Pauolo Rubens.

De Bruselas, á 30 de marzo mil seiscientos veinte y ocho.

Traduction espagnole d'une lettre italienne. Archives de Simancas, Estado, Legajo 2517.

Publié par Gachard, op. cit., p. 280. Traduction française ibid. p. 80, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 256.


TRADUCTION.
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Très excellent Seigneur.

J'ai reçu, par exprès, un paquet de lettres d'Angleterre du 25 février (n. st.), lequel contient un discours long et confus, avec beaucoup de répétitions, et écrit en différentes langues, en réponse à la lettre que Votre Excellence [195] m'adressa le 21 décembre, pour que j'en donnasse copie à Gerbier, Votre Excellence s'y offrant à faire en Espagne, où elle allait se rendre, tout bon office pour un accommodement entre les deux couronnes.

Ils s'excusent (1) de n'avoir pu répondre jusqu'à présent sur ce que le messager d'Anvers à qui la lettre avait été confiée est mort en Hollande, et que c'est depuis peu de jours seulement qu'à grand'peine on a trouvé les dépêches dont il était porteur (2). Ce malheur les a beaucoup peinés, et véritablement ils montrent que leur bonne intention n'est pas changée. Je regrette de ne pouvoir envoyer à Votre Excellence le papier original dont une partie est en chiffres et qui, comme je l'ai dit, est écrit en différentes langues et en flamand: par cette raison j'en envoie à Votre Excellence la substance séparément (3).

J'avais écrit à Gerbier de ne pas entremettre dans l'affaire l'abbé Scaglia pour certaines considérations: mais il me répond que c'est impossible, à cause du grand crédit dont l'abbé jouit auprès de ses maîtres, que d'ailleurs il agit avec tant de zèle et d'activité que ce serait lui faire injure et nuire à l'affaire que de le tenir pour suspect et de l'en exclure, vu la grande diversité d'avis et le grand nombre de personnes et de ministres, du pays et étrangers (4), de beaucoup d'autorité, qui tâchent, par toute sorte d'artifices, d'empêcher cette négociation et d'accommoder les choses avec la France: or ledit seigneur abbé est un puissant instrument d'opposition à ceux-ci, soit qu'il juge que la paix de l'Angleterre avec l'Espagne est ce qui convient le mieux aux intérêts du duc son maître, soit par la haine ou le dégoût qu'il a conçu des Français dans ses rapports particuliers avec eux. Pour plus d'assurance, le duc de Buckingham m'envoie un passe-port au moyen duquel il pourra librement, sous le nom du seigneur abbé, envoyer à Dunkerque, sur des navires, barques ou chaloupes anglaises, ses courriers pour la Savoie et autres pays (ce qui servira seulement de prétexte), demandant que Son Altesse en fasse expédier un semblable pour le même effet, à la condition toutefois que d'autres personnes non munies de passe-ports ne passent en compagnie des courriers. Il m'écrit que cela est nécessaire, le chemin par la Hollande étant très long et incertain à cause des vents contraires, comme il est arrivé dernièrement que, pendant [196] huit semaines, le mauvais temps n'a pas permis de recevoir des nouvelles de ce pays-là.

Le seigneur abbé m'écrit aussi longuement, me certifiant les bons offices qu'il nous rend, et me priant d'assurer Son Altesse et Votre Excellence de la bonne disposition de son prince pour le service de Sa Majesté Catholique et de la sérénissime infante; il me promet que, de son côté, il fera tout le possible pour avancer l'affaire et pour ne pas l'abandonner jusqu'à ce que l'effet s'ensuive: de manière que, si j'ai à donner mon avis, je pense qu'on ne peut ni ne doit exclure ni dégoûter ledit seigneur abbé, à moins qu'on ne veuille s'exposer à voir avorter toute la négociation, et Gerbier me l'écrit clairement. Cela servira d'information à Votre Excellence. Pour le reste, je me réfère aux papiers qui vont avec la présente, et je baise les mains à Votre Excellence avec une humble révérence.

De Votre Excellence
Très humble et très dévoué serviteur,

Pietro Pauolo Rubens.

De Bruxelles, 30 mars 1628.

CCCCLXXXI
GERBIER A RUBENS.
COPIA DE LO QUE EN UN VILLETE APARTE ESCRIVIO.

El Gerbier escrive al Rubens en un villete a parte desta manera parte en cifra.

No os puedo escrivir mas largo por esta vez, pero os puedo asegurar que las disposiciones aqui son tales que si alcanzais el negro sobre el blanco como siempre he dicho, veremos por la gracia y asistencia de Díos, muy presto los negocios en el successo desseado en una manera o otra. Queda solamente de proseguir las cosas en adelante, y cobrar por vuestra diligencia la muy buena opinion que se tenia de vuestra persona, y aun se tiene de nuestra parte, la qual con todo esto abia padecido algun daño por los incidentes de francia y vuestro silencio por la muerte del correo. Yo os supplico de contribuir de vuestra parte todo lo que podreis hazer por el adelantamiento de un negocio el mas [197] saludable y provechoso que se pueda tratar en el mundo. Siempre dare muestras de mi passion en esto con efetos muy evidentes.


Archives de Simancas. Estado. Legajo 2517, fol. 25.


TRADUCTION.
GERBIER A RUBENS.

Gerbier écrivit à Rubens dans un billet particulier, en partie en chiffres, ce qui suit:

Je ne puis vous écrire plus longuement aujourd'hui, mais je puis vous assurer que les dispositions ici sont telles que, si vous réussissez à faire mettre noir sur blanc comme j'ai toujours dit, nous verrons par la grâce et avec l'assistance de Dieu bientôt les affaires réussir d'une manière ou de l'autre. Il reste seulement à poursuivre dorénavant les choses et de justifier par votre diligence la très bonne opinion que l'on a de vous et que, pour ma part, je partage et qui n'a nullement souffert par ces incidents concernant la France et par votre silence et par la cessation de notre correspondance. Je vous supplie de contribuer de votre part autant que possible à l'avancement de l'affaire la plus avantageuse et la plus utile qui puisse se traiter en ce monde. Je vous donnerai toujours les preuves les plus évidentes de mon désir de la faire réussir.


CCCCLXXXII
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Excelentisimo Señor

. Haviendo hecho el despacho que va con esta, me sobrevinó otro gran despacho del Gerbier con tres cartas escritas de su mano. La una dellas, que es en lengua francesa, embio á V. E., y de las otras dos, escritas en flamenco, que hinchen quatro manos enteras de papel, diré á V. E. la sustancia.

En todas estas cartas él no hace mencion ninguna del señor abad Scalla, considerando quiza mejor lo que havía escrito acerca desto: pero en una de las dos cartas me escrive, en forma mucho mas clara, todo lo [198] contenido en la del señor abad, sin hacer mencion dél. La otra, que es larguísima, contiene quejas y repeticiones de las cosas pasadas: como se ha hecho tanto por parte su rey y del duque que no se podia desear mas; haverle embiado á él en persona á Bruselas por mis persuasiones y haver llebado cartas de creencia de mano propia del duque su señor, y los papeles que después ha embiado, y particularmente el de los nueve de marzo, otorgados y hechos con consentimiento de su rey y aviso del consejo real, pero que nosotros hemos sido siempre tan reservados que él nunca ha tenido otra respuesta que de poca sustancia, y solamente que S. A. escriviria á España, sin que V. E. se haya dignado escrivir una pequeña cartilla de su mano, para poderla mostrar á su rey y al duque, en recompensa de tres ó quatro que me ha escrito de su misma mano, y que después de la tardanza de quatro meses á la Haya en compañia de Carlethon, que vinó á este efecto, aunque debaxo de otro pretesto, yo le fuí á visitar ántes como amigo que por otro respecto, sin hacer demostracion de ningun genero de comision de mis señores; y haviéndole detenido mucho tiempo, no le dixe otra cosa mas que una respuesta flaca, que les deux roys s'estoyent accordés ensemble, con tanto menoscabo de la reputacion de S. A. y de V. E. como si España se hubiese burlado de sus amos, y servídose dellos solamente para hacer lo contrario; que su rey y el duque se han siempre mantenido en la buena opinion de la sinceridad y buen zelo de S. A. y de V. E., y creen que sus buenas intenciones fuessen divertidas en Francia por malintencionados y quizas embidiosos que se haya antepuesto el medio de la serenísima infanta al suyo (1), pero que el consejo lo haya entendido diversamente, sospechando que los nuestros fuesen artificios por el instinto de España, para coger de repente á los Ingleses, quizas con designio de hacerse señores de sobresalto del reyno de Inglaterra, como si fuese una bicoca que no le da ningun genero de cuídado (2), aunque en gran parte havía quitado esta sospecha la copia que yo embié de la carta de V. E. de los veinte y uno de diciembre que me escrivió ántes de partir para España, offreciéndose V. E. hazer todo buen oficio con el rey nuestro señor por el acomoda [199] miento de las dos coronas, pero que recebia por mal que yo no le hubiese embiado la carta original, síno solamente la copia.

Y tocante á lo que contiene la carta, dice el Gerbier haverle parecido estraño que V. E. hable de aquella manera: «Dos cosas creo que convendrian: una, que esos señores declarasen poco mas ó menos la forma en que entienden se podrian concertar,» como si V. E. se hubiese olvidado ó disimulase saber propuestas hechas por su parte y presentados, y entre las otras el papel de nueve de marzo en amplísima forma, en la qual su rey se contentava remitir las cosas de Alemania á mejor comodidad, con prometer que el rey de España interpondria su authoridad con el emperador para ajustarlas á su tiempo (1); que el rey de la gran Bretaña haria al presente todo su esfuerzo para reducir los Olandeses á la razon, y que si no se pudiese ajustar la disputa del título tan de repente, se podria hacer una cesacion de armas con ellos, pasándolos debaxo del nombre simplemente de confederados de Su Magd de la Gran Bretaña, y que á este efecto despachó luego el Carlethon á aquella parte, donde se detiene todavía; á todo esto no haver jamás parecido respuesta; por tanto esser insufrible que V. E., sin hacer ninguna mencion de las cosas pasadas, quiera que ellos hagan proposiciones nuevas, no haviendo rehusado las viejas, las quales eran fáciles y fundadas en toda razon en conformidad de las paces del año 1604, las quales podrán servir para exemplo, siendo tan cumplidas en todos aquellos capítulos: no siendo necessario lo que V. E. dice en su misma carta, que quando alguno tiene pensamiento de concertar con otro, es bien proponer cosa que esté bien á la parte, que así se ajustan, porque las proposiciones y la paz sobredicha son tales que el rey de España no podria dessear mas, y particularmente en la sazon que corre: que se remite á la consideracion y prudencia de V. E.

Esto es lo contenido de la una de las cartas de Gerbier escrita en lengua flamenca, de diez y ocho de febrero, estilo antiguo; y lo que dice en la otra lo verá V. E. en el pliego siguiente.


Traduction espagnole du texte italien. Archives de Simancas, Estado. Leg. 2517.

Publié par Gachard, op. cit. p. 282. Traduction ibid. p. 82, et par Adolphe Rosenberg, op. Cit. p. 257.


[200] TRADUCTION.
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Très excellent Seigneur.

Ayant fait la dépêche qu'accompagne celle-ci, il me survint un paquet de Gerbier contenant trois lettres écrites de sa main. J'envoie à Votre Excellence une de ces lettres qui est en français (1). Des deux autres, écrites en flamand et qui remplissent quatre mains entières de papier, je vais dire la substance.

Dans aucune des trois lettres Gerbier ne fait mention de M. l'abbé Scaglia, considérant peut-ètre mieux ce qu'il avait écrit à son égard: mais, dans une de celles qui sont en flamand, il me répète, en une forme beaucoup plus claire, tout ce que contient la lettre de l'abbé, sans le citer. L'autre, qui est extrêmement longue, est pleine de doléances et de répétitions des choses passées. Ainsi il prétend que, de la part de son roi et du duc, il s'est tant fait qu'on n'aurait pu désirer davantage; il rappelle qu'il a été envoyé en personne à Bruxelles à ma persuasion, avec des lettres de créance de la propre main du duc son maître; que depuis il m'a adressé des écrits, et particulièrement celui du 9 mars, lesquels avaient été dressés du consentement de son roi et de l'avis du conseil royal, tandis que nous avons toujours été si réservés que jamais il n'a eu d'autre réponse que de peu de substance, et seulement que Son Altesse demanderait des instructions en Espagne, sans que Votre Excellence ait daigné écrire une simple petite lettre de sa main qu'il pût montrer à son roi et au duc, en retour de trois ou quatre que lui m'a écrites de main propre. Il ajoute qu'après l'avoir fait attendre quatre mois à La Haye, en compagnie de Carleton, qui s'y rendit à cet effet, quoique sous un autre prétexte, j'allai le visiter plutôt comme ami que pour autre chose, sans être porteur d'aucun genre de commission de mes maîtres, et après l'avoir longtemps retenu là, je lui donnai pour toute réponse: que les deux rois (d'Espagne et de France) s'étaient accordés ensemble, avec un si grand préjudice à la réputation de Son Altesse et de Votre Excellence, comme si l'Espagne s'était moquée de ses maîtres, et servie d'eux seulement pour faire le contraire; que son roi et le duc ont toujours conservé leur bonne opinion de la sincérité et du bon zèle de Son Altesse et de Votre Excellence, et qu'ils croient que leurs bonnes intentions ont été traversées en France par des personnes malintentionnées (2) et jalouses peut-être de ce que l'entremise de la sérénissime [201] infante a été préférée à la leur, mais que le conseil l'a entendu autrement, soupçonnant que nos actions aient été des artifices employés à l'instigation de l'Espagne, pour prendre à l'improviste les Anglais, peut-être avec le dessein de se rendre maîtres par surprise du royaume d'Angleterre, comme si c'était une bicoque qui ne donne aucun genre de souci (1), quoique ce soupçon ait été en grande partie dissipé par la copie que j'envoyai de la lettre de Votre Excellence du 21 décembre, mais qu'il trouvait mauvais que je ne lui eusse pas envoyé l'original même.

Touchant le contenu de cette lettre, Gerbier dit qu'il lui a paru étrange que Votre Excellence s'exprime ainsi: «Il y aurait deux choses qui seraient à propos selon moi: l'une, que ces messieurs se déclarassent à peu près sur les conditions auxquelles ils pourraient s'accorder avec nous,» comme si Votre Excellence avait oublié ou qu'elle fît semblant de ne pas connaître les propositions faites de leur part, et entre autres le papier du 9 mars, conçu en très ample forme et dans lequel il était dit que leur roi se contentait de remettre les affaires d'Allemagne à une meilleure commodité, sous la promesse du roi d'Espagne d'interposer son autorité auprès de l'empereur pour les arranger en temps opportun (2); qu'il ferait présentement tous ses efforts pour réduire les Hollandais à la raison; que si la dispute sur le titre ne se pouvait décider de suite, on pourrait faire une suspension d'armes avec eux, en les qualifiant seulement de confédérés de S. M. de la Grande Bretagne, et qu'à cet effet le roi fît partir immédiatement Carleton pour La Haye, où il est encore. A tout cela aucune réponse n'a jamais été donnée. On ne saurait donc comprendre que Votre Excellence, sans aucun égard à ce qui s'est passé, veuille qu'ils fassent, eux, de nouvelles propositions, alors qu'elle n'a pas rejeté les vieilles, lesquelles étaient faciles et fondées en toute raison, conformément à la paix de l'an 1604, laquelle pourra servir de modèle, étant si explicite en tous ses articles; et il n'est pas besoin de ce que Votre Excellence dit dans sa même lettre, «que quand on a l'intention de s'arranger avec quelqu'un, il est bien de lui faire des propositions acceptables,» parce que les propositions et la paix susdites sont telles que le roi d'Espagne ne pourrait désirer davantage, et particulièrement dans les circonstances actuelles: ce qui se remet à la considération et prudence de Votre Excellence.

C'est là le contenu de l'une des lettres de Gerbier écrite en langue flamande, et datée du 18 février, vieux style.

Pietro Pauolo Rubens.


[202] COMMENTAIRE.

Les plaintes de Gerbier, que Rubens transmet au marquis de Spinola, sont on ne peut plus fondées; la manière, dont Rubens les expose, prouve qu'il partage le mécontentement des Anglais et donne tort à l'Espagne. Ce tort était si évident, les projets tramés contre l'Angleterre si odieux et en même temps si ridicules qu'on comprend que l'Espagne ait fini par s'en apercevoir et par donner raison à l'Infante, à Spinola et à Rubens.


CCCCLXXXIII
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Excmo. Señor:

Dice el Gerbier en la otra carta suya de la misma fecha, que su Rey, y el Duque su señor, continuavan, no obstante la poca satisfacion que havia reçibido de nosotros, en su primera rosolucion de tratar conçierto con el Rey de España, devaxo de condiciones justas y que comvengan á ambas partes, no solo para el alivio de sus vasallos, pero asimismo por el bien universal de toda la cristiandad, cuyos intereses, siendo todos juntamente esclavonados, se deve esperar que de un concierto resultarán otros (1), y el todo seguirá la parte, y así desearian ajustar las diferencias de los confederados de ambas partes en un mismo tiempo; pero que consideradas las diversidades de los intereses de cada uno y la multitud de los participantes y la distancia de los lugares, juzgan imposible hazerlo sino con grandísima comodidad y largueza de tiempo, que pero el estado presente ha menester de un remedio mas prompto, y el que quiere abarcar todo se halla sin nada, pero que concluyendo una parte seguirá lo demas y que, porque las proposiciones están hechas, á las quales se remiten, no queda por hazer otra cosa sino que V. E. procure alcanzar poder y autoridad absoluta en la persona de la Serenisima Infanta y á quien su Alteza ordenara para tratar y concluir [203] un tratado general con todos ó con parte de los confederados, ó solamente entre las dos coronas de España y Inglaterra, de una manera ó de otra en el mejor modo que se pudiere, que por su parte no faltarán de dar promptamente poderes amplísimos y bastantes á determinar el negocio absolutamente. Pero que por muchos respectos convendria ajustarlo secretamente por personas háviles y calificadas para semejante efecto, sin ruido, porque podria causar estorbos y embarazos (1), que si á S. M. Cathólica agradara de tratarlo con Olandeses debajo del nombre de confederados solamente del Rey de la Gran Bretaña, sin hazer mencion de libertad ó otro título odioso á S. M., el Duque de Boquingan tiene por firme que los estados se contentarán ó intervendrán al tratado desta manera.

Esto es todo lo que tengo que dicir á V. E. de lo que contiene la carta del Gerbier, sino que él me dice en confianza que avise á V. E., que si pudiere obrar tanto en España, que con poderes bastantes se haga la plática de çerca con personas háviles, que jamás se partirán sin concluir de una manera ó de otra conforme la disposicion que conoce en sus señores: deste aviso podrá V. E. servirse segun su prudencia, que dañaria, á mi juicio, el manifestarlo á muchos; y no ofréciendose otra cosa, etc. Bruselas. 30 de Marzo, 1628.

Pedro Pablo Rubens.


Traduction espagnole du texte italien. Archives de Simancas. Pubié par Cruzada-Villaamil. op. cit. p. 132 et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 260. Analysée par Gachard, op. cit. p. 85.


TRADUCTION.
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Monsieur le Marquis.

Gerbier dit dans sa seconde lettre de la même date que son Roi, et le Duc son maître, malgré le peu de satisfaction qu'on avait donné de notre côté, persistait dans sa première résolution de traiter d'un accommodement [204] avec le roi d'Espagne à des conditions justes et convenables aux deux parties, non seulement en vue du soulagement de leurs sujets, mais encore pour le bien général de la chrétienté. Leurs intérêts communs étant en ce moment gravement compromis, il est à espérer que l'accommodement y apportera un changement, (1) et que l'ensemble s'améliorera en même temps que ses parties. Le roi et le duc désireraient aussi que les différends des alliés de l'une et de l'autre partie pussent être aplanis en un même temps; mais vu la diversité des intérêts de chacun d'eux, le grand nombre des intéressés et la distance qui les sépare, ils jugent impossible que cela se fasse si ce n'est par une occasion très favorable et en y consacrant beaucoup de temps. Suivant eux cependant, l'état présent des affaires réclame un remède plus prompt, celui qui voudrait embrasser le tout ne réussirait à rien; mais, l'une des parties s'arrangeant, les autres suivront et ayant fait, eux, des propositions auxquelles ils se réfèrent, il ne reste de votre part qu'à accorder un pouvoir et une autorité absolus à la Sérénissime Infante et à ceux qu'elle désignera pour négocier et conclure un traité général avec tous les confédérés, ou avec une partie d'entre eux, ou seulement entre les couronnes d'Espagne et d'Angleterre, d'une façon ou de l'autre et de la meilleure manière qu'il se pourra. De leur côté, ils ne manqueront pas de donner des pouvoirs très amples et suffisants à terminer complètement l'affaire. Mais, pour plusieurs raisons, il conviendra que la négociation soit secrète et conduite sans bruit par des personnes habiles et ayant qualité à cet effet parce que sinon elle pourrait causer des troubles et des embarras (2). S'il plaît à Sa Majesté Catholique de traiter avec les Hollandais sous le seul nom d'alliés du roi de la Grande Bretagne sans parler de liberté ou d'autres titres odieux à Sa Majesté, le duc de Buckingham tenait pour certain que les États s'en contenteront et interviendront dans le traité sous cette forme.

C'est là ce que j'ai à dire à Votre Excellence sur ce que contient la lettre de Gerbier, sinon qu'il me dit encore en confiance qu'il avertit Votre Excellence que, s'il pouvait obtenir de l'Espagne que l'affaire se traite par des personnes habiles et pourvues de pouvoirs suffisants, ils ne se sépareront point sans arriver à l'une ou l'autre conclusion conforme à la disposition dont il sait que ses maîtres sont animés. De cet avis Votre Excellence pourra faire l'usage [205] qu'il jugera bon dans sa prudence, mais il serait dangereux, me semble-t-il, de le communiquer à un grand nombre de personnes. Et n'ayant rien d'autre etc.

Bruxelles, le 30 mars 1628.

Pierre Paul Rubens.



CCCCLXXXIV
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Copia de un documento en cuya carpeta se lee lo siguiente:

Carta de Pedro Paulo Rubens sin data en que dize embia todos los papeles que ha recibido tocante a la platica de Inglaterra.


Excelentissimo Señor.

Su Alteza ha visto todos estos papeles, y los ha aprovado, ordenando que se haga un pliego dellos para Vuestra Excellencia, y que se embien con el primer extraordinario que partira en breve como Su Alteza me dixo, aunque fuese por esto solo que bien merece este gasto. Mandome tambien que escriviesse a Gerbier para asegurar a su Rey, y al Duque de la buena intencion de Su Alteza y que fumentará el negocio todo lo possible con cartas al Rey su sobrino, y que encargaría a Vuestra Excelencia lo encaminasse con todo diligencia, y los buenos officios que pudiesse hazer en aquella corte; de manera que yo espero que mediante su presencia tendremos bien presto respuesta, y resolucion en conformidad de lo que Vuestra Excelencia me escrive, que el Rey Nuestro Señor hay muy buena dispusicion para hazer paz con los que tiene guerra. Alomenos yo sabré bien presto siendo Vuestra Excelencia, servido, si en esta Primavera podre hazer mi jornada de Italia, ó no, con que acavo.

Me escriven de Paris que los embaxadores olandeses han sido bien recevidos y que su medio para la Paz con inglaterra haya agradada al Rey.

Pedro Paulo Rubens.


Dans la marge de ce document on lit ce qui suit:

Su Alteza ha concedido el passaporte para Dunquerque e Inglaterra por el pasage de los correos en la forma que se desseava.


Traduction espagnole d'une lettre italienne. Archives de Simancas. Estado. Legajo 2517, fol. 21.


[206] TRADUCTION.
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Copie d'un document sur la couverture duquel se lit ce qui suit:

«Lettre de P. P. Rubens sans date, dans laquelle il dit qu'il envoie tous les documents qu'il a reçus touchant la négociation avec l'Angleterre.»


Monsieur le Marquis.

S. A. a vu tous ces papiers et les a approuvés, Elle a donné l'ordre d'en faire un paquet pour V. E. et de vous les envoyer par le premier courrier extraordinaire qui partira sous peu, comme me l'a dit S. A., bien que cet envoi valût seul la peine d'être expédié. Elle m'a ordonné également d'écrire à Gerbier pour donner l'assurance au roi d'Angleterre et au duc de Buckingham de la bonne intention de S. A. de faire tout son possible pour favoriser les pourparlers par des lettres au roi, son neveu, et qu'elle chargerait V. E. de les conduire avec toute la diligence possible et tous les soins qu'il pourrait y apporter à la Cour de Madrid. J'espère donc que, par votre présence, nous aurons bientôt une réponse et une décision conformes à ce que V. E. m'écrit, à savoir que le roi, notre seigneur, est fort bien disposé pour faire la paix avec ceux avec qui il est en guerre. Au moins, je saurai bientôt, s'il plaît à V. E., si au printemps prochain je pourrai faire un voyage en Italie ou non. Sur ce je termine.

On m'écrit de Paris que les Ambassadeurs Hollandais ont été bien reçus et que leur intervention en faveur de la paix avec l'Angleterre a été agréable au roi.

Pierre Paul Rubens.


Dans la marge de ce document, on lit ce qui suit:

S. A. a accordé un passe-port pour Dunkerque et pour l'Angleterre au courrier dans la forme qu'on désirait.


COMMENTAIRE.

En ce moment, Rubens songeait sérieusement à faire un voyage en Italie. Il en parle non seulement dans la présente lettre, mais encore dans celles qu'il écrivit peu après à ses amis.

L'ambassade envoyée au roi de France se composait de Sommelsdyk et de Gaspar van Vosbergen (à ne pas confondre avec Josias). Elle fut nommée au [207] milieu de décembre 1627, eu même temps qu'une ambassade à envoyer au roi d'Angleterre. Les deux diplomates partirent le 16 janvier 1628. Retenus par diverses causes, ils n'arrivèrent à Paris que le 9 mars. Le principal but de leur mission était d'amener le roi de France à la paix avec l'Angleterre. Le roi les reçut avec de grands honneurs et fort courtoisement. C'est là la nouvelle que Rubens pouvait envoyer le 30 mars à Spinola. Le séjour des ambassadeurs dura plus de dix mois: les longues négociations concernant l'alliance de la France avec leur pays et la paix entre la France et l'Angleterre n'eurent aucun résultat. Ils quittèrent Paris le 30 janvier 1629.


CCCCLXXXV
RUBENS AU MARQUIS SPINOLA.

Copia de carta de Pedro Pablo Rubens sobre una platica del agente del Rey de Dinamarca, fecha en Amberes á 30 de Marzo de 1628.


Exm¯o Sr.

He scrito a aquel Agente de Dinamarca en conformidad del uno de los dos billetes que V. E. me escribio á los 3 de Marzo es á saber que no se puede hacer gran fundamento sobre sus proposiciones supuesto que no tiene (como el propio confiesa) ningun poder ni comission authorizada para entrar en tratado de cosa ninguna y asi que quiriendo passar adelante convenia se proveyesse de los recaudos necesarios como él habiá prometido estando en Brusselas, que en lo demas V. E. le asseguraba que en el Rey N. S. habia muy buena disposición de hacer la paz con los que tiene guerra.

He avizado tambien con saviduria de S. A. el dia siguiente que llego el despacho de V. E. á Gerbier aquel ringlon solo ad verbum, como V. E. me lo escrive de la buena disposition de S. M. á la paz que pienso lo entenderá de buena gana en esta sazón conque ect.

Amberes30 de Marzo 1628.

Pedro Pablo Rubens.


Traduction espagnole d'une lettre italienne. Archives de Simancas. Secretaria de Estado. Lego 2517, fol. 35.


[208] TRADUCTION.
RUBENS AU MAROUIS SPINOLA.

Copie de la lettre de Pierre Paul Rubens touchant une négociation de l'agent du Roi de Danemark, écrite à Anvers le 30 mars 1628.


Excellentissime Seigneur.

Conformément à l'un des deux billets, que Votre Excellence m'envoie en réponse à ma lettre du 3 mars, j'ai écrit à l'agent du roi de Danemark que l'on ne pouvait beaucoup se fier à ses propositions, vu que, de son propre aveu, il ne possède aucun pouvoir ni commission l'autorisant à entrer en négociation sur quoi que ce soit. Je lui ai fait savoir aussi que, s'il voulait aller en avant, il avait à se munir des pouvoirs nécessaires comme il avait promis de le faire étant à Bruxelles; que pour le reste Votre Excellence l'assurait que le roi était fort bien disposé de faire la paix avec ceux contre lesquels il fait la guerre en ce moment.

J'ai avisé également Gerbier en une seule ligne, au su de Son Altesse, le lendemain du jour où je reçus la dépêche de Votre Excellence et littéralement comme Votre Excellence me l'a écrit, de la bonne disposition de Sa Majesté pour la paix, ce que, je pense, il apprendra avec plaisir en ce moment etc.

Anvers, le 30 mars 1628.

Pierre Paul Rubens.


Gerbier continue son récit.


Mémoire de Gerbier. Le Sr Rubens avoit escrit quelque lettres en datte du 10 (lisez du 11) Febvrier tant à Monseigneur le Duc (1) qu'à Gerbier pour tirer une résolution de la disposition dens laquelle estoit Monseigr le Duc vers l'affaire. Les dittes lettres estoient envoyées par un nommé Josia Vosberghen, agent pour le Roy de Dennemarc en Hollande, lequel avoist faitt quelque propositions en Brabant touchant ie Roy de Dennemarc mais apprès il c'est trouvé qu'il n'avoist auqun ordre à cela.

Sensuit la responce faitte à ceste lettre de Rubens du 18 Mars laquelle est en forme comme s'ensuist, et telle pour raison d'une opignion que Gerbier avoit que le Sr Rubens tache tousjours de tirer lettres du Duc pour faire paroistre quils sont requis. Le Duc sur ce escript seullement à Gerbier luy donnant ordre de respondre au Sr Rubens.

[209] Sur quoy Monseigneur le Duc a trouvé bon de faire respondre et pour ce subject faint de m'escrire de Nieuwhal pour me donner authorité ce qui corespond aussi à la manière que le marquis Spignola avoit pris describre à Rubens sensuit:


CCCCLXXXVI
LE DUC DE BUCKINGHAM A GERBIER.

Gerbier.

J'ay receu vos advis et puisque vous m'escrivez que l'homme de Ros part vers Flandres touchant les prisonniers vous pouvez par ceste commoditté asseurer au SrRubens de la disposition de ceste part vers l'affaire qui cest passée entre vous, Que durant le séjour de Monsr le marquis Spignole en Espagne il puisse faire profit du temps. Vous pourrez escribre amplement au dict Sr Rubens affin quauqun doutte quil pouroist aveoir de nostre inclination ne luy fasse retarder à porter les devoirs quil doit à ceste affaire pour le bien des généralles et que quand il dépeschera en Espagne qu'il face sçaveoir que lorsque nous verons des pouvoirs amples que nous pourons passer plus avant, remettant au reste à vous de vous acquitter punctuellement de tout.

4 avrill 1627.

Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flanders 56.

Traduction anglaise publiée par Noël Sainsbury, op. cit. p. 114.


COMMENTAIRE.

L'homme de Ros. Hugues Ross, un Écossais, fut envoyé en Flandre, en 1628, par Charles I pour traiter de la mise en liberté des sujets anglais faits prisonniers par le roi d'Espagne.

Fin du Mémoire de Gerbier. Sur cest ordre Gerbier a escrit au Sr Rubens et la asseuré de la bonne inclination de la part de l'Engleterre et sur ce point est resté ceste affaire. Le Sr Rubens a despesché en Espagne d'où j'attens nouvelles de leur disposition.


[210] CCCCLXXXVII
GERBIER A LORD CARLETON.

Londres5 Avril 1628.

Ce porteur vous dira les bonnes nouvelles du bon succes du commencement du Parlement, lequel a donné une extremme joije à un chasqu'un, avecq espérance que les prieres des gens de bien seront exaucées et que par ceste conjonction du Peuple avec son Prince cest Estast se rendra plus considérable que par le passé, puis que ça esté jusques à présent la piere d'achoppement que ceste malentente. Si Monsieur Piere Paulo Rubens a esté in aernest, ces bonnes nouvelles icy l'éveilleront; il continue tousjours son vieu train, et tasche continuellement à nous faire parler. Je croy vous aveoir envoyé une copie de la lettre que Monsieur le Marquis luy a escript (1), qu'il a envoyé par un nommé Josias Vosberghen, qui ce dit Résident du Roy de Dennemarcq, je ne sçay si cest une créature du dit Roy ou s'il s'a cré soy mesme, car il est un estrange microcosme qui toutesfois tient plus de l'air que de la terre. Il c'est introduit avecq la plus grande facillité du monde, ce luy estant chose naturelle, car il ne rencontre auqune difficulté quil ne surmonte, mais pour ne point finir la naration de ce personnage en commençant, et pener à le faire cognoistre à celuy qui on peut donner advis avecq plus d'expérience, je diray que Monseigneur le Duc apprès aveoir esté assei importuné de ce susdit Vosberghen a trouvé a propos de vous donner part par Monsr Carleton vostre neveu, des menées de ce personnage ces propositions estant passées par mes mains, (aiant esté recommendé du Sr Rubens) je diray qu'il cest fait fort à son arivée de pouvoir faire des grandes ouvertures de Traittéz, quil avoit eu grande communication avecq l'Infante que pour cest efect il cestoit transporté en Engleterre, où il pouvoit joint aux affaires généralles donner grande lumiere aux particulieres pour trouver des expédians à faire des notables levées, de plusieurs milions et cela tout en un instant, requérant seullement les mesmes pouvoirs d'Engleterre, comme il avoit [211] de Dennemarc pour faire paroistre des grands efects, pour à quoy contribuer n'a esté négligé à luy donner toutte l'asisstance requise et à son souhaitt, mais pour dire vraij, sa esté avecq opignion que son Alchemie s'évaporeroit en fumée, voiant l'inconstance de son Esprit et de ses Imaginations. Aiant continuellement pressé le dit Vosberghen de faire des miracles; et de ce transportter en personne en Hollande pour y concertter ce qu'il avoit projecté touchant des levées de deniers, tant sur le colier les subsides de Messieurs les Estats que sur des aultres parties luy posées en main pour en faire un essay, il a taché à trouver des échapatoires (trouvant sens doutte son faict nestre bien fondé) et naiant plus d'excuse de son dilaiement, est venu en un beau matin tout en h as te comme Post haest, haest for the kings service, demender de veoir Monsieur le Duc, et ne trouvant pas la voie si coulante comme par les jours passez, il luy envoye une lettre de sa main disant, Monsieur il faut que je vous parle promtement et que je soie ouij du Roy et de vous seul, car il importte la préservation du Roy de Dennemarc et du Roy de la grande Bretagne. Sur quoy Monsieur le Duc pensant quil y avoit quelque légions d'armées tombées comme de la gresle sur nos costes, il le fist aveoir prompt accès, et tout ce quil avoist a dire, cestoit de montrer une lettre de Rubens quil avoit gardé en sa pochette dix jours apprès que j'avois receu de Rubens un pacquet de mesme teneur dont je vous envoye icij la copie, et Monsr Carleton aura aussi la copie de celle quil a montrée laquelle Rubens luy avoist escript en flamang. Or est il Monsieur que cest Archifanfaron ou foutiventii (fottivento? = crécelle) apprès touttes ces extravagances fait paroistre beaucoup d'ignorance et d'indiscrétion nuisible. Par son voiage de Brabant ne peut aveoir esté que très désadvantageux à touts ceux qui tachent à conserver leur réputation, le dit Vosbergen saiant eslargi en amples discours, sur quoy Rubens soit par finesse ou par bonne créance a pris son advantage de despêcher en Espagne, me pressant à son imitation de m'oublier jusques à ce point que de dire qu'il falloit se desclarer plus amplement, affin de faire paroistre des propositions de nostre part inutilles mesmes quand les parties nont point de pouvoirs. Le dict Vosberghen engagant aussi par ces raports des parties qui sens doutte nentendent pas le faict comme il simagine ou comme il l'explique. Car ce voiant escouté, et peu creu il cest advisé d'une astuce croiant [212] par là donner de la jalousie. disant que Monsieur le Prince d'Orange avoit une si grande pation pour un acommodement que sens doutte il pousseroit les affaires à un tel point qu'ils n'atenderoient pas leur compagnon estant comme de ceux qui aimeraient mieux estre seul en Paradis que destre en compagnon ailleurs, qu'à cest efect il sçavoit quil y avoist des traitiez secrets et veust finalement donner plus de poix à ces resons par un petit mesmoire que Rubens luy envoye dens lequel il parle d'un Traitté en pied par Monsíeur de Wouwere dont les dernières parolles sont, «Het wert ghedreven op den Tytel Principes Feudatarii.» (1) Vous pouvez juger sils entenderont jamais à cela, Monsieur le Duc aiant considéré que ces discours pouroient portter préjudice à Monsieur le Prince d'Orange, et causer des jalousies, a trouvé nécessaire de Vous en advertir comme aiant un très grand sentimant de ce qui le regarde tant pour son particulier que pour le public lequel a esté si considérable que dens les responces lesquelles ont esté faittes par vostre advis aux ouvertures du susdit Sr Rubens c'est faict mention que le Roy de la grande Bretagne se laissera entendre à un bon acommodement pourveu que les Intérests sy rencontrassent de Messieurs les Estats aussi bien que ceux du Roy de Bohême que du Roy de Denemarc. Monsieur Carleton vous fera entendre le surplus de ceste affaire aiant couché les principalles anotations et caractères de ce personnage pour m'aquitter de mon deveoir, et vous deslasser des grandes affaires dens les petitts, jusque à ce que je puisse estre honnoré de vos commendements en qualité

Monsieur
de Vr¯e Exel¯
le très humble et très obéis¯s
serviteur
5 Avrill 1628.

