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Liure d’Enigmes
Par Jacques de Fonteny
|| [fol. 1r]
[C]

Coat of Arms

|| [fol. 1v]
[C]
|| [fol. 2r: "tablettes"]
[C]

(1)Si je sers un marchand de cuir je suis vêtue
(1)[ABOVE: Je ne sers que vêtue en cuir noir ou blanc]
(2)Parce qu’avec lui il me convient trotter
(2a)[ABOVE: Si je sers aux marchands de peur de trop coûter]
(3)Le courtisan me fait or & velours porter
(3)[ABOVE: L’homme de cour me fait or & velours porter]
(4)Mais tous deux sont jaloux si quelqu’un m’a tenue.
(5)Je suis plus tenue au(x) courtisan(s) qu’au marchand.
(6)Il me fait fréquenter les palais des grands,
(7)Le marchand ne m’épargne & ne me fait hanter
(8)Que les mers et les ports d’une terre inconnue.
(9)L’un et l’autre voulant avoir ma jouissance
(10)Ils font mouvoir sur moi une chose longue et pointue
(11a)[ABOVE: après m’avoir couchée [il fut?] sur moi [ravi?]]
(11b)Après qu’ils m’ont à plat couchée en quelqu’endroit
(11c)[INSERT:] … qu’ils m’ont couchée à plat
(12)Ils me font et refont ce qu’ils veulent, et puis,
(13)Afin que leur affaire soit cachée à tout le monde,
(14)Je suis presque vierge quand ils me lavent à l’eau.
|| [fol. 3r: "noix"]
[C]

(1)En été on nous voit exposées sous la feuillée
(2)Le long des grands chemins attendant les passants
(3)Qui—sans que nous leur nuisions—en nous donnant des coups
(4)Nous font sortir du lieu [INSERT:] de l’ombre où nous étions posées.
(5)[CROSSED OUT:] Avec nous on joue Ils jouent avec nous aux fossettes creussées.
(6)Mais avant de jouir de nos corps blanchissants
(7)On pousse dans nous maintes choses grosses et longues
(8)Pour nous ouvrir après avoir brisé nos trois robes.
(9)Quelque chose à demi noir reste entre nos cuisses
(10)Qui guérit le mal de boyau.
(11)Et plus nous vieillissons plus nous projetons une sève et une substance
(12)Si nous sommes foulées.
(13)Les plaies de Vulcan sont consolées par nous,
(14)Et nous faisons voir clair dans un lieu obscurci.
|| [fol. 4r: "bague"]
[C]

(1)Celui à qui j’appartiens prend plaisir à me voir.
(2)S’il voit ma face terne il la frotte et l’essuie,
(3)Il en ôte la poussière et ne s’ennuie jamais
(4)De me chérir de son regard car il veut m’avoir toujours
(5)Bien que je sois avec lui le matin et le soir.
(6)Sa femme n’est pas en frénésie pour celà.
(7)Elle me voit souvent sans être jalouse
(8)Recevoir un de [INSERT:] ses membres droits dans mon trou.
(9)Je suis une fidèle gardienne de ses secrets
(10)Je marque ses paquets de peur qu’une infidèle personne
(11)N’y glisse quelque chose contre ses desseins.
(12)En outre: s’il est veuf et veut avoir une femme
(13)Je lui en amène une et sans rien d’écrit à la main,
(14)Si on me désavoue on n’en a que du blâme.
|| [fol. 5r: "tuiles"]
[C]

(1)J’étais molle et grassette quand j’étais avec ma mère
(2)Maniable, traitable et aisée à former
(3)En tout ce qu’on voulait, mais pour me réformer
(4)Je fus mise en un haut lieu pour me faire plus dure.
(5)J’étais inutile, maintenant je suis nécessaire.
(6)Aussi, il me convient de porter un autre nom.
(7)D’en bas où j’étais on m’a fait monter haut
(8)Pour m’opposer au froid et à l’ardeur du soleil.
(9)Je défends mes maîtres des accidents du temps.
(10)J’ai toujours la même forme et tous les inconstants
(11)Ne pourraient me changer—ou il faut qu’on me brise.
(12)Lorsque je suis brisée on me prend pour jouer
(13)A un jeu que je ne connais pas mais que l’homme raide apprécie.
(14)Puis on me laisse là rebriser et tourner.
|| [fol. 6r: "cloches"]
[C]