B. Gerbier.


Je croy que vous n'oublierés pas d'amener Monsieur Honthorst car Monsieur le Duc présent[e] de luy donner de l'employ joint à sa Majesté qui luy donnera subject de ne planndre le passage de la Mer, mais il faut que sa femme demeure chez elle puis quelle craint tant le Harlemmer Mer.


Au dos: For your Lordship.


[213] Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland 188.

Traduction anglaise publiée par Noël Sainsbury, op. cit. p. 114.


COMMENTAIRE.

Le commencement du parlement. Le parlement anglais avait été convoqué pour le 27 mars 1628. Le Roi l'ouvrit en demandant des subsides pour supporter les frais de la guerre contre la France et contre la maison d'Autriche, en menaçant la Chambre que, si elle ne lui accordait pas ce qu'il désirait, il saurait bien se le procurer par les moyens que Dieu avait mis à sa disposition. Des objections s'élevèrent dans le parlement contre cette manière de demander, les menaces à la bouche, mais les subsides nécessaires furent accordés, non toutefois sans que des réformes importantes fussent réclamées.

Mousr Carleton vostre neveu. Dudley Carleton, plus tard Sir Dudley, était le neveu de Sir Dudley Carleton, lord Dorchester, l'ambassadeur à La Haye. Il fut lui-même agent de son souverain dans cette ville en 1632. Il fut souvent employé par son oncle dans les affaires politiques et pour ses achats d'oeuvres d'art.


CCCCLXXXVIII
PHILIPPE IV A L'INFANTE ISABELLE.

El Marqués de los Balbases me ha dado quenta de algunas cartas que ha tenido de Pedro Paulo Rubens en órden á la plática que corre entre él y Gerbiers, sobre el acomodamiento con Inglaterra, de que V. A. tiene particular noticia, y por dar á entender Rubens que desean allí mucho este acomodamiento, he mandado al Marqués le responda que me han hallado con muy buena disposicion y voluntad a estos tratados; esto se haze porque Rubens pueda dar esta respuesta, de que me ha parecido dar quenta á V. A., y dezirle que mi fin es que V. A. despache un correo á Rubens pidiéndole las cartas originales y en cifra que le han escrito en esta materia, pues quizá en ellas podria ser que huviese cosas y palabras en que reparar, que no lo huviese hecho Rubens, demas que tambien puede ser que aya quitado y puesto lo que le pareciese, y es justo ver los fundamentos con que se entra en [214] esta plática, y qué personas intervienen en ella, y assí holgaré que V. A. disponga y encamine lo que á esto toca como mejor le pareciere, y que me avise de lo que hiziere en ello.

Nuestra Señor guarde, etc.

Archives de Simancas. Estado Leg. 2236, fol. 297.

Publié par Cruzada-Villaamil, op. cit. p. 102, sous la date erronée du 1r mai 1627.


TRADUCTION.
LE ROI PHILIPPE IV A L'INFANTE ISABELLE.

Le Marquis de los Balbases (1) m'a rendu compte de certaines lettres qu'il a reçues de Pierre Paul Rubens se rapportant aux négociations entamées entre lui et Gerbier relativement à un accommodement avec l'Angleterre auquel Votre Altesse s'intéresse particulièrement, et, pour faire comprendre à Rubens que l'on désire beaucoup cet accord, j'ai ordonné au marquis de répondre que je suis favorablement disposé à l'égard de ces négociations. Je fais ceci pour que Rubens puisse répondre dans ce sens et j'ai trouvé bon d'en rendre compte à Votre Altesse et pour lui dire que je désire que Votre Altesse envoie un courrier à Rubens pour lui demander les lettres originales et chiffrées qui lui ont été écrites à ce sujet. Il se pourrait, en effet, qu'il s'y trouve des choses ou des paroles auxquelles Rubens n'aurait pas fait attention, outre qu'il pourrait arriver qu'il y eût retranché ou ajouté quelque chose à sa guise et qu'il est juste de voir les fondements sur lesquels repose cette négociation et quelles sont les personnes qui y sont mêlées et je serai content que Votre Altesse dispose et conduise tout ce qui se rattache à cette affaire de la manière qui lui semblera la meilleure et m'avise de ce qu'elle fera en ceci.

Que notre Seigneur garde etc.

[215] CCCCLXXXIX
LE COMTE DE CARLISLE AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.
(EXTRAIT.)

Antwerp, May 18/28, 1628. Right Honourable:

Yesterday towards evening I came into this towne: where I finde Don Carlos de Colomma and Ruben gone to Bruxelles the day before my comeing hether: I will not say of purpose in themselves, or by com¯ande of others; though so suddaine a retraict (of both together) may perswade mee to suspect the same. But the reasons heerof, with my conjectures upon the same, as likewise what it shall produce I shall not faille to certifie yor Lordp by an Express before I leave this place.

Yor Lordps most humble
and most faithful servant

Carlile.


Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland, 188.

Publié par Noël Sainsbury, op. cit. p. 117.


TRADUCTION.
LE COMTE DE CARLISLE AU SECRÉTAIRE LORD CONWAY.

Anvers, le 28 mai 1628. Honorable Lord.

Hier vers le soir j'arrivai dans cette ville, où j'appris que Don Carlos de Coloma et Rubens étaient allés à Bruxelles la veille de mon arrivée: je ne veux pas affirmer que ce soit de leur propre mouvement ou par ordre d'autrui; mais un départ si précipité de tous les deux à la fois me force à le tenir pour suspect. Les raisons de ma méfiance, mes conjectures à ce sujet et les conséquences que cette conduite doit avoir, je ne manquerai pas de les notifier à Votre Seigneurie par un exprés avant mon départ d'ici.

De Votre Seigneurie le très humble
et dévoué serviteur

Carlile.


[216] COMMENTAIRE.

Le Comte de Carliste, auteur de cette lettre, est James Hay, d'abord baron de Sauley; il fut créé vicomte de Duncaster le 5 juillet 1618 et comte de Carlisle le 13 septembre 1622. Le premier mars 1616, il fut envoyé à Paris pour féliciter le roi au sujet de son mariage et pour traiter de certaines affaires importantes; le 6 novembre 1617, il épousa, en secondes noces, la fille du duc de Northumberland. Au mois de mai 1619, il fut envoyé comme ambassadeur à l'électeur palatin, le beau-fils de Jacques I; au mois de juillet 1620, l'ambassade de France, en mai 1623, celle d'Espagne et en 1624, pour la seconde fois, celle de France lui furent confiées. Le 14 avril 1628, Charles I signa les instructions du comte de Carlisle et de lord Carleton, comme ambassadeurs extraordinaires en Hollande. Peu après, il fut envoyé comme ambassadeur extraordinaire en Savoie. En septembre de la même année, il se trouve à Venise. Il retourna en Angleterre au mois de janvier 1629 et mourut dans son logement à Whitehall le 25 avril 1636.

C'est au cours de son voyage de la Hollande vers la Savoie que lord Carlisle écrivit la présente lettre au secrétaire d'État. Il la data d'Anvers, où il était venu pour rencontrer Rubens. Sur sa plainte de ne pas être admis à passer par Bruxelles et de ne pas être traité comme les autres ambassadeurs, l'Infante lui fit savoir par Rubens qu'il pouvait se rendre à Bruxelles. Admis en présence d'Isabelle, l'entrevue se borna à un échange de compliments; mais de cette démarche il ressort que le désir de conclure la paix avec l'Espagne était vif à Londres.

Don Carlos de Coloma (de Colomma ou de Colonna) était un homme d'État espagnol résidant en ce moment en Belgique. Ce fut lui qui signa, le 15 novembre 1630, la paix entre son souverain et Charles I; nous le rencontrerons plus d'une fois encore. Il était commandeur de Montiel y la Osa, membre du Conseil de guerre et gouverneur de Cambrai. Il écrivit l'histoire des guerres de cette époque.


[217] XD
L'INFANTE ISABELLE A PHILIPPE IV.

La carta de V. Md de primero del presente he recivido, que trata de la materia de concierto con Inglaterra que corre por via de Pedro Pablo Rubens, á quien en la conformidad que me manda V. Md he ordenado que entregue todas las cartas originales y en cifra que le han escrito en esta materia; y ha respondido que está prompto para cumplir lo que se le manda, pero que ninguno entenderá las cartas que él, por los términos dellas y contener otras cosas particulares diferentes de la materia, y que siendo V. Md servido de nombrar aquí persona á quien las pueda mostrar en confianza, lo hará ó las llevará á essa corte, sirviéndose dello V. Md, que mandará lo que fuere servido se haga tocante á esto. Y por lo que me refirió el embaxador de Lorena, y por lo que se ha entendido y entiende por otras vías, se tiene por cierto que Ingleses dessean concertarse con V. Md; y assí, quanto á mí, no pongo duda en que Rubens ha declarado lisamente lo que le ha propuesto Gervier.

De Brusselas, à 31 de mayo 1628.

Archives de Simancas, Estado, Leg. 2517.

Minute, aux Archives du royaume, à Bruxelles: Correspondance, t. XXIII, fol. 269.

Publié par Gachard, op. cit. p. 285.


TRADUCTION.
L'INFANTE ISABELLE A PHILIPPE IV.

J'ai reçu la lettre de Votre Majesté du premier du courant, qui traite de l'accord avec l'Angleterre, dont s'occupe Pierre-Paul Rubens. Conformément au désir de Votre Majesté, je lui ai ordonné de remettre toutes les lettres originales et chiffrées qui lui ont été écrites sur cette matière. Il a répondu qu'il est prêt à accomplir cet ordre, mais que personne autre que lui ne comprendra ces lettres à cause des termes qui y sont employés et que, en outre, elles roulent, en partie, sur des affaires particulières étrangères à l'affaire. Il prie Sa Majesté de désigner ici une personne à laquelle il puisse les remettre avec confiance, ce qu'il ferait; ou bien il les enverrait à la Cour de Bruxelles. [218] Il fera tout ce qui plaira à Votre Majesté de lui ordonner en ceci. Et d'après ce que me rapporte l'ambassadeur de Lorraine et ce que l'on dit à droite et à gauche, on regarde comme certain que les Anglais désirent conclure un accord avec Votre Majesté et aussi, quant à moi, je ne doute nullement que Rubens n'ait fait connaître exactement ce que Gerbier lui a proposé.

De Bruxelles, le 31 mai 1628.

COMMENTAIRE.

Il ressort clairement de cette lettre que Rubens désirait continuer à être mêlé aux négociations entre l'Espagne et l'Angleterre, qu'il ambitionnait d'y jouer un rôle important et d'être appelé à Madrid pour faire valoir son avis, qui était d'ailleurs celui de l'Infante. Cette dernière visiblement l'encourage et le recommande à son neveu. Cette lettre eut pour suite l'appel de l'artiste à la Cour d'Espagne et son envoi à celle de Londres. L'intervention de Rubens fut décisive en faveur de la paix.


XDI
LE COMTE DE CARLISTE AU DUC DE BUCKINGHAM.
(EXTRAITS.)

Brussels, May 27/June 6, 1628. My most Noble Lord:

At my comeing unto Antwerp (upon saturday the 17 May currt), I fownd that Don Carlos de Coloma, and MonsrRubin were out of towne, gone the day before unto Bruxelles; as I signified in my former dispatche (of 18 past) unto my Lord Conaway. The day following after dinner, taking occasion to see some curiosities at Monsr Van-digs (van Dyck), I met Monsr Rubin there, newly returned from Bruxelles; which I knew not of, until that instant. But because I would loose no tyme, the morning after my comeing thether, I sent a Gentlem. unto the Duches de Cruy with lettres of the Queene unto de Queene, and an expression of my greif, that I could not have the liberty and [219] honour to acquit myself in person ot that service theither, knowing how I was forbidden to come to Bruxelles. Whereunto she returned answer by message and lettres the prohibition, and excluding of mee from Bruxelles, as your Lorps may see by that inclosed which I leave unto yor Lorps perusall. Mr Rubin employed the best of his wittes, the residue of that afternoon (when I met him) to discover my inclination towards Bruxelles, withall bewraying a great and grāll desire on that part of my coming thether; which I fownde also trew by many other hands; on my part haveing discovered thus much in him, I resolved to make him plainly aske mee the question (Whether I would goe to Bruxelles or no?) and so without approaching nearer to this purpose, after supper wee parted for that night.

The next morning [May 19-29] againe very early he came unto mee before I was ready, and then directly asked mee whether or no I would goe to Bruxelles? Whereunto I answered that his question seemed strange unto mee, because himself knew, that by his pen I was discharged from goeing thether; a thing I wondered, could escape the wisedome of th' Infanta & the M. Spinola; since without any hazard, they might have had much honour & advantage therby. But it well resembled (so I told him) ail the other proceedings of Spaine with K. James (of Bld Memory) and his Maty my most Gr: Soveraigne: For presently after he (Mr Rubin) had made a propon and overture of peace, Don Diego de Mexia tooke occasion to make a league with France (their ancient enemies by nature & necessity of state) against us, with whom they offred to treat, a work as false and foolishe as ever nation was guilty of. In like sort, haveing graunted me a grāll Passeport, wich was an act of courtesie, they prēntly restrained mee from Bruxelles, and offred to valewe themselves by it unto France, for so they have done. Wherby haveing somewhat astonished him, I told him farther, that for demonstraco¯n that they but still doe, as they have formerly done, I myself could well remember. In the first place, that after the King of Spaine had twise begged a peace of the King of England, and was twise refused, and the third time had obteyned it, upon condition the Treaty should be first made & sworne in England, and after sworne in Spain; for corroboration therof, a proposition was tendred & sollicited by themselves of a mariage, between the (then) Prince Henry and ye first daughter of Spaine, who most perfidiously [220] was afterwards given unto the French King: Secondly to repaire themselves, they made a second propon of mariage, between the second daughter, & the King my most Gr: Mastr, and with what artifices the infamouse treachery hath been caryed, I leave the world & God of justice to judge: th' Inheritance of my Mastrs sister & her children, being taken away under colour of yt Treaty, whilest himself in person went into Spaine to seek the Lady. At which Monsr Rubin said, that his Maties brother in lawe, with his party had been th' Incendiaries, & brought this misery upon themselves. Nay, said I, that Spaine and her complices were th' Incendiaries, I shall prove unto you, or let mee loose the credit of a freind & honest man. This accordingly I proved with so many demonstraco¯ns as he said, he much wondred how I came to knowledge of so many of their secret papers. It would be tediouse to repeat the particulars, bccause better knowne unto yor Lordp then myself: after which he smileing said, he could say no more then, si jus violandum, regnandi causâ violandum. Wherunto I said, but now compare these proceedings with yor last, How unter pretence of treating a frendship, you have combined with our pren¯t but yor eternall enemy, & haveing given me a graāll Passeport, you restrayne mee afterwards from comeing to Bruxelles; the one contrary to all honesty, the other contrary to civility, discretion, & yor owne advantage: he confesset heer that the Marquis Spignole and Don Diego Messias (1) did both blush and abhoret that act of Don Diego Messias and that the sole cause of my being debarred from Bruxelles was to keep secret from France the Treaty of Peace they intended with us, and for feare that Spaine should suddainly think that it was wholly concluded (a man of such quality as my self comeing thether); which answers I made appeare to be of so small force, and so imp¯tinent, as he seemed very much to greive at the cariage of these things, and made mee believe that (for his particular) nothing but good intentions & sincerity have been in his heart; which on my soul I think is trew, because in other things I finde him a reall man, and as wel affectet to the king of England's service as the king of Spaine can deseyer. Heer Monsr Rubin added for assurance of their sincerity, That the Marquis ded sent a dispatce de same day from [221] Spaine, which he himself (Rubin) had sent unto yor Lp in England; wherin for his part he thought there was nothing but reality, & that wee should trust unto nothing, but visible effects. Of this yor Lordp is best able to judge, haveing the dispatche in yor owne hands. I shall only put yor Lp in minde that for certaine Spaine doth much desire a peace with the King of England for many and pressing reasons whereof Italy afordeth not the least for they have kindled a ware there being well prepared.

After this Conference wth Mr. Rubin (staying in Antwerp two or three dayes longer, in expectaco¯n of advise from Lorrayne how to direct my course thether with security) I was assured from diverse other good hands, That the Principall Officers of State, & most men of quality had declared great desires of seeing mee at Bruxelles, which they durst not have done without knowing such desire also to be in ye Infanta; yet haveing taken e resolution to decline that way, I persisted in the same, until I was upon point of my departure: and that Monsr Rubin by particular direction & commande of her Highnes (as he had promised to certifie under his hand, unto yr Lp by this Gentlem: bearer) came unto mee (at his second returne from Bruxelles) and tolde mee, Que la Sérme Infante luy avoit commandé me dire, qu'elle seroit bien aisée de me veoir à Brusselles, pour renouveller l'ancienne amitié de Marymont & pour me tesmoigner combien Elle m'aimoit & estimoit, Et pour cest effect ordre estoit donné de meubler la maisson des Extraordres comme pour les Ambrs de l'Emperr ou du Roy d'Espagne. Wherunto he added that persons of prime quality were also appointed for my reception before entrance into towne, and barques comanded to attend at Antwerp for conveighance of myself & company with or cariages thether. This message was seconded with visits of the Castellano & the magistrats of the Citty, who, first excusing themselves for haveing been so backward in this tendre of their service (which they durst not undertake before they had direco¯n) with it entreated mee to contribute what depended on mee, & with my best endeavours to dispose his Maty (my Gr: Sovergne) unto a Publiq' peace, & to the pticulr good & honour of their citty, which would ever remayne a most faithfull acknowledger of favours received in that behalf. This was followed with an ample prent of wine and many other respects. I had almost omitted to tell [222] yor Lp, that Monsr Rubin had many times asked mee very earnestly s'il estoit possible que Mr le Ct de Carlile sçauroit refuser a eune princesse quy luy auroit fait une faulte de la recognoistre & luy faire réparation, with diverse other particulars which would be tediouse to yr Lorps eye, and therfor I remit unto the relation of this bearer, for whose secrecy, honesty, & discretion, I will answer, as for my self.

Upon these premisses I suffered my self to fall into consideration, How this Invitaco¯n on thInfanta's part, enforced with so many circumstances of good affection, and delivered by the same hand and party (Monsr Rubin) who had sent my discharge into England, was a reason above all exeption, and resistance to lead mee unto Bruxelles: because it wholly removed the Prohibition (cheif cause of my not going yt way) and would ever be (if accepted of by mee) an argument that thInfanta made the first offre of an accom¯adaco¯n, and spake as farre, and as much for it as possibly in honour & wisedome her Highs could for the first entry into a Treaty, if his Maties occasions should heerafter require the same.

I take leave and rest
Yor Grace's
most faithfull freind
and humblest servant.

Carlile


Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Holland, 188.

Publié par Noël Sainsbury, op. cit. p. 119-123.


TRADUCTION.
LE COMTE DE CARLISLE AU DUC DE BUCKINGHAM.

Bruxelles, le 27 mai/6 juin 1628.Très noble Seigneur.

A mon arrivée à Anvers, samedi le 17 (27) mai courant, je trouvai que Don Carlos de Coloma et Monsieur Rubens étaient absents de la ville, et s'étaient rendus depuis la veille à Bruxelles, comme je l'ai signalé dans ma précédente dépêche à Lord Conway du 18 (28) courant. Le jour suivant, après-diner, étant allé voir quelques curiosités chez Mr Van Dyck, je rencontrai là Monsieur [223] Rubens, qui venait de retourner de Bruxelles, ce que j'ignorais jusqu'à ce moment. Mais ne voulant point perdre du temps, le lendemain matin après mon arrivée, j'envoyai quelqu'un à la duchesse de Croy avec des lettres de la reine à la reine avec l'expression de mon regret, de ne pouvoir jouir moi-même de l'avantage et de l'honneur de m'acquitter personnellement de ce devoir, sachant que j'étais empêché d'aller à Bruxelles. Elle me répondit par messager et lettres me confirmant mon exclusion de Bruxelles, comme Votre Seigneurie peut le voir par les lettres ci-jointes, que je laisse à son usage. Monsieur Rubens eut recours à toutes les ressources de son esprit pendant le reste de l'après-dîner, où je le rencontrai, pour découvrir mes dispositions envers Bruxelles, tout en trahissant en général un grand désir de me voir aller là, un désir que bien d'autres voudraient voir se réaliser. Pour ma part ayant découvert qu'il le caressait vivement, je résolus de lui faire poser ouvertement la question de savoir si j'irais à Bruxelles ou non. Mais sans obtenir quelque résultat de mes efforts dans cette direction, nous nous séparâmes ce soir après le souper.

Le lendemain matin, le 19 (29) mai, il vint me trouver de bonne heure, avant que je fusse prêt à le recevoir, et me posa directement la question si je voulais aller à Bruxelles ou non? Je lui répondis que cette question me paraissait étrange de sa part, vu qu'il savait bien que par sa plume j'avais été dispensé d'aller là. Je m'étonnai que la sagesse de l'Infante et du marquis de Spinola pouvait s'être égarée dans ce cas, puisqu'ils y auraient trouvé sans aucun doute beaucoup d'honneur et de profit. Mais il en était dans ceci comme dans toutes les relations de l'Espagne avec le roi Jacques de bienheureuse mémoire et avec Sa Majesté notre très gracieux Souverain. En effet, en ce moment même, après que lui (Monsieur Rubens) eut fait des propositions et des ouvertures de paix, Don Diego de Messias ne se fit pas faute de conclure une alliance avec la France (leur ancien ennemi par la nature et par raison d'État) contre nous, avec qui l'Espagne venait de proposer de conclure un traité. C'était là, disais-je, un acte aussi faux et aussi insensé que jamais nation n'en commit. De même, après m'avoir accordé un passe-port général, ce qui était un acte de courtoisie, ils me tenaient éloigné de Bruxelles, et s'en prévalaient auprès de la France. C'est là réellement ce qu'ils ont fait. L'ayant quelque peu étonné par ces déclarations, je lui dis ensuite que pour prouver qu'ils faisaient encore ce qu'ils avaient fait précédemment, je me rappelais bien: d'abord que le roi d'Espagne sollicita deux fois la paix du roi d'Angleterre et fut éconduit deux fois, qu'il la demanda une troisième fois et l'obtint alors, à condition que la paix fût d'abord faite et jurée en Angleterre et ensuite jurée en Espagne. Pour confirmer cette paix, l'Espagne formula la [224] proposition et demanda comme une grâce la conclusion d'un mariage entre le prince Henri et la fille aînée du roi d'Espagne. En second lieu, voulant réparer leur faute, ils firent une seconde proposition de mariage entre la seconde fille d'Espagne, et le roi, mon très gracieux maître. Je laisse le monde et le Dieu de justice juge avec quels artifices cette infâme trahison a été conduite, le domaine de la soeur de mon maître et de ses enfants ayant été enlevé sous prétexte de cet accord, pendant que lui-même était allé en Espagne chercher la princesse.

A cela Rubens répondit que le beau-frère de Sa Majesté, ainsi que ses partisans avaient été les fauteurs de ces troubles et s'étaient attiré ces infortunes. Au contraire, l'Espagne et ses complices étaient les incendiaires, lui dis-je, et si je ne vous le prouve, je veux perdre tout crédit auprès d'un ami et d'un honnête homme. Et je le lui prouvai, en effet, avec un si grand nombre d'arguments qu'il se dit étonné de ce que je connaissais tant de leurs papiers secrets. Il serait fastidieux de vous rappeler les détails de cette démonstration mieux connus de Votre Seigneurie que de moi-même. Lorsque j'eus fini, il dit en souriant qu'il ne pouvait dire autre chose si non que, si jus violandum, regnandi causa violandum. Là-dessus, je lui dis: mais comparez maintenant ces manières d'agir avec votre mandat et comment, sous prétexte de traiter d'une alliance avec nous, vous vous êtes entendus avec notre présent et votre éternel ennemi, et m'ayant accordé un passe-port général, vous m'empêchez ensuite d'aller à Bruxelles. Le premier de ces actes est contraire à toute loyauté, le second est contraire à la politesse, à la discrétion et à votre propre intérêt. Il avoua alors que l'Infante et le marquis Spinola rougissaient tous deux de cet acte de Don Diego Messias et le condamnaient, et que la seule raison pour laquelle on ne me permettait pas d'aller à Bruxelles était pour cacher à la France le traité de paix qu'ils préparaient avec nous et par crainte que l'Espagne pût s'imaginer que du coup le traité avait été conclu en son entier (vu qu'un homme de ma qualité était arrivé ici). Je fis ressortir que cette réponse avait bien peu de force et était non pertinente d'autant plus qu'il semblait regretter la marche de ces négociations et me faisait croire que, pour ce qui le regardait, il n'y avait dans son coeur que de la sincérité et de bonnes intentions. Et, sur mon âme, je crois que cela est vrai, puisqu'en d'autres affaires je l'ai trouvé un homme loyal et aussi dévoué à l'Angleterre que le roi d'Espagne peut le désirer. Ici Monsieur Rubens ajouta pour confirmer leur sincérité que le marquis avait envoyé d'Espagne le jour même une dépêche que lui, Rubens, avait expédié à Votre Seigneurie en Angleterre; dans laquelle â son avis il n'y avait que la vérité. Nous n'avons, dit-il, à nous fier qu'à des faits palpables. Votre Seigneurie, qui a la dépêche en mains, est le mieux [] [] [225] à même d'en juger. Je rappellerai seulement à Votre Seigneurie que certainement l'Espagne désire vivement la paix avec le roi d'Angleterre pour de multiples et pressantes raisons dont l'Italie ne constitue pas la moindre. En effet, dans ce pays on a allumé une guerre à laquelle on est bien préparé.

Après cette entrevue avec Monsieur Rubens, comme je m'arrêtai encore à Anvers pendant deux ou trois jours en attendant des nouvelles de la Lorraine pour apprendre comment, pour ma sécurite, je devais arranger mon voyage dans ce pays, je fus informé de bonne part que les principaux dignitaires de l'État et un grand nombre d'hommes de haute qualité avaient exprimé le désir de me voir à Bruxelles, ce qu'ils n'auraient pas osé faire s'ils ne savaient que tel était également le désir de l'Infante. Cependant ayant pris la résolution de ne pas donner suite à cette invitation, je persistai dans ma résolution jusqu'au moment de mon départ. Alors Monsieur Rubens par ordre spécial de Son Altesse (comme il a promis de le certifier par écrit à Votre Seigneurie par le porteur de la présente) vint me trouver, après son second retour de Bruxelles, et me dit «que la Sérénissime Infante luy avoit commandé me dire, qu'elle seroit bien aisée de me veoir à Brusselles, pour renouveller l'ancienne amitié de Marymont & pour me tesmoigner combien Elle m'aimoit & estimoit, Et pour cest effect ordre estoit donné de meubler la maisson des Extraordres comme pour les Ambassadeurs de l'Empereur ou du Roy d'Espagne.» Il ajouta que des personnes de première qualité étaient chargées de me recevoir avant mon entrée dans la ville et que des barques étaient commandées à Anvers pour me faire escorte à moi et à mes compagnons de voyage et que des voitures nous attendraient. Ce message fut appuyé par des visites du commandant de la citadelle et des magistrats de la ville qui commencèrent par s'excuser d'avoir tant retardé de s'acquitter de ce devoir (qu'ils ne pouvaient accomplir sans en avoir reçu l'ordre) et me prièrent ensuite de faire ce qui dépendait de moi et de m'employer de toutes mes forces à bien disposer Sa Majesté, mon gracieux Souverain pour la paix publique et en particulier pour l'intérêt et l'honneur de leur ville, laquelle se souviendra toujours avec reconnaissance des faveurs dont elle avait joui à cet effet. Cette entrevue fut suivie d'un considérable cadeau de vin et d'autres gracieusetés. J'allais oublier que Monsieur Rubens m'a plusieurs fois demandé très sérieusement «s'il estoit possible que Monsieur le Comte de Carlisle sçauroit refuser à eune princesse quy luy auroit fait une faulte de la recognoistre et luy faire réparation,» avec divers autres détails qu'il serait trop long d'écrire à Votre Seigneurie, et qui vous seront racontés par le porteur de la présente, de la discrétion et honnêteté duquel je réponds comme de la mienne propre.

Sur ces avances, je me permis de prendre en considération que cette [226] invitation de la part de l'Infante jointe à tant de démonstrations d'affection et fournies par la main de Mr Rubens, le même qui avait expédié en Angleterre la lettre par laquelle on refusait de me recevoir, était de nature à vaincre mon refus et ma résistance de me laisser attirer à Bruxelles. En effet, tout cela faisait tomber la lettre de défense, principale cause pour laquelle j'avais refusé de m'y rendre et devait être en tout cas, si j'acceptais l'invitation, une preuve que l'Infante avait la première fait une offre de réconciliation et s'était engagée aussi loin et aussi clairement que le comportait la sagesse et l'honneur de Son Altesse à faire les premières avances d'un traité dans le cas où il conviendrait à Sa Majesté de la suivre dans cette voie.

Je salue votre Grâce et reste
son ami fidèle
et son humble serviteur

Carlisle.


COMMENTAIRE.

A la duchesse de Croy. Les passages soulignés dans le texte anglais sont écrits en chiffres dans l'original et ont été traduits en langage ordinaire par Gerbier. Dans cette partie cryptographique de la lettre se rencontrent les mots: à la duchesse de Croy et des lettres de la reine à la reine. Nous ne comprenons pas ce que la duchesse de Croy vient faire ici. Si le comte de Carlisle était chargé de lettres de sa souveraine et s'il avait à demander l'autorisation de venir à Bruxelles, il est naturel qu'il s'adressât à l'Infante Isabelle, comme il est naturel d'entendre que c'est celle-ci qui lui refuse d'abord et lui accorde ensuite cette autorisation. Faut-il croire à une mauvaise interprétation du passage en chiffres? Les lettres de la reine à la reine sont probablement des lettres de la reine d'Angleterre à sa soeur la reine d'Espagne, qui devaient être remises par Carlisle à l'Infante Isabelle pour être, par son intermédiaire, expédiées en Espagne.

Le mariage du prince Henri. Le comte de Carlisle revient encore sur l'histoire des mariages des deux princes de Galles avec les filles du roi d'Espagne. Le premier mariage projeté fut celui du prince de Galles Henri, fils aîné de Jacques I. La mort de ce prince survint le 12 novembre 1612, avant l'exécution de ce projet. La princesse, Anne d'Autriche, fiancée d'abord au prince Henri, fut donnée en mariage à Louis XIII, le 25 décembre 1615. Le second projet de mariage, dont il est question ici, est celui de Charles I avec l'infante Marie-Thérèse d'Autriche, dont il a été parlé plus haut (Tome III, pp. 141 et 259).

Le domaine de la soeur de Charles I enlevé. Les négociations du mariage du prince de Galles, le futur Charles I, avec l'infante d'Espagne commencèrent [227] en 1616 et durèrent sept ans. En 1619, l'électeur palatin, le beau-frère de Charles I, fut élu roi de Bohême, la guerre éclata immédiatement après. La bataille de Prague fut perdue en 1620, le haut Palatinat et le bas Palatinat ensemble furent conquis sur l'électeur par les troupes de l'empereur en 1621, à l'exception des villes de Manheim, de Heidelberg et de Frankenthal. En 1622, les deux premières de ces trois villes furent prises et Frankenthal assiégé par le comte de Tilly. En 1623, une trève fut conclue et Frankenthal donné en dépôt entre les mains de l'Infante Isabelle.

L'amitié de Marymont. Le château de Mariemont dans la province de Namur était un séjour de prédilection de l'archiduchesse à tel point qu'elle se fit peindre par Rubens avec le bâtiment de cette résidence dans le fond. La lettre fait allusion à un accueil gracieux fait à l'homme d'État anglais par l'Infante dans ce château.


XDII
L'INFANTE ISABELLE AU ROI PHILIPPE IV.

Por deziembre último passado se me pidió passaporte para passar por estos Estados, desde Olanda la buelta de Lorena, el conde de Carleil, embaxador del rey de Inglaterra, por medio de Pedro Pablo Rubens. Conzedí el passaporte, pero tratóse de que fuesse con clausula de que no havía de passar por esta villa. Después paresció que bastava dezirlo de palabra á Rubens, el qual lo adbirtió; y assí se quedó de acuerdo. Después desto el dicho conde de Carleil llegó â Olanda, y al cavo de algunos dias que estuvo allí, escrivió al baron de Balanzon, que govierna la villa de Breda, como tenia passaporte mio, pidiéndole passo libre conforme á él, y que vendria á Breda: lo qual le permitió. Pero, aunque llegó junto á Breda, no entró en ella, sino alojpóse en un villaje ó aldea, y de allí passó á Amberes; y desde el camino embió persona expressa á don Cárlos Coloma con un recado muy cumplido, mostrando desseo de verse con él en Amberes. Respondióle don Cárlos con toda cortesía que no podia yr á Amberes á verse con él, pero que le parezia seria bien siguiesse su camino sin llegar aquí. Llegado el dicho conde á Amberes, escrivió à Rubens, que se hallava aquí, que fuesse allá [228] (como lo hizo); y para abrir camino á su venida aquí, comenzó á dar una gran quexa de que le havian prohivido el venir aquí, y en medio della dixo que le parezia imprudencia no permitírselo, pues estando en guerra su rey con V. Md, seria de gran reputacion nuestra que vea il mundo que él viene aquí, con que podrán inferir todos que es á rogar para llegar á conciertos, y que por todas razones y dessear que yo le hiziesse la cortesía que havía hecho á todos los embaxadores, desseava sumamente la venida aquí. Y assí lo permití, y le he hecho alojar y agasajar par la misma razon que él ha declarado. Y á los 3 del presente me pidió audiencia, la qual le dí, y en ella me dixo (con grandes cumplimientos) que yva á Lorena y á Saboya á negocios muy importantes al servicio V. Md, como si quisiera dezir à los de Italia. (1) Y todo lo demás fué agradecymyentos y cunplymyentos de su parte; y en medio dellos me dyjo que no traya nada que decirme de parte de su rey: á que yo le respondy que me pesaba de no tener tan poco nada que decylle, pero que con todo eso le preguntarya como estaba el rey y la reyna. Desto yço él tanta estyma que me dyjo era la mas rara pryncesa que abya en el mundo, y otras mil cosas de las que suele: á que yo le atajé, preguntándole por su jornada.

De Brusselas, á 7 de junio 1628.

Minute, aux Archives du royaume, à Bruxelles: Correspondance, t. XXIII, fol. 281. Publié par Gachard, op. cit. p. 286.


TRADUCTION.
L'INFANTE ISABELLE AU ROI PHILIPPE IV.

Au mois de décembre dernier, le comte de Carlisle, ambassadeur du roi d'Angleterre, me fit demander par Rubens un passe-port pour traverser ces États en venant de Hollande pour passer dans la Lorraine. Je lui ai accordé le passe-port, mais il fut stipulé qu'il ne passerait pas par Bruxelles. Depuis lors, il me parut suffisant de le dire oralement à Rubens, qui en informa le comte, et ainsi il en resta d'accord. Ensuite le comte de Carlisle arriva en Hollande et au bout de quelques jours après sa venue il écrivit au baron de Balanzon, gouverneur de la ville de Breda, qu'il possédait mon passe-port [229] et demanda libre passage conformément à cette autorisation quand il viendrait à Breda; ce que Balanzon lui accorda. Mais, étant arrivé près de Breda, il n'entra pas dans la ville, mais alla loger dans un village ou hameau et de là se rendit à Anvers. Pendant qu'il était encore en route, il envoya un exprès à don Carlos Coloma avec un message poli en lui exprimant le désir de le rencontrer à Anvers. Don Carlos lui répondit fort courtoisement qu'il ne pouvait venir à Anvers pour le rencontrer, mais qu'il lui paraissait qu'il ferait bien de suivre son chemin sans se rendre à Bruxelles. Le comte de Carlisle arriva à Anvers et il écrivit à Rubens, qui se trouvait ici, qu'il était allé pour le voir, ce qu'il avait fait en effet. Et, pour trouver une raison de se rendre à Bruxelles, il commença par se plaindre vivement qu'on l'avait empêché de venir ici en y ajoutant que pareille défense lui paraissait fort imprudente, puisque son souverain étant en guerre contre Votre Majesté, ce nous ferait un grand honneur si l'on voyait que lui, Carlisle, arrivait ici, d'où tout le monde pourrait conclure que cette visite avait pour but d'arriver à un accommodement. Pour toutes ces raisons, il désirait vivement que je lui fasse la courtoisie que j'ai faite à tous les ambassadeurs et lui permette de venir ici. Je le lui permis et lui fis préparer le logement et la réception pour les mêmes raisons que celles qu'il avait fait valoir. Le 3 de ce mois, il me demanda une audience que je lui accordai; il me dit avec de grands compliments qu'il se rendait en Lorraine et en Savoie pour des affaires très importantes au service de Votre Majesté, comme s'il désignait par là les affaires d'Italie. Et tout le reste ne furent que des remercîments et des compliments de sa part, et au milieu de ces protestations, il me dit qu'il n'avait rien à me communiquer de la part de son maître; ce à quoi je répondis que je regrettai de n'avoir, moi non plus, rien à lui dire, mais je le questionnai sur l'état du roi et de la reine. Il fait un si grand cas de celle-ci qu'il me dit qu'elle était la princesse la plus accomplie du monde et autres choses banales. Sur quoi, je l'arrêtai en lui demandant des détails touchant son voyage.

De Bruxelles, le 7 juin 1628.

COMMENTAIRE.

On remarquera la différence entre l'explication de l'Infante et celle du comte Carlisle touchant son voyage à Bruxelles. L'homme d'État anglais ne veut pas avouer que c'est lui qui a sollicité la faveur d'être admis en audience par l'Infante. Cependant la logique seule de son récit force à conclure qu'on n'était pas disposé à Bruxelles à le recevoir et que c'est grâce à ses insistances et aux raisons qu'il fit valoir et qui devaient être agréables à la princesse que celle-ci l'admit en sa présence.

[230] A la suite de la lettre de l'Infante Isabelle du 31 mai 1628 eut lieu, à Madrid, le 4 juillet, une séance de la Junte d'État, dont voici le procès-verbal:


Copia de la Junta que se haze en el quarto del Conde duque, sobre materias de flandes.


Señor.

En la junta de las materias de flandes y de Ingalaterra, en que estubieron con el Conde duque en su quarto, el marques de Balbases, don Augustin Mesia, don Joan de Billela, el marques de Leganes, duque de Feria, y marques de santa cruz se platico sobre lo que contiene la carta inclusa de la señora Infanta, en que dize que Pedro Pablo Rubens, a dicho como esta prompto a entregar las cartas originales que le an escrito en materia de conciertos con Ingalaterra. Pero porque ninguno las entendera, seria bien ordenarle alguna persona, a quien las pueda mostrar, si ya V. M. no se sirbe de que el mismo las traiga a esta corte y parece a la junta que siendo V. M. serbido se podria responder a su Alteza, que diga a Rubens, que venga a esta corte y traiga las dichas cartas y papeles que se le an pedido. Pues con esto se podra entretener la platica y dilarla lo que fuese necesario, y si fuese menester que tenga efecto, antes abra echo probecho que daño la venida de Rubens. En Madrid 4 de Julio 1628.

Ba con sola mi señal por ganar tiempo.


En marge: Como parece escribiendo a mi tia que ajuste primero con el lo que se ubiere de hacer y diciendole que traiga todo lo que tuviere deste genero, y si ingleses quisieren enbiar alguna persona con poder secretamente a los puertos de cantabria podra mi tia dar pasaporte y con esto seria mas util la venida de Rubens, pero en esto no se ha de hacer instancia sino dejar quel como interes suyo lo disponga.


Archives de Simancas. Secretario de Estado, Legajo 2017, fol. 86-87.

Une seconde version entièrement conforme dans ses parties essentielles à la précédente se trouve aux archives de Simancas (Estado Leg. 2561, fol. 114). Elle a été publiée par Cruzada-Villaamil, o'p. cit. p. 134.


[231] TRADUCTION.

Copie du comte-rendu de la junte qui s'est tenue à la maison du Comte-duc sur les affaires de Flandre.


Sire.

Dans la junte sur les affaires de Flandre et d'Angleterre, à laquelle étaient présents avec le Comte-duc dans sa maison, le marquis de Balbases, don Augustin Messia, don Juan de Billela, le marquis de Léganès, le duc de Feria et le marquis de Santa Cruz, on a traité de ce que contient la lettre ci-jointe de Madame l'Infante, dans laquelle elle écrit que Pierre-Paul Rubens a dit qu'il est prêt à fournir les originaux des lettres qu'on lui a écrites relativement aux négociations avec l'Angleterre. Mais, comme personne ne les comprendrait, il serait bon de déléguer quelqu'un à qui il pourrait les expliquer, à moins qu'il ne plaise à Votre Majesté que Rubens les apporte à cette Cour. La junte est d'avis que, s'il plaît à Votre Majesté, elle pourra répondre à Son Altesse qu'elle dise à Rubens de venir à cette Cour et d'y apporter les dites lettres et papiers qu'on lui a demandés. Ensuite, on pourra entretenir cette négociation, ou la retarder selon qu'il paraîtra nécessaire, et, si on juge bon de la poursuivre, la venue de Rubens aura toujours été plus utile que nuisible. Madrid, le 4 juillet 1628.

Signé seulement de ma signature pour gagner du temps.


Dans la marge (de la main du roi): Je trouve bon que l'on écrive à ma tante qu'elle règle d'abord avec Rubens ce qu'il y aura à faire et qu'elle lui dise d'apporter tout ce qu'il a concernant cette affaire et si les Anglais veulent envoyer secrètement un chargé de pouvoirs aux ports de Biscaye, ma tante peut lui donner des passe-ports, et la venue de Rubens serait fort utile, mais on ne doit pas faire d'instances; c'est à lui de voir s'il est de son intérêt qu'il fasse ce voyage.


XDIII
LE ROI PHILIPPE IV A L'INFANTE ISABELLE.

Serenissima Señora.

He visto la carta de V. A. de 31 de mayo en respuesta de lo que escriví á V. A. en órden á Pedro Pablo Rubens. Y pues ha dado á [232] entender que vendrá por acá, si se le ordena, y traerá las cartas y papeles que tiene tocantes á la plática de Inglaterra, será bien que V. A. le mande dezir que lo haga, pero ajustando primero con él lo que se huviere de hazer y diziéndole que trayga todo lo que tuviere deste genero. Y si Ingleses quisiessen embiar alguna persona con poder secretamente á los puertos de Cantabría, podría V. A. dar passaporte: con que seria mas útil la venida de Rubens. Pero en esto no se le ha de hazer instancia, sino dexar que él, como interes suyo, lo disponga. Nuestro Señor guarde á V. A. como deseo.

De Madrid, á 6 de julio de 1628.Buen sobrino de Vuestra Alteza,

Yo el Rey.

D. Juo de Billela.


Original, aux Archives du royaume, à Bruxelles: Correspondance, t. XXIV, fol. 20.

Publié par Gachard, op. cit. p. 288. Traduction Ibid. p. 93.


TRADUCTION.
LE ROI PHILIPPE IV A L'INFANTE ISABELLE.

Sérénissime Dame.

J'ai vu la lettre de Votre Altesse du 31 mai en réponse à la mienne concernant Pierre-Paul Rubens. Puisqu'il a donné à entendre qu'il viendra à Madrid, au cas qu'on le lui ordonne, et qu'il apportera les lettres et papiers qu'il a relativement aux pourparlers avec l'Angleterre, il sera bien que Votre Altesse l'invite à le faire, mais en s'arrangeant au préalable avec lui en lui disant qu'il n'omette d'être porteur de tous les papiers de ce genre qui sont entre ses mains. Si les Anglais voulaient envoyer secrètement à l'un ou l'autre des ports de Biscaye quelqu'un qui fût muni de pouvoirs, Votre Altesse pourrait donner à celui-ci un passe-port: la venue de Rubens serait par là plus utile.

Mais en ceci il ne faut pas insister, mais le laisser faire comme son intérêt l'exige. Que Notre Seigneur garde Votre Altesse comme elle désire.

De Madrid, le 6 de juillet 1628.Bon neveu de Votre Altesse,

Moi le Roi.

D. Juo de Billela.


[233] COMMENTAIRE.

Conformément au désir exprimé par le roi, l'Infante informa Rubens qu'on l'attendait à la Cour de Madrid.

Le 13 août, elle annonça à son neveu que Rubens partirait sous peu de jours pour l'Espagne; elle fit savoir au Comte-duc d'Olivarès qu'il serait porteur non seulement de ses propres papiers relatifs aux pourparlers de paix avec l'Angleterre, mais encore de ceux qu'il y avait à la Secrétairerie d'État, (1)

Rubens partit d'Anvers à la fin du mois d'août 1628. Le 28 de ce mois, il signa l'inventaire des biens de la mortuaire de sa première femme Isabelle Brant (2) et, probablement le lendemain, il quitta Anvers. Il passa par la France, mais l'Infante lui avait tellement recommandé de se hâter qu'il ne trouva pas le temps d'aller voir les amis qu'il avait dans ce pays. Il se détourna seulement de sa route pour aller voir le siège de La Rochelle, un spectacle qui devait être d'un intérêt égal pour le peintre et pour le diplomate. Son voyage se fit avec tant de rapidité qu'il arriva à Madrid entre le 10 et le 14 septembre.

L'arrivée de Rubens dans cette ville et ses entretiens avec le Comte-duc d'Olivarès éveillèrent l'attention des ambassadeurs accrédités à la Cour d'Espagne et ils ne se firent pas faute de transmettre à leur gouvernement respectif les bruits qui couraient sur le motif du voyage du peintre. Gachard a noté leurs observations dans les papiers de différents États. Le nonce du pape, à Madrid, Giovanni Battista Pamphili, patriarche d'Antioche, écrit au cardinal secrétaire d'État: «On tient pour certain que le peintre flamand est porteur de quelque négociation, car on est informé qu'il confère souvent et en secret avec le Comte-duc, et d'une façon bien différente de celle que sa profession peut comporter. On dit qu'il est parti d'Angleterre il y a peu de temps; et comme il est réputé grand ami de Buckingham, on croit qu'il vient avec quelque traité de paix entre les deux couronnes. D'autres pensent que le principal objet dont il est chargé est la trêve de Flandre et qu'il a reçu la mission comme quelqu'un qui jouit de la confiance de tout ce pays-là, de faire connaître le sentiment de la nation sur cette affaire. (3)»

[234] L'ambassadeur de Venise, Alvise Mocenigo, mandait au doge: «Le bruit continue qu'il se traite de la paix avec l'Angleterre, et bien des personnes disent qu'elle est même conclue, ainsi qu'une trêve avec les Hollandais... On croit que le Sieur Rubens, peintre, s'entretient du traité de trêve. (1) » Mocenigo revenait là-dessus quelques jours après: «Le peintre Rubens, disait-il, a eu plusieurs entrevues secrètes avec le comte d'Olivarès. Je ne saurais affirmer si c'est pour traiter de la trêve avec les Hollandais ou de la paix avec l'Angleterre, ou de ces deux affaires à la fois. J'apprends qu'il est allé en Angleterre, où il a négocié longuement et mystérieusement avec le duc de Buckingham; que depuis il est passé en Flandre d'où il est venu en cette Cour. (2)»


FIN DE LA CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE DE RUBENS
DU MOIS DE FÉVRIER 1627 AU MOIS D'AOUT 1628


[235] XDIV
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto illre Sigr mio ossermo.

Quì nulla habbiamo di novo, si non che si parla dandar in campagna senza però alcuna certezza, e ben vero che le bande d'ordinanza (come le chiamamo) sono mandate a mettersi in ordine che suole esser indicio di far campo. E un gran bisbiglio in questa piazza, principalte tra gli negocianti genovesi perche si crede che il Re di Spagna voglia far di novo un decreto di sospendere il pagamento de gli polici (1) assegnatili per la rendita del suo credito volendola redurre S. Ma a quattro per cento d'interesso, per esser l'hypotecha buonissima et offerendo de gli altri assai, a pigliarla a quel prezzo.

Io ho il libro della casa de Linden appresso di me, ma essendo il volume alquanto grandetto, mi dubito che costaria troppo di porto a mandarlo col corriero et per mandarlo colli carri par poca cosa et ancora gli carretoni quando un fascio non e tanto grande che paga un tanto per libra sono poco trattabili, ma se fosse verso la fiera di S. Germano, come e dipoi non mancharebbono amici che lo portarebbono voluntieri. Pur si trovara alcun espediente per farlo tenere cà V. S. et il mandaro insieme colle due stampe della Fossa Eugeniana (2) per le quale ho scritto a Brusselles poiche non si trovono ancora qui della miglior forma. Ne havendo altro, baccio a V. S. le mani y con tutto il cuore mi raccommando nella sua buona gracia.

Di V. S. molto illusta
Servitor affettmo

Pietro Pauolo Rubens.

Ho ricevuto il libro de gli matrimonii Regij
et ne rendo a V. S. mille gracie. D'Anversa il 4 di Marzo 1627.

Autographe. Paris. Bibliothèque Nationale. Collection Dupuy, 714, n° 5bis.

[236] La lettre ne se trouvait pas dans la Bibliothèque de Paris, en 1838, lorsque Gachard y fit la copie des autographes de Rubens. Elle parut dans la vente Richard Burton (Londres, 21 juin 1850, n° 207).


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Nous n'avons rien de neuf ici, sinon que l'on parle de se mettre en campagne, mais sans aucune certitude, quoique vraiment les bandes d'ordonnance, comme nous les appelons, aient été invitées à se mettre en ordre, ce qui est l'indice ordinaire de quelque expédition. Il y a de grands murmures sur notre place, surtout parmi les négociants gênois, parce que l'on croit que le roi d'Espagne veut de nouveau décréter la suspension du paiement des ordonnances, (1) qui leur ont été assignées pour la rente de son capital crédité. S. M. veut réduire l'intérêt à 4 % à cause de l'excellence de l'hypothèque et à cause des offres faites par d'autres de reprendre le capital à ce prix.

Je tiens le livre de la Maison de Linden, mais le volume étant un peu grand, je crains qu'il ne coûte trop de frais de port par le courrier. L'envoi par les chariots semble être peu de chose et encore lorsqu'un ballot n'est pas assez grand pour payer tant par livre, les rouliers sont peu traitables. Mais aux environs de la foire de St.-Germain qui doit arriver, il ne manquera pas d'amis qui vous l'apporteront volontiers. Enfin, on trouvera quelque expédient pour vous le faire tenir et je vous l'enverrai en même temps que les deux-estampes de la Fosse Eugénienne, (2) pour lesquelles j'ai écrit à Bruxelles, vu que nous n'avons pas encore ici des épreuves de la meilleure condition. N'ayant rien d'autre à vous dire, je vous baise les mains de tout coeur et me recommande à vos bonnes grâces.

Je suis, Monsieur,
Votre serviteur affectionné

Pierre-Paul Rubens.

J'ai reçu le Livre des mariages royaux et je vous en rends mille grâces.D'Anvers, le 4 mars 1627.

[237] COMMENTAIRE.

La conversion de la dette espagnole. Il est encore question de ce décret dans la lettre du 9 avril suivant. On y verra qu'à cette dernière date, le décret avait été retiré.

Les gravures de la fosse Eugénienne. Il s'agit du canal qu'on voulait creuser entre le Rhin et la Meuse. Plus tard, il reçut le nom de fosse Marianne (voir lettre du 13 mai 1627). Une gravure du canal devait avoir paru l'année précédente; en effet, le Mercure François de 1626 en contient une reproduction. On y voit le canal partant de Rinberg sur le Rhin et traversant le pays en un cours anguleux pour aboutir à Venloo en passant par Gelder. De nombreux forts sont construits sur la rive méridionale, une grande forteresse sur la rive septentrionale près de la Meuse où le canal oblique en un angle plus prononcé vers son point final.

Je tiens le livre de la maison de Linden. La veille, 3 mars 1627, Rubens acheta chez Balthasar Moretus: «1 Généalogie de la maison de Linden» qu'il paya 10 florins. (1)


RUBENS A PIERRE DUPUY.

Le 11 mars 1627, Rubens écrivit à Pierre Dupuy une lettre que nous n'avons pas trouvée quoiqu'elle existe encore. En effet, elle parut dans la vente Naylor chez Sotheby et Hodges en mai 1875. Le catalogue de cette vente l'indique en ces termes: Rubens (P. P.), 2 pages in-folio, en italien, daté d'Anvers, le 11 mars 1627, avec l'adresse: «A M. Du Puy chez Mr le Conseiller de Thou.» Elle fut vendue 12 livres sterling.


Rubens avait l'habitude d'écrire, le jeudi de chaque semaine, une lettre à Pierre Dupuy. Le 4 mars 1627, il en avait écrite une que nous publions, le 11 mars une autre que nous venons de signaler; le 18 mars, une troisième dont nous n'avons retrouvé aucune trace; le 25 mars, il en écrivit encore une que nous n'avons pas découverte, mais qui parut dans la vente Thorpe (Londres, 1839) et qui dans le catalogue de cette collection est mentionnée sous le n° 1374.


[238] Vers la même date, Rubens avait écrit à Peiresc, comme nous l'apprend une lettre de ce dernier à son ami Pierre Dupuy, datée du 21 mars 1627, dans laquelle il dit:

«...... Vous aurez par mesme moyen la lettre de Mr. Rubens, qui ne m'escript que des compliments pour cette foys, auxquels je respondray, Dieu aydant, par le prochain, si cette despesche n'est retardée demain, car je n'ay pas du temps pour y satisfaire.» (1)


Dans ses Petits Mémoires, Peiresc annote, sous la date du 1r avril 1627, une lettre «A M. Rubens» (probablement celle que Peiresc, à la date du 21 mars, se proposait d'écrire, comme il est dit dans l'alinéa précédent). La minute ne s'en est pas conservée dans les registres de Carpentras, mais Rubens rappelle cette missive de son ami dans sa lettre à Dupuy du 22 avril suivant, dans laquelle il dit: «J'ai vu avec le plus grand plaisir par le paquet de M. Peiresc, qui m'est arrivé sous le pli de Mr l'ambassadeur, que notre ami est entièrement rétabli et que sa passion pour l'antiquité, et surtout pour les camées et les médailles, semble renaître de plus belle; car il m'écrit une lettre fort longue toute pleine de nouvelles et intéressantes observations sur cette matière, lettre qui m'a causé le plus grand plaisir.»


XDVRUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto illusre sigr mio ossermo.

Due corrieri hanno mancato a portarmi delle sue nove, che spero non sia per altra causa che di sua commodita e la stagione poco opportuna alla nostra corrispondenza avocando lanimo a cose piu necessarie et de maggior concetto. Qui nulla abbiamo di novo ansi stiamo in una tranquillita straordinaria benchè si crede che s'andarà in campagna a suo tempo ma non penetramo sin adesso de che banda si potra attaccar gli nemici per averne buon mercato. Il straordinario di Spagna arrivato avant hieri, ha portato la verificatione della suppressione del Decreto, et insieme le polici di paga a Genovesi e Portogesi et [239] ancora gli fucchieri. Questa provisione era necessaria senza la quale eravamo ridotti a tal estremita che sandava tassando gli ministri et officieri reggii ciascuno secondo le sue faculta a far un imprestito al Re de certa summa de contanti per pagar la soldatesca, per evitar ogni disordine che poteva nascere duna tal penuria. Tutti gli negocianti di questa piazza si sono rallegrati in estremo colla annulatione del decreto onde dependeva la lor ruina. Ne avendo altro bacio a V S e al sig. suo fratello con tutto il cuore le mani.

Di V. S. molto illusre servitor affmo

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anversa, il 9 d'aprile 1627.

Adresse: A M. du Puy demeurant
au logis de Monsieur de Thou
Conseiller au Parlement du Roy
A la rue des Poictevins
derrière St.-André des Ars à Paris.


Autographe à la Bibliothèque Nationale de Paris. Collection Dupuy, n° 714. Publié par E. Gachet. Lettres inédites de Rubens, p. 99, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 123.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Voilà deux ordinaires passés sans que je reçoive de vos nouvelles. Je me plais à croire que ce silence n'a pas d'autre cause que la commodité de vos affaires. Les temps sont peu favorables à notre correspondance et forcent l'esprit à se tourner vers des objets plus urgents et d'une plus grande importance. Nous n'avons rien de nouveau ici, nous vivons même dans une tranquillité extraordinaire, bien que l'on pense que nous commencerons la guerre au premier moment favorable. Mais on ignore jusqu'ici de quel côté on pourra attaquer l'ennemi pour en avoir bon marché. Le courrier extraordinaire d'Espagne arrivé avant-hier a apporté la confirmation de la suppression du décret (1), ainsi que les ordonnances de paiement pour les Gênois et les Portugais, et [240] aussi pour les Fugger. Cette provision était nécessaire, et nous étions sans elle réduits à une telle extrémité, que les ministres et officiers du roi avaient commencé à se taxer eux-mêmes, selon leurs moyens, afin d'avancer à Sa Majesté le prêt d'une certaine somme destinée à payer les troupes et d'éviter ainsi les désordres que pouvait faire naître un si grand besoin. Tous les négociants de notre ville ont été transportés de joie en apprenant la suppression du décret, qui pouvait causer leur ruine. N'ayant plus rien d'autre, je vous salue de tout coeur ainsi que Monsieur votre frère.

De Votre Seigneurie très illustre
le serviteur très dévoué.

Pierre-Paul Rubens

D'Anvers, le 9 avril 1627.

Adresse: A M. du Puy demeurant
au logis de Monsieur de Thou,
Conseiller au Parlement du Roy
A la rue des Poictevins
derrière St.-André des Ars à Paris.


XDVI
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto Illusre sigr mio ossermo.

Veramente mi manca soggietto questa volta per scrivere a V S qualq. cosa che possa dargli gusto sendo le cose quietissime per tutto eccetto che si dice che gli Stati habbino avuto qualq. impresa sopra Breda, con qualche intelligenza per di dentro ma non sono sin adesso scoperti alcuni indicii apparenti se non che si sono rinforzati gli presidii et radoppiate le guardie, a me pare difficile di sorprendere una citta guardata da cinque mille soldati. Ho inteso da un amico, che venne laltrhieri dOllanda che sono ivi gli ambasciatori di Polonia e Svetia come V S mi scrisse, per aggiustar le lor differenze toccante il comercio colla interventione di questi Stati et che similte il sigr Aertsens andava in francia, per intromettersi al accomodamento tra Francia et Ingliterra, et ancora per renovar la lor confederatione con quel la corona con [241] intentione però di scanzellare un' articulo solo, che gli pareva pregiudicioso alla lor liberta. Tutto questo V S sapra meglio di me. Spero che V. S. havra a questhora ricevuto il libro della famiglia Lindense se fosse altrimenti io crederei che fosse perso pur il carrettiero, sarebbe obligato a rifar il danno, mi dispiacce non poter mandar questi fagotti per via del nostro sigr Ambasciatore perche io sto in Anversa ne posso sapere quando la sua suocera o cogniato hanno commodita dinviar qualque cosa a S. Sig et il corriero non portarià pachetti di si gran volume gratis, ancor che fossero soprascritti al sigr Ambasciatore. Ne havendo altro per questa volta per fine mi racomando nella buona gracia delle signorie vostre et di vero cuore le bacio le mani.

Di V. S. molto illusre
servitor affmo

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anversa, il 19 d'Aprile 1627.

Adresse: A Monsieur
Monsieur Dupuy
Paris.


A l'extérieur: A envoier à Monsieur
Monsieur Du Puy demeurant au logis de Monsieur
de Thou, Conseiller au Parlement du Roy
à la rue des Poictevins
derrière St.-André des Ars
à Paris.


Autographe à la Bibliothèque Nationale de Paris. Collection Dupuy, M. S. 714.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 101, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 123.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Je n'ai en vérité pour cette fois rien de bien intéressant à vous écrire. La tranquillité règne partout. On dit bien que les États ont essayé un coup de main sur Breda, au moyen des intelligences qu'ils avaient dans la place, mais on n'en a trouvé jusqu'ici aucun indice apparent, sinon que les garnisons [242] ont été renforcées et les sentinelles doublées. Il me semble bien difficile de surprendre une ville défendue par cinq mille soldats. Un de mes amis, arrivé de Hollande avant-hier, m'a rapporté que les ambassadeurs de Pologne et de Suède y sont maintenant, ainsi que vous me le dites, pour terminer leurs différends commerciaux avec l'intervention des États. Il m'a dit aussi que M. Aertsens se rendait à Paris, pour s'entremettre dans les accommodements entre la France et l'Angleterre, et renouveler l'alliance des États avec cette puissance; mais qu'il avait toutefois l'intention d'en modifier un seul article, qui paraissait préjudiciable à la liberté de la Hollande. Mais vous saurez tout cela mieux que moi.

J'espère que vous avez reçu maintenant le livre de la maison Linden, sinon je le croirais perdu par le messager, qui serait donc obligé de vous indemniser de votre perte. Je regrette de ne pouvoir vous envoyer tous ces paquets sous le couvert de notre ambassadeur. A Anvers où j'habite, il m'est impossible d'être informé des occasions que sa belle-mère ou son beau-frère peuvent avoir, pour vous envoyer quelque chose; et d'ailleurs le courrier ne prendrait pas gratis des paquets de cette dimension, même à l'adresse de l'ambassadeur. N'ayant rien d'autre à vous écrire, je termine en me recommandant à vos bonnes grâces et vous salue cordialement.

Votre serviteur tout dévoué

Pierre-Paul Rubens.

D'Anvers, le 19 avril 1627.

Adresse: A Monsieur
Monsieur Dupuy
Paris.


A l'extérieur: A envoier à Monsieur
Monsieur Du Puy demeurant au logis de Monsieur
de Thou Conseiller au Parlement du Roy
à la rue des Poictevins
derrière St.-André des Ars
à Paris.


COMMENTAIRE.

Le coup de main contre Breda. La ville de Breda avait été prise par Spinola le 5 juin 1625. D'après les bruits rapportés par Rubens dans cette lettre, les États-Généraux auraient essayé un coup de main pour la reprendre.

Les ambassadeurs de Pologne et de Suède. Vers la fin de l'année 1626, le commerce hollandais éprouvait un grand dommage de la guerre de la Pologne [243] contre la Suède. Vers le milieu du mois de mars 1627, les États-Généraux résolurent d'envoyer des délégués pour insister auprès des rois de ces deux pays afin qu'ils cessent cette guerre désastreuse. Il est probable que la présence des ambassadeurs de Pologne et de Suède en Hollande se rapportait au même objet.

M. Aertsens. François van Aerssen, Seigneur de Sommelsdyk, fils de Corneille, Seigneur de Spijk, naquit en 1572. Son père le plaça dans la suite de Philippe Duplessis Du Mornay. En 1598, il fut nommé agent des Provinces-Unies auprès de Henri IV. Il contribua beaucoup à faire conclure la trève de 1609. Il fut créé chevalier de St.-Michel par Louis XIII et rappelé en 1613. Il soupçonna Oldenbarneveld d'être la cause de son rappel et conçut une haine mortelle contre l'avocat. Il fut un des juges dans son procès et fut regardé comme l'auteur principal de sa condamnation. En 1624, van Aerssen fut envoyé en Angleterre pour conclure un traité avec ce pays. En 1625, il fut chargé de traiter à Paris des affaires importantes. Il revint de là en avril 1626 et y retourna en 1628. En 1640, il fut envoyé en Angleterre afin de demander la main de la princesse Marie pour le jeune prince Guillaume II d'Orange. Il mourut le 27 décembre 1641. On rapporte que Richelieu estimait très haut ses talents diplomatiques et regardait van Aerssen, Oxenstiern, chancelier de Suède, et Trajano Viscardi, chancelier de Montferrat, comme les trois seuls hommes éminents en politique qu'il eut rencontrés.


XDVII
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto ill. sig.

Io sono debitore di risposta a due lettere di V. S. degli 2 et 16 di questo mese, perchè la settimana passata havendo per certi negozi differito di scrivere sino verso la sera, mi sopragiunsero inevitabili impedimenti che per forza mi fecero manchar al debito mio. Mi trovo con obligo grande verso V. S., per tanti regali de libri esquisiti ch'ella mi manda di continuo. Ho ricevuto la Bibliotheca degli autori Tipografi di Francia, che non ho potuto leggere ancora per certi divertimenti, y [244] la Declaratione del re... (1) [che ricevo all' instante]. Per l'uno et l'altro bacio a V. S con totto il cuore le mani. Il pacquetto del sig. de Peyresc ho ricevuto nel piego del sig. ambasciatore, che mi è stato gratissimo per veder resuscitato quel amico, e la sua curiosità rediviva nelle antichità, particolarmente de' camei et medaglie, poichè mi scrive una lettera copiosissima, ripiena di bellissime osservationi nove in quella materia, che mi ha ricreato grandissimamente; ne mancarò di rispondergli colla prima opportunità, non potendolo far così de repente per servirlo come conviene, y pagarlo della medesima moneta. Le lettere ivi incluse ho ricapitato in mano propria, dove appartenevano. Io spero che V. S. haverá ricevuto adesso il libro della Famiglia Lindense, poichè io l'ho consignato a Anthoine Souris (2) in mano propria, et hoggi ancora saprò di lui, donde manca che non sia ricapitato sin adesso. La via del sig. ambasciatore per assicurar et facilitar la nostra corrispondenza è ottima, mentre che il gentilissimo M. della Mothe si voglia pigliar l'assonto di gerulo (3) delle nostre permutationi, che del resto mi fiderò poco nella stracurataggine de' servitori in case grandi. - Hora veniamo al soggietto delle lettere di V. S. Primo il discorso di V. S., sopra la necessità (4) et inopia generale de' principi, non solo d' Europa, ma quasi di tutto il mondo, è di gran consideratione, et mi è passata infinite volte per il pensiero, perchè par incredibile che tutti gli re christiani siano in un medesmo tempo ridotti a tal estremità, d'esser non solo indebitati et impegnate le lor intrate, ma in termino di poter trovar a pena novi espedienti, per mantenersi alquanto in alena et per prolongar il credito tanto attenuato che pare possa durar poco. Con tutto ciò supplico V. S. sia servita di credere che non gli scrivo temerariamente, et che gli artifici di questa corte non sono per noi, ma per il volgo. Et che il partito (5) novo contratto con Genovesi e Luchesi è certo e securo, del quale potrò scrivere a V. S. le particolarità delle [245] assegnationi, e che dobbiamo pagarle in questa città, se fossimo del mestiero, ma non dubito punto che V. S. se ne sarà chìarita post data della sua del 16, poichè non si pò fingere ne occultar un negocio che deve passar per tante mani. Con questo partito è annullato il decreto o forse per qualche anno differito. Certo se io fossi uno di cotesti negociatori io mi contenterei d'esser minacciato, senza aspettar il colpo. Si ha preso in Spagna un modo stravagante per evitar la totale ruina di que' regni impendente, per los quartos de billion, che si sono abbassati de tre quarti della lor valuta, con promessa che fra quattro anni gli possessori saranno rimborsati della entiera valuta, che posso credere difficile (1), e a dir vero io non ho visto ancora la publicatione. Ma per tornar alla penuria de' principi io non posso immaginarmi altro, se non che le ricchezze del mondo devono esser ripartite nelle mani de' particolari, et che la povertà publica è causata di questo, siccome un fiume benchè grandissimo, diviso e ridotto in più rivoli, resta a secco. Oltra che l' economia di quasi tutti gli principi è tanto mala, e si inveterato è il disordine che difficilmente si pò rimettere in buon stato, come un mercante o qual si voglia padre di famiglia, cuivis rationes semel sunt perturbatae, raro emergit, sed aeris alieni ponderi saccumbens pessumdatur, crescendo a proportione della imminutione del credito parimente la grandezza dell' usura. Certo è che gli decreti passati fatti del re di Spagna, moderando foenori, hanno mantenuto alquanto in vita questa monarchia, perchè si computava l' usara (2) a ragione di 30 et 40 per cento, e davantaggio in tempo di necessità. Toccante quello che V. S. mi scrive che l' opera del canale sia totalmente disperata et abbandonata, la supplico volermi credere che tal nova non habbiamo per di quà. È ben vero che è stato sospeso il lavoro di qualche tempo per gli freddi et giacci, che sono stati terribili questo inverno, et ancora per mancamento di danari. Sono però qualche tre settimane, che un commissario delle finanze levò di questa città buona somma de contanti a quella volta, ne credo che quegli di Lieggi faceranno adesso alcuna minima oppositione a questa impresa (3). Io [246] ci trovo una difficulta che gli cussi o chiuse inferiori, che a tempo delle inundationi del Reno staranno sott' acqua, saranno difficile a mantenersi contro l' impeto de' fiumi et a purgar delle immunditie subsidenti; ma il sig. don Giovanni di Medicis mi disse d' haver già premeditato il rimedio a questo inconveniente. Non so però se alcuna nuova difficultà s' offrirà, et perciò bisogna rimettersi al successo: solo posso dire a V. S. con verità, che l' opera si va continuando con molto fervore sin adesso. Del matrimonio del sig. marchese Spinola colla ducquessa d'Aerschot non si è mai parlato, ma penso che voglia dire la ducquessa di Croy (1) della quale fecero mentione gli vostri libelli. Veramente questa è molto amata e rispettata da S. E., e al mio parere, se gli grandi di Spagna si potessero maritare a lor gusto y senza licenza del re, io crederei che già havrebbe seguito l' effetto, ma sino adesso non c' è certezza alcuna, et aegre capitur annosa vulpes (2). Questa voce però si è sparsa per l' equivoco della giovane ducquessa de Croy, herede del stato e figliuola del primo matrimonio del duca de Croy, che fu ammazzato, la quale si è maritata gli giorni passati col marchese de Renthi. Le carezze che monsieur de Thou ha ricevuto a Roma, erano convenienti al merito suo proprio, a la gloria ereditaria di suo padre, et ancora all' urbanità di S. S. Certo mi rallegrerò d' intendere il suo felice ritorno, et se V. S. mi farà l' honore frattanto di mantenermi nella sua memoria e buona gracia colle sue raccomandationi, m' obligherà molto. Che gli Stati d'Ollanda s'intromettono per accommodar le rotture fra Svetia et Danemarcka, lo crediamo tanto più facilmente, che si tiene per certo che faranno il medesimo fra Francia et Ingliterra. Io per me vorrei che tutto il mondo stesse in pace, et potessimo vivere un secolo d' oro in vece di ferro. Non havendo altro finirò con questo voto, baciando a V. S. con tutto il cuore le mani.

P. S. Il nuncio apostolico Mons. Bagni è uno degli miei maggior padroni et amici ch' io ho in questo mondo, che veramente io giudico, e per la phisionomia et modi di fare tanto obliganti, oltra l' altre sue virtú solide, esser un soggetto papabile e degno e capace d'ogni gran fortuna. Le passioni del P. Petau non sono nove in quel ordine, quae [247] plerumque spirant merum, pus atque venenum, in omnes quorum virtutibus aut invident aut aemulantur. Mandarò a V. S. molto volentieri le stampe degli camei, benchè indegne di luce, come un parto abortivo, insieme colla stampa del canale.

D'Anversa, il 22 d'Aprile 1627.

L'original de cette lettre se trouvait à la Bibliothèque Nationale de Paris où Gachard la copia en 1838. Depuis lors, elle a été enlevée et a paru dans la vente du 26 novembre 1890 chez Sotheby et Hodges à Londres où elle fut adjugée à M. Deprez au prix de 81 livres sterling.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 103, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 124.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Je vous dois une réponse aux deux lettres que vous m'avez écrites le 2 et le 16 de ce mois. La semaine passée, quelques affaires m'ayant fait différer jusque vers le soir de vous écrire, il me survint alors des empêchements insurmontables qui me forcèrent de manquer à ma dette.

Je vous suis extrêmement obligé de l'envoi de tant de livres précieux dont vous voulez bien me gratifier. J'ai reçu la Bibliothèque des auteurs typographes de France (1), mais je n'ai pas encore eu le loisir d'en faire la lecture; et je reçois à l'instant la Déclaration du Roi (2). Je vous rends grâce de tout mon coeur pour l'un et pour l'autre. J'ai vu avec le plus grand plaisir par le paquet de M. Peiresc, qui m'est arrivé sous le pli de M. l'ambassadeur, que notre ami est entièrement rétabli et que sa passion pour l'antiquité, et surtout pour les camées et les médailles, semble renaître de plus belle; car il m'écrit une lettre fort longue toute pleine de nouvelles et intéressantes observations sur cette matière, lettre qui m'a causé le plus grand plaisir. Je ne manquerai pas de lui répondre à la première occasion. Je ne puis le faire à l'instant même d'une manière convenable. Je veux le payer de la même monnaie. [248]

Les lettres qui étaient incluses ont toutes été remises à leurs adresses. J'espère que vous aurez enfin reçu le livre de la Maison Linden. Je l'ai remis à Anthoine Souris (1) en main propre, et je saurai de lui aujourd'hui même, pourquoi il n'est pas encore parvenu à sa destination.