(1)Il faut ouvrir ma mère quand je suis faite,
(2)Autrement on n’aurait pas pu m’arracher de son ventre.
(3)Sitôt que j’en suis sortie on me fait attacher
(4)Bien haut par l’oreille afin que je caquette.
(5)Je dissippe et rejette l’air lourd et menaçant,
(6)Je ne laisse pas approcher de moi le tonnerre,
(7)Je fais marcher les écoliers à leur leçon
(8)Et revenir dîner quand elle est terminée.
(9)On ne me voit pas mouvoir ni faire [INSERT:] beaucoup de bruit
(10)Si l’on ne fait branler un long chose en mon trou.
(11)Je suis branlée par des moines par dessus tous les autres
(12)Le matin cinq ou six me branlent tour à tour.
(13)Je le suis à midi et vers la fin du jour
(14)Mais pendant la nuit je ne suis réveillée que s’il y a besoin.
|| [fol. 7r: "glace"]
[C]

(1)Autrefois je courus, vagabonde, inconstante,
(2)Fuyarde et sans arrêt, sans avoir de pieds,
(3)Et rompant le plus souvent ceux qui s’étaient fiés
(4)Au mouvement rapide de mon humeur changeante.
(5)Maintenant que je suis, semble-t-il, constante
(6)Plusieurs—tout égayés—montent sur mon corps.
(7)Ils n’y sont pas si tôt qu’ils ne soient effrayés
(8)En voyant m’ouvrir en deux et leur montrer ma fente.
(9)Tous les ans je retourne en ce que j’ai été:
(10)Je suis ferme en hiver et molle en été.
(11)Je ne pourrais pas supporter qu’on me foule trop.
(12)Si quelqu’un me manie avec ses mains chaudes
(13)Je m’écoule de ses mains, en le mouillant et en le trempant,
(14)[CROSSED OUT:] Et je sers de délice aux banquets des Romains.
(14a)[ALT LINE:] Et avec Bacchus me joingnent les Romains.
|| [fol. 8r: "passementier"]
[C]

(1)Après l’avoir choisie et blanche et maniable,
(2)Docile sous la main et facile à traiter,
(3)Propre à mettre au travail et facile à monter
(4)Je l’étendis en un lieu qui m’était favorable.
(5)Alors je me mis à travailler après avec un courage incroyable
(6)Essayant de tirer du profit de mon travail.
(7)Tant qu’elle voulut résister au travail
(8)J’avais une fin désirable comme maître.
(9)Aussi ne pouvait-elle s’échapper de mes mains.
(10)Entre quatre piliers elle faisait de maints efforts
(11)Si bien que je fus comme harassé de peiner des reins et du dos
(12)Car plus elle s’ouvrait
(13)Je mouvais dans sa fente un long chose agréable agréable
(14)Qui n’y pouvait entrer quand elle se serrait.
|| [fol. 9r: "canne"]
[C]

(1)Le vent non plus que l’amour ne me font trébucher,
(2)Je loge dans les eaux ayant quitté la terre
(3)Pour me sauver d’un dieu qui me faisait la guerre
(4)Croyant sous sa volonté enfin me faire trébucher.
(5)Bien qu’on me voie pencher diversement
(6)Je demeure ferme et les efforts ne me mettent pas à terre.
(7)Quand j’ai trempé longtemps, on déterre mon corps et mes pieds
(8)Et me met aux rayons de Phébus pour sécher.
(9)Alors que je suis sèche et qu’on me pense morte
(10)C’est alors que je chante le mieux, et que d’une voix forte
(11)Je réveille la fête à la ville et à la campagne.
(12)La joie règne où je suis et la tristesse n’y peut être.
(13)Mais je deviens muette et on n’entend plus mes chants
(14)Si je ne suis pas baisée et touchée par mon maître.
(14a)[ALT LINE:] Si je ne sens la bouche et les doigts de mon maître.
|| [fol. 10r: "caillou"]
[C]

(1)Bien que nous soyons de diverses figures/apparences
(2)Nous sommes tous fils de la même mère: Les uns
(3)Verdâtres, gris, tannés, rouges, blancs, noirs et bruns
(4)Qui sont exposés à un sort divers.
(5)Si on peut croire Ovide la nature fut réparée par nous autrefois,
(6)Et elle vite reprit son ancienne parure
(7)A l’aide de nos biens communs
(8)Pour avoir reçu des emprunts pour se reconstituter.
(9)Nous sommes riches d’un feu qu’on ne voit pas,
(10)Qui donne aux uns la vie et aux autres la mort.
(11)Mais nous ne le montrons pas sauf quand on nous assaillit.
(12)Et qui de notre nom ôterait deux lettres
(13)(En ce moment) le plus lourd d’entre nous volerait comme un oiseau
(14)Et servirait de repas comme le fait la caille.
(14a)[ALT LINE:] Et à table serait un repas comme la caille.
|| [fol. 11r: "cigne"]
[C]