La voie de M. l'ambassadeur est excellente pour la sécurité et la facilité de notre correspondance, tandis que de son côté l'excellent M. de la Mothe veut bien prendre la charge d'intermédiaire pour nos échanges. Pourtant je me défie un peu de l'exactitude des serviteurs de grande maison.

Venons maintenant aux différents points de vos lettres. En premier lieu, votre opinion sur les embarras financiers, qu'éprouvent généralement les souverains, non seulement en Europe, mais pour ainsi dire dans le monde entier (2), m'a semblé d'une haute importance. C'est une idée que j'aie eue bien souvent. Comment croire en effet que tous les princes chrétiens se trouvent dans le même temps réduits à une telle extrémité? Ils ont des dettes, tous leurs revenus sont engagés, et c'est à peine s'ils peuvent trouver quelques nouveaux expédients pour se tenir un peu en haleine et prolonger leur crédit qui se meurt. Je ne vous écris point tout cela sans réflexion, soyez-en bien convaincu. Les artifices de cette Cour ne sont pas faits pour nous, mais pour le vulgaire. Il est sûr et certain maintenant qu'un nouvel emprunt (3) a été contracté avec les Gênois et les Lucquois. Si j'étais du métier, je pourrais vous en écrire les conditions particulières et ce que l'on doit payer dans notre ville, mais il n'est pas douteux que vous n'ayez eu des éclaircissements à ce sujet, depuis votre lettre du 16, car une affaire qui doit passer par tant de mains ne peut guère demeurer secrète. Cet emprunt annule le décret, ou du moins il le diffère peut-être de quelques années. Ah! comme je me contenterais de la menace, sans attendre qu'on me portât le coup, si j'étais un de ces négociateurs! Pour éviter la ruine totale qui menace les royaumes, ils ont pris en Espagne une mesure bien extravagante: les quarts de billon ont été abaissés des trois quarts de leur valeur, et l'on a promis aux détenteurs le remboursement de la totalité dans quatre ans. J'ai bien de la peine à croire que cette nouvelle soit vraie (4), et je dois dire que je n'en ai pas encore vu la publication.

Mais, pour en revenir à la pénurie des souverains, je ne puis me [249] l'expliquer autrement que parce que la richesse doit être répartie entre les mains des particuliers. De là vient la pauvreté publique. Si vous divisez et si vous réduisez en petits ruisseaux le fleuve même le plus grand, il sera bien vite à sec. Outre cela, presque tous les princes ont un système d'économie si mal organisé, le désordre est si enraciné dans leurs affaires qu'il sera difficile de les remettre en bon état. Un marchand, ou, si vous voulez, un père de famille, dont les affaires sont une fois dérangées, se relève rarement, mais succombant sous le poids de ses dettes il finit par se ruiner, car le taux énorme de l'usure augmente à mesure que son crédit baisse. Il est vrai que les décrets du roi d'Espagne, pour arrêter les progrès de l'usure, ont un peu maintenu en vie la monarchie, puisque l'intérêt (1) s'élevait naguère à 30 et 40 pour cent, et même davantage dans les moments de nécessité.

Touchant ce que vous m'écrivez du canal, notamment que l'entreprise serait désespérée et le travail abandonné, je vous supplie de croire que nous n'avons appris rien de semblable par ici. Il esi bien vrai que pendant quelque temps les travaux ont été suspendus à cause des glaces et de la rigueur du froid, qui a été terrible cet hiver, et aussi à cause du manque d'argent. Un commissaire des finances a pourtant, il y a environ trois semaines, levé une bonne somme de deniers comptants à cet effet dans notre ville, et je ne puis croire que les Liégeois fassent maintenant la moindre opposition à cette entreprise (2).

J'y trouve une difficulté, c'est que les écluses inférieures qui seront sous les eaux dans les inondations du Rhin pourront difficilement se maintenir contre l'impétuosité du courant, et se débarrasser des ordures qui viendront s'y amasser. Mais Don Giovanni Medicis m'a dit qu'il avait déjà imaginé un moyen pour remédier à cet incnnvénient. J'ignore s'il se présentera quelque nouvel obstacle, c'est pourquoi il faut attendre la fin. Je puis toujours vous assurer que jusqu'aujourd'hui on continue les travaux avec ardeur.

Du mariage du marquis Spinola avec la duchesse d'Arschot il n'a jamais été question, mais je pense qu'on a voulu dire la duchesse De Croy (3), dont on parle dans vos pamphlets. Il est bien vrai que M. le marquis aime et respecte beaucoup cette dame et je crois que si les grands d'Espagne pouvaient se marier à leur goût et sans en demander la permission au roi, il aurait déjà [250] accompli son désir; mais jusqu'ici rien n'est positif, et le vieux renard se laisse prendre difficilement (1). La cause de ce bruit provient d'une équivoque. C'est la jeune duchesse de Croy, héritière de cette maison et fille d'un premier mariage du duc de Croy qui a été tué, qui vient d'épouser ces jours derniers le marquis de Renthi.

L'accueil que M. de Thou a reçu à Rome était dû à son mérite particulier et à la gloire héréditaire de son nom, ainsi qu'à l'urbanité du Saint-Père. J'apprendrai avec plaisir qu'il est heureusement arrivé, et vous m'obligerez beaucoup de me rappeler à son souvenir.

Je crois d'autant plus facilement à l'intervention des États de Hollande entre la Suède et le Danemark, que l'on donne comme certain qu'ils agiront de même entre la France et l'Angleterre. Je voudrais, quant à moi, que le monde entier fût en paix et que nous pussions vivre dans un siècle d'or, au lieu d'un siècle de fer. N'ayant rien d'autre, je finirai sur ce voeu en vous saluant de tout coeur.

P. S. M. Bagni, le nonce apostolique, est l'un de mes plus grands amis et protecteurs. C'est un sujet digne de la tiare. Son aspect, ses manières obligeantes et ses vertus solides me font augurer qu'il mérite une haute fortune et qu'il est capable de la porter.

Les passions du père Petau, qui exhalent si souvent leur ivrognerie, leurs injures et leur venin contre tous ceux dont le mérite lui cause de l'envie ou de l'émulation, ne sont pas nouvelles dans cet ordre.

Je vous enverrai bien volontiers les gravures des camées, tout indignes qu'elles sont de voir le jour, n'étant qu'une production avortée. Je les joindrai à celle du canal.

D'Anvers, le 22 avril 1627.

COMMENTAIRE.

Peiresc m'écrit une fort longue lettre. C'est la lettre notée dans les Petits Mémoires de Peiresc sous la date du 1r avril 1627, dont nous avons parlé plus haut. Elle fut écrite le 31 mars et a été publiée par Philippe Tamizey de Larroque (Lettres de Peiresc aux frères Dupuy I, 176-189).

Antoine Souris. Marchand-roulier des Pays-Bas qui tantôt s'appelle Antoine Souris ou Soury, tantôt Antoine Muys.

De la Mothe. Dans la liste des personnages que Valavez devait visiter de la part de son frère en ses voyages de 1608 et 1609, se trouve cité un [251] M. de la Mothe, fils de M. du Hamel, avocat de Paris, à Bruxelles. Il est plus probable cependant qu'il s'agit ici de François de la Mothe-le-Vayer, grand ami de Peiresc, qui fut d'abord substitut du procureur-général au parlement de Paris et fut ensuite le précepteur du duc d'Orléans, plus tard Louis XIV. Il publia de nombreux écrits traitant des sujets de philosophie, d'histoire et d'autres sciences. Il était né en 1588 et mourut en 1672.

Le mariage de Spinola. Il courut à cette époque de singuliers bruits sur les relations du marquis de Spinola et de Geneviève d'Urfé, duchesse de Croy. Le duc, son mari, fut tué d'un coup d'arquebuse en 1624, et la rumeur publique accusa Spinola d'avoir fait tuer le mari pour pouvoir épouser la veuve. Les paroles de Rubens prouvent qu'effectivement le grand général espagnol n'était nullement insensible aux charmes de la séduisante duchesse.

De Thou à Rome. François-Auguste de Thou, fils aîné de l'illustre historien, maître de la librairie du roi, conseiller au parlement. A cette époque, il pouvait avoir vingt ans à peine et visita plusieurs pays étrangers.


XDVIII
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto lllusre sigr mio ossermo.

Mi dispiacce in estremo che quel furfante del carrettiero no complisca al obligo che tiene di consigniar a V. S. il pacquetto col libro della Casa di Linden ma la robba non e di tal prezzo che non si possa resarcire il suo diffetto con un altro volume simile al perdito, che senza dubbio deve proceder di qualque disgracia piu tosto che di malitia si come sappiamo per esperienza, che nelli carri si perdono più facilte fagotti picciolli che colli grandi. Io parlarò ancor hoggi a Anthoine Souris per saper se il suo servitor e tornato par deça. Io sono più felice nel ricevere tutti gli regali di V S che a renderli, come ultite íl trattato de Pictura che non ho potuto leggere ancora per haverlo ritenuto duoi giorni solate y per non esser ligato (1). Mandarò a V S un libretto astronomico intitulato: Loxias seu de obliquitate solis, Diatriba, authore [252] Godifredo Wendelino. Che viene lodato in quel genere, et se io sapessi qualq. cosa altra che fosse grata a V. S., manderei il tutto insieme per minor spesa e maggior sicurtà insieme con un novo libro della casa de Linden. Delle cose publiche non sappiamo altro che un torpore e stracchezza da tutte le bande, et secondo che posso comprendere da certi indici se il fasto spagniolo si potesse accomodar alla raggione ben si trovarebbono espedienti per redurre l'Europa che pare tutta concatenata insieme in meglior temperamento. Quì si mantengono ancora vive alcune prattiche secrette con Ollandesi ma sappia V S e creda di certo, che non cè ordine alcuno da Spagna da trattar con essi in alcuna forma non ostante che la nostra Principessa et il sig. marchese Spinola siano inclinatissimi al bene publico (che depende della pace) et al reposo proprio. Gia si trovono stracchi, non tanto per gli travagli della guerra quanto delle perpetue difficulta a cavar le provisioni necessarie da Spagna et le necessita estreme nelle quali quasi di continuo si ritrovano, et per le indignità che soffriscono ben spesso per la malignita o ignoranza di quei ministri ò della impossibilita di far altrimenti. Il negocio de los quartos è tanto essentiale per la Spagna che come V S dice non ricevendo rimedio idoneo potrebbe causar qualque gran ruina. Qui non abbiamo ancora la certezza del modo altre volte mentionato però si tiene per certo l' effetto duna maniera o altra non soffrendo il male più longa dilacione. Mi dispiace non aver maggior soggietto di scrivere a V S che si deve attribuire alla sterilita del tempo e non alla mia negligenza. I percio faro fine con baciar a V S et al sr suo fratello di vero cuore le mani.

Di V. Sr molto illusre
Servitor affmo

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anversa, il 6 di Maggio 1627.

P. S. Supplico V. S. sia servita di ricapitar sicuramente l' inclusa al sig de Peiresc.


Autographe à la Bibliothèque Nationale de Paris. Collection Dupuy, M. S. 714.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 112, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 128.


[253] TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Je suis bien contrarié que ce maraud de voiturier ne vous ait pas remis, comme il s'y était engagé, le paquet et le livre de la Maison Linden. L'affaire n'est pourtant pas de si grand prix qu'on ne puisse facilement avec un autre exemplaire réparer cette perte. Il n'y a point de doute que cela ne provienne d'un malheur plutôt que d'une friponnerie. Car nous savons par expérience que les charretiers perdent plus facilement les petits paquets que les gros. Je verrai encore aujourd'hui Anthoine Souris pour m'informer si son domestique est revenu par deça. Je suis plus heureux pour recevoir que pour vous rendre vos présents. Dernièrement aussi m'est arrivé le traité De Pictura (1), que je n'ai pas encore pu lire; je n'ai pu le garder que deux jours, parce qu'il n'était pas relié (2). Je vous enverrai un opuscule astronomique intitulé: Loxias seu de obliquitate solis, Diatriba, authore Godifredo Wendelino (3). On en fait beaucoup d'éloge dans son genre. Si je savais quelque autre chose qui pût vous être agréable, je vous enverrais le tout ensemble, avec un nouvel exemplaire de la Maison Linden, pour diminuer les frais et augmenter la sûreté de l'envoi.

Quant aux affaires publiques, nous ne savons rien, sinon que la torpeur et la lassitude se montrent de toutes parts, et autant que je puis le comprendre par des indices certains, si l'orgueil castillan pouvait entendre la raison, il y aurait plus d'un moyen de réduire l'Europe, qui est pour ainsi dire tout enchaînée par une humeur plus pacifique. On entretient toujours ici des rapports secrets avec les Hollandais; mais soyez sûr, monsieur, que l'Espagne n'a donné aucune autorisation pour traiter avec eux sous quelque forme que ce soit, malgré que notre princesse et le marquis Spinola se montrent fort bien disposés pour le bien public, lequel dépend de la paix, et pour leur repos particulier. On est las non pas des travaux de la guerre, mais des difficultés continuelles que l'on éprouve à tirer d'Espagne des provisions nécessaires, mais de la gêne dans laquelle on retombe presque sans cesse, et [254] des outrages qu'il faut endurer bien souvent de la méchanceté ou de l'ignorance de ces ministres ou bien encore de l'impossibilité de faire autrement.

L'affaire des quartos est si importante pour l'Espagne, qu'elle pourrait bien causer quelque grande ruine, ainsi que vous le dites, si l'on n'y porte remède. Nous n'avons rien de positif à l'égard du moyen dont je vous ai parlé il y a quelque temps, mais d'une façon ou d'une autre l'effet est certain, le mal ne saurait supporter un plus long retard. Je regrette de n'avoir pas un plus ample sujet pour vous écrire. C'est à la stérilité du temps et non à ma négligence qu'il faut vous en prendre. Et ainsi, pour finir, je vous salue de tout coeur, vous et votre frère.

De Votre très illustre Seigneurie
l'affectionné serviteur

Pierre-Paul Rubens.

Anvers, le 6 mai 1627.

P. S. Veuillez faire remettre en toute sécurité la lettre ci-incluse à M. De Peiresc.


XDIX
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto ille Sigr mio osservmo.

Qui non abbiamo altro di novo che l'arrivo del Ambasciator di Savoya ch'e venuto tre giorni sono della vostra corte il quale e stato ricevuto e viene trattato come conviene alla qualita del Sgr Ducca, suo Padrone ma sin adesso non si sa il vero soggietto della sua legatione benche si presuppone che sin per valersi del mezzo della Serenissima Infanta per accomadar le differenze vertenti tra il Re di Spagna y quel ducca. E arrivato pochi giorni fa un cavaglier di Spagna per la posta che ha portato la publicatione del Editto Reggio toccante los quartos con due dichiarationi il tutto in stampa ma sin adesso non ho potuto vederle pur secondo intendo e quasi nella medesima forma come si scrisse col ordinario passato. Io ho detto a Anthoine Souris che il pacquetto di quel libro chio gli haveva consegnato, non e comparso sin adesso sopra di che lui ha scritto al fattore delle lor condotte a [255] Pariggi et si dubita che sara restato in dogana ove forse non saria male che V S fosse servita di mandar il suo servitore per inquirerlo poi che forse il soprascritto a V S sara perso ò svanito per camino.

La stampa del Canal novo era in punto per esser publicata, ma S. A. volse che il titolo de Fossa Eugeniana si mutasse in Mariana, o de Nostra Signora che ha causato chio non ho potuto havere sino adesso lessemplare che mi era promesso, ma s' havera quanto prima.

Si tiene per certo che la Serenissima Infanta si partirà fra pochi giorni alla volta della Madonna di Montacuto (1) per assistere a la consecratione di quella chiesa et di là pigliarà un gyro verso Maestricht per veder l'opera del Canal novo, che si deve tener per un indicio certo che quella impresa sia ridotta a buon porto e sia vicina alla sua perfettione non essendo verisimile che S A o il Sgr Marchese e manco tutti duoi insieme con tutta la Corte si vadino esporre temerariate al pericolo d'esser irrisi di tutto il mondo. Gia sono commessi alcuni ingenieri con buona scorta di cavalleria per informarsi della possibilita e qualita del sito per far il Canal altre volte avisato da Venlo sino in Anversa che si stendera per il spacio di venti leghe di paese per il manco, che mi par una impresa quasi sopra le forze del secol nostro, ma non si po saper alcuna certezza della resolutione di S A inançi il ritorno dí quei deputati et che il lor rapporto sia ben essaminato.

Ne havendo altro per adesso, mi raccommando di vero cuore nella buona gracia di V. S. et il Sgr suo fratello et di verissimo cuore gli bacio le mani.

Di V. S. molto illre
servitor affmo

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anversa, il 13 di Maggio 1627.

Souscription: Monsieur du Puy à Paris.
(Fragment de cachet en cire rouge.)


Autographe. Paris. Bibliothèque Nationale. Collection Dupuy, M. S. 714.

Parut dans la vente G***, le 2 février 1846, n° 290, et dans la vente du 9 décembre 1852, chez Charavay, Paris.


[256] TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Nous n'avons rien de nouveau ici si ce n'est l'arrivée de l'Ambassadeur de Savoie; il est venu, il y a trois jours, de votre Cour; on lui a fait une réception et il a été traité comme il convient au représentant du Duc, son maître. Mais jusqu'aujourd'hui on ignore le véritable objet de sa mission; on suppose néanmoins que c'est afin de se servir de l'intermédiaire de la Sérénissime Infante pour aplanir les difficultés existant entre le roi d'Espagne et le Duc. Il y a peu de jours, est arrivé ici d'Espagne par la poste un cavalier qui a apporté l'Édit que le Roi a publié relativement à los quartos, avec deux déclarations, le tout déjà imprimé; mais jusqu'à présent, je n'ai pu les voir. Toutefois, selon ce que j'entends, l'Édit est à peu près de la teneur que je vous ai fait connaître par le courrier précédent. J'ai dit à Antoine Souris que le paquet contenant le livre que je luis avais consigné n'a pas été aperçu jusqu'à présent; il en a écrit au facteur de leur comptoir à Paris et l'on croit que le paquet pourrait bien être resté à la douane. Peut-être ne feriez-vous pas mal d'y envoyer voir votre domestique: il est possible que l'adresse à votre nom ait été perdue ou détruite dans le voyage. L'estampe du nouveau canal était sur le point d'être publiée, quand S. A. a voulu que le nom de Fosse Eugénienne fût changé en celui de Fosse Mariane ou de Notre-Dame: c'est la cause pour laquelle je n'ai pu avoir jusqu'à présent l'exemplaire qui m'a été promis; mais je l'aurai sous peu.

On tient pour certain que la Sérénissime Infante se rendra dans peu de jours à Notre-Dame de Montaigu pour assister à la consécration de cette église; de là, elle fera une tournée vers Maestricht, afin d'y inspecter les travaux du nouveau canal; on doit tenir cela pour un indice certain que cette entreprise sera conduite à bon port et qu'elle est déjà près d'être terminée. Il n'est pas probable, en effet, que S. A., Monsieur le Marquis et moins encore tous deux ensemble, accompagnés de la Cour, iraient s'exposer témérairement au danger d'être ridiculisés par tout le monde. On a déjà chargé quelques ingénieurs, accompagnés d'une bonne escorte de cavalerie, d'étudier la possibilité d'exécution et le tracé d'un canal, projeté jadis de Venloo jusqu'à Anvers et devant s'étendre sur une longueur de vingt lieues au moins, ce qui me paraît être une entreprise dépassant les forces de notre temps. Mais on n'aura aucune certitude de ce [257] qui sera résolu à cet égard par Son Altesse, avant le retour de ces délégués, et avant l'examen consciencieux de leur rapport.

N'ayant plus rien d'autre à vous dire en ce moment, je me recommande de tout coeur à vos bonnes grâces et à celles de Monsieur votre frère et je vous baise affectueusement les mains.

Votre serviteur affectionné D'Anvers, le 13 mai 1627.

Pierre-Paul Rubens.


Souscription: Monsieur du Puy à Paris.
(Fragment de cachet en cire rouge.)


COMMENTAIRE.

L'Ambassadeur de Savoie, l'abbé Scaglia. Ce diplomate fut pendant plusieurs années au service du duc Charles-Emmanuel de Savoie et de son fils Victor-Amédée qui lui succéda en 1630. Après avoir été ambassadeur de Savoie en France, son souverain l'envoya, en 1626, en Angleterre pour obtenir l'appui de Charles I dans un projet de conquête de l'île de Corse. De là, il se rendit, en 1627, à Bruxelles, afin de solliciter la médiation de l'Infante pour amener une réconciliation entre Charles-Emmanuel et son neveu Philippe IV, roi d'Espagne. De 1627 à 1632, il fut continuellement mêlé aux négociations très embrouillées engagées entre l'Espagne, l'Angleterre et la France. On le trouve successivement aux cours de Bruxelles, de Londres, de Paris, de Madrid et de Turin. A cette époque de sa vie, les affaires qu'il traite et dont Rubens s'occupa également le mettent continuellement en relation avec le grand peintre. En janvier 1633, il se fixa à Bruxelles et ne prit plus une part active aux affaires diplomatiques, mais il ne se désintéressa point toutefois de la politique. Il fut le fidèle informateur de Philippe IV et de son ministre Olivarez de tout ce qui se passait dans les Pays-Bas et remplit cette tâche jusqu'à la fin de sa vie. Aux archives du Royaume à Bruxelles, on garde une copie des innombrables lettres qu'il envoya à Madrid. En juillet 1637, Scaglia partit de Bruxelles pour se rendre en Espagne où le roi l'appelait. Arrivé à Anvers, il tomba malade et s'arrêta dans cette ville pour se soigner. Il se retira au couvent des Récollets où il vécut jusqu'à sa mort, arrivée le 21 mai 1641. De sa paisible retraite, il continuait encore à renseigner la Cour d'Espagne sur les événements politiques dans nos provinces. Dans la période de son activité diplomatique, Scaglia était un homme remuant, cherchant à s'immiscer dans toutes les affaires dont ses maîtres pouvaient tirer profit, revenant à la charge malgré les rebuffades qu'il essuyait, inspirant la méfiance à tous et parvenant cependant à leur imposer son intervention.

[258] Notre-Dame de Montaigu. L'Infante quitta Bruxelles le 26 mai, pour aller faire une neuvaine à Notre-Dame de Montaigu et assister à la consécration de l'église. Comme Rubens l'annonce ici, elle alla ensuite faire un tour par la Gueldre pour voir les travaux du canal du Rhin à la Meuse, mais elle n'eut pas lieu d'être fort satisfaite de cette excursion. Le comte de Stirum, général de la cavalerie hollandaise, avait fait une excursion de ce côté avec quinze cornettes de cavalerie et deux mille hommes d'infanterie. Il avait attaqué, pris et rasé un des forts espagnols et sept ou huit redoutes, il avait tué quantité de soldats et d'ouvriers et emmené un grand nombre de prisonniers. L'escorte de cavalerie de l'Infante sous les ordres de Juan de Velasco et du Drossaert de Brabant fut attaquée et malmenée par les Hollandais.


D
Renvoier (1).
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto illre sigr mio ossermo.

Tra gli avisi che V S mi da per sua solita cortesia e puntualita, mi par notabile quel duello de sei campioni nella piazza Reale, senza portar rispetto alla majestà di quel nome ansi pare apunto chabbino eletto quel luoco tanto celebre, per maggior agravio e dispreggio del editto reggio. Qui si credeva che il Bouteville si fosse retirato verso il paese de Lieggi senza che s' havesse alcun sospetto de lui. Il sigr Marchese Spinola mi ha detto più volte che non si ricordava dhaver riscontrato giamai un Gentilhuomo il cui procedere fosse più à suo gusto per la modestia e gentilezza de costumi, oltra che lo trovava intelligente, giudicioso e molto eloquente e ben informato delle cose del mondo. Et io dissi a S Exa., che sotto la pelle d'agnello si cacciava un ferocissimo lupo, che così lo trovarebbe alla giornata come sarebbe seguito senza dubbio se faceva più longa dimora in questa corte. Par strano chabbino potuto salvarsi cosi de repente, che nessun sia restato [259] nelle mani, a quel hora del giorno y tanta frequenza di populo. Qui non abbiamo spettacoli così fatti, ne si fa conto di questo genere di bravura. Chi ha pretensione d' esser valoroso bisogna che si faccia valere alla guerra et al servicio del Re. Si comincia a dar ordine a carri e monitioni che suole esser il preambulo d' andar in campagna. Pur io persevero nella mia opinione che non faremo altra impresa che de gli canali vedendo che si fanno delle preparationi in questa citta per cominciar un altra fossa da Herentals sino in Anversa. Pare che vogliono con tante fosse rinserrar il nimico ne gli suoi steccati, non potendo vincere ne soggiogarlo col armi. L'ambasciator di Savoja si trattiene ancora a Brusselles et si dice sia fra pochi giorni per venire in questa citta et ha mandato per salvacondotto a passar in Ollanda senza penetrar il soggietto di questo viaggio e ben vero che ha detto alla Serenma Infante che le differenze del Sr Ducca suo Padrone col Re di Spagna erano in procinto desser acommodate, e pregava sua A di volervi tenere la buona mano ma ciò non pare soggietto sufficiente ne si confronta colla sua andata in Ollanda oltra che gli avisi d' Italia portano che quel Ducca sia in campagna con dodeci mille huomini contro Genovesi.

Il Papa fa bene dandar in persona a dar l' ultima benedittione al Ducca d' Urbino, che a quel modo poco a poco S. Pietro si rendera Principe di tutta Italia, secondo il concetto del Borgia se non fosse il Regno de Napoli et il stato de Milano in una mano troppo potente. Mi maraviglio della impudenza del Cardinal Spada sendo figlio di un Medico, se ben mi ricordo, assai pecunioso ma senza alcun splendore de Nobilta. Mi dispiacce non haver altro per trattener V S, y perciò farò fine con bacciar a lei et al sir suo fratello humilte le mani.

D'Anversa il 20 di Maggio 1627. Di V. S. molto illusre
Servitor affmo

Pietro Pauolo Rubens.


P. S. Subito ch haverò risposta d' Anthoine Souris, che ha scritto al fattore de Pariggi, mandaro a V S tutte le cose promesse insieme.


Adresse: A Monsieur
Monsieur du Puy
à Paris.


[260] Autographe à la Bibliothèque Nationale de Paris.

Copie à la Bibliothèque de Carpentras. Reg. 484, f° 110, conforme à l'original de Paris. Publié par E. Gachet, op. cit. p. 116, et par Adolphe Rosenberg, op. cit. p. 129.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Parmi les différentes nouvelles dont je suis redevable à votre courtoisie ordinaire et à votre ponctualité, un fait m'a semblé surtout digne d'attention, c'est le duel de ces six champions sur la place Royale, sans le moindre respect pour la majesté de ce nom. On dirait plutôt qu'ils ont choisi de préférence ce lieu célèbre, pour afficher plus hautement encore le mépris qu'ils font de l'édit du roi. On pensait ici que Bouteville s'était retiré dans le pays de Liége, sans qu'on eût le moindre soupçon de sa fuite. M. le marquis Spinola m'a dit plusieurs fois qu'il ne se souvenait pas d'avoir jamais vu un gentilhomme dont la retenue, les manières nobles et les procédés fussent plus de son goût, outre qu'il l'avait trouvé intelligent, judicieux, fort éloquent et très au fait des affaires du monde. J'ai répondu à son Excellence que sous la peau d'un agneau se cachait un loup féroce, et qu'il s'en serait aperçu bien certainement, s'il avait fait un plus long séjour dans cette Cour. Il est fort étrange qu'ils aient pu se sauver si vite et qu'on n'ait mis la main sur aucun d'entre eux, à une pareille heure et au milieu de tant de monde rassemblé. Nous n'avons point ici de ces spectacles-là. On n'y estime guère ce genre de bravoure, et si quelqu'un a la prétention d'être courageux, c'est à la guerre et au service du roi qu'il va le prouver.

On commence à donner les ordres pour les chariots et les munitions. C'est là le préambule ordinaire d'une entrée en campagne. Mais je persiste dans mon opinion: on s'en tiendra à l'exécution des canaux, car je vois que l'on fait dans notre ville les préparatifs nécessaires pour commencer un autre canal depuis Herenthals jusqu'à Anvers. Ne pouvant vaincre ni subjuguer l'ennemi par les armes, on semble vouloir le resserrer dans ses retranchements au moyen de ces grands fossés.

L'ambassadeur de Savoie est encore à Bruxelles. On dit qu'il doit venir ici dans quelques jours et qu'il a demandé un sauf-conduit pour se rendre en Hollande. Sans vouloir pénétrer le motif de son voyage, il est bien vrai qu'il a dit à la Sérénissime Infante que les différends entre le duc son maître [261] et le roi d'Espagne étaient sur le point d'être apaisés, et qu'il priait son Altesse de vouloir bien lui être favorable, mais ce n'est point là un motif suffisant, et cela cadre mal avec son voyage en Hollande. D'ailleurs les nouvelles d'Italie portent que le duc de Savoie marche contre les Gênois à la tête de douze mille hommes.

Le Pape fait bien d'aller lui-même donner la dernière bénédiction au duc d'Urbin. Ce serait le moyen de rendre peu à peu St-Pierre souverain de toute l'Italie, suivant le projet de Borgia, si le royaume de Naples et l'état de Milan n'étaient tenus par une main trop puissante. Quelle impudence que celle de ce cardinal Spada, qui, si je m'en souviens, est tout bonnement le fils d'un médecin très riche, mais sans aucune noblesse! Je regrette de ne pas avoir autre chose de quoi vous entretenir. C'est pourquoi je termine en vous baisant les mains à vous et à M. votre frère.

D'Anvers, le 20 mai 1627. Votre serviteur très affectueux

Pierre-Paul Rubens.


P. S. Aussitôt que j'aurai la réponse d'Antoine Souris, qui a écrit au facteur de Paris, je vous enverrai tout ce que je vous ai promis, en un seul paquet.


Adresse: A Monsieur
Monsieur du Puy
à Paris.


COMMENTAIRE.

Le duel des six champions sur la place royale. Cette bravade de Bouteville, son arrestation et sa condamnation fut une des affaires célèbres de l'époque et rien d'étonnant que Rubens y revient dans plusieurs de ses lettres. François de Montmorency, comte de Luz et de Bouteville, était un duelliste obstiné. En 1624, il s'était battu le jour de Pâques contre Pontgibaut et avait été condamné de ce chef. En 1626, il provoqua le comte de Torigny et le tua. Au mois de janvier 1627, il se battit en duel contre le sieur de la Frete. Dans cette rencontre, son secondant fut tué par celui de son adversaire. Craignant les rigueurs de la justice, il se retira en Flandre à la Cour de l'Infante, emmenant avec lui son cousin François de Rosmadec, comte des Chapelles. Ils y furent très bien reçus, une demoiselle d'honneur à laquelle l'archiduchesse était spécialement attachée étant de la famille de Montmorency à laquelle appartenait Bouteville.

[262] Pendant qu'ils étaient à Bruxelles, le marquis de Beuvron alla les y trouver dans l'intention de venger la mort de Torigny. Étant reconnu et le but de son voyage ayant transpiré, il fut arrêté en son hôtel et on le fit garder à vue. Le roi de France, étant informé de ce qui se passait, écrivit à sa tante pour la prier de reconcilier les deux ennemis. L'Infante chargea Spinola de cette mission. Le 2 février 1627, le marquis invita à dîner Bouteville, des Chapelles, Beuvron et quelques autres gentilshommes. Il invita Bouteville et Beuvron à se reconcilier; ceux-ci firent semblant de se rendre à ses exhortations et s'embrassèrent. Mais ils n'avaient pas quitté la salle que Beuvron renouvela sa provocation.

Quelques jours après, Bouteville et des Chapelles quittèrent la Cour de l'Archiduchesse pour aller en Lorraine où le duc les accueillit tout aussi amicalement. Là encore, les lettres de Beuvron les poursuivirent et ils résolurent de vider leurs querelles les armes à la main. L'Infante ayant sollicité du roi l'amnistie pour Bouteville et celle-ci ayant été refusée, l'irascible comte promit d'aller se battre à bref délai sur la Place Royale à Paris. C'est ce qu'il fit. Arrivé à Paris, le lundi 10 mai 1627, il donna rendez-vous à Beuvron pour le lendemain, à 9 heures du soir. Beuvron s'y rendit et voulut incontinent vider la querelle. Bouteville répondit qu'il voulut se battre en plein jour et que deux de ses amis voulaient être de la partie. Le lendemain, 12 mai, à 2 heures de l'après-midi, Bouteville se rendit à la Place Royale, accompagné du comte des Chapelles et de la Berthe; Beuvron avait pour secondants le marquis Bussy d'Amboise et Chocquet. Les six champions se partagèrent en trois groupes: Bouteville ayant Beuvron pour adversaire, des Chapelles se trouva en face de Bussy d'Amboise, et les deux écuyers la Berthe et Chocquet se tinrent tête. Bouteville, Beuvron et leurs écuyers ne se portèrent pas de blessures graves, mais des Chapelles tua Bussy d'Amboise. Bouteville et des Chapelles montèrent à cheval et prirent la fuite essayant de gagner la Lorraine.

Le roi donna ordre au grand prévôt de France et de son hôtel, le sieur de la Trousse, d'aller se saisir des deux amis au château de Percy, résidence ordinaire de Bouteville, ce qui ne lui réussit naturellement pas.

La présidente de Mesmes, mère du marquis Bussy d'Amboise, craignant qu'on ne s'emparât des châteaux et maisons de son fils en Champagne, y envoya deux gentilshommes. Ceux-ci apprirent par hasard sur leur route que Bouteville et des Chapelles couraient devant eux sur la même route. Ils les atteignirent à Vitry-le-brûlé, où ils les firent arrêter. Immédiatement, le roi fut averti de la prise et donna ordre d'amener les prisonniers à Paris et de les enfermer à la Bastille. Ils entrèrent dans cette prison le 31 mai. De nombreuses démarches furent tentées par les seigneurs et les dames de la [263] plus haute noblesse pour obtenir du roi leur grâce. Louis XIII resta inflexible; il voulut que la justice suivît son cours et que ses arrêts contre les duellistes fussent ponctuellement appliqués. Les prisonniers étaient gardés avec un soin exceptionnel; quand, le 21 juin, ils se rendirent au palais de justice, le carrosse dans lequel ils faisaient le trajet était entouré de 360 soldats et hommes du guet. Ils furent condamnés à mort. Le lendemain, 22 juin, ils furent décapités en place de Grève. Leurs corps furent mis en un carrosse et transportés à l'hôtel d'Angoulême, et ensuite à Montmorency où ils furent enterrés.

La qualité des personnages, les circonstances romanesques dans lesquelles le duel eut lieu, la sévérité exceptionnelle dont fut puni un méfait fort habituel en France, les démarches nombreuses des seigneurs les plus haut placés pour apitoyer le roi, la courageuse attitude des accusés durant leur procès, tout cela contribua à rendre ce procès extrêmement dramatique et à exciter l'intérêt de l'Europe entière.

Le canal d'Anvers à Herenthals. Ces préparatifs ne furent pas poursuivis. En 1627, il existait depuis un siècle un canal qui amenait et amène encore l'eau douce de Herenthals aux brasseries d'Anvers; le projet, auquel Rubens fait allusion, consistait sans doute à élargir ce canal et en faire un premier tronçon de la fosse Eugénienne qui devait aller d'Anvers à Venloo et de Venloo à Rinberg.

Spada (cardinal). Bernardin Spada, né en 1593 à Brisighella, cardinal en 1626, mort à Rome le 10 novembre 1661. Il fut nommé nonce à Paris en 1623, et fut remplacé en cette qualité en 1627. Au mois de janvier 1627, l'assemblée des notables décida que l'interdiction à tout sujet du roi de communiquer avee les ambassadeurs des princes étrangers s'appliquait aux ambassadeurs du Saint-Siége. Le nonce Spada menaça de s'en aller s'il n'était fait exception de cette défense en sa faveur. Monsieur, frère du roi, s'opposa à cette prétention et voulut que le nonce fût expressément désigné. On décida de le désigner clairement sans le nommer. Spada ne s'inquiéta point de cette défense et des assemblées se tinrent chez lui aussi publiquement que chez un ministre d'Etat. Le cardinal Spada quitta la France au mois de mai 1627. L'impudence du nonce, dont parle ici Rubens, ne se rapporte pas à l'attitude prise par le prélat vis-à-vis de Monsieur dans l'affaire des communications avec les sujets du roi, mais à des questions d'étiquette et de préséance qui peu de temps avant son départ s'étaient soulevées entre lui et Monsieur.


[264] DI
PHILIPPE CHIFFET A GUIDI DI BAGNO.

Rubens faict conte de partir pour Rome environ ce temps là (septembre 1627) après qu'il aura parachevé plusieurs tableaux qu'il a entrepris pour S. A. Il emportera avec soy dix ou douze mille floríns pour employer en statues antiques. Ceux de Rome ne sont guère curieux de permettre qu'on distraye de la sorte les plus beaux ornements de leur ville. Rubens ne les veut acheter que pour les revendre et gagner dessus.


Paris. Bibliothèque Nationale. Fonds Baluze, n° 162.

Publié par Auguste Castan, Opinion des érudits d'Autriche sur les origines et la date du «Saint-Ildefonse» de Rubens, p. 41.


COMMENTAIRE.

Le voyage, dont il est question ici, ne se fit pas. Rubens cependant était possédé du désir de revoir l'Italie. En 1628, il promit encore à son ami Peiresc d'aller le voir en Provence, quand, à bref délai, il se rendrait en Italie. Les tableaux entrepris par Rubens pour l'Infante sont la série «Le Triomphe et les Figures de l'Eucharistie.»


DII
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molt. Illre Sigr mio ossmo.

Questa volta V. S. sara mal servita per esser l' hora molto tarda e ben vero che la materia del canto nostro e tanto scarsa che mi da pochissimo soggietto a esser largo negli mei avisi. E stata intesa qui con dispiacere de tutti generalte la priggionia del Bouteville, perche nel poco tempo che si e trattenuto in questa corte, si era acquistato buona riputatione di gentilhuomo discreto intelligente e valoroso piu tosto per acquistarsi gloria che per offendere altrui per odio o vendetta. E ben [265] vero ch' el suo procedere e molestissimo e molto dissimile la parolla dalle sue attioni. Io non posso credere che l' editto reggio potra resistere alla potenza et importunita degli intercessori, il cui vigore però pende del essito di quel esempio di gratia o rigore che S. M. usara in una causa tanto illustre e famosa.

Qui si credeva che fosse ben incaminato l'accommodamento tra Francia et Ingliterra per il mezzo di un Gentilhuomo scozzese partito della vostra corte verso Ingliterra, ma l'interditto del commercio inforzara il contrario, sendo, al parer mio, molto rigoroso e difficile ad osservare senza prejudizio grandissimo del traffiquo et vessatione de' negotianti ma forse l'esecutione si moderera con piu discretione e rispetto.

Qui le cose publiche vanno quietissime et ci troviamo piu tosto senza pace che colla guerra, o per dir meglio habbiamo l'incommodita della guerra senza la commodita della pace; almeno questa citta va languendo come un corpo ethico che si consume poco a poco. Ogni di vediamo mancar il numero degli habitanti, non havendo questo misero populo alcun mezzo da sostentarsi colla industria degli suoi arteficii o traffichi. Bisogna sperare che si trovera qualche temperamento a questo male causato dalla nostra imprudenza propria, se non e forse secondo questa sentenza tyrannica: pereant amici dum inimici intercídant, ma ne ancor riusce questo díssegno perche la nostra afflittione eccede di gran longa il poco danno che facciamo a nemici. Per non havendo altro faro fine con mille bacciamani a V. S. et al Sr suo fratello restando ad ambedue per sempre.

Servitore affettmo

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anversa, il 28 di Maggio 1627.

Non ho havuto ancora risposta d' Anthoine Souris, o per dir meglio, del suo fattore che sta a Pariggi, ne ho potuto fin adesso ottenere la stampa della fossa Mariana.


Carpentras. Bibliothèque et Musée Inguimbert. Registre 484, f° 112.

Traduction parue dans la Revue des Revues du 15 août 1898.


[266] TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Vous serez, cette fois, fort mal servi à cause de l'heure trop avancée. Il est bien vrai aussi que, de notre côté, je n'ai pas grand sujet à être prodigue de nouvelles à cause du défaut de matière. Généralement on a appris ici à regret l'emprisonnement de Bouteville; pendant le peu de temps qu'il a passé à notre Cour, il s'était acquis la réputation d'un gentilhomme discret, intelligent et brave, mais plutôt pour rechercher la gloire que pour offenser autrui par haine ou vengeance. Il est vrai que sa manière d'agir est des plus fàcheuses et que ses paroles ne ressemblent guère à ses actions. Je ne puis croire que l'édit royal sera appliqué en présence d'aussi puissants et aussi énergiques intercesseurs; toutefois la force de l'édit dépendra de la rigueur ou de la clémence dont Sa Majesté va user dans cette affaire aussi grave que fameuse.

On croit ici que l'accommodement entre la France et l'Angleterre a été mis en bonne voie par le moyen d'un gentilhomme écossais parti de votre Cour pour se rendre en Angleterre. Mais l'interdiction du commerce rend plus certain un résultat contraire, car à mon avis, cette interdiction très rigoureuse, sera difficile à observer sans causer un énorme préjudice au trafic et de grandes vexations aux négociants. Peut-être l'exécution en sera-t-elle modérée par une grande discrétion et de grands égards.

Ici les affaires publiques vont très tranquillement et nous nous trouvons plutôt sans la paix qu'avec la guerre, ou pour mieux dire, nous avons les inconvénients de la guerre sans les avantages de la paix. Notre cité, tout au moins, languit comme un corps frappé d'étisie et se consumant petit à petit. Chaque jour voit diminuer le nombre des habitants; notre malheureuse population n'a aucun moyen de se soutenir par son habileté industrielle ou son trafic. Il faut espérer de voir venir quelque amélioration à ces maux causés par notre propre imprudence, pourvu que ce ne soit pas selon cette maxime tyrannique: périssent les amis, pourvu que les ennemis se détruisent. Mais ce plan même ne réussit pas, car notre misère dépasse de beaucoup le peu de mal que nous faisons à nos ennemis. N'ayant autre chose à vous écrire, je finis en vous baisant les mains à vous et à M. votre frère et en me disant pour tous les deux

Votre affectionné serviteur

Pierre-Paul Rubens.

Anvers, le 28 mai 1627.

[267] Je n'ai pas encore reçu de réponse d'Antoine Souris, ou pour dire mieux, de son facteur qui réside à Paris, et je n'ai pu obtenir jusqu'à présent la gravure de la Fossa Mariana.


COMMENTAIRE.

La situation d'Anvers. On ne saurait décrire d'une manière plus frappante la décadence d'Anvers à cette époque que Rubens le fait en ce peu de lignes. La fermeture de l'Escaut qui avait été concédée par la trêve de 1609 à 1621 et qui avait été maintenue de fait par les navires hollandais, avait anéanti le commerce de la ville; les guerres continuelles et les projets de conquérir du territoire dans les Pays-Bas espagnols et de s'emparer de la ville d'Anvers maintenaient la contrée dans l'agitation et dans l'incertitude du lendemain fatales à toute prospérité. Rubens déplorait vivement cet état de choses; il en témoigne dans la présente lettre et le but principal qu'il poursuivit dans sa carrière diplomatique était de restituer la paix à sa patrie et de rendre par la paix la sécurité et le bien-être à sa ville maternelle.


DIII
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto illusre Sigr mio ossermo.

Ho visto con gusto la dichiaratione Regia sopra la restitutione del ducca d Halluin et sieur Liencourt e consíderato che S M per salvar lautorita al suo Editto non si e curato d'accusar se stessa di precipitanza e confessar d'haver a torto condennato questi Sigri innocenti et ha voluto annullar piu tosto il crime che concedere la gracia che si poteva tirar in consequenza. Questo tiro non e dissimile da quello che papa Clemente VIII usò benche in soggietto molto diverso, nella separatione del Re Henrico quarto et la Regina Margarita dichiarando doppo una cohabitatione de tanti anni, il matrimonio nullo, senza mettere se stesso et il negocio in pericolo con una dispenza dubbiosa et che poteva esser rittrattata un giorno come s è visto in tanti libretti che furono publicati [268] pendente ancora il negocio (1) da cattolici istessi a prejudicio della autorita pontificia et impossibilita della dispensa.

Del Bouteville io spero bene poiche la Madre del nascituro Re s'en impraccia instante partu, parendomi questa intercessione tanto straordinaria che merita ogni exceptione ne si potra tirar in consequença. Ne penso che si pretenda per adesso l' intera abolitione sed mitigationem supplicii, publicando eorum pecunias, ipsos in vinculis habiendos (2). Interim, chi a tempo ha vita.

La Serenissima Infanta parti insieme col Sigr Marchese e poca comitiva (3) verso la Madouna di Montacuto et si crede (non si sa pero di certo) ch' ella farà un gyro per dar un occhiata al canal novo, la cui imagine non ho potuto ottener ancora ne penso sia per uscir in luce per certi rispetti se non doppo il ritorno di S A. Questi canali, come ho detto sempre servono per essercitio della nostra militia e saranno utilissimi a noi per la commodita del commercio e rinfrancharanno gran paesi delle scorrerie de' nemici et essattione di grossissime contributioni che forniscono buona somma quotannis al suo erario.

Io stimo il nostro pacquetto della familia Lindense esser perso poiche Anthoine Souris non mi porta risposta ne V S la trovato a la Dogano. Io provederò quanto prima V S d' un altro et lo mandaró insieme colla stampa del Canale et gli essemplari degli camei et il libretto intitulato Loxias e supplico V S mi faccia gracia di accusarmi se abbiamo qui alcuna altra cosa che li potria esser grata per far tutto un fascio poiche vediamo che gli pacquetti piccoli si perdono piu tosto che grandi.

L' Ambasciator di Savoya sen andò in Ollanda il primo di Giunio, havendo ricevuto passaporto degli Stati per un trompetta del Marchese che fu mandato a posta a questo effetto al Ambasciator di Venetia. Io ho avuto lhonore di trattar tal volta seco et mi conformo col giudicio di V. S chegli e huomo dingegno acutissimo et al parer mio est par Negociis et serve un Padrone che lo essercitarà di continuo et ha bisogno di un servitor dotato di quelle parti. Il nostro Marchese lebbe ancora in tal concetto havendo trattato più volte seco e penso chella andasse da Galeotto a Marinaro, laltro dice bene e molto, ma [269] il nostro parla poco e va molto riservato et ascolta tutto, ne pensa percio manco.

Ho visto la memoria per gli quadrí che V S mi ha mandato, ma per la brevità del tempo, non ho potuto pensarsi ancora; la supplico mi conceda tempo sino al ordinario prossimo, che non mancaro di servirla il meno male che potrò, benche il soggietto e molto scarzo sendo stati pochissimi favoriti superstiti a gli lor padroni. Ne havendo altro bacio a V. S. et al Sr suo fratello con tutto il cuore le mani et mi racommando nella lor buona gracia.

Di Anversa il 4 di Giugno 1627. Di V. S. molto illre
Servre affeto

Pietro Pauolo Rubens.


Suscription: A Monsieur
Monsieur du Puy
à Paris.


Original à Paris, Bibliothèque Nationale, Collection Dupuy, M. S. 714, n° 12a. Réintégré en 1872. Copie à Carpentras, n° 484, f° 114.

Traduction parue dans la Revue des Revues du 15 août 1898.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

J'ai vu avec plaisir la déclaration du Roi sur la restitution du duc d'Halluin et du sieur de Liancourt. Je considère que, pour maintenir l'autorité de son Édit, Sa Majesté n'a pas tenu à s'accuser elle-même de précipitation et à confesser qu'elle avait condamné à tort ces Seigneurs, qui étaient innocents, mais qu'elle a voulu annuler le crime plutôt que d'accorder la grâce, ce qui eut pu avoir des conséquences. Ce biais est assez semblable à celui dont le Pape Clément VIII se servit, dans une circonstance de toute autre nature, dans l'affaire de la séparation du Roi Henri IV et de la Reine Marguerite, où, malgré une cohabitation de plusieurs années, il déclara le mariage nul, pour ne pas se mettre en danger, ni lui, ni l'affaire, en donnant une dispense douteuse et qui pouvait être un jour retractée. C'est ce qu'on a [270] pu lire dans une foule de libelles publiés pendant que la négociation durait encore (1), même par des catholiques qui blâmaient l'autorité pontificale et déclaraient la dispense impossible.

J'ai de l'espoir pour Bouteville depuis qu'à la veille de ses couches la mère du Roi qui va naître s'entremet en sa faveur. Il me semble qu'une intercession aussi extraordinaire doit obtenir une grâce exceptionnelle qui ne tirera point à conséquence. Car je ne pense pas qu'elle ira jusqu'à la grâce complète, mais on accordera un adoucissement de la peine, la confiscation des biens et l'emprisonnement (2). En attendant, qui a temps a vie.

La Sérénissime Infante est partie avec le Marquis et une petite suite (3) pour se rendre à Notre-Dame de Montaigu et l'on croit - pourtant on ne sait rien de certain - qu'elle fera une tournée pour jeter un coup d'oeil sur le nouveau canal, dont je n'ai pas encore pu obtenir la gravure; celle-ci, pour certains motifs, ne sera publiée qu'après le retour de S. A. Ces canaux, ainsi que je l'ai toujours dit, servent à exercer nos troupes et nous seront très utiles pour le développement du commerce; ils affranchiront encore une grande contrée des incursions de l'ennemi, des exactions qu'il commet, des énormes contributions qu'il lève et qui fournissent tous les ans une belle somme à son trésor.

Je crois que notre paquet, contenant la Maison de Linden, est perdu, puisque Antoine Souris ne me donne aucune réponse et que vous ne l'avez pas trouvé à la douane. Je vous en fournirai une autre, le plus tôt possible; vous la recevrez en même temps que l'estampe du Canal, les épreuves des camées et l'ouvrage ayant pour titre Loxias. Je vous supplie de me dire s'il y a encore dans ce pays, quelque chose qui puisse vous être agréable, pour faire du tout un grand ballot, puisque nous voyons que les petits paquets se perdent plus aisément que les grands.

Le premier juin, l'ambassadeur de Savoie est parti pour la Hollande, après avoir reçu des États son passe-port par un trompette que le Marquis envoya expressément à cet effet à l'ambassadeur de Venise. J'ai eu l'honneur de conférer quelquefois avec lui et mon jugement sur lui est conforme au vôtre: c'est un homme d'un esprit subtil et, à mon avis, il est à la hauteur de son emploi, et il a pour maître un prince qui lui donnera beaucoup d'exercice et qui a besoin d'un serviteur doué des qualités qu'il a. Notre Marquis en faisait le même cas, ayant souvent traité avec lui et je pense que [271] les deux font la paire. Scaglia parle bien et beaucoup, mais notre marquis parle peu, il est très réservé, il écoute tout et n'en pense pas moins pour cela.

J'ai vu le mémoire que vous m'avez envoyé concernant vos tableaux; mais vu la briéveté du temps, je n'ai pu m'en occuper encore; concédez-moi, je vous prie, jusqu'au prochain courrier; je ne manquerai pas de vous servir le moins mal qu'il me sera possible, bien que le sujet soit fort restreint, puisque très peu de favoris ont survécu à leurs maîtres. N'ayant autre chose, je vous baise les mains ainsi qu'à Mr votre frère, de tout coeur et me recommande à vos bonnes grâces.

D'Anvers, le 4 juin 1627. Votre serviteur affectionné

Pierre-Paul Rubens.


Suscription: A Monsieur
Monsieur du Puy
à Paris.


COMMENTAIRE.

Le duc d'Halluin et le sieur de Liancourt. Au mois de novembre 1626, une dispute s'était élevée au château de Versailles entre le duc d'Halluin et le sieur de Cressias. Le sieur de Liancourt provoqua le sieur de Cressias au nom du duc d'Halluin. Il n'y eut pas de duel; mais l'affaire était regardée comme assez grave, parce que la provocation avait eu lieu dans un palais du roi pendant que Sa Majesté y habitait. Halluin et Liancourt, craignant d'être punis selon la rigueur de l'édit contre les duels, quittèrent la Cour. Leurs parents et amis intercédèrent vivement auprès de Louis XIII qui, le 4 mai 1627, leur permit de rentrer à la Cour en déclarant qu'ils n'étaient pas coupables.

Le mémoire des tableaux. Rubens revient dans la lettre suivante sur ce mémoire. Nous ne savons de quels tableaux, il s'agit. En tout cas, ils ne furent pas exécutés. Dupuy semble lui avoir demandé des sujets à traiter dans plusieurs peintures qui devaient glorifier un favori heureux ayant survécu longtemps à son maître et terminant sa vie au comble des honneurs et rappeler la mémoire d'un homme ou d'un couple qui fut un exemple d'amour conjugal.


Dans ses Petits Mémoires, Peiresc annota sous la date du 10 juin deux lettres écrites à Rubens. La première est indiquée par les mots «à M. Rubens»; la seconde par les mots «audit M. Rubens de la podagra avec le livre du S. Aleandro.» Les [272] registres de Carpentras ne contiennent de minute d'aucune des deux. L'une de ces lettres devait contenir une réponse à une lettre de Rubens, à en juger par le passage suivant qui se trouve dans une lettre écrite le 5 juin 1627 par Peiresc à Dupuy: «J'ay receu la lettre de Mr Rubens, mais difficilement luy pourray-je faire de responce pour ce coup cy. Je suis d'avis qu'une autre foys quand vous en recevrez vous les ouvriez en passant par droit de péage, car il y a tousjours quelque gentillesse digne de la veüe des personnes curieuses. On ne sçauroit jamais assez priser un tel personage.» (1) Une des lettres, inscrite par Peiresc sous la date du 10 juin, doit avoir été écrite le 7 du même mois. En effet, le 1r juillet, Rubens écrit à Pierre Dupuy: «Je ne manquerai pas de répondre à l'aimable missive de Peiresc du 7 juin que vous m'avez dernièrement transmise.»


DIV
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto Ill. Sigr mio osservmo.

Questa morte del Duchessa d'Orléans mi pare importunatissima in questa congiuntura, non solo per il parto segnioris sexus e per l'eta impacciato di quella principessa, ma ancora per la tranquillita di quel nato e la sicurezza della successione Reggia. Certo il caso e molto acerbo, et si puo dir di lei, considerando quante cose potesse sperar con raggione: quam longe a destinatione sua jacet! Pareva che con questo matrimonio si fossero assopiti molti imbrogli e provisto a molti disordini et se non m'inganno, il Sigr Cardinale la deve sentir in estremo, e benche a Monsieur non mancheranno partiti per rimaritarsi, fin adesso non mi passa per il pensiero alcuna cosa a proposito.

Il Bouteville et La Chapelle haveranno gran parte in questo lutto, havendo perso l'unica intercessione che poteva salvarli, se non e che la gratia della defunta e la campassione che si deve haver di Monsieur nella sua afflittione movessero il Re a gratificarlo, ma sopra tutto, io mi dubito che il Cardinale temera d'irritarlo insieme colla nobilta [273] affettionatissima a gli, col lor supplicio, anzi cercara forse, non solo di schiffar l'odio et invidia, ma di placarli colla clemenza Reggia, della quale lui può disporre, poi che verisimilmente sendo mancato questo freno del matrimonio a Monsieur, si rinoveranno le cause delle lor dissentioni e disgusti.

Gli Inglesi vanno augmentando ogni giorno la sua insolenza e barbarie, havendo tagliato in pezzi un capitano d'una nave che veniva di Spagna, e buttati in mare tutti gli suoi compagni per essersi (difesi) (1) valorosamente, et si dice che hanno prohibito ancora il commercio delle natione sue confederate et amiche con Francia giudicando buona presa tutte le navi ancora de' Hollandesi dirette a quella volta, ma non lo sapiamo ancora certamente, basta che gli nostri mercanti ne sono in gran apprensione.

Ho pensato qualche pocho a gli soggietti di pittura da V. S. accennati nella sua precedente, non mi trovo pero ancora sodisfatto, sendo di tali favoriti, come io scrissi gia a V. S., pochissimi essempj; y toccante Alessandro, credo che Ephestione mori prima di lui, ma gli sopravisse Cratero, de' quali Plutarcho dice esser stati gli duoi principali suoi favoriti et che amava piu Ephestione, ma honorava davantagio Cratero. Ma per un favorito felicissimo et che sopravisse longissimamente al suo principe et fini la vita al colmo d'honore et ogni prosperita, io non trovo par a Cassiodoro, il quale havendo servito in perpetua gratia molti anni il Re Theodorico, duro doppo lui qualche 35 anni, stimato e riverito di tutti et estendendo la sua vita quasi fino ad un secolo intiero, si ridusse finalmente in un monasterio da se fundato et ivi mori con somma tranquillita d'animo. Ma per conto del amor conjugale, io trovo molti et grandi essempi, ma non con quelle circonstanze da V. S. accennate, et io vorrei piu tosto una storia vera che qualche favola poetica come quella d'Orpheo. La supplico mi conceda un poco di tempo ancora per potersi pensar meglio. Et essendo hormai l'hora tarda faro fine con baciare a V. S. et al Sgr suo fratello humilmente le mani. D'Anversa, il 10 di Giugno 1627.

Di V. S. molto ill.re
Servre humiliss.

Pietro Pauolo Rubens.


[274] La Serenissima Infanta non passara Montacuto, ma havendo fatto la novena delle sue devotioni tornara a Brusselles; con tutto ciò l'opinione commune e che l'opera della Fossa Mariana si va avanzando felicissimamente fin adesso.


Copie à Carpentras. Bibliothèque et Musée Inguimbert. Registre 484, f° 116.

L'original parut dans la vente de la collection de Mr A. Donnadieu vendue en août 1851 et décrit dans le catalogue. Voir Noël Sainsbury, p. 82.

Traduction parue dans la Revue des Revues du 10 août 1898.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Cette mort de la Duchesse d'Orléans me paraît extrêmement fâcheuse dans les conjonctures présentes, non seulement à cause de cette naissance d'un enfant du sexe incapable de régner et de l'âge trop peu avancé de cette princesse, mais encore à cause de l'inquiétude où l'on sera pour le nouveau-né et de l'incertitude de la succession royale. Certes, le malheur est fort cruel et en considérant tout ce que l'on était raisonnablement en droit d'espérer, on peut en dire: qu'il est tombé loin de sa destination! Il semblait que ce mariage allait assoupir mille intrigues et prévenir de nombreux désordres. Le Cardinal, si je ne me trompe, doit en être extrêmement affecté, et bien qu'il ne manquera pas à Monsieur des partis pour un nouveau mariage, je ne vois jusqu'à présent passer dans mon esprit rien qui viendrait à propos.

Bouteville et des Chapelles auront une grande part dans le deuil général; car ils ont perdu la seule intercession qui pût les sauver, à moins que la considération de la défunte et la pitié que l'on doit avoir de Monsieur dans son affliction ne portent le roi à user de clémence; mais, surtout je crois que le Cardinal craindra d'irriter le Prince et la noblesse qui lui est très attachée, en envoyant les prisonniers au supplice. Peut-être cherchera-t-il non seulement à détourner de lui la haine et l'envie, mais même à les apaiser par la clémence royale dont il dispose, car, il est vraisemblable que ce frein de mariage de Monsieur étant venu à se rompre, on verrait renaître les causes des discussions contre ces deux personnages et de l'antipathie qui règne entr'eux.

Les Anglais augmentent tous les jours leur insolence et leurs actes d'inhumanité; ils ont taillé en pièces le capitaine d'un vaisseau arrivant [275] d'Espagne et jeté dans la mer tout son équipage pour s'être défendu courageusement. On dit aussi qu'ils ont interdit le commerce de leurs alliés et amis avec la France, regardant même comme de bonne prise les navires hollandais qui se rendent dans ce pays. Nous ne savons pas encore ces nouvelles d'une manière certaine; mais nos marchands sont ici en grande appréhension.

J'ai quelque peu réfléchi aux sujets de tableaux que vous m'avez indiqués dans votre lettre précédente, mais je n'ai pas tous mes apaisements. Comme je vous l'ai déjà écrit, il y a très peu d'exemples de semblables favoris; quant à ceux d'Alexandre, je crois qu'Ephestion mourut avant lui, mais que Crateros lui survécut. Plutarque dit qu'ils furent les principaux favoris d'Alexandre, que c'est Ephestion qu'il aimait le plus, mais qu'il honorait davantage Crateros. Mais pour un favori très heureux, survivant très longtemps à son prince et terminant sa vie au comble des honneurs et de la prospérité, je ne trouve pas d'exemple semblable à celui de Cassiodore. Pendant de longues années, il fut au service du Roi Théodoric et toujours en faveur; il survécut au Roi 35 ans environ, estimé et révéré de tous, et étendant sa vie, pour ainsi dire, pendant tout un siècle; il se rendit finalement dans un monastère qu'il avait fondé et y mourut dans une haute tranquillité d'esprit.

Mais, pour ce qui concerne des exemples d'amour conjugal, j'en trouve de nombreux et de mémorables, mais ils ne sont pas accompagnés des circonstances dont vous faites mention; je voudrais plutôt une histoire véridique qu'une fable poétique comme celle d'Orphée. Je vous supplie de me donner un peu de temps encore, afin de pouvoir mieux y penser. Il se fait déjà tard, je finis en vous baisant humblement les mains à vous et à Mr votre frère.

D'Anvers, le 10 juin 1627. Votre dévoué serviteur

Pierre-Paul Rubens.


La Sérénissime Infante n'ira pas plus loin que Montaigu; sa neuvaine et ses dévotions accomplies, elle reviendra à Bruxelles; cependant l'opinion générale est que, jusqu'à présent, la Fosse Mariane se poursuit d'une manière très heureuse.


COMMENTAIRE.

La mort de la duchesse d'Orléans. Le samedi 29 mai 1627, la duchesse, femme de Gaston d'Orléans, frère du roi, accoucha d'une fille; le vendredi 4 juin, elle mourut des suites de ses couches. La défunte était une Montpensier; son mariage avait eu lieu au mois d'août 1626. L'enfant fut la Grande [276] Mademoiselle, Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier. Elle fut célèbre par les nombreux projets de mariage qu'on forma successivement pour elle et dont aucun ne se réalisa. Elle fut destinée à nombre de rois, empereurs et princes, et finalement elle tomba amoureuse du comte de Lauzun et obtint de Louis XIV l'autorisation de l'épouser. C'est le mariage si plaisamment annoncé par Madame de Sévigné à M. de Coulanges, par sa lettre du 15 décembre 1670: Je m'en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante etc.

Le voyage de l'Infante. En disant que l'Infante n'alla pas plus loin que Montaigu, Rubens se montre mal informé. L'Infante se hasarda à aller plus avant, mais son escorte fut attaquée et malmenée par la cavalerie hollandaise, comme nous l'avons dit dans le commentaire sur la lettre du 13 mai 1627. Il rectifie d'ailleurs lui-même dans la lettre suivante l'erreur qu'il commet dans celle-ci.


DV
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto ill. sig.

Ho ricevuto due lettere di V. S. de' 10 et 12 di questo mese, con diversi libretti stampati, come la relatione delle vere cause della morte di Madame, defendendosi assai bene l' ostetrice contro la calomnia de medici; ma queste cavillationi de l' altrui pelle sono supervacanee, poiche l' errore (di chi si sia) è incorriggibile. È però di qualche consuolo per gli amici di veder che tal morte era naturale et inevitabile e non fortuita o causata dalla strascuraggine degli assistenti. Questa figliuolina sarà una gran principessa, se il sig. Idio gli darà vita, et potrà col suo patrimonio dotale legare qualche gran principe di quel regno. Non sarià strano che Monsieur si rivolgesse al affetto antico verso Madamoiselle de Condé, che secondo la precocità ciel suo sesso suis velocius annis crescet in tantam spem, onde la regina madre et il sig. cardinale forse si troveranno in pena. La defension del sig. de Bouteville et La Chapelle ha qualche raggioni più tosto patetiche che peremptorie, come in una causa disperata et che non cade in controversia, dependendo la salute de' rei dalla pura misericordia del re, che forse [277] si moverà da qualche raggion di stato, che precede alla civile, per non alterar di novo tanti humori già commossi per gli imbrogli passati, ansi per obligarsi in un punto il fratello e tanti principi, con tutta quasi la nobiltà del suo regno. Non ho letto ancora il libretto toccante la Valtolina, et io pensava che quel negocio si fosse assopito, e forse dopo il ferro si continuarà quella guerra colla penna. Io non posso credere che il duca di Bouckingam si sia imbarcato in persona in questa occorrenza, et al parer mio, sarebbe mal consigliato, a qualche impresa che sia, d' impegnarsi tanto avanti, che non gli resti alcun mezzo di potersi scargar sopra gli altri falli, quando il successo non corrispondesse al concetto. Quì non habbiamo ancora nova certa, che l' armata d' Ingliterra sia uscita; ne sono comparse alcune lettere, tra molte di Calais, ch' affermono tal cosa. De Duynckerque non c'e alcuna apprensione, et si tiene la costa di Fiandra, per il periculoso abbordo, per essitiale all' armate forestiere, et il nostro marchese provede per tutto in omnem eventum. Molto tempo fa che s' aspetta questo Revisidor, che penso venga più tosto a requisitione della Serenissima Infanta et del sig. marchese, ch' altrimenti, perchè il re conosca et tocchi colla mano, che bisogna ingrossar le provisioni, volendo mantener la guerra come si deve, poichè le cose non ponno durar in modo alcuno nella scarsezza e penuria presente. E credami V. S., se non fosse che questo male è universale e regna da tutte le bande, causarebbe qualche gran disordine. Ho visto lettere della Haya assai fresche, che dicono che in quest' anno non uscirà in campagna per evitar le spese, ne penso che dal canto nostro si farà gran cosa. La Serenissima Infante col sig. marchese sarà, come dicono, da Mastrecht di ritorno a Brusselles il 27 di questo mese, havendo visto d' una estremità all' altra il canal novo, ma sin adesso non sappiamo come resterà sodisfatta del opera. Io non posso congetturar da questa andata di sua altezza ch' ogni bene del successo del opra. Quì si crede esser vero l' ultimo aviso di Spagna che sia intrato soccorso in Mantoua, e che le genti de Tilly se siano ritirate. Mi vergogno della mia sterilità d' ingegno di non poter trovar soggietti più proprii sopra gli argumenti delle pitture da V. S. accusata, perchè sin adesso io non trovo cosa più propria che di Cassiodoro, ma tocca a V. S. di accusarmi più particolarmente se questo gli pare a proposito, che poi di quella storia si potranno eleggere i punti più [278] rimarchevoli, e ne farà il ripartimento in dissegno, secondo la capacità de' vani, il pittor che farà l' opera, et al parer mio, un Cassiodoro solo sarebbe bastante per dar soggetto a tre quadri et davantaggio. Del amor conjugale sin adesso fra gran quantità d' essempi conjugum commorientium per amore, trovo pochi, quae faciant ad rem nostram, et se V. S. lo considera bene, trovarà appresso Valerio, Plinio e Fulgosio ed altri autori più assai essempi d' estrema carità delle mogli verso gli lor mariti, che non al contrario, e se pur si trovano alcuni, tutti sono tragedi et secondo la violenza di quelli tempi. Sed aut qui super ipsum uxoris cadaver ferro incubat aut rogo insilit aut in serpente se ipsum jugulat, un T. Graccus non hanno alcuna similitudine col caso da V. S. proposto, il quale è freddissimo da se, y senza alcuna apparenza esteriore deve rappresentar un viduo dolente et laudabile in conjugii memoria, ch' apena pò apparer in pittura. Come farebbe qualche attione di maggior rilievo, qual fu de Rahum Benxamut (1) moro, che con molta bravura recuperò la moglie rapita de Portughesi, o di quel Napoletano che essendosi buttato in mare non abbandonò la fusta piratica ch' emportava la sua moglie sin che vi fosse menato dentro, per servir una miserabil servitù con essa, piuttosto che viver libero a parte. Ma tutto questo non quadra al soggietto da V. S. proposto, et perciò bisogna pensarci più maturamente. Al retorno di S. A. s' haverà la imagine del canal Mariano, et allora faró tutto un fascio delle cose promesse. E poich' ella mi vuole favorire del ultimo Mercurio, lo potrà consignar al sig. ambasciatore nostro, per mandamento colla commodità di qualche passaggiero. Ne havendo altro, farò fine con baciar a V. S. et al S. suo fratello humilmente la mano.

V. S. mi favorisca di dar buon ricapito alla inclusa per il sig. de Peiresc. Mi perdoni del silentio col courrier passato, causato dalla sçarsezza de soggietto di scrivere et di qualche occupatione.

D'Anversa, il 25 di Giugno 1627.

L'autographe de cette lettre se trouvait à la Bibliothèque Nationale de Paris en 1838; elle a disparu depuis lors.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 120, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 133.


[279] TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

J'ai reçu vos deux lettres du 10 et du 12 de ce moîs, ainsi que différents opuscules parmi lesquels la relation des véritables causes de la mort de Madame. La sage femme se défend fort bien contre la calomnie des médecins, mais toutes ces chicanes sur le compte d'autrui sont au moins inutiles, puisque l'erreur, n'importe qui l'a commise, est irréparable. Pourtant c'est une consolation pour les amis de cette princesse de voir que sa mort a été naturelle, qu'elle était même inévitable et qu'elle n'est point le résultat d'un accident ou de la négligence de ceux qui la soignaient. Voilà une petite fille qui sera une grande princesse, si Dieu lui prête vie, et dont le riche patrimoine pourra tenter quelque puissant prince de ce royaume. Il ne serait pas surprenant que Monsieur eût un retour à son ancienne passion pour Melle de Condé, qui suivant la précocité de son sexe suis velocius annis crescet in tantam spem. La reine mère et M. le cardinal n'y trouveraient peut-être pas leur compte.

La défense de MM. de Bouteville et des Chapelles offre plutôt du pathétique que des raisons péremptoires, comme il est d'usage dans une cause désespérée, où la discussion n'est plus possible. Le salut des coupables dépend uniquement de la compassion du roi, qui peut-être se laissera toucher par certaines raisons d'état supérieures au droit civil, pour ne pas irriter de nouveau les esprits déjà si fort émus par les intrigues passées, et même pour s'attacher en un point son frère et tant d'autres princes, et presque toute la noblesse du royaume.

Je n'ai point encore lu l'opuscule sur la Valteline. Je croyais toute cette affaire assoupie, mais peut-être cette guerre commencée avec l'épée se continuera-t-elle avec la plume. Je ne puis croire que le duc de Buckingham se soit embarqué en personne dans cette affaire, et à mon avis, il serait bien mal conseillé, quelque soit d'ailleurs l'entreprise, d'aller s'engager si fort avant, qu'il ne lui restera plus moyen de se tirer des autres mauvais pas, dans le cas où le succès ne couronnerait pas ses projets.

Nous ne savons pas encore d'une manière certaine si la flotte anglaise a quitté ses ports; aucune des lettres nombreuses reçues de Calais n'est venue confirmer ce fait. Il n'y a point de crainte pour Dunkerque; on considère toute la côte de Flandre comme dangereuse pour les armées étrangères, à cause de ses abords difficiles, et d'ailleurs notre marquis a pourvu partout in omnem eventum.

[280] Il y a bien longtemps que nous attendons ce Revisidor, qui me paraît plutôt venir à la demande de la Sérénissime Infante et du marquis qu'autrement, pour que le roi connaisse et touche du doigt la nécessité où nous sommes d'avoir de plus amples provisions, si l'on veut continuer la guerre comme on le doit. Les choses ne sauraient durer plus longtemps dans un pareil état de misère et de besoin. Et soyez-en convaincu, Monsieur, si ce mal n'était pas universel et ne régnait pas de tous les côtés, nous verrions ici quelque grand désordre. Des lettres fort récentes de La Haye qui m'ont été montrées, disent que, pour éviter les dépenses cette année, on n'entrera pas en campagne, et je ne pense pas que nous, de notre côté, nous fassions grand'chose. On assure que la Sérénissime Infante et M. le marquis seront de retour de Maestricht à Bruxelles le 27 de ce mois, après avoir examiné le canal d'une extrémité à l'autre. On ne dit pas jusqu'ici si l'Infante a sujet de se montrer satisfaite des travaux. Le voyage de Son Altesse ne peut que me faire présager le succès de cette entreprise. On regarde ici comme positive la derniere nouvelle reçue d'Espagne sur l'entrée d'un secours dans Mantoue et sur la retraite des troupes de Tilly.

J'ai honte de la stérilité de mon esprit qui ne peut trouver d'inventions mieux appropriées aux sujets de peinture que vous m'indiquez. Je ne vois jusqu'ici rien de plus convenable que Cassiodore. Mais c'est à vous de m'informer plus positivement si cette proposition vous agrée. On pourrait ensuite choisir dans cette histoire les endroits les plus remarquables, et le peintre qui sera chargé de l'ouvrage, fera la distribution de ses dessins, suivant l'espace qu'il devra remplir. Le seul Cassiodore me semble suffisant pour fournir le sujet de trois tableaux et même d'un plus grand nombre.