(1)Autrefois j’ai régné comme roi en Ligurie,
(2)Mais maintenant par un hasard changée,
(3)Je me suis logé en sûreté dans les eaux
(4)Comme je redoute encore la furie du feu du ciel.
(5)Quand je vis la fin de la courte seigneurie
(6)Où Phaéton s’était lancé aux cieux, trop téméraire,
(7)Alors mon esprit fut tant affligé de douleur
(8)Que j’ai prié le ciel de voir ma fâcherie.
(9)[ABOVE: Je devins un oiseau blanc dont Apollon fait cas]
(9a)Il (le ciel) la vit et prenant pitié il fit de moi un oiseau
(10)Qui a un blanc plumage, un long cou et un beau chant.
(11)Phébus surtout m’estime ainsi que le grand maître des dieux
(12)Qui—pour jouir de Léda—se fit tel que je suis.
(13)Les savants peuvent mettre en lumière leurs noms
(14)Et éclairer leurs nuits grâce à ce qui sort de moi.
|| [fol. 12r: "bouteille"]
[C]

(1)À la ville et à la campagne je suis toujours vêtue
(2)Assez grossièrement d’un habit peu plaisant
(3)Façonné et bâti par quelque paysan,
(4)Et parfois on me voit sans robe et toute nue.
(5)Si mon maître est à table et que je n’y sois pas vue
(6)Il accuse ses valets d’avoir peu de soin
(7)[ABOVE: Si j’y suis on le voit narrant mille contes]
(7a)Car sans moi son dîner ne lui semble pas plaisant
(8)Et il ne peut point manger sans que je ne sois venue.
(9)Il me veut toujours grosse et me fait avorter
(10)Au lieu de me laisser porter jusqu’au bout ma grossesse.
(11)Il est âpre après moi, et l’été il ne cesse
(12)De jouir de mon corps à l’ombre d’un buisson.
(13)Quand il en a joui je l’endors doucement
(14)Ou je lui fais rimer des vers pour sa maîtresse.
|| [fol. 13r: "chesne d[‘]or"]
[C]

(1)J’ai le nom d’un arbre sans que je vienne de lui.
(2)Je suis belle et laide, douce et rude parfois,
(3)Je suis si familière avec princes et rois
(4)Qu’ils ne sont pas dédaigneux quand je m’attache à leurs cou.
(5)Il faut que je m’entretienne toujours avec mes sœurs
(6)Pour gagner plus de force, autrement je serais
(7)Malhabile à servir et n’arrêterais pas
(8)[MARGIN: (Malhabile à) arrêter les fuyards qu’il me faut retenir]
(8a)Ceux que mon maître veut qu’auprès de lui je retienne.
(9)Après avoir fait voir ma loyauté pendant longtemps
(10)Je ne puis néanmoins gagner ma liberté de mes maîtres:
(11)Ils ne veulent me voir qu’enchaînée et captive.
(12)Cependant il est bien vrai que si j’étais en liberté
(13)Je serais sans honneur, méprisée et chétive,
(14)Et je ne serais plus ce que j’aurais été.
|| [fol. 14r: "(h)érisson"]
[C]

(1)On m’en veut et ma chair est si fort désirée
(2)Que j’ai des poursuivants qui me guettent de nuit
(3)Et de jour, comme ils ne sont pas tant guidés par l’amour
(4)Que par une opinion basée sur mes qualités.
(5)Pour protéger ma vie et la rendre assurée
(6)En temps de guerre ou de paix
(7)Je me munis de dards à la pointe acérée
(8)De peur qu’on ne me fasse outrage ou un mauvais tour.
(9)Au besoin je sais les décocher comme un Parthe
(10)Contre les ennemis qui osent m’approcher
(11)Pour faire violence à mon corps.
(12)Je peux changer mon apparence comme Protée.
(13)Les Zoroastriens m’ont révéré.
(14)Je peux décorer Vénus sans poil par ma mort.
|| [fol. 15r: "clef"]
[C]