Parmi les traits nombreux d'amour conjugal et les exemples d'époux expirant ensemble, par amour, que j'ai rencontrés jusqu'ici, il y en a peu qui aillent à notre sujet. Si vous voulez bien examiner la chose, vous trouverez dans Valère, Pline, Fulgose et autres auteurs, bien plus d'exemples d'amour extrême de la part des épouses, que de la part des maris. Et si vous en trouvez même de ces derniers, les cas seront tragiques et laisseront éclater toute la violence de ces temps-là. Sed mit qui super ipsum uxoris cadaver ferro incubat mit rogo insilit, aut in serpente se ipsum jugulat, ou bien un T. Gracchus, n'ont pas la moindre ressemblance avec votre sujet, qui est exempt de toute cette exaltation, et où il faut représenter, sans aucune apparence extérieure, le deuil d'un époux in conjugii memoria, ainsi que l'éloge de ce sentiment, toutes choses fort difficiles à rendre au moyen de la peinture. Ce serait bien différent, s'il s'agisssait d'une action qui fût un peu plus en relief, comme celle du more Rahum [281] Benxamut (1) par exemple, qui parvint à force de courage à arracher son épouse des mains des Portugais, ou bien de ce Napolitain qu'on avait jeté à la mer et qui ne lâcha point le navire du pirate qui emportait sa femme, tant qu'il eût obtenu d'être réuni à elle, aimant mieux partager sa misérable servitude que de vivre tout seul en liberté. Mais rien de tout cela ne se rapporte d'une manière exacte à notre sujet, et il sera bon d'y réfléchir encore plus mûrement.

Aussitôt que S. A. sera de retour, on aura le dessin du canal Marian, et alors je ferai un seul paquet de tout ce que je vous ai promis. Puisque vous voulez bien me faire parvenir le dernier Mercure, vous pouvez le remettre à M. notre ambassadeur, il aura l'occasion de me l'envoyer par quelque voyageur. N'ayant rien d'autre à vous dire, je finirai par vous saluer humblement vous et M. votre frère.

P. S. Faites-moi le plaisir de transmettre à M. de Peiresc la lettre ci-incluse. Pardonnez-moi le silence que j'ai gardé lors du courrier passé. Je n'avais rien d'important à vous écrire, et quelques occupations me pressaient.

D'Anvers, le 25 juin 1627.

COMMENTAIRE.

La sage-femme se défend fort bien. Madame Bourcier, sage-femme de la reine-mère et de la duchesse d'Orléans, fut accusée d'avoir mal délivré la duchesse; une apologie, faite pour sa défense, fut imprimée et publiée en réponse au rapport des médecins. Elle avait cru voir dans ce rapport une accusation contre sa manière de traiter la défunte; elle répondit que la duchesse d'Orléans avait été malade pendant toute sa grossesse, que l'accouchement avait été fort laborieux et que divers accidents s'étaient produits naturellement par suite de l'état maladif de l'accouchée.

L'opuscule sur la Valteline. La Valteline, situee dans la vallée supérieure de l'Adda et entourée de tous côtés par les Alpes, faisait jadis partie de la Lombardie. En 1512, les Grisons s'en rendirent maîtres et traitèrent les habitants en sujets. Au commencement de la guerre de trente ans, ces vexations, rendues plus tyranniques par l'intolérance religieuse, amenèrent une révolte des catholiques Valtelins. De là une guerre qui se prolongea pendant de longues années et à laquelle se mêlèrent l'empereur d'Allemagne et les rois de France et d'Espagne. Le 5 mars 1626, par le traité de Monçon en Espagne, les rois de France et d'Espagne s'entendirent pour faire des propositions de paix aux Grisons. Ces [282] dernièrs présentèrent des objections dans une conférence tenue à Coire en novembre 1626. Ces négociations se prolongèrent en 1627 et, au cours des discussions, les Grisons firent imprimer plusieurs traités pour la justification de leurs prétentions. C'est à l'un de ces opuscules que Rubens fait allusion.

La flotte anglaise. Le gouvernement de l'Infante était fort inquiété en ce moment par son incertitude sur les desseins de l'Angleterre. On craignait à Bruxelles que les Anglais, de concert avec les Hollandais, ne vinssent attaquer les côtes de la Flandre. On ne fut rassuré que lorsqu'on apprit que la flotte anglaise s'était dirigée vers l'île de Ré pour soutenir les Huguenots de La Rochelle.

Le Revisidor. Don Diego Messia, marquis de Léganès, dont il a été amplement question plus haut.

Mantoue. Au duc de Mantoue, Vincent I, mort le 18 février 1612, succéda François III, qui mourut le 22 décembre de la même année. Son frère Ferdinand lui succéda; il mourut le 29 octobre 1626. Son frère Vincent II, cardinal depuis 1615, renonça à sa dignité ecclésiastique et s'empara du pouvoir. Il n'avait point d'enfants d'Isabelle de Gonzague qu'il avait épousée en secret en 1617, et tout faisait prévoir que sa mort serait le signal de la guerre, la maison d'Autriche ne voulant pas reconnaître l'héritier légitime, le duc de Réthel, qui avait de grandes possessions en France. Cette mort arriva le 26 décembre 1627 et les hostilités prévues commencèrent aussitôt.

Le Mercure. Le Mercure François est un recueil qui paraissait chaque année en France depuis 1605 et fut continué jusqu'en 1643. Il contient un aperçu des faits politiques de l'année écoulée, spécialement en France. mais aussi dans les autres pays de l'Europe. C'est la source la plus abondante d'informations détaillées concernant l'histoire de cette époque.


DVI
PHILIPPE CHIFFLET A GUIDI DA BAGNI.

J'ay veu en ceste ville un nommé Gaud de Paris lequel porte quelques pierres assez belles. Mais ce qu'il avoit de plus rare il l'a troqué avec Rubens contre des peintures. J'ay achepté de luy un petit SOCRATE en relief sur une agathe pour quinze escus, c'est un homme qui estime fort les coquilles.


Paris. Bibliothèque Nationale. Fonds Baluze, n° 162.


[283] COMMENTAIRE.

Le Gaud, dont il est question ici, est l'antiquaire avec lequel Rubens fut en relation à Paris. Le grand artiste acheta de lui des pierres gravées qu'il incorpora dans sa collection au moment de la vendre au duc de Buckingham. Le nom se trouve aussi écrit Gau, Gaut, Gault, Gan (lecture erronée pour Gau), Gant (idem pour Gaut).


RUBENS A PIERRE DUPUY.

Dans la vente Charon (Paris, 4 février 1847, chez Charavay) se rencontrait, sous le n° 584, une lettre de Rubens, ainsi mentionnée: Autographe signé (en italien). D'Anvers 28 Juin 1627. 1 belle page in-folio. Relative à un projet qui doit conduire les eaux de la Meuse à Anvers, et qui sera exécuté par les troupes et à main armée, pour les défendre contre les attaques de l'ennemi qui ne manquera pas de les inquiéter etc. etc.

Nous n'avons pas rencontré d'autres traces de cette lettre. Il est peu probable que Rubens ait écrit à Pierre Dupuy le 28 juin, c'est-à-dire trois jours après lui avoir envoyé la lettre du 25 juin. On ne voit pas trop ce qu'il peut lui avoir eu à dire sur la fosse Eugénienne. Pour cette double raison, la lettre me paraît d'une authenticité douteuse. Si réellement elle avait été écrite, Rubens l'aurait expédiée en même temps que le plan du canal promis dans, ses lettres précédentes. Or, c'est seulement dans sa lettre du 1r juillet, qu'il annonce qu'il vient enfin d'obtenir des exemplaires du plan en question.


DVII
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto ill. sig.

Certo che il re ha mostrato d' esser justiciero con questa essecutione del povero Bouteville et La Chapelle, et ha serrato la porta per l' avenire ad ogni speranza d' ottener perdono in simil delitto. Mi dubito però che il sig. cardinale s' haverà accresciuta l' invidia et tirato l' odio adosso (oltra degli parenti) quasi di tutta la nobilità del regno. [284] Io desidero bene intendere le particolarità et circostanze di questa essecutione, et però supplico V. S., se uscirà (come s' usa) qualche relatione in stampa, la sia servita di farmene parte, come la fa di continuo, obligandomi in estremo colla sua diligenza. Ebbi finalmente la stampa della fossa Mariana fatta accuratissimamente, come V. S. vedrà, della quale mando a V. S. duoi essemplari, per farne parte al sig. de Peiresc, s' ella giudicherà gli sarebbe grato. Il primo carro (che partirà, se non m' inganno, il sabbato prossimo) porterà a V. S. un' altro essemplare de Familia Lindensi et le stampe degli camei et il libretto del Vendelino, dispaccendomi non haver altro che sia al proposito per il suo gusto. Il straordinario di Spagna ha portato novità grandi, a sapere che il principe cardinale fratello del re venirebbe in questi paesi per la sopravivanza della Serenissima Infante a questo governo, a fine che questo giovanotto, col appoggio della zia, s' instruisca poco a poco et si renda idoneo al governo, e per evitar il disordine d' un interregno. S. A. tornò l' altrhieri a Brusselles, havendo visto et considerato d'un capo all' altro il canale; ma fin adesso non ho havuto lettere degli amici dopo il lor ritorno in corte, ne posso dire a V. S. alcuna particolarità. Io non havrei creduto che gli disgusti tra Francia et Inghilterra passassero tanti avanti. Pare che gli Inglesi, secondo le loro attioni, con raggione potrebbero rinovar quella impresa veechia nel suo stendardo di S.-Giorgio: Amys de Dieu et ennemys de tout le monde. Se per quella armata la Francia sta con apprehensione, io assicuro V. S. che la Spagna non è senza sospetto. Il governator di Calais ha preso et aperto tutte le lettere, che andavano da quelle parti verso Inghilterra. Et non havendo altro per adesso, bacio a V. S. et al sig. suo fratello con ogni affetto le mani et mi raccomando humilmente nella lor buona gracia.

P. S. L' inclusa al sig. de Peiresc viene di Colonia ne mancherò di rispondere alla sua gratissima del 7 di giugno, mandatami di V. S. ultimamente, ma bisogna haver del tempo per farlo competentemente.

D'Anversa, il primo di Luglio 1627.

Encore une des nombreuses lettres de Rubens qui se trouvaient, en 1838, à la Bibliothèque Nationale de Paris et qui ont disparu depuis lors. Heureusement le texte nous a été conservé par Gachet.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 126, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 135.


[285] TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Certainement le roi s'est montré justicier rigoureux, en faisant tomber la tête de ce pauvre Bouteville et celle de des Chapelles. Il a désormais fermé la porte à l'espérance du pardon pour tous ceux qui commettront le même délit. Je crains bien cependant que M. le cardinal n'ait ainsi augmenté contre lui-même la jalousie et la haine, non seulement des parents, mais encore de presque toute la noblesse du royaume. Je suis bien désireux de connaître les détails et les circonstances de cette exécution; aussi, je vous prierai de m'envoyer la relation qu'on en imprimera sans doute, suivant l'usage, je vous aurai une obligation infinie de votre diligence.

Je tiens enfin le plan de la fossa Mariana; il est exécuté avec le plus grand soin, comme vous en jugerez vous-même, et je vous en envoie deux exemplaires, pour que vous en remettiez un à M. de Peiresc, si vous trouvez qu'il puisse lui être agréable. Le premier coche (qui partira samedi prochain, si je ne me trompe) vous portera un autre exemplaire de la Maison Linden, les gravures des camées et l'ouvrage de Vendelin; je regrette de ne rien avoir de plus agréable à vous envoyer.

Le courrier extraordinaire d'Espagne nous a apporté de grandes nouvelles. Le prince-cardinal, frère du roi, viendrait dans notre pays et aurait la survivance de la Sérénissime Infante pour ce gouvernement. Ce jeune prince se préparerait ainsi avec les lumières et l'appui de sa tante, et se rendrait propre au maniement des affaires. En outre, on éviterait le désordre inséparable d'un interrègne. S. A. est revenue avant-hier à Bruxelles, après avoir vu et examiné d'un bout à l'autre le canal. Mais nous n'avons point encore reçu de lettres de nos amis, depuis qu'ils sont revenus à la Cour, et je ne saurais vous donner aucun détail. Je n'aurais pas cru que les antipathies entre la France et l'Angleterre pussent aller si avant. On dirait que les Anglais, d'après leur manière d'agir, peuvent avec raison replacer l'ancienne devise sur leur étendard de St-Georges: Amys de Dieu et ennemys de tout le monde. Si la France voit leurs armements avec inquiètude, je puis vous assurer que l'Espagne n'en a pas moins. Le gouverneur de Calais a saisi et ouvert toutes les lettres de notre pays adressées en Angleterre. N'ayant rien d'autre à vous communiquer pour le moment, je vous salue vous et votre frère et me recommande humblement à vos bonnes grâces.

[286] P. S. La lettre ci-incluse pour M. de Peiresc m'arrive de Cologne. Je ne manquerai pas de répondre à son aimable missive du 7 de juin, que vous m'avez dernièrement transmise, mais il faut un peu de temps pour le faire convenablement.

D'Anvers, le 1r juillet 1627.

COMMENTAIRE.

La gravure des camées. Il s'agit de la collection des camées que Rubens avait fait graver en 1625. Voir la lettre du 3 juillet de cette année.

Le prince-cardinal. Le cardinal-infant Ferdinand, frère du roi Philippe IV. Déjà en 1623, lorsque le prince n'avait que 16 ans, on songea à l'envoyer à Bruxelles pour y apprendre à connaître le pays et la politique, sous la direction de sa tante, l'Infante Isabelle, à qui un jour il succéderait dans le gouvernement de nos contrées. Olivarez, jaloux de l'influence du jeune prince, sut empêcher la réalisation de ce plan aussi longtemps que vécut Isabelle. Ce ne fut qu'après la mort de cette princesse que Ferdinand se mit en route pour les Pays-Bas. Par ce passage de la lettre de Rubens, on voit que le plan conçu en 1623 n'avait jamais été abandonné et que de temps à autre il était repris.

L'ouvrage de Vendelin. Probablement le Loxias seu de obliquitate solis diatriba de Godefroid Wendelin, dont il a déjà été question plus d'une fois.


Une lettre de Rubens, datée du 7 juillet 1627, fut vendue à Londres en juin 1827 avec la collection de Mr Donnadieu.


DVIIIPEIRESC A PIERRE DUPUY.

Je féliciteray MrRubens à la première occasion de sa nouvelle qualité que je luy avois aultrès foys donnée par mes lettres et l'avois quasi rebroüé (lorsqu'il s'en voulut plaindre à moy) de ce qu'il ne se [287] la faisoit donner, quand ce n'eust esté que pour la bienséance des suscriptions de ses lettres, de sorte qu'en s'excusant à moy, il n'aura pas laissé de profitter l'advis et certainement je ne luy escrivois jamais un dessus de lettre sans souffrir mortification, et affectois de les faire en italien pour pouvoir suppléer avec le Molt' Illre le manquement du reste. (1)


COMMENTAIRE.

Des lettres de noblesse avaient été octroyées à Rubens, par le roi Philippe IV, le 5 juin 1624. En 1629, Rubens porta le titre de «gentilhomme de la maison de Son Altesse Sérénissime.» Gachard, en relatant ces détails, dit: «Le diplôme de Philippe IV (du 5 juin 1624) explique parfaitement l'élévation de Rubens à la Cour d'Isabelle: une fois anobli, rien ne s'opposait plus à ce que l'Infante le nommât gentilhomme de sa maison. Quant à l'époque où le titre de gentilhomme aura été substitué à celui de peintre, les bontés, dont Isabelle honora toujours le grand artiste, autorise à croire que ce changement suivit de près l'acte du 5 juin 1624.» (2) La supposition paraît, en effet, assez probable. Le passage de la lettre de Peiresc à Dupuy, que nous communiquons plus haut, prouve cependant que Rubens ne reçut et ne commença à porter le titre de gentilhomme de la maison de l'Infante que dans le courant de l'année 1627. Un passage d'une autre lettre de Peiresc à Dupuy, en date du 29 septembre 1627, confirme que Rubens ne reçut ce titre qu'à cette époque. Ce passage est de la teneur suivante: «Mr Rubens est bien plus excusable s'il faict le r'enchéry et s'il dict avoir aprins d'un gentilhomme ce dont il estoit possible tesmoing occulaire, puisque de si fraische datte il a esté faict des ordinaires de sa maistresse.» (3)


[288] DIX
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto illre Sr mio ossermo.

V S mi tiendra per negligente non havendo ricevuto delle mie nove la settimana passata, la prego pero sia servita di scusarmi perche mi trovai in viaggio fuori dogni camino d'alcuna corrispondenza colla Francia o altri paesi pratticati da corrieri ordinarij e quello che peggio mi dubito che la settimana prossima io potria esser incommodato dun simil incidente et percio scrivo questa anticipatamente con gran fretta dovendo andare fuori di nova per qualque giorni quanto prima. Lascio però ordine a casa per il fagotto tante volte promesso a V S che sarà consignato al istesso Anthoine Souris che non penso vorra intoppar due volte nel medesimo scoglio. Io fui sforzato di partire tanto al improviso che non fu possibile di far questa poca facenda prima chio men andassi, la supplica sia servita d'usare della solita sua discretione ad interpretar bene questa si longa dilacione di servirla che non conveniva al obligo mio. Qui nulla abbiamo di novo, il principe d'Oranges si trattiene tutta via a Aernem et i luochi circonvicini come Nimmeghen, Schenckeschans et alcuni dicono che tira verso Grol, ma perche la maggior parte delle sue militie non e sbarcata ancora si crede possa havere intentione di voltar subito le vele al improviso et attacar qualque piazza che manco si pensa. Perciò il nostro Sigr Marchese non si move del centro e provede da per tutto et ha messo un ponte di navi sopra il fiume di questa citta perche le militie di Fiandra e Brabante possino andar e venire ad assistere luna laltra al bisogno con grandma facilita. Et il conte Henrico de Berghes si oppone da quella banda che marcia il nimico, il qual e forte havendo assoldati otto mille mercenarij che chiamamo Stoupschijters per la gardia delle citta volendosi servire de gli presidiarij veterani in questa espeditione. Qui non abbiamo ancora nova certa della uscita della armata Inglese non potendo imaginarsi alcuno dove vada a scargarsi questa burasca vediamo priò che la Francia ne ha maggior apprehensione che noi altri, pure che vada per vices et al mio parer si potria risolvere in fumo como la passatà. Ne [289] havendo altro faro fine con baciar a V. S. et al Sr suo fratello de verissimo cuore le mani, et humilte mi racommando nella lor buona gracia.

Di V. S. molto illuse
servitor affmo

Pietro Pauolo Rubens.

d'Anvers, à gli 19 di Giulio 1627.

Autographe à la Bibliothèque Nationale de Paris. Collection Dupuy, M. S. 714.

Publié par Ludovic Lalanne, dans les Archives de l'Art français, I, p. 89, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 137.

Joh. Jac. Merlo (Kunst und Künstler in Koeln, I, p. 392) dit qu'il avait vu cette lettre en possession du marchand de gravures et d'autographes, l'Anglais Hodges, qui mourut en 1848. Le catalogue de la vente de ses autographes, 18 décembre 1848, la mentionne sous le n° 681, p. 58. Elle y fut achetée pour compte de la Bibliothèque Nationale de Paris.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Vous me regarderez comme un homme négligent, puisque vous n'avez pas reçu de mes nouvelles la semaine dernière. Je vous prie cependant de m'excuser: je me trouvai en voyage et loin de tout chemin en correspondance avec la France ou avec les endroits par où passent les courriers ordinaires et, ce qui est pis, je crains que la semaine prochaine je ne me trouve dans le même cas. Je vous écris donc celle-ci en grande hâte, devant bientôt m'absenter de nouveau pour quelques jours. Cependant, je donne ordre chez moi pour le paquet qui vous a été promis si souvent. Il sera adressé au même Antoine Souris, qui, je crois, ne se heurtera pas deux fois à la même pierre. J'ai été forcé de partir tellement à l'improviste qu'il ne m'a pas été possible de finir cette petite lettre avant de m'en aller. Je vous prie de mettre votre indulgence habituelle à m'excuser du long retard que j'ai mis à vous écrire et qui ne répond nullement à ce que je vous dois.

Nous n'avons rien de nouveau ici. Le prince d'Orange est toujours occupé à Arnhem et aux environs, comme à Nymègue et Schenckeschans. D'aucuns disent qu'il se rend à Grol, mais, comme la plus grande partie de ses troupes n'est pas encore débarquée, on croit qu'il peut avoir l'intention de tourner [290] la voile à l'improviste et d'attaquer quelque place à laquelle on ne songe guère. C'est pourquoi le Marquis Spinola ne s'éloigne pas du centre et veille de tous côtés. Il a jeté un pont de bateaux sur le fleuve devant Anvers pour que les milices de Flandre et de Brabant puissent aller et venir pour s'entr'aider facilement les unes les autres. Le comte Henri de Berghes fait face à l'ennemi du côté où celui-ci se dirige. Il a disposé d'une grande force, il a enrôlé huit mille mercenaires que l'on nomme Stoepschijters pour garder notre ville, et veut se servir des anciens légionnaires dans son expédition.

Nous n'avons pas encore de nouvelles certaines de la sortie de la flotte anglaise. On ne peut s'imaginer où cette bourrasque va se déchaîner. Nous croyons que la France la craint plus que nous autres. Il paraît qu'elle prend la mer par parties et il me semble que tout cela pourrait bien se résoudre en fumée comme nous l'avons encore vu.

N'ayant rien d'autre à vous dire, je finis par vous baiser la main à vous et à votre frère en me recommandant aux bonnes grâces de tous deux.

Votre dévoué serviteur

Pierre-Paul Rubens.

D'Anvers, le 19 juillet 1627.

COMMENTAIRE.

Le voyage de Rubens. Rubens, en vrai diplomate, ne souffle mot du but de son voyage. Nous avons vu où il se rendait et ce qu'il allait faire en Hollande. Rappelons qu'il était arrivé le 10 juillet à Breda. Il fut obligé de retourner à Bruxelles pour demander de nouvelles instructions. Le 19 juillet, il repart pour la Hollande où, le 21, il rencontre Gerbier à Delft.


DX
PEIRESC A PIERRE DUPUY.

J'ay leu avec un singulier plaisir les lettres de MrRubens, qui est né pour plairre et délecter en tout ce qu'il faict ou dict. J'ay peine à croire ce voyage du Card(in)al Infante à cause des grosses deffiances de cette nation espagnole, et si riens les meult à prendre ce conseil, ce sera possible ce qu'on dict de ce prince, qui [291] est fort grossier et ne semble nullement entreprenant, de sorte qu'il ne fera que prester le nom à ceulx du conseil qu'on luy mettra auprez. Il fauldra voir à quoy abboutira le voyage de ce D. Diego, qui a quitté sa femme si à contretemps pour le faire (1). J'admire l'offre des 40 navires contre l'Anglois et ay bien de la peine à me persuader que cela puisse estre véritable.


Ph. Tamizey de Larroque, Lettres de Peiresc aux frères Dupuy, Tome I, p. 311.


DXI
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto illusre sigr mio ossermo.

Sendo tornato da fuori ho visto che l'ordine chio lasciai d'inviar a V S quel pacquetto de libri non era esseguito, non già per negligenza degli mei servitori ma perchè non si trova in tutta questa città un sol essemplar di resto della Casa van der Linden, ancor che si volesse pagar venti scudi, sendosi fatte per il mio sigr suocero tutte le diligenze possibili per averlo à qual si voglia prezzo, di maniera che la disgracia di quella perdita e incorrigibile onde maggiorte mi picca contra il carrettono per quest' incidente. La causa è che gli sigri di questa casa hanno fatto ritener per suo conto non si sa per qual raggione tutti gli essemplari sparsi per le botteghe di tutti questi librari. V S riceverà con quest' ordinario le stampe del canale et camei con alcuni libretti che non so se V S abbia veduti. Gli mando però più tosto per non mandar niente che per stimarli cosa degha della curiosità di V S (2). Il pacquetto inscritto à M. l'abbé de St-Ambroise la prego volerlilo far consegniar per qualque suo servitore che non contiene altro che le stampe degli camei. Ho ricevuto il Mercurio per il quale le bacio le [292] mani, insíeme col pacquetto del sigr Peiresio al quale risponderò con più commodita. Qui stiamo sospesi tra la speranza et il tímore per l' assedio di Grol il quale e di gran consideratione per esser luoco forte, et (per dir così) la chiave del passo verso lAlemagna. Il sigr principe d'Oranges si è trincerato in trè quartieri con dissegno di far batteria in tre luochi et emportarlo per assalto generale giudicando gli difensori (che sono da mille cinque cento) esser pochi et repartiti dapertutto saranno pochi e debboli per la dififesa di ciascuna parte. Una difficulta resta al Principe, che ci è da sei leghe di cammino de Zutphen al suo campo, il quale è il luoco più vicino per fornirlo di viveri (1); ha però la commodità de condurli per un fiumicello o torrente sopra barche, che pescono poco fondo sino ad una legua vicino de Grol ma questo potrià mancarli sopravenendo il soccorso. Un gentilhuomo che venne l' altrhieri d Ollanda, mi disse che il Principe haveva assicurato gli Stati, che in meno di 15 giorni sene renderebbe patrone essendo gia spianato il fosse e lui in procinto per dar l' assalto. Del altra parte è certo, che il conte Henrico di Berghes sta a vista del principe con forze competenti, havendogli mandato il sigr Marchese il fiore del essercito regio, oltra gli soccorsi d' Anhalt et Cratz capitani veterani mandatigli dal Tigli, con resolutione et ordine espresso de venire alla battaglia se possibile sarà. Ma se il sigr principe è ben trincerato et ha provisto che non se gli possan tagliar gli viveri, sarà difficile di farlo combattere contro sua voglia. Si sentirà presto qualque nova, non potendo fermar molto il negocio nel stato presente. Ne manca alla Francia fratanto il suo trattenimento colla armata inglese. Io confesso di non haver giamai creduto, che gli Inglesi haverebbono l' ardire d' attaccar la guerra colla Spagna e Francia nel medesimo tempo, questo e un indicio di grandissima temerità ò di una straordinaria confidenza nelle lor forze maritime. Quì si crede che non habbino ancora sforzato alcuna fortezza del isola de Retz, ma che si siano sbarcati con gran fracasso d' ambe le parti. Ma sopra tutto mi maraviglio, che il ducca di Bucquingam habbia piu tosto abbandonato la persona del suo Re che commettere una impresa tanto odiosa e pericolosa a qualque altro condottiere di maggior esperienza. Deve esser importuna al Re la sua malatia in quest' occurenza, pur si dice che S. M. esser quasi guarita [293] affatto, sicome ancora il sigr don Diegho Messia ch' aspettiamo fra pochi giorni in questa corte. Potria esser che l' insolenza degli Inglesi et l' offesa commune stringesse le coronne di Spagna e Francia a meglior corrispondenza insieme. E non havendo altro bacio a V. S. con tutto il cuore le mani et mi racomando nella sua buona gracia.

Di V. S. molto illusre
servitor affectmo

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anversa, il 12 d'Agosto 1627.

Autographe à la Bibliothèque Nationale de Paris. Collection Dupuy, M. S. 714.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 130, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 138.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

J'ai vu, en rentrant chez moi, qu'on n'avait point exécuté l'ordre que j'avais laissé de vous envoyer le paquet de livres, non qu'il y ait eu de la négligence de la part de mes domestiques, mais parce qu'il a été impossible de trouver dans toute la ville un seul exemplaire de la Maison Linden, quand on l'aurait voulu payer vingt écus. Mon beau-frère a fait toutes les perquisitions imaginables pour s'en procurer un, n'importe à quel prix; de sorte que le désagrément de cette perte est irréparable, ce qui me fâche plus encore contre le voiturier qui en est cause. On donne pour motif de la rareté du livre que les membres de cette famille ont fait retenir pour leur compte, on ne dit pas dans quel but, tous les exemplaires mis en vente chez les libraires. (1)

Vous recevrez avec cet ordinaire les gravures du canal et des camées, ainsi que plusieurs ouvrages, que je ne suis pas sûr que vous connaissiez. Je vous les envoie, plutôt pour vous envoyer quelque chose, que parce que je les trouve dignes de votre curiosité. (2) Veuillez faire tenir à M. l'abbé de de St-Ambroise par un de vos domestiques le paquet qui est à son adresse, il ne contient rien d'autre que les gravures des camées. J'ai reçu le Mercure dont je vous remercie, et le paquet de M. Peiresc, auquel je répondrai à loisir.

[294] Nous sommes ici suspendus entre l'espérance et la crainte, à cause du siège de Grol, qui est d'une grande importance vu que c'est une place forte et en quelque sorte la clef du passage vers l'Allemagne. Le prince d'Orange s'est retranché dans trois quartiers; il a l'intention d'établir des batteries sur trois points, et d'emporter la place par un assaut général. Il a jugé que les défenseurs (qui sont au nombre de quinze cents hommes) sont peu nombreux et que, répartis partout, ils seront en trop petit nombre et trop faibles pour défendre chaque partie. Une difficulté reste pourtant au prince, c'est qu'il y a six lieues de marche de Zutphen jusqu'à son camp, et que c'est l'endroit le plus voisin d'où il puisse tirer ses vivres (1). Il est vrai qu'il a la facilité de les faire transporter jusqu'à une lieue de Grol, sur une rivière ou un ruisseau, au moyen de bateaux qui ne peuvent tirer que fort peu d'eau; mais survienne un secours, et ce moyen pourrait lui manquer. Un gentilhomme arrivé de Hollande avant-hier, m'a dit que le prince avait donné l'assurance aux États qu'il serait maître de la place en moins de quinze jours, le fossé étant déjà comblé et toutes les dispositions prises pour l'assaut. D'un autre côté, il est certain que le comte Henri de Berghes se trouve en face du prince avec des forces considérables, et qu'il a reçu du marquis l'élite de l'armée royale, sans compter les secours d'Anhalt et de Cratz, capitaines vétérans, que lui a envoyés Tilly, avec résolution et ordre exprès d'en venir aux mains, s'il est possible. Mais si le prince est bien retranché et qu'il ait pourvu à ce qu'on ne puisse lui couper les vivres, on ne pourra guère le faire combattre malgré lui. Nous ne tarderons pas à apprendre du nouveau, c'est une affaire qui ne peut longtemps rester dans l'état présent.

Et pendant ce temps la France a aussi de l'occupation avec l'armée anglaise (2). Je n'ai jamais cru, je l'avoue, que les Anglais oseraient déclarer la guerre à l'Espagne et à la France en même temps. C'est là une preuve de témérité extrême ou d'une confiance extraordinaire dans leur marine. On croit ici qu'ils n'ont encore pris aucune des forteresses de l'île de Ré, mais qu'ils ont effectué leur débarquement des deux côtés avec grand fracas. Ce qui me surprend le plus, c'est que le duc de Buckingham ait préféré abandonner la [295] personne du roi, que de confier à quelque autre chef plus expérimenté que lui, cette entreprise si odieuse et si difficile. Le roi doit être bien contrarié d'être malade dans un pareil moment. On dit pourtant que S. M. est presque entièrement guérie, de même aussi que don Diego Messia, que nous attendons dans peu de jours à cette Cour. Il pourrait bien se faire que l'insolence des Anglais et l'offense commune servissent à rapprocher d'une façon plus étroite les couronnes d'Espagne et de France. Et n'ayant rien d'autre, je vous salue de tout coeur et me recommande dans vos bonnes grâces.

Votre serviteur dévoué

Pierre-Paul Rubens.

D'Anvers, le 12 août 1627.

DXII
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto illusre sigr mio ossermo.

Duoi ordinarii doppo il mio ritorno sono venuti senza lettere dè V S, pur spero che ella si ritrovi insieme col sigr suo fratello et M. di Thou con buona salute. Delle cose di Francia non occorre entrar in discorsi poiche non sapiamo qui alcuna cosa di certo chi dice che gli Inglesi sono battuti e cacciati fuori del isola de Ré et altri affermono il contrario, et si maravigliamo di tanta diversita nel le lettere di Francia. Della malatia del Re tutti sono d' accordo chella sia gravissima et con evidente pericolo di vita. Il nostro sigr don Diego e ricaduto similte nella sua terciana, come si dice, almeno non comparisse in queste bande per adesso. Qui non si parla daltro che del assedio di Grol et si spargono ogni giorno assai de rumor falsi. Si perde, si prende, et si soccorre et di novo si torna a perdere giornalmente si fanno delle scaramuccie et bataille, et l' ingeniosa bugia quemlibet occidit populariter secondo la passione di ciasceduno. Si teneva per certo che il Principe de Chimay, il giovane Grobendonq et parecci altri fossero morti in una fattione d' armi, ma sono comparse lettere che dicono tutti questi esser sani e salvi (1). Certo è che sin adesso (che si sappia) non è fatto assalto, [296] perche havendo fatto il Principe le sue galerie per passar il fosso furono fracassate della artigliaria degli defensori che sta sotto il rampart de fuori a livello del acqua in una nova fortificatione per il passato giamai posta in opera che chiamano in espagnol bragas falsas et il conte Henrico si andava trincerando vicino al campo del Principe, di maniera che poi che il conte si va impegniando et il Principe non si move bisogna credere che questi duoi esserciti di forze et animi uguali non si departiranno senza far ogni sforzo estremo per conseguir la lor intentione. Questo e quanto che posso dire a V S per questa volta et per fine bacio di verissimo cuore a V S et al sig. suo fratello le mani pregandole dal cielo ogni felicita e contentezza.

Di V. Sr molto illuste
servitor affmo

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anversa il 19 d'Agosto 1627.

P. S. Non occore raccomandar a V. S. l' ínclusa al sig. de Peiresc.


Autographe. Paris. Bibliothèque Nationale. Collection Dupuy, M. S. 714, f° 15.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 135, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 140.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Voilà deux ordinaires qui se passent depuis mon retour, sans que je reçoive de vos nouvelles. J'espère cependant que vous, M. votre frère, ainsi que M. de Thou, vous êtes tous en bonne santé. Il ne convient pas de vous entretenir des affaires de France, puisque nous n'en savons ici rien de bien positif. Les uns soutiennent que les Anglais ont été battus et chassés de l'île de Ré, les autres affirment le contraire, et nous nous étonnons de toutes ces différences dans les nouvelles de France (1). Quant à la maladie du roi, tout le monde s'accorde à dire qu'elle est extrêmement grave et qu'il est même en danger [] [] [297] de mort. Notre don Diego (Messia) est également retombé dans sa fièvre tierce, à ce que l'on dit, au moins n'a-t-il pas encore paru dans nos contrées. On ne parle ici pour le moment que du siége de Grol, et chaque jour se répandent bon nombre de fausses rumeurs. On perd, on prend, on secourt la ville, et puis on la reperd encore, le tout une fois par jour avec accompagnement d'escarmouche et de combats, et l'ingénieux mensonge quemlibet occidit populariter, suivant les affections de chacun. C'est ainsi qu'on était certain de la mort du prince de Chimay, du jeune Grobbendonck et de plusieurs autres, dans un combat, lorsque des lettres sont venues nous apprendre qu'ils étaient tous sains et saufs (1). Jusqu'à cette heure, il n'y a certainement pas eu d'assaut (que l'on sache), car le prince, après avoir fait ses galeries pour franchir le fossé, les a vu fracasser par l'artillerie de la place, établie sous le rempart extérieur au niveau de l'eau, dans une fortification nouvelle employée pour la première fois et qu'on appelle en espagnol bragas falsas (fausses braies), et le comte Henri s'était retranché fort près du camp du prince. Ainsi, puisque le comte s'engage si avant, et que le prince ne fait aucun mouvement, il faut croire que ces deux armées, égales en forces et en courage, ne s'éloigneront pas sans faire un dernier effort pour en finir. Voilà tout ce que je puis vous dire pour cette fois, et pour finir je vous salue de tout coeur vous et votre frère, priant le ciel de vous accorder tout bonheur et contentement.

Votre serviteur très dévoué

Pierre-Paul Rubens.

Anvers, le 19 août 1627.

P. S. Je n'ai pas besoin de vous recommander la lettre ci-incluse pour M. de Peiresc.


DXIII
PEIRESC A PIERRE DUPUY.

J'ay prins plaisir à l'imprimé des Nouvelles de Grol, et il me tarde bien que MrRubens soit de retour de Hollande, m'imaginant qu'il aura bien encore desrobé du temps pour y ressaisier [298] sa curiosité entre cez grands hommes de lettres, ne doubtant pas qu'il ne soit fort cappable de manier de grandes affaires, mais ayant peine de me persuader qu'on y preste fort l'oreille à présent de ce costé là.


Ph. Tamizey de Larroque, Lettres de Peiresc aux frères Dupuy, Tome I, p. 346.


RUBENS A PIERRE DUPUY.

Dans une vente faite à Londres, le 23 avril 1894, par Sotheby, Wilkinson et Hodges fut mise aux enchères une lettre autographe de Rubens à un ami, datée du 26 août 1627, contenant trois pages in-folio. Le catalogue de la vente la décrit en ces termes: «Les nouvelles qu'il donne sur les opérations des Anglais prouvent qu'ils ne remporteront pas de plus grands avantages sur les Français que sur les Espagnols. Il donne des informations sur le siège de Grol et sur son récent voyage en Hollande.» (1)


DXIV
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto Illusre sigr mio ossermo.

Groll si ê reso il 20 del passato a gli medesimi patti che si rese Breda per mancamento di palle d' artigliaria onde furono costretti a servirsi de tutti gli utensili di ferro piombo e stagno che si trovorono nella citta. Fu pietà grande che l' ultimo o penultimo tiro amazzò con un pezzo di un cucciaro di stagno il figliuol naturale del principe Mauritio, chiamato Guilhelmo de Nassau cavaglier di gran speranza e già provisto del carico d' ammirante d' Ollanda e maritato da tre mesi in ça nella figluola del sigr Vander Noot. Et insieme con lui fu colto del istesso colpo ancora un capitano inglese. Il sigr Principe si tiene sin adesso quieto nel suo posto et si dice che il conte Henrico si sia retirato verso la Westphalia (2). Un capitano de cavagliaria [299] chiamato Roberto Van Eyckeren (1), che haveva levato la sua compagnia di fresco in questa citta sen e andato per qualque disgusto come si dice rendere al servicio insieme colle sue genti del Principe d'Oranges. Cosa inaudita sin adesso in queste guerre di Fiandra. Vicino a questa citta si e tentato ancora una impresa sopra il paese Van der Goes con poco successo della quale si parla diversamente, dicendo alcuni che gli nostri trovorono la frontiera ben presidiata de soldatesca et che passando avanti, tutti s' andavano a perdere senza rimedio et altri vogliono mantenere che sendosi sbarcati gli nostri, intopporono in un fosso havendo gia passato a guazzo gran spacio di paese e che non scoprendo alcun incontro, si dubitorono di qualque imboscata, e perciò si fermorono et alzandosi poi all' improviso buon numero di Archibugieri et altri, colle insegne spiegate, si retirorono al gran passo, e al beneficio della fossa si tornorono ad imbarcare senza colpo ferire, et de camino furono salutati a cannonati dalle navi di guerra del nemico che non potettero avicinarsi per mancamento di vento e marea con più terrore che danno, sendone morto un solo e duoi feriti. Si tiene per certo che gli difensori fossero pochi e vilani solate in forma di soldati e si rijetta la colpa adosso a gli capitani, li quali si portorono male et in vece d'animar gli soldati gli augmentorono il spavento, et si crede certamente saranno (al manco) riformati. Queste sono tutte le nove che abbiamo per adesso. Ho caro che V. S. habbia recevuto gli duoi pacquetti ben conditionati ne mancarò di mandar a V. S. colla prima occasione una imagine del conte de Bucquoy et un libro delle medaglie del duca d'Aerschot. Ne avendo altro per adesso, faro fine con baciar a V S et al Sr suo fratello humilmente le mani.

Di V. S. molto illus
Servitor affmo

Pietro Pauolo Rubens.


Ho ben depinto il ritratto del marchese Spinola dal naturale, ma sin adesso non è tagliato in rame per altre occupationi che lhanno divertito. Qui si crede per certo che il duca di Boucquingam sia tornato in Ingliterra havendo lasciato le fortezze de lisola de Ré strettamente presidiate et assediate.

D'Anversa il 2 di settembre 1627.

[300] Autographe. Paris. Bibliothèque Nationale. Collection Dupuy, M. S. 714, f° 16.

Publié par E. Gachet. Lettres inédites de Rubens, p. 138, et par Ad. Rosenberg, Rubensbriefe, p. 141.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Grol s'est rendu le 20 du mois dernier aux mêmes conditions que Breda. Les provisions d'artillerie y ont manqué. Les assiégés se sont vus réduits à employer comme projectiles tous les objets de fer, de plomb et d'étain qu'ils ont trouvés dans la ville. Par l'effet du plus grand malheur, le dernier ou l'avant-dernier coup que l'on tira tua d'un morceau de cuiller d'étain le fils naturel du prince Maurice, appelé Guillaume de Nassau, cavalier de grande espérance, déjà pourvu de la charge d'amiral de Hollande, et marié depuis trois mois seulement à la fille de M. Vander Noot. Un capitaine anglais fut atteint du même coup. Le prince demeure tranquille à son poste et le comte Henri s'est retiré, dit-on, vers la Westphalie (1). Un capitaine de cavalerie, nommé Robert Van Eyckeren (2), qui avait depuis peu levé sa compagnie à Anvers, est allé, par dégoût, à ce que l'on dit, offrir ses services et ceux de ses gens au prince d'Orange. Chose encore inouïe dans ces guerres de Flandre!

On a encore tenté non loin de cette ville une entreprise sur le pays de Goes, mais avec fort peu de succès. On en parle de différentes manières. Les uns disent que nos gens ont trouvé la frontière bien gardée, et qu'en allant plus avant ils marchaient à une perte certaine. D'autres veulent soutenir que nos soldats, après être débarqués, rencontrèrent un fossé, et qu'après avoir passé à gué une grande étendue de pays, ne découvrant personne, ils soupçonnèrent une embuscade et s'arrêtèrent; puis, que tout à coup un grand nombre d'arquebusiers s'étaient levés, mais que les nôtres s'étaient retirés enseignes déployées à grands pas, et qu'à la faveur du fossé ils avaient regagné leurs embarcations sans coup férir. Seulement en chemin ils furent salués par la canonnade des vaisseaux de guere ennemis, qui leur fit plus de peur que de mal, le vent et la marée ne permettant pas à ces navires d'approcher. Un homme fut tué et deux furent blessés. On assure que les défenseurs étaient en petit nombre, et que ce n'étaient que des paysans équipés en soldats. On rejette [301] la faute sur les capitaines qui se sont mal comportés, et qui, au lieu d'animer: leurs soldats, ont augmenté la frayeur; il est fort probable qu'ils seront au moins réformés. Voilà toutes les nouvelles que nous avons pour le moment.

J'apprends avec plaisir que vous avez reçu les deux paquets en bon état, et je ne manquerai pas de vous envoyer à la première occasion le portrait du comte de Bucquoy et un livre des médailles du duc d'Aerschot. N'ayant rien d'autre pour le moment, je finirai en vous saluant humblement vous et votre frère.

Votre serviteur tout dévoué.

Pierre-Paul Rubens


J'ai fait effectivement le portrait du marquis Spinola d'après nature, mais il n'a point encore été gravé sur cuivre, à cause d'autres occupations. On croit ici que le duc de Buckingham est retourné en Angleterre et qu'il a laissé les forteresses de l'île de Ré étroitement assiégées et entourées.

Anvers, le 2 septembre 1627.

COMMENTAIRE.

La reddition de Grol. La ville de Grol se rendit au prince d'Orange le 19 août 1627; le 20, la garnison sortit de la place, tambour battant, enseignes déployées.

L'expédition contre le pays de Goes, aux environs de Flessingue, fut tentée par les troupes de Spinola.

Le portrait du comte de Bucquoy. Charles de Longueval périt le 3 juillet 1621. Au mois d'août suivant, Rubens avait reçu la commande d'un portrait entouré d'un encadrement emblématique. La peinture est conservée au Musée de l'Ermitage à St.-Petersbourg, le portrait est colorié, l'encadrement est en grisaille; elle a été gravée par Luc Vorsterman en 1621 ou 1622. (Voir plus haut la lettre de Schilders à Peiresc du 19 août 1621. Tome II, page 280.)

Le livre des médailles du duc d'Aerschot. Il s'agit de la seconde édition de cet ouvrage qui venait de paraître sous le titre de: Imperatorum romanorum numismata aurea a Julio Caesare ad Heraclium continua serie collecta et edita ex Musaeo Excellmi Principis Caroli Croyi Ducis Arschotani etc. Industria et manu Jacobi de Bie in aes incisa et a Joanne Hemelario Canonico Cath. Eccl. Antverp. brevi et historico Commentario explicata. Antverpiae, Apud Petrum et Joannem Belleros Ao M. DC. XXVII. In-4°. La première édition avait vu le jour en 1615. Dans les liminaires de cette seconde édition se trouve une pièce de vers latins faite par Albert Rubens, qui, à cette date, avait 13 ans.

Le portrait d'Ambroise Spinola. Rubens peignit plusieurs fois le portrait de [302] son ami Ambroise Spinola. Une première fois en 1625, lorsque Spinola, en revenant du siège de Breda, passa par Anvers. Une seconde fois, au moment où le marquis quitta les Pays-Bas. Le 9 décembre 1627, il se proposait de commencer cette seconde peinture; le 20 janvier, elle était déjà fort avancée. (Voir les lettres de Rubens écrites à ces deux dates). Différents exemplaires de ces portraits existent, l'un se trouve au Musée de Brunswick, un second à Prague au Palais Nostitz, un troisième dans la Galerie du duc de Leuchtenberg à St.-Pétersbourg. La gravure, dont Rubens parle dans cette lettre, ne fut jamais exécutée. Pierre De Jode a buriné une petite effigie de Spinola qui reproduit le portrait de Rubens avec des modifications importantes. (Voir OEuvre de Rubens, nos 1059, 1060, 1061.)


DXV
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto illusre sigr mio ossermo.

Quando io scrissi a V S la mia penultima non si sapeva ancora di certo la presa di Grol ma il giorno seguente sopragiunse la nova colle lettere di Colonia e Wessel. I Penso d haver sodisfatto a V S di tutto quello che passa in queste guerre colla mia ultima di poi non ci e novita alcuna. Si tiene per certa la rotta delle genti di Danimarcha non troppo discosto d' Hamburck (1), che quel Re haveva amassati di novo. Il Tilli, oltra il suo valore, é venturoso, nam ille incidit in feminas, nos in viros. Qui si dice che gli Inglesi habbino preso alcune navi d' Ollanda che non mi par verisimìle se non e che vogliono rinovar lantico lor standardo col motto: Amys de Dieu ennemys de tout le monde (2). Il vostro forte di St-Martin si mantiene meglio di Groll, che pur si e diffeso valorosate; ma la necessita mancando le munitioni non ha legge. Io vorrei che il Re di Spagna si portasse bene come quello di Francia, stando S Ma male delle verolle (3) e [303] petecche; ma non sopragiungendo in tanti giorni alcun straordinario si deve sperar bene della sua salute come ancora nel primo aviso appareva qualque sollevamento del male. Ho ricevuto con gusto il dissegno (benche mal fatto) del cameo di Mantoua, il quale ho visto piti volte e maneggiato colle proprie mani stando al serviccio del ducca Vicenzo padre di questo. Io credo che per due teste la sia il più bel pezzo dEuropa. Se V. S. potesse ottener dal sig. Guiscardo un moule impronto di solo, gesso (1) o cera, mi sarebbe sommate grato. Ringracio V. S. per il libretto de Tempore humani partus il quale ricompensaro con quello del Juliano Cossi. Ne havendo altro per questa volta bacio a V. S. et al sigr suo fratello humilte le mani.

Di Vos. Sigr molt. illus
Servitor affec.

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anversa, il 9 di Settembre 1627.

P. S. Io ho duoi essemplari di Giuliano Cossi ma sono troppo grandi per mandarli sotto la coperta del sigr ambasciatore di maniera che bisognara consegnarli a parte al corriero.


Autographe à la Bibliothèque Nationale de Paris. Collection Dupuy, M. S. 714.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 142, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 143.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Lorsque je vous écrivis mon avant-dernière lettre, on ne savait encore rien de positif touchant la prise de Grol. Les nouvelles ne sont arrivées que le jour suivant avec les lettres de Cologne et de Wesel. Je pense vous avoir mis assez au courant de toute cette guerre dans ma dernière lettre. Il n'y a rien eu de nouveau depuis.

On donne comme certaine la défaite des troupes que le roi de Danemark avait de nouveau rassemblées non loin de Hambourg (2). Tilly n'est pas [304] seulement un capitaine plein de bravoure, il est aussi plein de bonheur, nam ille incidit in feminas, nos in viros.

On dit ici que les Anglais ont pris quelques navires hollandais, ce qui ne me paraît pas vraisemblable, à moins qu'ils n'aient résolu de reprendre leur vieil étendard avec la devise: Amys de Dieu, ennemys de tout le monde (1). Votre fort de St.-Martin se maintient mieux que Grol, qui pourtant s'est défendu avez courage. Mais la nécessité, en l'absence des munitions, n'a point de loi. Je voudrais que le roi d'Espagne fût aussi bien portant que celui de France. S. M. est assez gravement atteinte de la petite vérole (2) et de la fièvre pourprée. Il est vrai que depuis tant de jours aucun extraordinaire n'étant survenu, on doit bien augurer de sa santé, puisqu'il y avait même dans le premier avis une légère apparence de mieux.

J'ai reçu avec plaisir le dessin, quelque mauvais qu'il soit, du camée de Mantoue. J'ai eu occasion de voir l'original et je l'ai même eu bien souvent entre les mains, lorsque j'étais au service du duc Vincent, père du duc actuel. Je crois qu'entre les pièces à deux têtes c'est le plus beau morceau qu'il y ait en Europe. Si vous pouviez obtenir de M. Guiscard un moule de souffre, de plâtre (3) ou de cire, je vous en aurais une reconnaissance toute particulière.

Je vous rends grâce de l'envoi de l'opuscule de Tempore humani partus (4). Je me réserve de vous envoyer pour remercîment celui de Juliano Cossi. N'ayant rien d'autre pour cette fois, je vous baise humblement les mains, ainsi qu'à M. votre frère.

Votre tout dévoué serviteur

Pierre-Paul Rubens.

Anvers, le 9 septembre 1627.

P. S. J'ai deux exemplaires de Juliano Cossi, mais ils sont trop grands pour être envoyés sous le couvert de l'ambassadeur. Il faudra donc les consigner à part au courrier.


COMMENTAIRE.

Défaite du roi de Danemark. Au mois d'août 1627, les Danois se fortifièrent sur l'Elbe aux environs de Wolfenbourg et y construisirent un fort royal. Le comte de Tilly les en chassa, passa l'Elbe et les poursuivit jusqu'à la mer.

[305] Prise de vaisseaux hollandais par les Anglais. Rubens ne croit pas à la prise de vaisseaux hollandais par les Anglais; le fait est pourtant vrai. Sous prétexte de protéger leurs pêcheries, les Anglais s'emparèrent à cette époque de plusieurs navires hollandais, Rubens le constate lui-même dans sa lettre du 21 octobre suivant.

Le fort de St.-Martin. Le 27 juillet 1627, les Anglais mirent le siège devant le fort de St.-Martin, dans l'île de Ré, bâti pour protéger La Rochelle. Ils se flattèrent de le prendre en huit jours. Pendant de longs mois, ils dirigèrent la principale partie de leurs forces contre cette citadelle dont ils ne réussirent point à s'emparer. Le siège se prolongea jusqu'au 30 octobre 1628. Rubens, en se rendant en Espagne, alla le voir au mois d'août 1628.

Le camée de Mantoue. Ce camée, avec les bustes de Ptolomée et d'Arsinoé, connu jadis sous le nom de Camée Gonzaga, se trouve actuellement au Musée de l'Ermitage à St.-Pétersbourg. Il fut donné par l'impératrice Joséphine à l'empereur Alexandre en 1814. La gemme est remarquable par sa grandeur (160 mm. X 120) et par la finesse de son exécution. (1) Le dessin du camée fut fourni à Rubens par l'intermédiaire de Peiresc qui l'avait fait demander à Mantoue. (2)

Juliano Cossi. Le nom de l'auteur est mal lu, il s'appelait Bossi et le titre de l'ouvrage était: Breve trattato d'alcune invenzioni per rinforzare e raddopiare li tiri degli Archibugi et Moschetti per Giuliano Bossi, Anversa 1625.


DXVI
PEIRESC A PIERRE DUPUY.

J'acheptay ici de ce Barbe d'Apostre ce portraict du comte d'Olivares de MrRubens, que je trouve grandement magnifique et celuy du feu Comte de Buquoy avec quelques autres, mesmes un du Sr Roccox, bourgemestre d'Anvers grandement curieux d'antiquitez, tant pour estre de bonne main à mon gré et de manière assez extraordinaire que pour y avoir une figure de marbre du vray portraict de Demostène, mais le mal est qu'elle ne ressemble pas trop bien à l'empreinte que j'ay dudict marbre, tant y a que cela m'en rendit curieux. Il n'en avoit que deux exemplaires dont j'en envoyay un en Italie et l'autre me demeura, [306] et l'édition n'estoit pas achevée pour l'inscription mesmes du nom dudict Roccox, ce n'estoit que des épreuves. J'en veux demander audict Roccox mesmes ou à Mr Rubens et à les exhorter de faire rabiller la semblance de ladicte statue de Demostène. Nous attendrons le portraict du Canal avec les livres, de peur que trop de plis qu'il fauldroit pour l'enfermer dans un paquet de poste ne le gaste.


Ph. Tamizey de Larroque. Lettres de Peiresc aux frères Dupuy. Tome I, p. 364.


COMMENTAIRE.

Ce fragment de lettre est particulièrement intéressant. Nous y voyons d'abord que le portrait d'Olivarez, que Rubens fit graver en 1626, se vendait à Aix en Provence l'année suivante, et que dans la même ville on pouvait se procurer d'autres estampes d'après Rubens et van Dyck.

Le portrait de Rockox, dont parle Peiresc, est celui où l'on voit le bourgmestre d'Anvers ayant à côté de lui un marbre antique, le buste de Démosthène, qui faisait partie de sa collection. Ce portait fut gravé par Luc Vorsterman d'après van Dyck. Il en existe plusieurs états dont les derniers diffèrent essentiellement des premiers. Les plus anciens ne portent aucune inscription. On y voit Rockox assis dans un fauteuil à côté d'une table sur laquelle se trouve un marbre antique, le buste de Démosthène, avec une inscriptien effacée sur la base, dont on ne distingue que les lettres PQMHA, qui n'offrent aucun sens. Au second état, la planche porte dans le fond en haut, à droite, l'inscription: A van Dyck pinxit. L. Vorsterman sculp. et excud. Cum privilegio. Au troisième état, la chevelure du buste de Démosthène est à demi rasée et on lit sur la base qui le porte: «[...]. Cur [...]. Vide Plutarch. eius vita.» Au quatrième état, les inscriptions: A. van Dyck pinxit. L. Vorsterman sculpsit et excud. Cum privilegio sont effacées et remplacées par les armoiries de Rockox. Dans le bas, le portrait est raccourci pour donner place à une longue inscription renfermant le nom et les titres de Rockox, une pièce de 16 vers faite en son honneur par Gevartius et une dédicace. A gauche, on lit: Ant. van Dyck pinxit; à droite: Luc AEmilius Vorsterman sculptor Lub. Mer. Dedicabat. Au cinquième état, le nom de van Dyck a été effacé à gauche et rapporté à droite sous celui de Vorsterman dans la formule: Anton. van Dyck pinxit. Anno 1625.

La date, mentionnée sur ce cinquième état, est évidemment fausse. Van Dyck, qui se trouvait en Italie en 1625, ne pouvait peindre le portrait de Rockox et Vorsterman qui se trouvait en Angleterre n'a pu guère mieux le graver. Mais comment expliquer que la gravure se vendait à Aix en 1627? [307] Van Dyck, à cette date, était de retour à Anvers et pouvait peindre le portrait de Rockox, mais il est difficile d'admettre que Vorsterman le grava à cette époque. Un premier fait indéniable pour le moment est que la gravure était faite en septembre 1627; Peiresc affirme que l'édition n'était pas achevée, que le nom de Rockox ne s'y trouvait pas et que ce n'était que des épreuves d'essai, ou des épreuves d'un des trois premiers états.

Un second fait que nous pouvons établir, c'est que le portrait peint fut fait après le mois d'avril 1622. C'est à cette date environ que Rockox acquit le buste de Démosthène. En effet, par sa lettre du 22 avril 1622, Peiresc prie Rubens de féliciter Rockox de l'acquisition qu'il a faite du Démosthène «et exprime son désir d'obtenir un estampage de la figure ou une esquisse du profil et de l'inscription. (1) » Le 8 juillet de la même année, Peiresc avait reçu l'empreinte en cire du Démosthène que Rubens venait de lui envoyer (2).

Van Dyck a donc peint le portrait de Rockox entre le commencement de l'année 1622 et le mois de septembre 1627; comme Vorsterman quitta Anvers pour se rendre en Angleterre en 1624 et ne revint qu'en 1630, il s'ensuit que l'estampe fut gravée et le portrait peint entre le commencement de 1622 et la fin de l'année 1624. L'âge que Rockox paraît avoir sur le portrait confirme cette assertion. Rockox était né en 1560 et baptisé le 14 décembre de cette année; en 1622, il avait donc 62 ans; c'est tout au plus, à voir ses traits sur l'estampe de Vorsterman, qu'on lui donnerait cet âge. La conclusion de tout ceci c'est que van Dyck résida pendant un certain temps à Anvers en 1622, et ne se rendit pas directement en Italie en quittant Londres en février 1621, ou bien qu'il se rendit en Italie en 1621, et revint à Anvers en 1622, au moment du décès de son père.

Rockox constate que le Démosthène de la gravure diffère beaucoup de l'empreinte que Rubens lui avait envoyée. Le buste des deux premiers états de la gravure a le haut de la tête rasé et sur les tempes des deux côtés des boucles de cheveux; au côté droit de la tête, les cheveux paraissent coupés plus court que sur le côté gauche. Dans les derniers états de la planche, la différence de la chevelure sur les deux côtés de la tête est frappante; le côté droit est complètement rasé, le côté gauche est garni d'une chevelure dure et noire. Le même buste, tel que Rubens le fit graver en 1638 par Jean Witdoeck, pour ses «Douze bustes de philosophes, de généraux et d'empereurs grecs et romains» a la chevelure des premiers états de la gravure et ne diffère de ceux-ci que par des détails, de sorte que la transformation qu'on lui a fait subir dans les derniers états est de pure fantaisie.


[308] DXVII
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto ill. sig.

Non potetti scrivere a V. S. per causa della mia absenza col ordinario passato. Frattanto habbiamo havuto il sig. don Diego Messia, che porta la ligua stretta tra Spagna et Francia contro il nemico commune, che ha fatto meravigliare alcuni, considerando le cose de' tempi passati; pur si deve attribuire a qualche eccesso di buon zelo verso la fede cattolica et d' odio della parte contraria. Io credo ch' ella servirà grandemente per accommodar le differenze tra Francia et Inghilterra. Ma per conquistar quel regno o soggiogar gli Ollandesi, la sarà di poco effetto, per esser gli più forti in mare; ne penso che l' intention di Francia si stenda a quel segno, ma ch' ella si accomoda per adesso a l' altrui humore, et si serve delle passioni del compagno per fare il fatto suo. E frattanto il re di Spagna si sarà mostrato un vero amico nel bisogno et zelante cattolico, senza alcuna altra considerazione di stato, ansi alle sue spese proprie. Certo io non credo che gli Inglesi si aspettassero a questo colpo, ma se lo meritano per la lor temerità d' attaccar la guerra in un tempo con duoi re gli più potenti d'Europa. La vostra fortezza di S. Martino si mantiene bravamente, che serve per remoral il nemico et dà tempo al re per provedere da per tutto. Se gli Inglesi non fanno il lor progresso a maggior passo, devono promettersi da questo principio un debolissimo fine. Quì facciamo poco per adesso, et par strano, che provedendo la Spagna così scarsamente agli bisogni di questi paesi, che appena sí ponno mantenere in diffesa, soprabbondi di forze per far la guerra offensiva altrove. Ma di questo ci rimetteremo all' evento delle cose, e frattanto sarà bene di mettersi l'animo in pace. Qui vicino da tre in quattro leghe solamente discosto della città, si fa una fortezza, ansi si riduce in fortezza tutto un villaggio, con grandissimo incommode della soldatesca, la quale mutando di guardia marcia a traverso del acqua quasi sino alla cintura, e le sentinelle stanno nel medesimo modo, onde molti ogni giorno s' ammalano ed altri fuggono. Ne havendo altro per adesso, [309] bacio a V. S. et al sig. suo fratello humilmente le mani, et lor prego dal cielo ogni felicità e contentezza.

P. S. Ho ricevuto il libretto des Troubles du royaume de Naples, etc., il quale m' è stato gratissimo. Io mi ricordo d' haverlo letto in lingua Italiana, vent' anni sono, in Roma con singular gusto, et havendolo di poi fatto cercar per tutto, non ho giamai potuto ritrovarlo. Il titulo fu la Congiura degli baroni di Napoli contra il re Ferdinando I, se non m' inganno. S' assicuri V. S. che non poteva mandarmi un maggior regalo di questo et le ne rendo le debite gratie.

V. S. riceverà con questo ordinario gli duoi essemplari di Juliano Cossi degli Archibuggi.

P. S. Ho ricevuto la sua gratissima del 17, insieme colla relatione del soccorso di S. Martin, et le lettere del ducca de Boucquingam et Thoiras, dí Rees (1), etc., restando infinitamente obligato a V. S. per la sua puntualità et liberalità che usa meco. Io sono del parer di V. S., che di questa speditione depende la summa del Bucquingam, qui non erit par invidia praesertim absens, et a dir il vero, io non veggo come si possa scusar la temerità del governo di quel regno. Con che di novo le bacio le mani.

Supplico V. S. mi faccia gracia di far capitar l'inclusa al sig. abbate di S.-Ambrosio subito, se non è partito ancora, et se egli è partito forse, si troverà mezzo di fargliela tener in viaggio.

D'Anversa il 23 di Settembre 1627.

L'autographe de cette lettre se trouvait, en 1838, à la Bibliothèque Nationale de Paris; il a disparu depuis lors.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 145, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 144.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Une absence m'a empêché de vous écrire par le dernier ordinaire. Nous avons eu ici le sieur don Diego Messia, porteur de la ligue étroite entre l'Espagne et la France contre l'ennemi commun, ce qui a jeté dans l'étonnement [310] plusieurs personnes, eu égard aux événements des temps passés. Il ne faut attribuer tout cela qu'à un excès de zèle pour la foi catholique, et de haine pour le parti contraire. Cette ligue me semble devoir être fort utile pour terminer les différends entre la France et l'Angleterre, mais pour conquérir ces contrées ou subjuguer les Hollandais, elle sera de peu d'effet, ces derniers étant les plus forts sur mer; et je ne puis croire d'ailleurs que l'intention de la France s'étende jusque-là. Elle s'accommode pour le moment à tous les désirs de son alliée et met à profit ses inimitiés pour arriver à son but, tandis que le roi d'Espagne se sera montré un véritable ami dans le besoin et un catholique zélé, sans aucune autre considération d'état, et même à ses propres dépens. Certes, voilà un coup auquel les Anglais étaient loin de s'attendre, et ils le méritent bien par leur témérité à déclarer la guerre en même temps aux deux rois les plus puissants de l'Europe.

Votre forteresse de St.-Martin se maintient bravement, ce qui est fort utile pour tenir l'ennemi en échec et pour donner au roi de France le temps de pourvoir en d'autres lieux. Si les Anglais n'avancent point à plus grands pas, ils doivent dès aujourd'hui se promettre bien peu de succès.

On fait ici peu de chose pour le moment, et il nous parait bien extraordinaire que l'Espagne, si pauvre quand il s'agit de fournir aux besoins de la défense de notre pays, trouve des forces si considérables pour prendre ailleurs l'offensive; mais pour tout cela nous nous en remettrons à l'avenir, et il sera bien en attendant d'avoir l'esprit en repos.

A trois ou quatre lieues seulement de notre ville, on construit maintenant une forteresse, ou plutôt, de tout un village on fait une forteresse, au grand désagrément des soldats qui, pour changer de garde, sont obligés de se mettre dans l'eau presque jusqu'à la ceinture. Les sentinelles sont dans le même cas. Il en résulte que chaque jour un grand nombre d'entre eux tombent malades et que d'autres désertent. N'ayant rien d'autre pour le moment, je vous baise humblement les mains, ainsi qu'à M. votre frère, et je vous souhaite toute sorte de félicités et de contentements.

P. S. J'ai reçu le petit livre des Troubles du royaume de Naples, lequel m'a été fort agréable. Je me souviens de l'avoir lu à Rome en Italien, avec beaucoup de plaisir, il y a vingt ans. Depuis je l'ai fait chercher partout, sans pouvoir jamais le trouver. Son titre est, si je ne me trompe: la Congiura degli baroni di Napoli contra il re Ferdinando I. Soyez sûr que vous ne pouviez m'envoyer rien qui me fût plus agréable que ce petit livre, et je vous en adresse mille remercîments.

Vous recevrez avec cet ordinaire les deux exemplaires de Juliano Cossi degli Archibuggi.

[311] P. S. J'ai entre les mains votre lettre bien agréable du 17, ainsi que la relation du secours de St.-Martin et les lettres du duc de Buckingham et de Thoiras, gouverneur de Ré (1), etc. Je vous suis infiniment obligé de votre ponctualité et de votre libéralité envers moi. Comme vous, je pense que de cette expédition dépend la fortune de Buckingham, qui ne pourra résister à la jalousie, surtout pendant son absence, et à dire vrai, je ne vois pas le moyen d'excuser la témérité des ministres de ce royaume. Sur ce, je vous baise de nouveau les mains.

Faites-moi la grâce de faire tenir aussitôt la lettre ci-incluse à M. l'abbé de St.-Ambroise, à moins qu'il ne soit déjà parti, auquel cas il sera peut-être possible de la lui faire parvenir en voyage.

D'Anvers, le 23 septembre 1627.

COMMENTAIRE.

De tout un village on fait une forteresse. Il s'agit du village le Doel situé sur la rive gauche de l'Escaut, en face de la forteresse Lillo, et dans le voisinage du village Santvliet, comme Rubens l'explique plus loin.

La Congiura degli baroni. Le titre du livre est: La Congiura de' Baroni del Regno di Napoli contra il Re Ferdinando primo, Raccolta del S. Camillo Portio, Rome, Paul Manuce, 1565.


DXVIII
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto illusre Sigr mio ossermo.

Non posso manchar à baciar à V S le mani con questa benche non mi trovo alcun soggietto degno della sua notitia sendo le cose al medesimo segno che furono gli giorni passati solo il sigr don Diego Messia ha fatto la propositione della unione di tutti gli regni e stati del Re di Spagna, per assistere a tempo di guerra un l'altro reciprocamente [312] con certo numero de gente pagate à spese proprie sotto conditioni molto raggionevoli come si vede in stampa nè mancarò di mandar a V S il primo essemplare che mi capitara in mano, ma sin adesso non si trova in Anversa (1). Questa e una inventione per mantener la guerra perpetua in questi paesi a spese daltri et si maraviglia ognuno che gli Spagnioli consentono che ciascuna natione possa far gli officiali da se e commandar le sue trouppe e pagarle senza interventione dalcun ministro Reggio, havendo sempre ricusato di farlo quando se gli e offerto voluntariate in sollevamento sentiremo noi che in recompenza che serviremo per theatro e piazza darmi della Tragedia saremo fratanto essemti di fornire la nostra parte; ma solate, a tempo di Pace daremo il contracambio agli compagni. Certo io vorrei che fossimo a quel punto, ma se questa proposta viene ad effetto io sono di parer che non occorre giamai piú sperar alcun riposo, che poteva esser causato della strachezza del Re il qual respirerà per questo mezzo e mantenera facilte in questi paesi una guerra defensiva senza il suo incommodo. Ne penso che per l'avenire siamo per assalire gli adversarii da questa banda, ma rimbarcargli con canali fortezze e trincere nelli lor confini et assicurar queste provincie degli lor insulti al meglio che si potrà. Ma fratanto secondo intendo si scargara la borasca sopra lAllemagna e Danemarcka parendo loffesa piu facile da quella parte, insegnando la fortuna la strada ac si nos manu ducat et ultro trahat. Questo quanto posso dire a V S per questa volta et per fine bacio a V S et al sigr suo fratello humilte le mani et mi racomando nella lor buona gracia.

Di V. S. molto illre
Servitor affmo

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anversa il 30 di Settembre 1627.

P. S. Fin adesso non ho ricevuto lettere di V S con questo ordinario che non e arrivato hier sera come soleva et io mi parto questa mattina per Brusselles.


Adresse: A Monsieur
Monsieur du Puy
à Paris.


[313] Autographe. Bibliothèque Nationale de Paris. Collection Dupuy, M. S. 714.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 149, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 146.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Je ne puis manquer de vous baiser les mains aujourd'hui, malgré la disette où je suis de nouvelles intéressantes à vous annoncer. Les choses sont toujours dans le même état que ces jours passés. Seulement le sieur Don Diego Messia a fait la proposition de l'alliance de tous les Royaumes et états du roi d'Espagne pour leur assistance réciproque, au moyen d'un certain contingent de soldats, fournis aux dépens de chacun, et à des conditions très raisonnables, comme on peut le voir dans la proposition imprimée. Je ne manquerai pas de vous en envoyer le premier exemplaire qui me tombera sous la main, mais jusqu'ici on n'en a pu trouver à Anvers. (1) Cette proposition est un nouveau moyen de maintenir la guerre perpétuelle dans ce pays aux dépens des autres, et tout le monde s'étonne que les Espagnols permettent que chaque nation puisse choisir chez elle ses officiers, ainsi que commander ses troupes et les payer, sans l'intervention d'aucun des ministres du roi. Car c'est un point qu'ils ont toujours refusé, quand l'offre volontaire leur en a été faite. Lorsque nous servirons de théâtre de la guerre et de place d'armes, nous serons exempts en revanche de fournir notre part de soldats; mais, par contre, au retour de la paix, ce sera à nous de changer de rôle avec nos alliés. Certes, je voudrais bien que nous en fussions là. Mais tout me fait croire que si la proposition est acceptée, nous ne devons plus espérer le moindre repos, que la fatigue du monarque pourrait nous accorder. Car ce sera pour lui un moyen de respirer et de maintenir facilement et sans beaucoup de gêne une guerre défensive dans notre pays. Je ne crois pas qu'à l'avenir nous nous contenterons de refouler nos ennemis par les canaux, les forteresses et les retranchements jusque par delà nos frontières; et nous mettrons nos provinces à l'abri de leurs insultes, aussi bien que nous le pourrons; tandis que, si je ne me trompe, la bourrasque se déchargera sur l'Allemagne et le Danemark, où l'offensive est plus facile à prendre, la fortune nous montrant [314] elle-même le chemin, comme si elle nous conduisait par la main et nous forçait d'avancer. C'est tout ce que j'ai à vous dire pour cette fois, et ainsi je vous baise humblement les mains, ainsi qu'à M. votre frère et je me recommande à vos bonnes grâces.

Votre serviteur tout dévoué

Pierre-Paul Rubens.

D'Anvers, le 30 septembre 1627.

P. S. Je n'ai jusqu'à présent reçu aucune lettre de vous par cet ordinaire. Il n'est pas arrivé hier soir, selon sa coutume, et je pars ce matin pour Bruxelles.


Adresse: A Monsieur
Monsieur du Puy
à Paris.


COMMENTAIRE.

La proposition d'alliance. Don Diego de Messia, marquis de Léganès, arriva à Bruxelles le 9 septembre 1627. Le marquis de Spinola et un grand nombre de gentilshommes étaient allés à sa rencontre jusqu'à Hal, à deux ou trois lieues au Sud de la capitale. Le 23 septembre, don Diego se présenta aux États du Brabant et leur fit connaître les propositions que le roi l'avait chargé de leur faire entendre; de Bruxelles, il alla à Gand et parcourut ainsi les diverses provinces pour faire connaître le but de sa mission. Il fit partout ressortir le grand avantage de l'union pour atteindre au but commun, et la nécessité d'opposer à l'alliance des ennemis du roi celle de ses sujets. Le roi d'Espagne seul possédant autant de territoire que tous les ennemis réunis, il suffirait que ses sujets s'entendissent pour la défense commune pour n'avoir rien à craindre. Il faudrait constituer une armée permanente qui, en temps de guerre, mettrait les différentes parties de la monarchie à l'abri d'un coup de main et ferait reculer les ennemis conjurés devant l'attaque d'un pays dont toutes les parties seraient gardées par des forces supérieures. Ce serait le meilleur moyen d'assurer l'intégrité de la monarchie, la paix dans chacune de ses parties et la conservation de la religion catholique. L'idée était donc venue au roi d'établir une ligue entre tous ses États. Les royaumes d'Arragon, de Valence, les îles de Sardaigne et de Majorque avaient déjà approuvé l'idée, il invita les autres à entrer dans la confédération. Chaque État serait tenu de fournir un contingent proportionnel à l'armée qui serait employée à défendre chacune des provinces qui viendrait à être attaquée.