(1)Je n’ai qu’un petit corps qui a la force et puissance
(2)De garder contre les larrons qui veulent voler,
(3)Bien qu’il me faille aller partout avec mon maître
(4)Je garde ainsi son or, ses papiers et ses richesses.
(5)Sans être en sa maison j’assure la protection
(6)De ce qu’il y a laissé sans qu’on le puisse voler/cambrioler.
(7)Aussi on le voit très en colère et troublé
(8)Quand un autre que lui a jouissance de moi,
(9)Il ne veut point que j'aie une sœur avec moi
(10)Car l’une de nous deux pourrait manquer de fidélité,
(11)Et à cause de celà on punirait peut-être notre père.
(12)Le sort répand sur moi ce désastre
(13)Et par conséquent mon maître jaloux de ce que je pourrais faire
(14)Me pend à son côté de peur que j’aille ailleurs.
|| [fol. 16r: "neige"]
[C]

(1)L’été je cours partout, maintenant dans un pré
(2)Maintenant au bord d’une île òu la jeunesse vient
(3)Se baigner avec moi, mais quand l’hiver revient
(4)Je ne cours plus, mais plutôt je vole en diverses contrées.
(5)Je descends du ciel tout de blanc vêtue
(6)Avec tant de corps/masses que le compte on n’en tient.
(7)Ma mère s’entretient en grandeur de ma perte
(8)Aussi ne suis-je de trop longue durée.
(8a)[MARGIN: Mon royaume ne s’étend que sur quelques lieues.]1
(9)Si l’on ajoute encore à mon nom latin
(10)Trois lettres seulement qui forment le nom cor [MARGIN: (qui forment) les lettres au milieu du mot cherché]
(11)Je serai un oiseau de couleur dissemblable
(12)À la blancheur d’un cygne, et dans le même air
(13)Où j’avais l’habitude de couler on me verra voler –
(14)À ma forme première en rien n’étant semblable.
|| [fol. 17r: "pluye"]
[C]

(1)Fille je suis d’une fuyarde mère
(2)Que j’engrosse en retombant dans son sein.
(3)Le ciel me pousse à l’instant qu’il est plein.
(4)Il porte mieux ce dont on a affaire.
(5)Parfois je viens sans qu’il soit nécessaire
(6)[MARGIN: Gâtant le chemin des voyageurs]
(7)Et je leur fais, sans que je leur parle
(8)Différer leurs affaires de jour en jour.
(9)Les aoûtiens j’ai maintes fois troublés
(10)Diminuant leur espoir et leurs blés.
(11)Bacchus par moi souvent reçoit des outrages
(12)Parfois du bien. A cause de mon arrivée
(13)Le vieux Deucalion mit à l’eau
(14)Le sapin et le chesne pour se sauver.
|| [fol. 18r: "tauernier"]
[C]

(1)Je m’en allai le jour où je pourrais choisir
(2)De quoi me contenter, accompagné d’un compagnon -
(3)Bon vivant et bon garçon pour mener une telle affaire
(4)Et faire trouver bientôt de quoi prendre plaisir.
(5)“Si vous désirez avoir quelque chose ici”,
(6)(Dit) La dame du logis, "j’espère vous contenter fort bien et à (très) bon marché"
(7)[MARGIN: "Je peux vous satisfaire"]
(8)"Percez où vous voudrez [ABOVE: je vous donne] la permission" [MARGIN: et prenez [?] le loisir" [?]]
(9)Bien qu’elle (la dame du logis) en eût beaucoup je me jette sur une [autre?]
(10)Que je revire et remue pour mieux la visiter
(11)En lui mettant par son trou rouge ouvert et béant
(12)Un chose raide et long qui pousse dans son ventre
(13)Une douce liqueur dont il est si friand
(14)Qu’il veut que tout y entre jusqu’à ce qu’il regorge.
|| [fol. 19r: "cheure"]
[C]

(1)Je suis femelle et je suis barbue par le menton -
(2)Néanmoins Jupiter me voulut bien téter
(3)Quand il en avait besoin,
(4)Et sa bouche fut repue de mon lait.
(5)Pour ce bienfait ma ressemblance est vue
(6)Dans les cieux, où il la fit porter.
(7)Je suis allègre et [INSERT:] peux monter si haut agile à monter
(8) [INSERT:] Qu’au point y peut arriver [?]
(8a)Sur la poupe d’une roche cornue.
(9)En la campagne on me voit trottiner,
(10)Faisant maints sauts et mener un troupeau,
(11)Marchant devant ainsi qu’un capitaine.
(12)En Turquie on fait du poil qui pousse sur moi
(13)Une parfaite étoffe fine (un camelot)
(14)(Qui est) Aussi utile qu’un velours de Touraine.
|| [fol. 20r: "nuée"]
[C]

(1)Je suis par le visage à la nuit fort semblable –
(2)Obscure, morne, troublée et mal plaisante à voir.
(3)Néanmoins en naissant je n’ai point le front noir,
(4)Mais lorsque le ciel pleure il se rend effroyable.
(5)Cynthia, luisante & secourable aux voyageurs
(6)Ne me peut éclaircir en plein jour car j’ai le pouvoir
(7)D’envelopper Phébus, empêchant son devoir.
(8)Pourtant je suis quelquefois favorable aux amants:
(9)Du jour je fis la nuit quand le plus grand des dieux
(10)Piqué d’une beauté abandonna les cieux
(11)Pour venir sur la terre engendrer un Hercule.
(12)J’ai beau faire, pourtant je ne puis empêcher
(13)Que lorsqu’on me voit noire on n’aille se cacher
(14)Et qu’on ne se remontre que lorsque je recule.
|| [fol. 21r: "chauuve souris"]
[C]

(1)En Lesbos je fus une fille nommée Nyctimène.
(2)Celui que je porte maintenant est dérivé de la nuit.
(3)Le supplice me suit à cause d’un péché que je fis
(4)Car maintenant je n’ai [INSERT:] ma ressemblance aucune forme humaine.
(5)Je fuis le jour de honte et quand le soir amène
(6)Les [INSERT:] troupeaux etoilés de l’ombrageuse nuit ombres sur la terre et que la lune luit
(7)Je me mets en campagne et vole à mon plaisir
(8)Ayant pour aile un voile étendu qui m’y mène.
(9)Je n’ai aucune plume et pourtant je puis voler
(10)Comme un autre oiseau dans les vagues de l’air,
(11)Me retirant après avoir fait mon vol -
(12)Mais pas dans les palais fréquentés du monde,
(13)Reculée plutôt dans de vieux logis loin des gens
(14)J’élève mes petits allaités de mon propre lait.
|| [fol. 22r: "poisson en l’eau"]
[C]

(1)Plus je suis puissant et plus j’ai belle apparence
(2)Plus je suis poursuivi sans raison par des ennemis
(3)Qui de leurs fins appâts couvrent leur trahison
(4)Et tâchent de m’attraper par leur belle apparence.
(5)Je les laisse approcher et lorsqu’ils croient
(6)M’avoir je m’enfuis avec ma maison
(7)Qui sans cesse court en toute saison,
(8)Et parfois en m‘enfuyant, j’entraine leur dépense.
(9)Ma maison fait du bruit en trottant et courant
(10)[ABOVE: Et quelquefois me laisse en quelque port mourant]
(10a)Mais je languis. Ce fait [?] n’est beaucoup apparent,
(11a-c)Attirant mes seineurs dans ces claires prisons.
(11d)Pour soutenir mes frères
(12)Qui sont tous muets comme moi et destinés
(13)À quitter la maison où demeuraient nos pères
(14)Pour nourrir le peuple où nous sommes menés.
|| [fol. 23r: "ballon ou eteuf"]
[C]

(1)Je suis sujette à la fortune soit quand je suis lancée en haut
(2)Soit quand je reste en bas, gisante oiseusement.
(3)Je suis avancée par des grands et des petits
(4)Tantôt en haut tantôt en bas, comme je suis pousée.
(5)Je suis rondelette, ferme, blanche et lisse
(6)Sans [ABOVE: barbe] poil au dehors, mais intérieurement
(7)Pleine d’un poil [ABOVE: viril poussé] frisé [MARGIN: obscur] qu’on ne voit nullement.
(8)Plus j’en ai plus je suis requise et caressée.
(9)Bien que je sois sans pieds il me faut sauter
(10)Bien que je sois sans ailes il me faut voleter.
(11)Mais après le plaisir que je donne en faisant celà
(12)Celui-là que je sers m’aplatit contre un mur
(13)En se jouant de moi, et après m’emprisonne
(14)Dans un trou obscur pour gagner de l’argent.
|| [fol. 24r: "areignée"]
[C]