[315] Les royaumes de Castille avec les Indes s'obligeraient à fournir 44.000 hommes; les provinces fidèles des Pays-Bas, 12.000; le royaume d'Arragon, 10.000; le royaume de Valence, 6.000; le royaume de Catalogne, 16.000; le royaume de Portugal, 16.000; le royaume de Naples, 16.000; le royaume de Sicile, 6.000; le duché de Milan, 8.000; les îles de la Mer Méditerranée et de l'Océan, 6.000; soit en tout 140.000 hommes. Chaque pays devrait supporter les frais des troupes à fournir. Si la guerre éclatait à propos d'un des divers États, les autres seraient obligés de venir à son secours et de mettre à la disposition du roi une armée de 24.000 hommes, dont 4.000 de cavalerie. Cette armée serait fournie par les États en paix en proportion de ce qu'ils devaient fournir pour constituer la force générale de la monarchie.

Messia faisait ressortir que pareille mesure serait tout spécialement favorable aux Pays-Bas, comme étant le pays le plus exposé à la guerre; si la guerre était portée sur leur territoire, ils n'auraient à fournir et à entretenir qu'une armée de 12.000 hommes et le surplus des forces nécessaires serait fourni par les autres États. Ce n'est que dans le cas où la paix étant rétablie sur leur territoire et la guerre venant à éclater ailleurs qu'ils seraient tenus de fournir leur part proportionnelle à l'armée de 24.000 hommes.

La proposition de Messia fut favorablement accueillie par les différentes provinces des Pays-Bas espagnols; seulement elles mirent certaines conditions à leur entrée dans la Ligue. Elles désiraient que l'union ne fût pas conclue pour une durée de plus de 15 ans, que leur acquiescement serait subordonné à l'acceptation préalable par les autres royaumes, que sur les 24.000 hommes de guerre à employer sur leur territoire 8.000 fantassins et 1500 cavaliers fussent originaires du pays et entretenus aux dépens du roi d'Espagne, afin que la noblesse pût être entretenue dans l'exercice des armes, dont elle serait privée si le roi n'envoyait ici que des étrangers. D'autres prétentions étaient encore émises et les difficultés soulevées étaient si nombreuses que Léganès fut obligé de passer l'hiver dans notre pays.


[316] DXIX
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto Illmo Sigre mio ossermo.

Sono duoi ordinarii ch' io non ho avuto nove di V. S., ne il sigre Ambasciatore fà mentione d'alcun suo incommodo che mi dispiacerebbe che la causa del suo silentio fosse altra che salva la sua salute, io non scrissi col ordinario passato, perche stava in campagna, et a dir il vero la stagione è tanto scarza di nove che non meritano che si metta la mano alla penna. La nostra gente stà continuamente a Santvliet fortificando quel posto con gran diligenza con apparenza di ridurlo in forma di una città, la quale non intendiamo a che dissegno possa servire, nisi ad proferendas fines, desperando di conquistar giamai Berghes-op-Zoom, et per haver un posto all' acqua benchè il posto non sia capace che de Fregate ó Bregantini come quello de Duynckerque, e forse quel presidio potrà vessar le isole circonvicine, et ridurne col tempo alcuna a pagar contributione ad redimendam vexam. A Duynckerque si dice esser in prompto vinti Navi di guerra per congiungersi coll' Armata Spagnola, che va alla volta di Francia contro Inglesi. Potrebbe seguire trá questi nationi qualche fattion nobile se il Ducca di Bucquingam non si scusaverà col proverbio commune: Ne Hercules contra duos; egli mi pare ridotto per la sua temerità a termine di vincere o di morire gloriosamente, mà di sopravivere a qualche mal successo, non sarebbe altro che servire de ludibrio alla fortuna, et d' irrisione agli suoi nemici. Il sigre don Diego Messia va facendo le sue propositioni per le Provincie, ne si sà certezza del successo, mà si spera bene, delle quali propositioni io mando a V. S. un' essemplare, come haveva promesso colla mia antecedente, ne havendo altro baccio a V. S. et al sigre suo fratello humilmente le mani, et mi raccomando nella loro buona gracia.

Di V. S. molto Illre
Serre affmo

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anversa, li 14 d'Ottobre 1627.

[317] Autographe. Bibliothèque Nationale de Paris. Collection Dupuy, M. S. 714.

Copie. Aix. Bibliothèque de Méjanès, M. S. 1029, pp. 202, 203.

Seconde copie même M. S. 1029, pp. 232, 233.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 153, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 147.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Voilà deux ordinaires passés sans que je reçoive de vos nouvelles, et M. l'Ambassadeur ne me parle d'aucune indisposition qui vous serait survenue. Ce qui me déplairait, c'est que votre silence fût causé par votre mauvaise santé. Je ne vous ai pas écrit par le dernier courrier, parce que j'étais en campagne, et à dire vrai, la saison est si pauvre en nouvelles qu'elles ne méritent pas qu'on prenne la plume. Nos troupes sont toujours à Santvliet, occupées à fortifier ce poste avec la plus grande activité. Il semble qu'on veuille en faire une petite ville; nous ne savons à quoi elle pourra jamais servir, sinon à reculer nos frontières, puisque l'on a perdu l'espérance de jamais reprendre Berg-op-Zoom, et pour avoir un poste maritime, bien que ce poste ne puisse recevoir que des frégates et des brigantins comme celui de Dunkerque. Peut-être aussi cette garnison pourra-t-elle inquiéter les îles circonvoisines et en réduire quelques-unes avec le temps à payer tribut, pour racheter le dommage subi. On dit que vingt vaisseaux de guerre sont appareillés à Dunkerque, pour se joindre à l'armée navale d'Espagne qui va mettre à la voile de France contre les Anglais. Il pourrait en résulter entre ces trois nations quelque glorieux fait d'armes, si le duc de Buckingham ne s'excuse pas avec le proverbe: Ne Hercules contra duos. Il me paraît s'être mis par sa propre témérité dans la nécessité de vaincre ou de mourir glorieusement. S'il survivait à sa défaite, il ne pourrait plus que servir de jouet à la fortune et de dérision à ses ennemis.

Don Diego Messia est occupé à faire ses propositions dans nos provinces. On n'a point la certitude du succès, mais on a bonne espérance. Ainsi que je vous l'avais promis dans mon avant-dernière lettre, je vous envoie un exemplaire de ces propositions. N'ayant rien de plus à vous dire, je vous salue humblement vous et votre frère et me recommande à vos bonnes grâces.

Votre tout dévoué serviteur

Pierre-Paul Rubens.

D'Anvers, le 14 octobre 1627.

[318] COMMENTAIRE.

Le voyage de Rubens. Rubens était «en campagne» le 7 octobre, comme il le dit lui-même. A Paris, on avait eu vent d'une excursion qu'il faisait à cette époque. Le 12 octobre, Jacques Dupuy écrivit à Peiresc: «Mr Rubens est allé faire un petit voyage en Hollande, mais il ne nous en mande rien. (1)» La raison la plus plausible du petit voyage c'est qu'il serait allé prendre congé de Gerbier qui en ce moment retournait à Londres.


DXX
PEIRESC A PIERRE DUPUY.

Molto Illust, Sigr mio osserv.

Le cose di Fiandra sono minute et di poco rilievo appresso quelle d' Allemagna ò Francia, E ben vero che siamo stracchi et habbiamo durato tanto a gli travagli che la nostra guerra par sine missione. La prima colera si sfoga con piu vigore et perciô si deve sperar qualq. fattione nobilissima tra le due o tre armate che devono secondo gli ultimi avisi star poco discoste tra di loro. Certo gli Inglesi doveranno mostrar animo e farsi valere se gli resta Testiculi et vena ulla Paterna. Et gli Francesi à gara de Spagnioli non mancaranno evidentemte di far parer al mondo de non esser inferiori di valore a gli loro aussiliarij. Par strano che gli Inglesi ardischino d'usar tante insolenze a gli Ollandesi havendo ritenuto in Ingliterra tre lor navi che tornavano dalle Indie ricchamente caricate doppo altre quattro que parimente venivano dalle Indie, Et hanno preso per forza una bellissima nave alla bocca di Texel che il Re di Francia aveva comprato o fatto fare in Amsterdam. Onde si e mandato persona espressa con ordine di lamentarsi e domandar raggione e giustitia al Re d' Ingliterra. Si maravigliamo che quei stati habbino potuto risolversi ad aprire le licenze del canto suo, senza esser sicuri che noi faremo altre tanto che però saria necessario per la salute di questa povera città, alla quale pare que gli nimici habbino [319] maggior compassione che noi stessi deve esser per sodisfattione del populo, et per mostrar che non mancha da loro che il commercio non habbia la solita voga et passaggio. Havendo gli nostri dissegniato di fare una fortezza vicino a Santvliet sopra un argine che domina l'acqua chiamato den blauwen garendyck essendosi divergato, il nimico ha preoccupato il posto e ridottolo in diffesa in una notte de sorte che gli nostri non hanno potuto cacciargli sin adesso. Questo forte troncarà il passaggio navale da Santvliet in Anversa et rende quasi disutile quella impresa. Habbiamo inteso con questo corriero il soccorso del forte S. Martin con vituperio de gli Inglesi. Li quali faranno meglio di ritornarsene quanto prima verso casa sua per diffenderla in vece d'offendere altrui. Il ducca de Bucquingam cognoscerà questa volta per esperienza che il mestiero delle armi e tutto diverso dalle arti cortig-gianesche. Ho ricevuto la lettera di V. S. del ultimo del passato con questo ordinario scusandosi il Sign. Ambasciator d'essersi dismenticato di metterla nel suo plico. Mi dispiacce d'intendere la resolutione de Monsieur de Thou circa il suo viaggio di Levante chessendo di complessione assai delicata correrà pericolo di qualq. disgracia ancor che fossero soli gli travagli d'una si longa et incommoda peregrinatione. Spero pero ch'il Sigr Idio lo conservara sano e salvo et lo ricondura sotto la scorta del suo buon genio a casa. Ne havendo altro bacio a V. S. et al Sigr suo fratello humilte le mani et mi racomando nella lor buona gracia.

Di V. S. molt, IIluse
Servitor affezo

Pietro Pauolo Rubens.

d'Anversa il 21 d'Ottobre 1627.

Supplico V. S. sia servita di far dar l'Inclusa al Sig, Abbate di St Ambrosio per qual, suo servitore.


La lettre parut dans la vente St.-Julien, Paris, 3 février 1845. En 1850, elle appartenait à Joli. Jac. Merlo qui la publia dans ses Nachrichten von dent Leben und den Werhen Kölnischer Künstler. Koln, 1850, p. 390. Elle fut encore publiée par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 148.


[320] TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Les affaires de Flandre sont insignifiantes et de peu d'importance en comparaison de celles d'Allemagne ou de France. Il est bien vrai que nous sommes fatigués et que nous nous sommes tellement endurcis à ces souffrances que la guerre nous semble sans but. La première colère s'exhale avec plus de véhémence et pour ce motif on peut espérer quelque action éclatante entre les deux ou trois parties armées qui, selon les derniers avis, doivent se trouver à peu de distance l'une de l'autre. Certes, les Anglais devront montrer du courage et se faire valoir s'il leur reste encore quelque virilité.

Et les Français étant sur leurs gardes contre les Espagnols ne manqueront pas évidemment de montrer au monde qu'ils ne sont pas inférieurs en valeur à leurs alliés. Il paraît étrange que les Anglais osent se montrer assez insolents envers les Hollandais, pour retenir en Angleterre trois de leurs navires qui revenaient des Indes avec une riche garnison, après qu'ils en avaient capturé quatre autres venant également des Indes. Ils se sont en outre emparés d'un fort beau navire à la hauteur du Texel que le roi de France avait acheté ou fait construire à Amsterdam, ce qui a eu pour conséquence que quelqu'un a été envoyé en Angleterre avec ordre exprès de se plaindre et de demander raison et justice au roi d'Angleterre. On s'étonne que les États confédérés aient pu de leur côté accorder les laissez-passer sans être certains que nous en ferions autant, ce qui pourtant serait nécessaire au salut de notre pauvre ville, dont il paraît que les ennemis ont plus de pitié que nous-mêmes. Ce doit être pour donner satisfaction au peuple et pour montrer que ce n'est pas de leur faute si le commerce ne reprend son ancienne prospérité et ses voies normales. Les nôtres ayant formé le projet de construire une forteresse près de Santvliet sur une digue qui domine l'eau, appelée blauwegarendijk, leur plan a été divulgué et l'ennemi s'est emparé de l'endroit et l'a mis en une seule nuit en état de défense, de sorte que jusqu'ici les nôtres n'ont pas réussi à l'en déloger. Ceci interrompra la navigation entre Santvliet et Anvers et rend pour ainsi dire inutile notre forteresse.

Nous avons appris par le dernier courrier le secours introduit au fort St.-Martin au grand désavantage des Anglais. Ceux-ci feront bien de retourner chez eux au plus vite pour défendre leur propre territoire au lieu de s'attaquer à celui d'autrui. Le duc de Buckingham fera cette fois l'expérience que le métier des armes est fort différent de celui du courtisan.

[321] J'ai reçu votre lettre du dernier du mois passé, par laquelle l'ambassadeur s'excuse d'avoir oublié de la mettre dans son pli. J'apprends avec regret la résolution de Monsieur de Thou à propos de son voyage en Orient. Il est de complexion fort délicate et courra le péril de quelque malheur, ne fut-ce que par la fatigue d'une expédition si longue et si difficile. J'espère cependant que Dieu le conservera sain et sauf et le reconduira chez lui sous la garde de son génie tutélaire.

N'ayant rien d'autre à vous mander, je vous salue humblement ainsi que votre frère et me recommande à vos bonnes grâces.

Votre dévoué serviteur

Pierre-Paul Rubens.

D'Anvers, le 21 octobre 1627.

Je vous prie de faire remettre la lettre ci-jointe par votre domestique à l'abbé de St.-Ambroise.


COMMENTAIRE.

Autorisations accordées par les Hollandais. Au commencement d'octobre, le bruit courut que les États-Généraux des Provinces-Unies permettraient aux vaisseaux espagnols, que la flotte hollandaise bloquait dans les ports de Dunkerque et d'Ostende, de sortir de la rade et de s'avancer en pleine mer. Rubens s'étonne de cette tolérance et exprime le désir que pareille licence soit accordée aux vaisseaux du port d'Anvers, le seul moyen, dit-il, de rendre à cette ville sa prospérité commerciale.

Monsieur de Thou voyage en Orient. François-Auguste de Thou se proposait à cette époque de faire un voyage en Orient. Tous ses amis cherchaient à l'en dissuader, vu l'état précaire de sa santé. Il partit néanmoins et, en passant par l'Italie, il se rendit à Constantinople où il arriva au mois de mai 1628.


DXXI
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto Illust. Sigr mio osserv.

Il Sigr Marchese Spinola insieme col Sigr don Diego partirono il 23° di questo mese per Duynquerque con intention di far partir subito la flotta de 22 o piu navi di guerra ben fornite de genti et ogni [322] cosa necessaria per francia come si crede. E ben veto che sono comparse 26 navi d' Ollanda contro quel porto de Mardyck per vietarli la salita et s'aspettano ancora delle altre di maniera che ben potra seguir ivi piu tosto che sotto la Rochella qualq. fattion navale. E ben vero ch'avendo le nostre il vento prospero come ho visto in simil occasioni sara difficile impedirli il passaggio, si vorranno passar semplicemente senza dar qualque passatempo al suo Generale, che haverà caro d'haver il Sigr don Diego per testimonio di vista della bravura della sua classe per farne rapporto in Spagna. E gran ventura la vostra di potersi sbrigare de gli Inglesi senza il nostro soccorso non solo per la vostra reputatione ma per scusar un obligo irredimibile in eterno. Io credo que la Francia si ricorda ancora della mercede per gli suoi soccorsi che pretendeva quella medesima natione al tempo della Ligua et quanti steterint Gallis isti soteres. Io credo che gli Inglesi averanno con questa lor temerita fatto un gran servicio al Re di Francia d' havergli dato giusta causa d' attaccar da vero la Rochella et soggiogarsela a fatto con buon titolo, la quale al parer mio, essendo serrata e quasi imbloccata per terrà, subito che la flotta Inglese sarà parti ta rimarrà a discretione di Sua Ma, ne posso imaginarmi che il Duca di Rohan sia per far alcun effetto di consideratione nam vanae sine viribus irae. A Sant Vliet si sta come scrissi a V. S. col ordinario passato negli medesimi termini seguitando il nimico la fortificatione della sua fortezza in posto molto avantaggioso per il dominio del Canale et ancora che gli nostri pigliassero per forza con morte di sette o otti degli difensori la mezza luna che gli stava davanti, furono constretti per l'altezza straordinaria della marea di spiannar et abbandonnarla. Ne havendo altro faro fine con baciar a V. S. et al Sigr suo fratello de verissimo cuore le mani. Nella malatia de Monsieur de Thou io sento un poco di gusto poiche sta fuori di pericolo che potra forse divertirlo di quella faticosa e pericolosa perigri-natione spero che l' averemo sano e salvo ben presto di ritorno.

d'Anversa il 28 d'ottobre 1627.Di V. S. molto Illust.
Servitor affettto

Pietro Pauolo Rubens.


Adresse: A Monsieur
Monsieur du Puy
à Paris.


[323] Publié par Joh. Jac. Merlo, Nachrichten von dem Leben und den Werken Kölnischer Künstler. Koln, 1850, p. 391, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 150. Quand Merlo vit la lettre et la copia, elle appartenait au graveur Charles Hodges, dans la vente duquel (Londres, 18 décembre 1848) elle fut vendue.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Le marquis de Spinola partira avec don Diego de Messia le 23 (?) de ce mois pour Dunkerque, avec l'intention de faire sortir immédiatement la flotte de 22 navires de guerre ou plus encore, fortement armés d'hommes et de tout ce qui est nécessaire. Leur destination est la France, croit-on. Il est très vrai que 26 navires hollandais ont paru devant le port de Mardyck pour empêcher la sortie de la flotte et qu'on en attend encore d'autres, de sorte qu'un combat naval pourrait bien avoir lieu de ce côté plutôt que devant La Rochelle Il est vrai encore que si les nôtres ont un vent favorable il sera difficile de leur couper le passage, comme nous en avons déjà eu l'expérience; bien entendu s'ils ne veulent que passer simplement sans offrir à leur chef le plaisir qu'il ambitionne d'avoir don Diego comme témoin d'un acte de bravoure de sa flotte, pourqu'il puisse en faire rapport en Espagne. Il y a grande chance que les vôtres se hâtent de se défaire des Anglais sans notre secours, non seulement pour sauver leur bonne réputation, mais encore pour échapper à une dette de reconnaissance dont à tout jamais vous ne pourriez vous libérer. Je crois que la France se souvient encore du prix exigé par les Espagnols pour le secours apporté du temps de la Ligue et combien cher la France paya ses sauveurs. Je crois encore que les Anglais auront rendu un grand service au roi de France par leur témérité en lui fournissant ainsi un motif fondé d'attaquer sérieusement La Rochelle et une raison plausible de la réduire à soumission. A mon avis, serrée de près et pour ainsi dire bloquée par terre, elle se remettra à la discrétion de Sa Majesté dès que la flotte anglaise sera partie et je ne puis m'imaginer que le duc de Rohan sera pris en sérieuse considération, la colère sans la force étant vaine.

A Santvliet, les choses restent dans le même état que lorsque j'écrivis ma dernière lettre, l'ennemi complétant l'armement de sa forteresse dans un endroit très avantageux pour dominer le canal. Les nôtres se sont bien emparés de la demi-lune qui en couvre les abords et ont tué sept ou huit des défenseurs, mais ils furent forcés de la démolir et de l'abandonner à cause de la hauteur extraordinaire de la marée.

[324] N'ayant rien d'autre à vous mander, je termine en vous saluant cordialement vous et votre frère. Je me réjouis jusqu'à un certain point de la maladie de Monsieur de Thou, maintenant qu'il est hors de péril. Peut-être que cet accident le détournera de son long et dangereux voyage et qu'il retournera bientôt sain et sauf.

Votre dévoué serviteur

Pierre-Paul Rubens.

D'Anvers, le 28 octobre 1627.

Adresse: A Monsieur
Monsieur du Puy
à Paris.


COMMENTAIRE.

La flotte espagnole à Dunkerque. Le 7 novembre, la flotte espagnole sortit du port de Dunkerque sans être sérieusement inquiétée par les Hollandais. Comme ceux-ci s'étaient engagés vis-à-vis de l'Angleterre de surveiller les côtes de la Flandre et d'empêcher les navires de guerre de sortir, l'Ambassadeur anglais à La Haye adressa aux États-Généraux de vives remontrances sur leur négligence ou sur leur secrète connivence avec les Espagnols. (1)


PEIRESC A RUBENS.

Dans ses Petits Mémoires, Peiresc annote, sous la date du 11 novembre 1627, une lettre: «à Rubens, pour accompagner le boys de lentisque.»

Il n'en existe pas de minute à Carpentras.


[325] DXXII
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto illre sigr mio ossermo.

Sarò breve per esser l' hora molto tarda et ancora non occorrendo cosa di momento. Solo dirò che la notte tra il settimo et ottova di questo mese le nostre navi sino al numero di 17 de S Ma, et altre 10 o 12 de particolari uscirono de Mardyck sendosi retirati gli Ollandesi in alto mare antivedendo come prattichi la fortuna imminente, la quale poco di poi colse così bene la nostra flotta che lammirante (1) o per furia di venti o voluntariate per salvar la gente e artigliaria fu buttato sopra la spaggia con perdita della nave insieme con un altra poco minore che ha corso la medesima disgracia. Il resto non e più comparso et si crede habbia seguitato il suo viaggio de maniera che devono hormai esser arrivate ne gli vostri quartieri come si crede senza alcuna certezza però molti pensono che vadino a levar la flotta spagniola in Biscaya (2). A Santvliet le cose passano male per gli soldati con questa pioggia marciando per il fango sino agli ghinocchi. Ne havendo altro bacio a V S et al sigr suo fratello di verissimo cuore le mani, et mi racomando nella lor buona gratia.

Di V. S. molto illusre
servitor affetmo

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anversa, il 11 di novembre 1627.

Autographe à la Bibliothèque Nationale de Paris. Collection Dupuy, M. S. 714.

Publié par E. Gachet, op. cit. p. 155, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 151.


TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Je serai bref à cause du temps qui me presse, et aussi pour le peu d'importance de ce que j'ai à vous dire. Je dirai seulement que dans la nuit [326] du sept au huit de ce mois, nos vaisseaux au nombre de dix-sept appartenant à S. M. et dix ou douze autres à des particuliers, sortirent de Mardyck; les Hollandais, en gens expérimentés, avaient pris la haute mer, dans la prévision de l'orage qui menaçait. En effet, peu de temps après, notre flotte fut assaillie avec tant de violence que le vaisseau amiral (1), battu par les vents en fureur, ou peut-être volontairement pour sauver son monde et son artillerie, vint échouer sur la plage. Le navire est perdu, ainsi qu'un autre un peu plus petit qui a éprouvé le même sort. Le reste n'a plus reparu, et l'on pense qu'ils auront continué leur voyage, de sorte qu'ils doivent être arrivés maintenant dans vos parages, du moins à ce que l'on croit ici, sans en avoir aucune certitude. Quelques-uns pensent toutefois qu'ils sont allés grossir la flotte espagnole en Biscaye (2).

A Santvliet les soldats sont toujours aussi mal à cause des pluies: ils ont de la boue jusqu'aux genoux. N'ayant rien d'autre à vous apprendre, je vous salue très cordialement vous et votre frère et me recommande à vos bonnes grâces.

Votre serviteur dévoué

Pierre-Paul Rubens.

Anvers, le 11 novembre 1627.

RUBENS A PIERRE DUPUY.

Dans une vente, tenue par Charavay à Paris, le 15 mai 1843, fut vendue une lettre de Rubens, mentionnée au catalogue en ces termes: «N° 458. Lettre autographe signée à M. Du Puy, à Paris. D'Anversa, il 19 novemb. 1627... 2 grandes pages in f° (en italien) Belle lettre d'une parfaite conservation.» Elle avait paru dans la vente Rifflet en 1637.


DXXIII
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto ille sigr mio osservmo.

Gia col ordinario passato mi sono rallegrato per la vittoria ottenuta dal Re cristianissimo contra gli Inglesi havendogli cacciati intieramente [327] del isola di Re con danno lor notabile et infamia eterna. Mi maraviglio che le nostre navi di Duynckerque non sieno arrivate ancora, alcuni dicono che havendo il vento contrario per Francia, siano andate in quel mentre a combattere la pescaria delle harengue che si fa da questa staggione et che il ammiraglio Dorp si era incaminato appresso et in Irlanda erano nove cherano insieme alle mani, ma di ciò non habbiamo quí certezza alcuna. In somma bisogna confessar essere un colpo di summa reputatione per la Francia d'haver disfutto un nimico tanto potente senza aiuto di forestieri.

Ho ricevuto le lettere di Philarcho contra Narcisso et havendone letto buona parte, le trovo bellissime et intieramente a mio gusto, si per il bel langaggio, la maniera ironica a confutar et mordere l'adversario, come ancora per la chiarezza et brevita del stilo et lartificio di tenere il lettore in continuo diletto et attentione. Ma io desidererei ben di veder il libro istesso del Sgr di Balsacq, per conferirli insieme et percio supplico V. S. sia servita di mandarmene un essemplare et per radoppiar la mia opportunita et obligo verso V S, la prego volermi far tenere ancora un essemplare della Vita di Henrico settimo scritta per Roggerio Baccone. Questo libro ch'io per suggestione di V S portai ultimamente da Pariggi mi ha piacciuto tanto che non potendo goder solo di tanta contentezza il prestai ad un amico mio intimo, dal qual però non ho giamai potuto rihaverlo, che mi renderà piu circonspetto a prestar líbri per l'avenire. Supplico V. S. mi commandi alla libera in contracambio qualque cosa di suo genio che si possa ritrovar quí per mandarla in compagnia del Byaeo al quale non manchara passaggio per qualque amico se V. S. vuole pacientare un poco. Qui non habbiamo novita alcuna. Le proposition i del Sgr don Diego vengono accettate d'alcune provincie et d'altre non assolutamente, come di Luztembourg et d'alcune altre come Brabant et Haynault, con tante restrittioni e cautele che si comincia a dubitar del successo del negocio. I perciò si tenera consiglio generale de gli stati di tutte le Provincie insieme. Ne havendo altro, bacio a V S et al Sgr suo fratello humilmente le mani.

Di V. S. molto ill. Servitor affett.

Pietro Pauolo Rubens.

D'Anversa, il 25 di Novembre 1627.

Autographe. Paris. Bibliothèque Nationale. Collection Dupuy, M. S. 714, 21A.


[328] TRADUCTION.
RUBENS A PIERRE DUPUY.

Monsieur.

Par le dernier courrier je m'étais réjoui déjà de la victoire obtenue par le Roi très chrétien sur les Anglais, qu'il a chassés tout à fait de l'ile de Ré en leur infligeant des pertes notables et une honte éternelle. Je suis étonné de ce que nos navires de Dunkerque ne sont pas encore arrivés. Quelques personnes disent, qu'ayant subi des vents contraires pour se rendre en France, ils sont allés, entretemps, faire la guerre aux pêcheurs du hareng qui sont en mer en cette saison, que l'amiral Dorp est allé à leur poursuite et qu'en Irlande on avait la nouvelle qu'ils en étaient venus aux mains, mais de tout cela il n'y a aucune certitude. En somme, il faut avouer que, pour la France, c'est un coup de premier ordre que d'avoir mis en déroute un ennemi aussi puissant et cela sans aide étrangère.

J'ai reçu les lettres de Philarque contre Narcisse et après en avoir lu une bonne partie, je les trouve très belles et tout à fait à mon goût, tant pour le beau langage, la manière ironique de refuter et mordre l'adversaire que pour la clarté et la concision de son style, ainsi que pour l'art avec lequel il tient son lecteur dans un enchantement et une attention perpétuels. Mais je serais très curieux de voir le livre même de M. de Balzac pour le comparer avec l'autre; c'est pourquoi je vous prie de m'en envoyer un exemplaire, et redoublant ma satisfaction et mes obligations envers vous, je vous prie encore de me procurer un exemplaire de la Vie d'Henri VII par Roger Bacon. Ce livre que, sur votre conseil, j'avais dernièrement rapporté de Paris, m'a plu tellement que, n'ayant pu réserver pour moi seul la satisfaction qu'il me donnait, je le prêtai à un ami intime, des mains duquel je n'ai jamais pu le retirer, ce qui dorénavant me rendra plus circonspect à prêter des livres. Je vous supplie, en échange, de me commander à votre gré quelque chose qui puisse vous plaire et que je puisse trouver ici, afin que je vous l'envoie, en même temps que le De Bie, par quelqu'ami, car il ne me manquera point d'occasion, si vous voulez patienter un peu.

Nous n'avons rien de neuf ici. Les propositions de don Diego sont acceptées par quelques provinces, mais pas absolument par d'autres, telles que le Luxembourg; d'autres enfin, comme le Brabant et le Hainaut, les acceptent avec tant de restrictions et de réserves, que l'on commence à douter du succès de l'affaire; c'est pourquoi l'on va tenir une assemblée générale des [329] États de toutes les provinces. N'ayant autre chose, je baise les mains à vous et à M. votre frère et je suis

Votre serviteur affectionné.

Pierre-Paul Rubens

Anvers, le 25 novembre 1627.

COMMENTAIRE.

La défaite des Anglais. Le 8 novembre, les Anglais commencèrent à s'embarquer à l'île de Ré pour retourner chez eux; ils partirent le 17 novembre.

Les lettres de Philarque contre Narcisse. Nous avons retrouvé dans les papiers de M. Charles Ruelens une note sur les querelles entre Balzac et ses adversaires, que, malgré son étendue, nous nous faisons un devoir d'insérer ici.

«Parmi les querelles littéraires, celle qui fut suscitée contre Jean-Louis Guez de Balzac, le célèbre épistolaire, est une des plus curieuses et l'on pourrait dire même l'une des plus émouvantes, si les tempêtes dans un verre d'eau étaient capables de produire quelque effet appréciable. Or, malgré toutes ses péripéties et ses incidents pleins de violence, la guerre cruelle que l'on fit à Balzac ne dura guère et n'eut pas de suites fâcheuses pour lui; au contraire. L'histoire en serait longue et amusante.

Balzac venait de publier ses lettres.

Il s'était permis quelques plaisanteries sur les moines et entr'autres «qu'il y a quelques petits moines qui sont dans l'église, comme les rats et les autres animaux imparfaits étaient dans l'arche.» Le Père Goulu, général des Feuillants, se mit dans une sainte colère et détacha d'abord trois ou quatre écrivains de son ordre contre Balzac. Le Père André de Saint Denis lança: Conformité de l'éloquence de Mr de Balzac avec celle des plus grands personnages du temps passé et présent, qui courut en manuscrit et mit Balzac au désespoir. Ce n'était pourtant qu'un écrit absurde. Mais un abbé Ogier prit ta défense de Balzac avec: L'Apologie de M. de Balzac en réponse au manuscrit de Dom André. Ce livre était aussi exagéré que l'autre: c'était une louange excessive opposée à un dénigrement dépassant les bornes. Mais on prétendit que Balzac avait composé cet ouvrage lui-même. Alors Goulu entra lui-même en lice pour assommer définitivement Balzac et publia: Lettres de Phyllarque à Ariste. Où il est traité de l'éloquence françoise. Paris. Nic. Buon, 1627, deux gros volumes in-8°. Ces lettres sont soi-disant écrites par Phyllarque, ou prince des feuilles, à un «gentilhomme de la Court», nommé Ariste, et datées de Poissy, Porges, etc. du 20 avril 1627. La 1re partie contient 35 lettres, la 2me, 26. [330] L'auteur dit qu'il ne nommera l'auteur des Lettres autrement que Narcisse, puisqu'il a tant de complaisance en la beauté de ses écrits et son apologiste Thrason, à cause de son ignorance audacieuse.

Jamais on n'a rien écrit de plus outrecuidant que ce livre qui a eu du succès précisément à cause de son audace. Dès la préface, Goulu commence ses airs de matamore: «Si tu examines mes letres selon les Grammairiens de la Court, tu y trouveras à redire quelque chose. Si tu les veux aussi recevoir comme des ouvrages bien achevez, tu pourrois y trouver du méconte. Tu les dois prendre comme des desseins de Michel Ange, qui n'estant que croquez encore passent et excellent tous les adoucissemens et les finissemens des tableaus et des peintures des Flamans.» Et dans sa première lettre, il montre la cause de sa haine contre Balzac; elle est intitulée: «Que Narcisse a eu tort de s'attaquer aux Moines qui sont capables de lui faire la leçon.» «Narcisse et Thrason, dit-il, ne sçavent que c'est des moines ni des cloistres. L'impiété de laquelle ils font profession ouverte, leur fait détester les Monastères, dont ils ne désirent rien tant que les revenus, pour les engloutir en la taverne et au bordel.» On voit que le Feuillant n'y va pas de main morte. «Où Narcisse aurait-il appris son éloquence? dit-il un peu plus loin. Quoi? Dans le Bordel de Rome? Est-ce dans la bouche des courtisanes que sa langue s'est dégelée parmi ces baisers chauds et humides où il dit qu'il est si bien accoustumé qu'il n'en peut plus recevoir d'autres.»

Goulu s'efforce de représenter Balzac comme le plus impudique des écrivains, et pour cela il se sert de termes dont Balzac ne se servait pas et il donne carrière à tous les emportements de son imagination libidineuse: «Quelle instruction sçauront tirer de ces lettres abominables ceus qui les liront, si ce n'est à blasphémer contre Dieu, à profaner les choses saintes, à médire injurieusement de quelques Grans, à flatter indignement les autres, à séduire des filles, à suborner des veuves, à connoistre les vices qu'ils ne sçavent pas, à imiter la vie d'un Epicurien et à se remplir de la bonne estime de soi-même.»

Mais surtout, il s'efforce de le faire passer pour hérétique, mécréant, athée. Un des sommaires de ses lettres porte: «Maximes de Narcisse dangereuses, horribles et détestables contre Dieu et les puissances souveraines.» Or, il y a dans ce chapitre des choses incroyables d'ineptie ou de mauvaise foi.

Une autre de ses perfidies c'est de prendre des lettres de Balzac au cardinal de Richelieu, à l'évêque de Nantes ou M. de Bérule, d'en déchiqueter des phrases ou d'épiloguer sur des mots, pour essayer de prouver que Balzac les insulte au lieu de les louer et qu'il n'est pas digne de leur affection.

Bref, il n'y a pas de vice, de faute, de bêtise qu'il ne reproche à Balzac. [331] Et surtout, d'avoir écrit, car il n'a aucune qualité pour le faire: «Petit homme qu'il est, sans considérer ni sa naissance, ni sa condition, ni qu'il estoit lorsqu'il escrivoit ses letres, en un âge où les lois donnent encore un tuteur aux plus sages. Il fait du compagnon avec les Princes de l'Église et avec les Ducs et Pairs de France. Il fait du rieur et du bouffon avec les Cardinaux..... S'il ose bien entretenir les cardinaux de ses débauches, de sa sciatique et de sa gravelle, on peut croire facilement qu'il ne lui manque plus que la vérole pour de là prendre occasion de faire des letres au Pape.»

Le second volume est dirigé surtout contre le style, la grammaire, l'éloquence de Balzac. Il y a là de longs hors d'oeuvre, des dissertations sur les règles de l'art oratoire, etc. avec beaucoup de citations en grec. Il finit même par traduire du grec l'Apologie de Socrate par Platon. Il y a là beaucoup de pédantisme, mais de bonnes choses, c'est travaillé, c'est à croire que quelque savant l'a aidé dans tout ce volume.

Il se termine cependant par une dernière lettre qui est une amende honorable des énormités qu'on a reprochées à l'auteur, de l'emploi qu'il fait de mots indignes d'un prêtre, etc. Il y a là une outrecuidance extraordinaire mêlée à beaucoup de lâcheté.

En un mot, ce livre a des pages spirituelles, une verve endiablée, mais c'est l'oeuvre d'un malhonnête homme. Néanmoins, il fit beaucoup de mal à Balzac. Tous les ordres religieux avaient naturellement pris parti pour Goulu et tombèrent à l'envi sur le pauvre épistolaire qui n'avait pour défenseurs que l'abbé Ogier, prieur de Chives, et M. de la Motte-Aigron. Mais ils défendirent vaillamment leur ami. Ils démasquèrent le Père Goulu, le représentant comme «un ivrogne buvant nuit et jour dans un verre fait exprès et plus grand que la coupe de Nestor, comme un gourmand, faisant très bonne chère en gras, enfin comme un religieux très éloigné de l'esprit de son ordre. (1)»

Dans toute cette querelle, Balzac montre lui-même une grande modé