(1)Il ne faut pas s’étonner si je fais un tel ouvrage
(2)Celle qui me l’a appris excellait sur toutes (les ouvrières).
(3)Désireuse de mon bien elle ne me cachait pas
(4)Ce qui pouvait m’instruire dans mon apprentissage.
(5)Un orgueil dédaigneux s’installa dans mon cœur
(6)Parce que mon nom volait partout grâce à mon art,
(7)Mais cette belle main d’artiste qui filait si doucement
(8)A été endommagée à cause de ma présomption.
(9)Ma maîtresse offensée par trop de mes dédains
(10)Changea tous les doigts de mes mains en petits pieds.
(11)Néanmoins je façonne avec eux un filet
(12)D’un réservoir que je prends chez moi et que j’étends
(13)Comme un chasseur dans un lieu où la bête va se jeter
(14)Pour user de ma prise et employer mon temps.
|| [fol. 25r]
[C]
|| [fol. 26r: "fumee"]
[C]

(1)Sans que j’aie perdu père, mère ou parents,
(2)Sans avoir fait un périlleux naufrage en mer,
(3)Sans avoir reçu en mes biens aucun dommage
(4)Je fonds en pleurs ainsi que tous mes adhérents (proches).
(5)Sans plume je vole au ciel et fais de différents tours
(6)Mais l’air qui est pesant s’oppose à mon voyage.
(7)En terre je retombe, grossissant le royaume
(8)Du dieu qui entoure le monde entier dans ses bras –
(9)Celui par qui j’existe ne saurait être sans moi.
(10)Si je suis enfermée on m’ouvre la fenêtre,
(11)La porte ou quelque trou pour me faire écouler.
(12)Ceux qui teignent les poissons communs
(13)Ne me laissent sortir, me bouchant tous les trous.
(14)Mais [INSERT:] en outre on ne veut pas de moi là où se fait la peinture.
|| [fol. 27r]
[C]
|| [fol. 28r]
[C]
|| [fol. 29r]
[C]
|| [fol. 30r: "grenouille"]
[C]

(1)Jadis j’ai été mâle mais maintenant je suis femelle.
(2)Ce que j’ai refusé (auparavant) me loge maintenant.
(3)La mère de ce dieu qui nous donne le jour
(4)Me fit la nouvelle nymphe des eaux des Lyciens.
(5)Parfois je me cache dans le domaine de Syrinx
(6)Quand le temps est glacé, et je m’y tiens sans babiller,
(7)Mais quand le ciel nous ramène le printemps
(8)Mon gosier s’élargit et ma voix se décèle.
(9)Par elle on découvre s’il doit bientôt pleuvoir.
(10)Aux hommes j’ai appris à nager et mouvoir
(11)Dans l’eau sans péril et avec peu de peine.
(12)En bref - si quelqu’un veut savoir qui je suis vraiment:
(13)"J’ai la couleur d’un fou comme vêtement
(14)Et en tous temps je suis reine sans qu’un roi m’épouse".
|| [fol. 31r]
[C]
|| [fol. 32r]
[C]
|| [fol. 33r]
[C]
|| [fol. 34r]
[C]
|| [fol. 35r: "tortue"]
[C]

(1)Là où le ciel orageux s’ouvre
(2)Et qu’il verse des eaux, je peux lui résister.
(3)On me voit tout partout porter un dur habit
(4)Que je n’ôte jamais, soit sur mer ou sur terre.
(5)Si quelque malveillant veut me faire la guerre
(6)Je me mets dans mon fort d’où il ne peut m’ôter
(7)À moins que Vulcain ne me vienne d’abord gâter
(8)Par ce seul stratagème à la fin il me met à terre.
(9)Quand mon fort est gagné pour bien jouir de moy
(10)Il me faut dépouiller. Mon corps est pour un roi.
(11)Car je ne me montre pas nue devant les petits.
(12)Je marche posément avec gravité.
(13)Je vis sans faire du mal et suis l’image de la charité,
(14)Et beaucoup on leur âme pourvue de mon nom.
|| [fol. 36r]
[C]
|| [fol. 37r]
[C]
|| [fol. 38r]
[C]
|| [fol. 39r]
[C]
|| [fol. 40r]
[C]
|| [fol. 41r]
[C]
|| [fol. 42r]
[C]
|| [fol. 43r]
[C]
|| [fol. 44r]
[C]
|| [fol. 45r]

1Alternate line, from margin

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